‹ Traité d'orthophonieChapitre 44 sur 52 · Viennent ensuite des causes d’ordre purement psychique · texte numérisé non relu

Viennent ensuite des causes d’ordre purement psychique

a. — Manque de coordination entre l'élaboration de la pensée et son émission verbale, soit que les idées se heurtent en foule dans le cerveau, soit que les conceptions mentales s’effectuent trop lentement.

b. — Imitation ; hérédité. Nous n’avons pas constaté l’existence delà crampe du diaphragme chez les bègues par imitation.

c. — Phénomènes émotifs purs : vive surprise, peur, sensibilité excessive, timidité native, sans oublier les secousses nerveuses consécutives aux mauvais traitements.

6. — A ces causes, on peut adjoindre les lésions cérébrales, les traumatismes et l’excitabilité sexuelle.

7. — Un premier examen du sujet atteint de bégaiement révèle: ou une répétition inusitée de certains éléments phonétiques,ou l’impossibilité absolue d’attaquer la première lettre du mot ou de la phrase qu’il s’agit de prononcer.

8. — Des mouvements choréiques des lèvres et de la langue apparaissent. La face se congestionne. Le regard est d'une fixité troublante. Les joues se gonflent. La langue se fixe en un point de la cavité buccale et résiste à la volonté du sujet. Un frémissement particulier des ailes du nez est à noter.

9. — On constate fréquemment des mouvements répétés de la tète, des bras et des jambes.

10. — Les troubles respiratoires déterminent une réelle fatigue dans la région du larynx et une sensation parfois douloureuse à l’épigastre.

11. — L’anomalie de la fonction respiratoire se décèle par des mouvements saccadés et. une irrégularité évidente dans le rythme respiratoire. Les respirations à la minute sont trop nombreuses.

12. — Il est des cas de bredouillement qu’il ne faut pas confondre avec le bégaiement vrai, lequel débute dans l’enfance, revêt un caractère d’intermittence,est provoqué par des troubles respiratoires et disparaît dans le chant.

il6 DUPUIS ET LEGftAND. — LE BÉGAIEMENT

13. — L’éducation de la volonté du sujet prépare le traitement proprement dit.

14. — Celui-ci implique, avant tout, des exercices de rééducation respiratoire. Le type costo-abdominal mérite nos préférences.

15. — On procède ensuite à une étude méthodique des éléments phonétiques.

16. — Des exercices combinés de respiration et de vocalisation sont alors possibles. Ils préparent la syllabation et l’étude de la phrase.

17. —Les conditions d’émission de la phrase, comme aussi la lenteur du débit, seront l’objet de soins attentifs. En outre, nous aurons souvent recours aux dictées suivies de répétitions orales.

La lecture à haute voix ne nous satisfait pas : l’effort mental qu’elle exige étant nul ou à peu près.

18. — A ce traitement purement phonétique on peut alors substituer un traitement psycho-phonétique,en vue d’initier l’élève à la correcte construction mentale des expressions qu’il désire prononcer. Au cours de ce nouvel apprentissage de la parole, qui résume la cure pédagogique du bégaiement, la conversation est en effet le but suprême vers lequel tendent tous nos efforts.

19. — Le traitement rationnel du bégaiement justifie la création d’un institut d’orthophonie.

20. — 11 paraît logique de l’annexer à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris. C’est au corps enseignant de cet établissement que M. André Castex a fait appel pour organiser le cours d’orthophonie, dont la fondation lui fait le plus grand honneur.

Nasillement

Bec-de-lièvre : fissures palatines

(Traitement orthophonique post-opératoire)

Edouard DROUOT

Professeur à l’Institution nationale des Sourds-Muets de Paris et au cours d’orthophonie.

Si on observe la partie supérieure de l'appareil phonateur à l’état de repos, on voit que le voile du palais se rapproche plus ou moins de la partie postérieure assez fortement voûtée du dos de la langue ét qu’il s’y appuie même dans certains cas, séparant ainsi la cavité buccale du pharynx. Au moment de l’inspiration, l’air pénètre par les narines, traverse successivement le pharynx, le larynx, entre dans la trachée artère pour arriver aux poumons. Au cours de l’expiration, l’air suit le même chemin, mais en sens contraire.

Si le sujet observé prononce la voyelle pure a (fig.l3),la bouche s'ouvre sans exagération, les incisives supérieures étant en partie visibles; celles d’en bas sont cachées par la lèvre inférieure, leur sommet seul est visible ; la langue, mollement étendue sur le plancher de la bouche, a sa pointe derrière les incisives inférieures; le voile du palais abandonne la position de repos qu’il occupait et se rapproche de la paroi postérieure du pharynx. En même temps, il se forme dans cette paroi même, ainsi que Passavant en fit le premier la remarque (1), un bourrelet transversal faisant saillie de 5 ou 6 millimètres et large de 9 à 12 millimètres dans la direction de haut en bas. Ce bourrelet vient à la rencontre du voile pour contribuer à fermer avec lui la voie nasale.

(1) Passavant, De l’occlusion du pharynx dans l’acte de la parole , Francfort-sur-le-Mein, 1863.

Il ne faudrait pas croire cependant que cette occlusion soit complète et exactement la même pour tous les sons. Czermak a démontré que le degré d’élévation du voile varie suivant les phonèmes. Mais, d’une manière générale, l’ouverture est toujours suffisante pour obliger la colonne d’air sonore à s’échapper par la bouche.

Après avoir donné le son a, si le sujet émet la voyelle nasale an (fîg. \ 4) nous remarquerons aussitôt des changements notables. L’ouverture de la bouche est à peu de chose près la même, mais le voile du palais s’abaisse et se rapproche de l’orifice buccal, la langue opère un léger mouvement de recul, tandis que sa base s’élève quelque peu, les organes se placent de telle sorte qu’une partie du souffle peut s’échapper par les fosses nasales, du palais ; b, bourrelet On voit d apres cela que la voyelle napharyngien. sale an es t f orrn ée de deux éléments bien

distincts alliés dans une proportion déterminée : le son buccal a auquel vient s’ajouter une résonance nasale produite par l’abaissement partiel du voile d’une part, le recul et l’élèvement de la langue d’autre part. Si notre sujet émet successivement o et on, è et in, eu et un, c’est-à-dire les sons nasaux précédés de la voyelle pure correspondante, on voit que le même phénomène se reproduit: en passant de la voyelle pure à la nasale correspondante, l’ouverture buccale ne change pas ou presque pas, mais le voile du palais et la. langue vont à la rencontre l’un de l’autre afin d’obliger le courant d’air expiré à passer en partie par les fosses nasales.

Au cours de l’émission des diverses consonnes, le voile du palais est relevé à peu près dans la position qu’il occupe pour a,

Fig. 14.— Son AN

LE XASILLËMEÏÎT ET SES CAÜSES 119

excepté toutefois pour les consonnes nasales m, n, gn, où il est plus ou moins abaissé.

De tous ces faits on peut déduire que dans tous les cas où un élément quelconque est affecté d’un caractère nasal, ce défaut résulte d’un léger relèvement de la base de la langue et surtout de l’abaissement du voile du palais qui rend possible l’écoulement de la colonne d'air sonore par les fosses nasales. La langue intervient bien dans ce qu’on pourrait appeler la nasalisation des sons, mais il est évident que le voile du palais joue un rôle prépondérant.

On peut se rendre aisément compte qu’il est possible de nasaliser un son quel qu’il soit, en laissant la langue immobile ; il suffit pour cela d’abaisser le voile du palais, un peu plus peutêtre qu’on ne le fait d’ordinaire.

Les choses se passent ainsi dans la parole courante ; mais si, pour une raison quelconque, le voile du palais ne fonctionne pas ou fonctionne mal, si la langue elle-même se recule trop, il arrive que certains éléments dépourvus de tout caractère nasal sont affectés d’un timbre nasillard plus ou moins accentué ; les sujets qui ont ce défaut parlent du nez. On dit qu’il sont atteints de nasillement, de nas ornement, de dyslalies nasales oud erhinolalies, le nom ne fait rien à la chose. Cependant, certains auteurs ont établi une distinction entre le nasillement et le nasonnement. Il y a nasillement, dit Rouma, lorsque les articulations défectueuses sont simplement nasalisées et nasonnement quand les phonèmes sont non seulement nasalisés, mais encore déformés (1). La distinction a peut-être sa raison d’être, car il peut arriver, en effet, qu’un son soit nasalisé, et, de plus, incorrect. Le nasonnement, on le comprend, est alors plus grave que le simple nasillement.

PourE. Fournié,le nasonnement estl’effet d’un obstacle apporté au libre écoulement du son par les fosses nasales pendant la formation de certains éléments, cet obstacle forçantle son à retentir plus qu’il ne conviendrait. Le nasillement du contraire est une voix particulière qui retentit spécialement dans les fosses nasales par suite de la juxtaposition anormale de la base de la langue et du voile du palais ; il en résulte le timbre criard, désagréable qui caracté-

(1) Rouma, Les Troubles dé lit parole, p. 65.

rise ce trouble. On voit,d’après cela,que Roumaet Fournié se servent d’appellations identiques pour désigner des troubles entre lesquels il existe une différence appréciable. En parcourant la littérature consacrée aux défauts dont nous nous occupons,on ne tarde pas à s’apercevoir que les auteurs qui ont écrit sur celte question sont loin d’être d’accord sur des points pourtant essentiels.

Le nasillement et ses causes. — Le nombre des troubles appartenant à cette catégorie est fort grand. Lorsqu’on recherche leurs causes, on voit que la plupart doivent être attribués au voile du palais, ainsi qu’on peut s’y attendre d’après ce que nous venons de dire au sujet du rôle de cet organe dans la formation des sons nasaux.

Cesblésités résultent d’ordinaire, nond'undéfautdel’organisme, mais du jeu défectueux de l’une quelconque des parties de l’appareil phonateur ; il s’agit simplement d’une inhabileté qui peut être corrigée au moyen d’une rééducation appropriée. 11 n’en est pas de même en ce qui concerne les rhinolalies. Assez souvent, elles •résultent, non pas du mauvais fonctionnement du voile, mais d’une imperfection grave, congénitale ou acquise, de cet organe : paralysie ou insuffisance du voile, fissures ou perforations vélaire et parfois palatine.

Au dire de Kussmaül, la dyslalie nasale ou rhinolalie est ouverte ou fermée (1). La première peut être occasionnée, dit-il, par la paralysie diphtérique du voile du palais qui est bilatérale ; elle peut résulter de destructions syphilitiques ou diphtériques, de fissures de la partie osseuse ou fibreuse du palais qui intéressent parfois le voile, et de paralysies unilatérales de ce dernier organe.

Kussmaül a observé que la formation des consonnes est plus difficile que celle des voyelles et que, dans les cas de fissure palatine, le degré de désordre dépend moins de l’étendue que du siège du hiatus. Dans les fissures totales, les fonctions des lèvres et des dents, en tantqu’organes jouant un rôle dans la phonation, s’accomplissent mal. Cette remarque est parfaitement exacte ; il

(1) Kussmaül, Les Troubles de la parole, p. 323.

LE NASILLEMENT ET SES CAUSES

nous a été donné d’en faire l’observation sur des sujets atteints seulement de fissures partielles. Kussmaül estime que les opérations d 'uranoplastie et de staphyloraphie ne font, en général, disparaître que d’une manière incomplète les troubles résultant des perforations. Il rapporte cette opinion de Passavant que des exercices faits durant des années, et une opération pratiquée dans l’enfance, ne permettent pas toujours de dissimuler le désordre de la parole ; on doit s’estimer heureux si on obtient une amélioration sensible. Cela vient de ce que la langue, à la suite de l’opération, se meut avec difficulté dans un espace plus restreint et surtout, ajouterons-nous, des habitudes vicieuses quelle a contractées antérieurement, en particulier de la tendance à diriger sa pointe en haut, dans la direction de la fissure qui existait au préalable. C’est pourquoi le chirurgien Y. Trélat faisait commencer les exercices d’orthophonie avant même d’opérer.

La brièveté, la dureté et la densité du tissu cicatriciel du voile du palais — et son inexpérience aussi, pensonsmous, — limitent ses mouvements et font souvent que l’occlusion de la voie nasale est insuffisante. Les muscles ont besoin d’un certain laps de temps — et d’exercices appropriés surtout — pour acquérir une souplesse suffisante. Langenbeck a vu la parole devenir normale enl’espace d’un an et même plus tôt, quand l’intelligence etl’exèrcice apportaient leur concours. D’ordinaire, les résultats sont meilleurs dans les affections acquises, et cela se comprend aisément, les organes ayant fonctionné auparavant d’une façon normale.

A en croire Kussmaül,les obturateurs faisant disparaître souvent d’une façon complète les défauts de parole, surtout quand il s’agit de perforations acquises, laprothèse aurait remplacé l’uranoplastie. C’était peut-être vrai à l'époque où l’auteur écrivait, mais il n’en est plus de même aujourd’hui. Kussmaül ajoute cependant que les obturateurs ne sont pas toujours supportés, et qu’ils produisent parfois une irritation inflammatoire capable d’accroître le défaut. De plus leur prix de revient est élevé et ils ont besoin d'être renouvelés assez fréquemment.

A l’encontre des fissures palatines, les divisions de la luette n’ont aucune influence sur la parole.

La rhinolalie close peut être produite par l’hypertrophie des

amygdales, l’adhérence du voile avec le pharynx ou bien encore par des polypes ; elle peut également résulter de ce que les fosses nasales sont oblitérées par un gonflement inflammatoire, des mucosités ou des corps étrangers.

D’après de Meyer (1) la voix nasillarde peut avoir deux causes ? les fosses nasales n’offrent point à l’air de passage praticable, ou l’Ouverture de la voie aérienne nasale n’est pas maintenue convenablement ouverte.

L’occlusion des fosses nasales peut provenir de l’obstruction du nez par un corps étranger, des mucosités ou des polypes.

Il arrivé que le gonflement des amygdales mette obstacle au jeu complet du voile ; parfois il s’agit simplement d’une mauvaise habitude consistant à ne pas relever suffisamment le voile du palais.

Chervin est d’avis que le nasillement résulte d’une mauvaise habitude où d’un état pathologique (2). Il peut aussi être héréditaire, et dans ce cas, l’imitation joue un rôle important. Le nasillement pathologique provient de causes qu’il faut tout d’abord faire disparaître : fissures palatines ou insuffisance vélo-palatine. Chervin estime avec Lermoyez que la persistance du nasillement chez certains opérés d’uranoplastie ou de staphylorraphie est due à l’insuffisance vélo-palatine. A première vue, rien m'explique la dÿslalie. « Lé palais n’ést pas perforé, le voile est normal et mobile, le càvüm est libre. Cependant, observez attentivement ; I’espâcê naso-phàryngien est trop grand et le voilé n’arrive pas à le fermer. Touchez du doigt : il y a,cachée par la muqueuse,une profonde échancrure dé la voûte ôSseuse palatine. Mesurez avec soin les parties : le palais est trop court, le cavum est trop profond. Enfin la bifidité de la luette, stigmate constant, témoigne d’un trouble dans l’évolution buccale (3). »

On peut se trouver en présence de la malformation contraire, c’est-à-dire d’une exagération de la longueur du voile du palais produite par une diminution congénitale du diamètre antéropostérieür du pharynx avec aplatissement de la voûte palatine,

(1) De Meyer, Les organes de la •parole et leur emploi pour la formation des sons du langage (Traduction française par O. Claveau).

(2) Chervin, Bégaiement et autrës maladies fonctionnelles de la parole.

(3) Lermoyez, L’Insuffisance vélo-palatine ( Annales des maladies de l'oreille et du larynx 1892).

LÉ NASILLEMENT ET SES CAUSES

ce qui contribue à diminuer la hauteur de la cavité buccale. Mais qu il s agisse d’insuffisance ou d’exagération vélaire, l’orthophonie seule peut être utile. Le trouble s’atténue avec l’âge et les exercices orthophoniques font le reste.

Lorsque le nasillement est dû à des polypes ou des végétations adénoïdes, il faut les opérer et d’ordinaire le défaut disparaît. Cependant, il peut arriver qu’il persiste en raison des modifications osseuses qui se sont produites, par suite aussi de l’inhabileté du voile à se mouvoir et de l’accoutumance de l’oreille, qui, habituée qu’elle est à entendre prononcer des éléments défectueux, devient incapable d’accomplir sa fonction d’organe de contrôlé.

En ce qui concerne ies fissures palatines, Chervin estime que la gravité des troubles qui en résultent dépend moins de l’importance des fissures que du plus ou moins d’ouverture existant entre le pharynx et le voile. Cet auteur préfère l’opération chirurgicale à l’appareil prothétique ; on ne doit avoir recours, à ce dernier, ainsi que le dit Trélat, que dans les circonstances suivantes : 1° échecs opératoires irréparables : 2° divisions inopérables en raison de leur étendue ; 3° refus de toute opération sanglante. Dans tous les cas où le parallèle peut être établi, la prothèse ne donne pas ultérieurement de meilleurs résultats orthophoniques que l’opération chirurgicale.

Chervin cite l’opinion de Sebileaü qui affirme que le sujet parle d’ordinaire moins bien après l’opération qu’avant : « Les malades ont des muscles atrophiés ; ils ont surtout des muscles dont ils ne savent pas se servir et non pas pendant des mois, mais pendant des années, ils continuent à parier d’une manière défectueuse. » Ce temps, ii est vrai, peut être considérablement diminué par des exercices bien dirigés.

Dans les cas de perforations acquises (blessures d’armes à feu, syphilis, scrofule), le trouble phonateur est moins grave que quand il s’agit de perforations congénitales. 11 ne consiste qu’en nasonnement plus ou moins accentué qui disparaît une fois la perforation bouchée, surtout si l’opération suit d’assez près l’accident qui a provoqué la fissure.

Le Docteur Castex s’est occupé lui aussi desdyslàiiesnasales(i).

(1) Castex, Maladies de la

Le çaractère nasillard ou nasonné de la parole, dit-il, peut avoir deux causes opposées : 1° Les voies nasales ont leur capacité diminuée par suite de rhumes de cerveau ou de polypes du nez ; c’est la rhinolalie fermée ; 2° les voies nasales sont trop spacieuses en raison de la paralysie du voile qui laisse la voix s’échapper par les fosses nasales : c’est la rhinolalie ouverte. Ce genre de rhinoïalie peut être produit par une malformation assez rare : la brièveté congénitale de la voûte palatine.

Il peut arriver que nulle lésion visible n’explique le nasillement qui apparaît dans l’enfance et s’accentue avec l’âge. Dans ce cas, il est la résultante d’une conformation spéciale des résonnateurs et seule l’orthophonie peut l’atténuer.

Les rhinolalies, au dire de Rouma (1), résultent de ce fait que la voie nasale peut être ouverte quand elle deyraitêtre fermée'et réciproquement.

La voie nasale peut être ouverte en permanence et donner à tous les sons et articulations une résonance nasale : il s’agit alors de rhinolalie ouverte. Ses causes sont les suivantes : le voile du palais est trop court et n’arrivepas à fermer le pharynx nasal ; des massages ou une opération suivis d’un traitement orthophonique approprié peuvent, en pareil cas, amener de sérieuses améliorations ; ou bien le palais est perforé et il y a lieu de faire une opération spéciale qui doit être suivie d’un traitement orthophonique approprié, comportant une gymnastique spéciale du voile du palais.

Lorsque la voie nasale est obstruée, elle ne permet plus l’émissiondes éléments nasaux, m devient b , n et gn deviennent d. Cette obstruction donne du reste à toutes les articulations le timbre spécial qui caractérise la parole des personnes enrhumées du cerveau. Il s’agit alors d’une rhinolalie fermée. L’hypertrophie des amygdales, l’adhérence du voile au pharynx, les végétations adénoïdes ou des polypes, le gonflement inflammatoire passager peuvent aûssi produire ce trouble. En pareil cas, une intervention chirurgicale ou médicale doit précéder tout traitement orthophonique. Ce défaut peut exister chez des enfants dont les voies respiratoires supérieures sont normalement conformées ; le trouble provient

(1) Robma, Troubles de la parole.

LE NASILLEMENT ET SES CAUSES

alors de l’imitation. Rouma cite le cas d’un enfant de six ans bien constitué qui parlait comme son frère âgé de huit ans, lequel était atteint de rhinolalie ouverte due à des fissures palatines (1).

D après Herlin (2), il peut se présenter deux cas : les organes vocaux sont parfaitement conformés ou bien ils sont atteints de quelque imperfection. Dans le premier cas, la voix nasillarde est le résutat d’une manœuvre fausse ou incomplète : le voile du palais, trop faible ou inhabile, ne se relève pas suffisamment ni avec assez de force pour réaliser l’occlusion totale des fosses nasales ; en même temps, la langue se retire en arrière sans nécessité et sa base se relève plus qu’il ne faudrait, rendant ainsi l’accès de l’air dans la bouche plus difficile et obligeant ce dernier à s’échapper par le nez. C’est avec raison que Herlin fait intervenir cette fausse manœuvre de la langue ; ce qu’il dit à ce sujet concorde avec les observations qu’il nous a été donné de faire à différentes reprises. Parfois même la voix nasillarde n’a d’autre cause qu’un recul et un relèvement trop accentué de la base de la langue. Herlin, comme Rouma, est d’avis que ce défaut peut s’acquérir par imitation.

Quandils’agit de causes organiques, le voile du palais peut manquer totalement, être trop court, divisé, paralysé, gêné parle gonflement des muqueuses ou la présence de polypes. L’occlusion des fosses nasales est alors nulle ou incomplète, surtout si les cavités du pharynx et du nez ont un développement exagéré, le souffle sonore pénétrant alors dans les fosses nasales. L’intervention du chirurgien peut être indispensable dans certains cas, mais il faut qu’elle soit suivie d’une rééducation orthophonique comportant des exercices de gymnastique du voile, des exercices de souffle, de phonation, d’articulation. Le résultat est d’autant meilleur que l’opération a remis l’organe dans un état se rapprochant plus de l’état normal. La diction sera toujours améliorée. Le massage du voile peut augmenter la souplesse et la vigueur de cet organe.

Si le palais est perforé complètement ou sur une certaine étendue, on peut intervenir de deux manières : poser un palais artificiel, ou pratiquer une suture. Toutes les fois que cette dernière

(1) Nous avons cité plusieurs cas de troubles acquis par contagion psychique dans un travail antérieur : Les Troubles de la parole chez L’enfant.

(2) Herlin, Eléments d’orthophonie.

est possible, elle donne de meilleurs résultats au point de vue de la parole.

Dans les cas de perforations acquises résultant d’accidents ou de maladies telles que la syphilis et la scrofule, le nasonnement disparaît souvent en même temps que la fissure qui l’avait occasionné. Il peut arriver cependant que les voyelles conservent le timbre nasillard ; on y remédie en recourant aux exercices d’orthophonie.

Le bec-de-lièvre simple, sans fissure palatine et intéressant uniquement les lèvres, ne gêne en rien la prononciation s’il a été bien opéré. Toutefois, lorsque la restauration de la lèvre est imparfaite, certaines consonnes, Jes labiales surtout, peuvent être déformées, mais il est possible de corriger ces défauts, de les améliorer tout au moins. Quand il s’agit d’une fissure du palais d’origine congénitale, après comme avant l’opération, la parole est absolument incompréhensible, l’intervention chirurgicale n’apportant aucune amélioration : les voyelles sont nasalisées et les consonnes déformées, seuls les sons nasaux m et n sont articulés distinctement. Les sifflantes elles-mêmes laissent à désirer. Une rééducation orthophonique complète est nécessaire. Les exercices de souffle, de gymnastique du voile doivent être longuement continués ; de plus, il faut étudier les divers éléments un à un, dans un ordre logique. La tâche est longue et délicate et si on n’obtient pas une guérison complète, du moins peut-on compter sur une amélioration considérable.

Le professeur Côissard (1) s’est occupé plus particulièrement du bec-de-lièvre avec ou sans fissure palatine. Il est assez partisan de la prothèse.

Bec-de-lièvre et fissure palatine altèrent profondément la phonation et l’articulation. Il y a difficulté et parfois impossibilité absolue d’émettre les explosives, p, b et les sifflantes f, v chez les sujets atteints de division labiale. Quand il existe en outre une fissure vélo-palatine, les dyslalies labiales se compliquent d’une nasalité fort désagréable qui rend la parole incompréhensible.

D’après ce qui précède, on voit que lé nasillement chez un sujet

(i) Côissard, Les Troubles de la ■parole chez les enfants atteints de malformation des lèvres et de fissures vélo-palatines.

LE NASILLEMENT ET SES CAUSES

qui paraît normalement conformé ou qui a été opéré de fissures vélo-palatines résulte le plus souvent du fonctionnement défectueux du voile.Examinons d’après les auteurs qui se sont occupés de la question dans quelles limites doit se mouvoir cet organe pour remplir son rôle.

Lermoyez a mesuré le diamètre antéro-postérieur de la voûte palatine qui doit être en moyenne de 61 millimètres chez l’adulte. Si son développement est inférieur, le voile du palais ne peut plus s’appliquer contre la paroi postérieure du pharynx et le sujet nasille.

Toutefois, il ne faudrait pas croire que le degré d’élévation du voile du palais doive être le même pour tous les sons. Czermak l’a démontré, c’est pour i qu’il est le plus accusé, puis cela va en décroissant d’après cet ordre : i, ou, o, é, a (1).

Passavanta observé que, chez certaines personnes, l’occlusion n’est pas absolue pour a, o, ou, sans que pour cela ces voyelles.subissent une altération quelconque. Mais, passé un certain degré, la voix nasillarde se produit sur-le-champ. D’après les expériences de cet auteur, il ne faut pas que l’orifice mesure plus de 28 millimètres carrés, 27 pour les consonnes et 30 millimètre en nombre rond pour les voyelles/

Les expériences de Czermak et de Passavant ont prouvé en ou : tre que la pression exercée par le voile du palais n’est pas la même pour toutes les voyelles ; elle décroît au fur et à mesure qu’on prononce les sons dans l’ordre donné plus haut : i, ou, o, é, a. lien résulte que l’a est de tous les sons celui qui devrait être le moins nasalisé, puisqu’il n’exige pas une pression trop forte ; c’est, d’ailleurs, ce qui se produit généralement.

Le Docteur Scheier (de Berlin) a étudié le jeu du voile du palais aux rayons X (2). Il est d’avis que cet organe et la langue jouent le rôle le plus important dans la phonation. De ses travaux il résulte que a est le son pour lequel le voile sq soulève le moins. Il se soulève de plus en plus si l’on passe de a à e, à o et à ou pour atteindre son maximum d’élévation avec i. Plus le ton est haut, plus le voile est relevé. Les voyelles prononcées à voix

fi) Czermak, Du rôle du voile du palais dans l’émission dés voyelles pures. (Compte rendu des Sciences de VAcadémie de Vienne, mars 1837).

(2) La Voix (nov. 1897).

haute soulèvent plus le voile que dans la prononciation à voix basse. Les voyelles et consonnes nasales ne le soulèvent que très peu. Ces données, on le voit, se rapprochent assez de celles obtenues par Czermak et Passavant.

Le Professeur Pierre Marie a observé, lui aussi, le jeu du voile du palais dans son service de l’hospice de Bicêlre sur un malade porteur d’une brèche orbito-nasale d'origine chirurgicale (1).

lia constaté la formation du bourrelet laryngien dont il a été parlé plus haut et qui vient s’accoler au bord libre du voile et observé que l’occlusion est plus ou moins complète suivant la nature du son émis. Pour les voyelles, le relèvement du voile et la projection en avant du bourrelet pharyngien varient en suivant une progression croissante de a à e, à o et u puis à i. Ces indications concordent avec celles que nous venons de rapporter. Pour les consonnes, l’amplitude des mouvements du voile dépend de la voyelle qui est associée à la consonne : elle varie pour une même consonne en suivant la loi de la progression des voyelles dans l’ordre indiqué plus haut. Il est à remarquer toutefois que l’amplitude est plus accentuée pour la consonne associée à une voyelle que si cette dernière était donnée isolément. Nous tirerons parti de cette indication dans les exercices orthophoniques qu’il convient de faire pour corriger le nasillement.

Le Professeur P. Marie a trouvé que pour une même voyelle les mouvements du voile et du bourrelet pharyngien ne varient guère, quelle que soit la consonne qu’on y associe.

Fréquence des troubles et influence qu’ils exercent. — En 1906, Rouma a fait une enquête scolaire sur la fréquence des troubles de la parole chez les écoliers belges (2). Après avoir classé les diverses blésités en 13 groupes,il trouve que le nasonnement occupe le 7 e rang (par ordre d’importance), chez les garçons avec 34 cas sur 9.155 enfants examinés et le 4 e chez les filles avec 15 cas sur un total de 5. 080 sujets observés.

En ce qui concerne les fissures palatines, Chervin a consulté les procès-verbaux des conseils de révision et ses recherches ont porté sur 10.000 conscrits examinés au point de vue médical de 1850 à 1$69. Il en a trouvé 6, 9 pour 10.000 atteints de divisions

(1) La Voix, juin 1900.

(2) Rouma, Enquête scolaire sur les troubles de la parole.

LE nasillement et ses causes

congénitales des lèvres, de la voûte palatine et du voile du palais; de plus, il a remarqué que ces affections sont notablement plus fréquentes dans la région du Nord, sans pouvoir donner une explication de ce fait (1).

Il peut arriver que la voûte palatine manque en grande partie et même en totalité : ce cas, extrêmement rare, est dénommé gueule-de-loup.

Le bec-de-lièvre atteint le plus souvent le côté gauche de la lèvre supérieure. Sur 41 sujets observés par Herlin, 38 avaient un bec-de-lièvre unilatéral gauche, 2 ün bec-de-lièvre unilatéral droit et un bilatéral, mais aucun de la lèvre inférieure, ce cas étant extrêmement rare et fort grave.

Rouma, au cours de son enquête, a constaté que les troubles de la parole sont plus nombreux chez les garçons que chez les filles, chez les anormaux que chez les arriérés simples, chez les arriérés que chez les normaux. De plus ses recherches démontrent que les blésités, surtout quand elles ont un caractère grave, sont une cause indéniable d’arriération dans les études et qu’elles ont une influence fâcheuse sur le caractère des individus qui en sont atteints. Si, parmi les dyslalies sans nombre qu’il est possible d’observer, le simple nasillement n’est pas des plus graves, puisque, d’ordinaire, il ne compromet pas forcément la compréhension de la parole et ne gêne que dans une certaine mesure les communications orales, il ne saurait en être de même des troubles résultant de fissures palatines ou vélaires, qu’on les envisage avant ou après l’opération, celle-ci ne les faisant point disparaître. Dans la majorité des cas, il s’agit de troubles fort graves pouvant entraver d’une façon complète les communications orales. Les personnes atteintes se confinent parfois dans un mutisme ' absolu ; on cite le cas d’individus qui se condamnaient volontairement au silence et ne prononçaient que les quelques mots strictement indispensables, sachant que seules les personnes de leur entourage parvenaient à les comprendre. Celles-ci, même, ne saisissent pas toujours le sens de cette parole entièrement déformée où manquent un nombre plus ou moins grand de phonèmes. Elle n’a rien d’humain. Une mère, dit-on, comprend tou-

(tj Chervix, Bégaiement et autres maladies fonctionnelles de la parole, p. 343.

Traité d'Orthophonie. g

jours son enfant : c’est vrai dans la presque totalité des cas ; cependant, il nous est arrivé de voir des mamans ayant un enfant atteint de fissure palatine déclarer : « Ma fille se fait difficilement comprendre des personnes de la famille. Moi, je saisis mieux ce qu’elle dit, Toutefois, quand elle veut exprimer des idées qui sortent de l’ordinaire ou employer des mots dont elle ne se sert pas habituellement, il m’est impossible de la comprendre. »

On se fait sans peine une idée de l’influence fâcheuse qu’exerce un trouble de cette nature, sur l’évolution intellectuelle de l’enfant qui en est atteint. C’est en écoutant ce qui se dit autour de lui que l'enfant normal acquiert des idées et les mots qui les expriment. Mais cela ne suffît point pour arriver à un développement intellectuel complet. Vient un moment où il est indispensable, pour aller plus avant, d’utiliser les connaissances acquises ep les transmettant, d’employer les mots et les formules de langage connues. Il est bien évident que les, sujets atteints de perforation palatine ou vélaire pe peuvent franchir qu’avec mille difficultés ee stade de l’acquisition de la parole.'On peut affirmer qu’ils n’y réussiraient que dans une faible mesure, si l’on ne faisait disparaître assez tôt leur imperfection.

Qn a dit que le bec-de-lièvre, avec ou sans division palatine et vélaire, était un signe de dégénérescence ;,la chose est possible; mais ce qui est hors de doute, c’est que ce défaut de l’organe phonateur exerce une influence désastreuse sur le développement des facultés intellectuelles. Les sujets jeunes qu’il nous a été donné de voir étaient pour la plupart arriérés de deux ou trois ans, non seulement dans leurs études, ce qui se conçoit sans peine, mais aussi dans leur développement psychique.

Les gens intelligents, en général, savent mieux pallier une parole défectueuse que les faibles d’esprit qui ne tirent pas le meilleur parti possible de leur organe, même défectueux, ou ne comprennent pas l’état d’infériorité où les place leur infirmité,

Traitement orthophonique. — Etant donnée l’influence fâcheuse qu'exercent les troubles dont nous nous occupons, il importe d’y remédier si la chose est possible. Or, l'est-elle ? Oui, tous ces défauts, y compris les cas d’insuffisance ou d’exagération

TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

vélaire, mais excepté ceux de paralysie do toile toutefois-, sont justiciables d’un traitement orthophonique rationnel. D’ordinaire il est d’assez longue durée, surtout si l’en veut qu’il produise tous ses effets. Il est impossible de fixer une durée précise, ear il faut tenir compte de la gravité du trouble, du plus ou moins de fréquence des exercices, de l’attention qu’apporte l’élève au cours du traitement et de la façon dont il s’observe en parlant, autant de choses qui varient d’un sujet à l’autre. D’une manière générale, il faut compter au moins six mois, et, dans certains cas, un an, voire même dix-huit mois d’un travail sérieux et d’une application soutenue. La tâche est double en somme : il s’agit tout d’abord de faire disparaître des habitudes vicieuses, parfois profondément enracinées et ensuite d’en contracter de nouvelles ; quelques semaines de travail ne sauraient Suffire.Si dans certains cas la déchéance de la parole est excessivement rapide, on sait, d’autre part, combien son acquisition et le moindre perfectionnement coûtent d’application et de ténacité. Avec le temps,l’amélioration sera toujours certaine et très appréciable, mais il arrivera parfois, surtout dans le traitement post-opératoire des fissures, qu’on ne pourra faire disparaître toute trace de nasonnement. Il vaudrait mieux, certes, qu’il en fût autrement, mais dès l’instant où la parole, de confuse et incompréhensible qu’elle était primitivement, devient intelligible pour tous, il faut s’estimer heureux et se contenter d’un résultat aussi satisfaisant. Ce n’est pas seulement notre opinion que nous reproduisons ici, mais celle de tous les maîtres qui se sont oecupés de la question. Voici du reste ce que Chervin dit à ses élèves opérés de fissures : « Je me charge dfe vous apprendre à prononcer clairement et distinctement toutes les voyelles, toutes les consonnes ; je vous donnerai un langage aisément compréhensible, mais je n’espère pas faire disparaître entièrement le nasonnement; il diminuera considérablement d’intensité, mais vous parlerez toujours du nez. En un mot, vous ne parlerez jamais comme tout le monde (1). »

Nous allons voir en quoi consiste le traitement orthophonique. Le bec-de-lièvre simple, c’est-à-dire sans fissure palatine ou vélaire, met obstacle à la prononciation des labiales p, b, m. Lors- (1) Chervin, Bégaiement et autres maladies fonctionnelles de la ■parole,

13f drouot. — Nasillement, bec-de-lièvre : fissure palatïne

qu’il a été bien opéré, la prononciation redevient normale. Tout au plus est-il nécessaire de faire quelques exercices de gymnastique labiale afin de donner aux lèvres la souplesse qu’elles doivent avoir pour remplir convenablement leur rôle. Nous verrons dans la suite en quoi consistent ces exercices. Quand la restauration de la lèvre est imparfaite, il peut arriver que certaines consonnes soient déformées, les labiales surtout, mais il est possible de corriger ces imperfections, de les améliorer tout au moins.

En ce qui concerne le nasillement, il y a lieu d’établir une distinction entre le nasillement simple produit par le mauvais fonctionnement d’un organisme normal et le nasillement qui résulte d’imperfections de l'organisme : perforation du palais ou du voile, insuffisance ou exagération vélaire, etc. Ge dernier cas est le plus grave ; il exige un traitement ordinairement plus long et nous venons de voir qu’on n’obtient parfois que des résultats incomplets, quoique très appréciables.

Les exercices qu'il convient de faire pour amener la disparition du nasillement sont les mêmes que ceux employés couramment pour enseigner aux sourds-muets les sons nasaux. Les professeurs de sourds-muets sont donc aussi qualifiés que quiconque pour intervenir dans la correction de ces troubles. Herlin et Coissard, deux professeurs de sourds-muets,ont décrit dans leurs ouvrages (1) ces diverè procédés ; nous ne ferons que les rappeler en y ajoutant toutefois les réflexions que la pratique nous a suggérées.

Tout d’abord, il faut examiner l’élève au point de vue physique et intellectuel; s’enquérir' auprès de l’entourage de la manière dont s’est opérée l’acquisition du langage, de l’âge où l’enfant a commencé à parler. Il faut voir si sa santé est bonne, s’il n’a pas besoin d’être fortifié. L’organe nasal doit être l’objet d’un examen approfondi : il importe de voir si la langue et les lèvres fonctionnent normalement ; si la respiration est suffisante ; si le sujet sait respirer et employer à la phonation l’air qui s’échappe des poumons. On peut même, en utilisant le spiromètre, calculer, d’une part, le volume d’air inspiré, et, d’autre part, la quantité qui, en s’échappant par le nez, communique à la parole son timbre

(!) Ouvrages précédemment cités.

TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

nasillard. Voici de quelle façop procède Coissard. Après une profonde inspiration, on fait souffler l’élève dans le spiromètre, en ayant soin de lui pincer les narines pour que tout l’air s’échappe par la bouche et on note la quantité rejetée. Après quelques instants de repos, on recommence l’expérience sans pincer les narines cette fois. L’occlusion pharyngo-palatine étant incomplète, une partie de l’air emmagasiné dans les poumons s’échappe par le nez, et on trouve que la quantité d’air expulsée est moindre. La différence entre le premier nombre et le second représente précisément la quantité d’air qui s’est échappée par le nez. On peut, au cours du traitement, recommencer cette expérience afin de voir si une amélioration se produit.

L’état de la dentition ayant son importance, il faut faire retoucher cette dernière si le besoin s’en fait sentir.

En ce qui concerne l’examen intellectuel, il ne faut pas s’en rapporter toujours au dire des parents qui, la plupart du temps, sciemment ou inconsciemment, font leur enfant plus intelligent qu’il ne l'est en réalité ; d’ailleurs, deux ou trois séances permettront de remettre les choses au point, et de s’en faire une idée à peu près exacte.

Cela-fait, on doit procéder à l’examen détaillé de la parole. Tout d’abord, pour se rendre compte des progrès qui seront réalisés ultérieurement, il est bon, ainsi que le conseille Coissard, d’enregistrer au moyen du phonographe et avant tout traitement, la façon vicieuse de s’exprimer.

On passe ensuite en revue les trente sons de la langue, voyelles et consonnes. Le meilleur moyen consiste à les faire prononcer isolément, puis incorporés dans des syllabes ou des mots aussi courts que possible, en ayant soin de noter au fur et à mesure toutes les imperfections qu’on relève.

Une fois en possession d’indications précises sur le nombre des éléments défectueux, on commence le traitement orthophonique proprement dit.

Au cas où la quantité d’air introduite dans les poumons serait insuffisante, il faut développer la capacité pulmonaire au moyen d’exercices respiratoires accompagnés de mouvements des bras qui favorisent le développement delà cage thoracique. L’inspiration qui peut être plus ou moins prolongée s’effectue, tandis que

le sujet élève les bras horizontalement où verticalement, et l'expiration, dont la durée doit être plus longue que celle de l’inspiration, a lieu tandis que les bras reviennent dans la position normale, c’est-à dire les mains contre les cuisses. Il est possible de varier eés exercices quant aux mouvements des membres supérieurs qui les accompagnent

Les sujets atteints de nasillement ayànt une tendance à rejeter l’air expiré par le nez, puisque leur défaut n’a pas d’autre cause* il faut leur apprendre à expirer par la bouche seulement.

On y parvient au moyen dés exercices suivants :

a) Faire souffler sur une feuille de papier tenue devant la bouche de façon à ce qu’elle oscille. Eloigner la feuille de plus en plus afin d’obliger le sujet à faire des efforts qui le forcent inconsciemment à relever le voile du palais.

b) Faire tourner un petit moulin en papier en soufflant dessus. Avoir soin de l’éloigner de plus en plus.

c) Faire rouler de la même manière une bille plus ou moins grosse placée sur une table ou mieüx encore dans une règle longue de deux mètres environ, munie d’une rainure. Au cas où la règle ne serait pas graduée, on marque sur le bord au moyen d’ufl tràit de craie lès endroits où la bille s’arrête afin que l’énfànt voie s'il fait deS progrès. Il est évident que moins il s'échappe d’air parle nez, plus le courant d’air büccal est violent et plus la bille est poussée loin. Pour augmenter la difficulté* On peut, au lieu de tenir la règle horizontale, l’incliner légèrement, de façon que la partie la plus basse soit vers la bouche de l’élève.

d) Faire gonfler de petits ballons en bâüdruché en une seule émission de souffle.

e) Faire souffler sur un morceau de bouchon suspendu à un fil afin qu’il oscille, ou bien encore sur un mdrceau de duvet qu’on maintient le pliis longtemps possible dans l’air en le faisant voltiger.

/) Faire éteindre une bougie posée sur une tablé OU tenue à la main à des distances de plus en plus grandes. Pour commencer on peut se servir d une petite lampe à essence, genre Pigeon, qui s’étéint plus facilement qu’une bougie. On peut faire souffler â l’aide d’un tube en verre long d’une vingtaine dé centimètres, afin que l’élève n’utiiisè point pour éteindre la flamme, surtout

TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

quand elle est peu éloignée, l’air qui s’échappe dès narines. On peut encore faire tenir couchée le plus longtemps possible sans l’éteindre la flamme d’une bougie eu soufflant dessus. Pour réussir, le sujet éàt obligé de modérer et de régler le débit de son Souffle, autant de choses qui ont une très grande importance.

g) Faire des bulles de savon. Cet exercice he doit intervenir qu'en dernier lieu, car il présente plus de difficultés que lés précédents. 11 exigé ën effet uh débit régulier et inésüré du soufflé, lequel hé doit être ni trop fort ni trop faible : il faut surtout qüé l’écoulement de l’air s’effectue par la bouche seule, car si là voie nasale n’èstpas complètement fermée, il est impossible de former des bulles d’uhe certaine grosseur. Si le sujet y réussit; C’est la preuve que son voilé fonctionne convenablement, qUe ce dernier peut remplir son rôle d’obturateur des fosses nasales dans la fonction phonatrice et que toute trace dé nasillement doit disparaître. Malheuréusement, si la restauration chirurgicale laisse à désirèr — et ce n’est pas nécessairement la faute de l'opérateur qui fait parfois ce qu’il peut —il n’èst pas toujours possible d’arriver â uii résultat aussi beau.

Ces divers exercices de souffle convenablement faits ét combinés avec les ëkèfciceS dë parole dont nous parierons dans là Stïite suffisent pour faite disparaître le simple üàSiUéînëht; mais lorsqu’il s’agit du traitement orthophonique post-opératoire du becde-lièvre avëe bu sans divisions palatinés ët vëlâirës; il faut èncore assouplir la langue ët lés lèvréS pour hiettré ëës organes en état de rémplir lé rôle qu’ils doivent jouer dans l'articulation. Il arrive que les lèvres, même quand le bec-de-lièvre se réduit a là perforation du voile ou du palais; ët alors qü’ëllës sôht indefianès, manquent de force; nous avons vu des sujets "qui étaient ihcàpàblés de tenir avec les lèvres uh objet même léger; Un crayon, par exemple. On y remédie en faisant exécuter des ëkérCices d'allongement des lèvrés, dë recul dés commissures, en faisant tenir des Objets dë plus en plus lourds, un cràyoh, un porte-plüiné, Une règle, une cuiller, etc., et cela pendant un temps de plus en plus long. On petit aussi opérer dés massages qui donnent àuk musclés dés lèvres de la force et de là souplessé.

Chez léS Sujets atteints de fissures vëlo-pâlâtinès lés musclés de là langue manquent, eux aussi, dëforfcë ét desôüplessë. ParîdiS

136 DROUOT. — NASILLEMENT. BEC-DE-LlÈVRE : FISSURE PALATINE

même, cet organe est hypertrophié. Après l’opération, comme la langue évolue dans un espace plus restreint, elle se trouve gênée dans ses mouvements et il est indispensable de faire son éducation. Assez souvent elle occupe pendant le repos et même au cours de la phonation une position anormale. Elle devrait, dans le premier cas, être posée sur le plancher de la bouche, la pointe derrière les incisives inférieures ; or, il arrive que son extrémité a une tendance à se porter vers le palais ; cela vient, nous l’avons dit plus haut, de l’habitude qu’elle avait avant l’opération de se diriger vers la fissure. .

Les exercices à faire avec la langue sont les suivants :

a) Sortir cet organe de la bouche, puis le rentrer le plus possible, la pointe en haut ou en bas, en bas de préférence, surtout si le défaut que nous venons de signaler existe.

b) Sortir la langue de la bouche et porter sa pointe en haut f dans la direction du nez; en bas, vers le menton; à droite et à gauche.

c) La langue étant tirée le plus possible et la bouche grande ouverte, lui faire exécuter un mouvement de rotation de droite à gauche ou vice-versa, en suivant le contour des lèvres.

d) Exercer avec l’index une certaine pression sur la pointe de la langue. Celle-ci repoussera le doigt comme pour l’empêcher de pénétrer dans la bouche.

Nous allons nous occuper maintenant de la correction des éléments phonétiques défectueux. Il ne faut pas attendre pour commencer que tous les exercices dont il vient d’être question soient terminés.

Grâce à l’examen préalable qui a été fait, on a divisé les éléments phonétiques en trois groupes : 1° les phonèmes corrects et exempts de nasillement; 2° les éléments plus ou moins défectueux ; 3° ceux qui manquent totalement.

En général, il faut partir des sons convenablement émis pour passer aux "éléments défectueux et les obtenir aussi purs que possible.

Tous nos efforts doivent tendre à ce que le voile du palais arrive à son maximum de relèvement. Il faut pour cela obtenir que le dos de la langue et le voile du palais soient très écartés, c’est-à-dire abaisser le premier organe et relever l’autre. Pour y

TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

parvenir, Herlin. indique les procédés suivants : Faire respirer violemment, la bouche très ouverte. Le puissant appel d’air qui en résulte relève fortement le voile du palais et creuse la partie postérieure de la langue. Si le voile du palais n’exécute pas suffisamment son mouvement ascensionnel, on ouvrira très fort la bouche en se regardant dans le miroir, on ne tardera pas à bâiller et alors le voile atteindra son maximum d’élévation. Cet exercice, répété un grand nombre de fois, finit par produire ses effets.

Quand le but est atteint, on passe aux exercices suivants qui doivent être faits, eux aussi, devant le miroir : 1° La bouche étant très ouverte,la langue et le voile du palais placés comme il est dit plus haut, on prononcera a fortement et longuement ; 2° tout en émettant ainsi le son a, on lèvera lentement la pointe de la langue vers les gencives des incisives supérieures (en prononçant a , on empêche la partie postérieure de la langue et le voile de se déplacer); 3° on opère comme au 3 e exercice, en supprimant l’émission de la voyelle; 4° on répète le 3 e exercice en ajoutant une expiration non sonore d’abord, puis sonore légèrement. Un e faible se fera entendre dont on augmentera la force.

On peut aussi faire prononcer avec force les explosives p et t, suivies d’une voyelle : la syllabe prononcée purement, on fait prolonger la voyelle, puis on l’isole : le violent appel d’air nécessité par une brusque et puissante explosion du souffle contraint souvent le voile du palais à se relever suffisamment. Dans les cas peu graves, il suffit parfois de parler très haut pour augmenter la pureté du son.

Lorsque tous les éléments sont défectueux, et alors les consonnes peuvent être nasalisées, le traitement est plus long et plus compliqué.

En pareil cas, il n’est pas inutile de faire intervenir le toucher, car souvent l’oreille, faussée à force d’entendre des éléments défectueux, est incapable de distinguer un phonème pur d'un phonème altéré, un u nasalisé d’un u normal, par exemple. Pour cela il faut-faire poser l’index de l’élève sur le nez du professeur, tandis que celui-ci prononce successivement un u naturel, puis un u nasal et faire observer que dans le premier cas il n’existe pas de vibrations. Cela fait, l’élève reporte son index sur. son propre nez

tandis qu’il prononce à Son tour la voyëllé u ; il doit s’appliquer à faire disparaître lès vibrations qui sé produiraient. Il n’est pas douteux que s’il y réussit, l’u qu’il émettra sera parfaitement pur.

On peut également faire placer un miroir soiis les narines pendant qu’on émet les voyelles buccales. Si l’occlusion des fossés nasales est parfaite, la surface du miroir conserve son éclat ; au contraire, si une portion du soufflé, si petite Soit-elle, s’échappe pâr les narines, la surface du miroir s'ê trouvé momentanément ternie par le courant d’air chaud qui vient la frapper. L’élève doit faire en sorte que ië miroir conserve sa netteté.

L’œil peut aussi fournir d’utiles indications. LëproféSSeiir,placé devant une glacé, prononce en relevant légèrement lâ tété une voyelle Ouverte, là voyelle a, qui est la plus Ouverte de toutes, puis sa correspondante nasale an. Une bougie à la main, il éclaire son orifice buccal. Si l’élève regarde par-deSsüs l’épaule du maître, il apercevra l’image parfaitement éclairée de sà bouche et verra sans peine le jeu du voilé qui s’abaisse pour an et sè relève pour a. A son tour il prendra la bougie, sè placera devant la glace et s’efforcera d’obtenir lé relèvement dü voile tel qü’il l’a observé précédemment. Peut-être ne réussira-t-il pas du premier coup; mais, après quelques essais, assez souvent il parviendra, sans trop de peine, à imiter cette gymnastique èt à prononcer convenablement des sohs qu’il nasalisait auparavant.

Hêriin conseillé de toucher le voile du palais ave'c un fil de fer recourbé soigneusement recouvert de gutta-pèrcha, lé contact détermine un mouvement réflexe d’élévation, En répétant cëttë opération un certain nombre de fois, grâce à la mémoire musculaire, lè déplacement finit par s’effectuer sous l’inflUencë de la volonté. Alors, lè vOile étant convenablement rëlevé, on éXer'cê l’élève à expirer fortement la bouche grande ouverte, la langue étëndüë sur le plancher de la bouché. Puis â cétté expiration On ajouté les vibrations des cordes vocales h — a, puis à sans expira ratiün préalable.

A notre avis, on ne doit recourir à ce moyen que si les autres Ont échoué, Surtout s’il s’agit d’enfants jeunes. Car sOn emploi, plutôt désagréable, pourrait faire prendre les exercices en dégoût,

Afin de montrer ce que doit être l’éducation orthophonique dans le traitement du nasillement, nôus allons indiquer les prih-

TRAITEMENT ORTUOPllONIOl'É

cipaüx exercices qui -ont été fai!s par ï’ijn dé bôs élevés, une jéiinfe fille dé 8 ans, alteinfe de division vêlo-palâtihe grave, qui avait été opérée à deux reprises, la première intervention chirurgicale étant demeurée sans effet. La parole de celte enfant était absolument incompréhensible avant comme apres la restauration. Elle parvint néanmoins à s’exprimer d’une façon très nette aü bout d’une année de traitement. L’examen préalable nous avait indiqué le son a comme étant le meilleur de tous. Nous commençâmes par l’améliorer en le faisant attaquer énergiquement après une inspiration convenable et en recourant au toucher, ainsi qu’il a été dit précédemment. Gela fait, nous c'ôntinuâhiès par les exercices suivants :

Prolonger le son a après une attaque énergique qui relève fortement le voilé du palais.

Faire tenir le son a durant la première moitié de l'expiration, puis le faire répéter deux ou trois fois durant la secondé moitié, en veillant à ce que le voile du pâlais reste soulevé, à chaque éxpiration, durant de 4 à 5 secondes.

Faire répéter un certain nombre de fois lé son a au cours d’une expiration en tenant le voile du palais relevé.

Quand le son a est cbnvenabiemerit donné, que l’émission soit longue ou brève, on l’associe aux consonnes en ayant soin dé commencer par les meilleures, les plus défectueuses ne devant venir qu’en dernier lieu.

A la voyelle a nous associâmes le phonème o : ao, en faisant en sorte que le son o succédât au son a sans interruption et qiië i’émission totale durât environ 5 sec'ohdes. Ce temps peut être légèrement accru dans la suite. Quand on le juge à propos, oh fait donner le son o isolément, prolongé d’abord, puis répété un certain nombre de fois, ainsi qu’il a été fait pour la voyelle a.

Après A'o nous étudiâmes successivement ou, é, è, i, eu, û, èn procédant de la même manière.

Quand plusieurs voyelles sont bonnes, on peut les assembler soit en passant de l’une à l’autre sans interruption : aoé, ou bien, au contraire, en laissant un léger intervalle entre a et o, o et é, mais èn ayant soin que le voile,du palais se maintienne relevé tout le temps que dure l’exercice.

Dès qu’un ou deux éléments voyelles sont émis avec pureté,

on peut faire de la syllabation en les associant aux consonnes correctes. Les articulations défectueuses doivent être corrigées au fur et à mesure ; de plus il faut enseigner celles d'entre elles qui seraient inexistantes.

Il est bon de mettre la voyelle en tête de la syllabe pour commencer. En admettant que les coiisonnes l, ch, r, soient bonnes, on aura successivement.

ala, acha, ara ; al, ach, ar ;

puis lala, chacha, rara ;

lacha, lara, racha, rala, etc.

En règle générale, il ne faut s’attaquer à un élément nouveau que quand ceux étudiés précédemment sont corrects et émis sans difficulté.

D’ordinaire les labiales, en particulier les explosives p, b et les sifflantes f, v, sont parmi les plus défectueuses ; il ne faut les attaquer qu'après avoir fait les exercices des lèvres indiqués plus haut, ainsique les exercices de souffle. Au lieu de les faire émettre isolément, pour commencer, il est préférable de les associer à la voyelle la meilleure, en ayant soin de placer cette dernière en tête de la syllabe : ap.

La voyelle doit être attaquée avec fermeté, afin que le voile du palais soit bien relevé, il faut avoir soin de la prolonger, surtout au début ; l’explosive, elle, doit être émise avec force. Quand ce premier exercice est bien exécuté, on peut faire émettre plusieurs fois l’articulation p : ap p p, cela d’une seule émission de souffle, et de telle sorte que le voile du palais demeure relevé tout le temps que dure l’exercice.

On continue par les exercices suivants : dpa-apapa-apa pa paapap.

On procède de même avec les explosives b, t, d, puis on fait entrer ces divers éléments dans un même exercice: apaba-apata atapa-atada, etc.

Il est évident que l’ordre de ces exercices peut et doit même varier suivant les sujets. En règle générale, il faut aller du plus facile au plus difficile ; c’est au professeur de voir quel exercice doit passer avant tel autre.

"TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

Ces exercices ne doivent pas être de trop longue durée, surtout s’il s’agit d’enfants jeunes dont l’attention se fatigue vile ; il faut les faire courts ou bien avoir soin de les couper par des repos. De cette façon on parvient à maintenir l’attention en éveil et le travail est ainsi plus profitable.

On peut continuer par les exercices suivants :

ârla, arlo, arlou, arlè, arlé, arli, arleu ;

oi, foi, choi, loi, roi, voi, joi ;

oif, oich, oil, oir, oij ;

floi, froi ;

ouè, fouè , joué, roué.

Il est alors possiblede donner des mots simples, usuels, formés d’éléments déjà étudiés et prononcés correctement.

Voie, la foi , le choix, la loi, le roi, la voix, la joie, la voile, voir, avoir, le lavoir, le fouet, le rouet ; puis de petites phrases :

Voie vole, la voilà, le voilà, te voilà, va voir, il a froid, e'ie a froid, je le vois, je la vois.

Dans ces exercices, comme dans les précédents, il faut surveiller la respiration et avoir soin de faire respirer convenablement avant l’attaque du son. L’élève doit s’exprimer lentement et modérer son débit ; les sujets dont nous rous occupons ont, d’ordinaire, une tendance à parler trop vite, il leur semble qu’en agissant ainsi ils éprouvent moins de difficulté, mais ce qui est hors de doute, c’est, que leur parole n’en est que plus incorrecte.

En dehors des exercices, surtout dans les débuts, les élèves doivent parler peu, seulement quand cela est absolument nécessaire ; ils doivent être surveillés de près, et on ne leur permettra de parler davantage qu’au fur et à mesure des progrès, quand ils sont en état de le faire d’une façon convenable.

L’articulation s est d’ordinaire assez difficile à obtenir. Cela vient de ce que l’orifice buccal étant en partie fermé, l’air emmagasiné dans la bouche est à une certaine pression et il a une tendance à s’échapper par le nez si la voie nasale est incomplètement fermée.

Voici l'ordre qu’il est préférable de suivre dans les exercices ayaut pour but la correction de cet élément : asa-aso-asou-asè-asé-asi-aseu-asu as-asasa-asoso-asousou sa-asa-as so-oso-os.

Quand la sifflante s estconvenablement donnée^ on fait les mêmes exercices avec la correspondante sonore s. Dans un exercice de récapitulation od entremêle les éléments s et. z. saza-zasa-sazo-zaso, etc.

On fait ensuite prononcer des mots renfermant l’une ou l’autre de ces articulations :

l'oiseau, la chaise, le. sol, le passage, et on étudie spécialement les liaisons :

ces oiseaux, ces habits, etc.

Ce que nous venons de dire des consonnes.s et z s’applique assez souvent .à la labiordentale f et à sa correspondante sonore v, dont l’émission est souvent défectueuse, l’air s’échappant en partie par les narines.. Il suffit de faire des exercices identiques.

On ne doit pas. craindre de revenir sur les exercices déjà faits et de revoir les phonèmes déjà étudiés.

On peut, par exemple, étudier les dissymphones : oi, iq, io, iou, iè,. ié, ieu, iu, ua, uo, oua, o.n'e, oui,etc.:, faire émettre trois ou quatre voyelles différentes en une seule émission de souffle. : aoé —■ aci — aua en commençant toujours par la voyelle la plus correcte.

Les sons nasaux an, on, in, un et les. consonnes nasales in v n, gn, en raison même de la facilité avec laquelle elles sont données, ne doivent pas intervenir trop tôt ; il faut attendre que l’élève sache faire mouvoir à sa guise le voile du palais et donner soit les sons buccaux a, o, è, eu, soit leurs correspondants nasaux an, on,in, un.

Les exercices suivants, lorsqu’ils sont bien faits, donnent d’excellents résultats.

Donner a an a d’une seule émission de voix, en ayant soin que les sons se lient, puis an- a an — a on a — on a on — è in è — in è in — eu un eu — un eu un.

TRAITEMENT- ORTHOPHONIQUE 143

Quand cet exercice est exécuté convenablement, on peut le reprendre en détachant cette fois les sons, mais en lesdonnant d’une seule émission souffle.

On fait entrer les sons nasaux dans des syllabes. a, an , o, on, ê, in, eu, un pa, pan, po.pon, pè, pin, peu, pun ta,'tan, lo, ton, te, tin, te, tun, etc, papan, po.pon, pépin, pepun, etc.

apan, opon, èpin, eupun, etc.

amp, omp, imp, unp, etc.

Enfin il est possible de. faire prononcer des mois, puis des phrases contenant des sons nasaux.

. Il arrive assez souvent que, mêipe après la restauration,les sujets atteints de fissures palatines ou vélaires ne donnent point le c dur et son correspondant gu, et l’on comprend sans peine combien doit être incompréhensible une parole où manquent ces deux phonèmes qui sont parmi les plus employés- Ce n’est pas toujours chose aisée que de les enseigner. Pour réussir, il faut commencer par assouplir la langue au moyen d'exercices spéciaux afm que sa base puisse s’appliquer contre le palais et intercepter momentanément le courant d'air ; on sait, en effet, que les explosives c et gu se produisent au moment ou la langue se détache du palais: ce mouvement étant complété par un léger abaissement de la mâchoire inférieure.

Cela fait, on étudie les articulations c et gu prises isolément, puis on fait des exercices de syllabation où elles figurept dans les différentes positions qu’elles peuvent occuper : au commencement de la syllabe, au milieu ou à la fin :

ca, co, cou, etc. ; aca, aço, acou, etc. ; ac, oc, etc. ga, go, gou, etc. ; aga, ago\ agou, . etc. ; ag, og, etc. cap, cop, coup, etc, ; pac, poc, pouc, etc.

gap, gop, guèp, etc. ; bag, bag, bègu, etc.

Reste à unir les articulations c et gu aux consonnes l et v.

cia, cio, clou, e te. ; acla, aclo, aclou, etc. ; acl, oçl, ouel, etc.

gla, glo, glou, etc. ; agio, agio, agluu etc. ; agi, ogl, ougl,e te.

cm, cr-o, crou, etc. ; acra, acra, acrou , etc. ; acr, ocr, oucr, etc.

gra, gro, grau, etc. ; agra, agro, agrou, e te. ; agi', ogr, ougr, etc.

clac, cloc, cloue, etc. ; crac, croc, crouc, etc. glac, gloc, glouc, etc. ; grac, groc , grouc, etc. cacl, cocl, coucl, etc. ; Cacr, cocr, coucr, etc. cagl, cogl, cougl, etc. ; cagr, cogr, cougr, etc.

La consonne x se prononce tantôt es, tantôt gz, il convient de faire quelques exercices sur ces deux dissymphones. csa, cso, csou, etc. ; acs , ocs, oucs, etc.

gsa, gso, gsou, etc. ; cza, czo, czou, etc.

Il faut également étudier les dissymphones les plus employées, surtout celles où figurent des .explosives qui, nous l’avons dit, sont parmi les sons les plus défectueux :

pla, plo, plou, etc. ; api , opl, oupl, etc.

bla, blo, blou, etc. ; abl, obi, oubl, etc.

apla, aplo, aplou, etc. ;abla, ablo, ablou, etc, pra, pro, prou, etc. ; apr, opr, oupr, etc.

tla, tlo, tlou, etc. ; dla, dlo, dlou, etc.

Comme toujours, après ces exercices, on doit faire prononcer des mots, puis des phrases où figurent les éléments enseignés.

Quand tous les sons de la langue ont été successivement étudiés, la tâche n’est pas encore achevée ; il faut continuer par des exercices de lecture à haute voix, très courts au début et préparés avec soin. Voici en quoi consiste cette préparation : on doit les lire tout d’abord à voix basse, en soulignant d’un trait de crayon les passages qui présentent quelque difficulté. Cela fait, on les reprend à haute voix, en parlant avec lenteur et d’une façon distincte. On peut ensuite faire apprendre des leçons à haute voix, des morceaux de récitation, faire conjuguer des verbes, décrire des images, converser sur des sujets simples et connus de l’enfant. Toute faute doit être redressée sur-le-champ. Des exercices de chant et de solfège peuvent avoir leur utilité à la condition d’être convenablement surveillés, mais nous ne saurions donner le conseil de faire apprendre une langue étrangère tout de suite aprèsle traitement orthophonique, ainsi que voulait le faire la mère d’un de nos élèves.

On se rend compte du temps considérable qu’exigent tous ces exercices et on comprend sanspeinequ’un travail aussi compliqué et minutieux ne peut être l’œuvre de quelques semaines. Mais

TRAITEMENT ORTHOPHONIQUE

l’important n’est-il pas d’arriver à un résultat, de rendre à la vie de famille et à la société un individu qui, sans notre bienfaisante intervention, eût été obligé de vivre à l’écart.

En ce qui concerne l’âge où l’opération doit être faite, les auteurs sont loin d’être d'accord ; les uns disent 16 ans, les autres 8 jours. Trélat, qui s’était acquis une grande réputation dans le traitement des fissures palatines, après avoir écrit toutd’abord qu l’âge de 3 ou 4 ans était le meilleur, a constaté dans la suite des inconvénients de toutes sortes à une intervention hâtive : ils’aperçut notamment qu’il est impossible d’avoir aucune prise sur ces enfants pour l’éducation du langage ; aussi conseilla-t-il ensuite la septième année, qu’il s’agisse de malformations staphyliennes ou palatines congénitales. D’après lui, l’opération est d’autant mieux supportée et plus sûre que l’âge est plus avancé. Cet auteur a laissé entendre que des exercices orthophoniques pouvaient avoir leur utilité avant l’opération. Certes, il ne serait pas impossible d’améliorer quelque peu la parole, de la rendre plus distincte, plus compréhensible même avec les fissures, mais il est préférable d’attendre, pour intervenir, que la restauration soit faite, puisqu’à ce moment il faut procéder à une rééducation complète et étudier tous les éléments.

Chervin estime que l’époque la plus convenable est entre 8 et 10 ans, à cause de l’effort d’intelligence et d’attention qu’on demande aux jeunes opérés pour la correction du langage.

Herlin est d’avis qu’il faut commencer le traitement aussitôt que possible et profiter de ce que les organes sont souples et les mauvaises habitudes pas trop profondément enracinées. Ce professeur s’est occupé d’un jeune enfant de 4 ans à qui sa mère faisait répéter les exercices de souffle pendant 5 à6 minutes par jour. Il obtint des résultats remarquables, bien que l’opération eût été faite à trois reprises. Les voyelles buccales étaient très pures, seules les explosives laissaient à désirer lorsque le sujet était très animé.

A notre avis, 4 ans est un peu tôt ; si nous nous plaçons uniquement au point de vue orthophonique, il est préférable d’attendre l’âge de 6, 7 ou 8 ans, en raison de l’application et de l’effort que le sujet doit fournir. Cela peut varier suivant les dispositions de chacun, mais, d’une façon générale, 7 ans est l’âge qui nous Traité d'Orthophonie. 10

paraît le plus convenable, qu’il s’agisse d’un simple nasillement ou de défauts résultant de malformations.

S’il y a eu intervention chirurgicale, il ne faut pas trop tarder après l’opération et mettre à profit, ainsi que nous le disions autre part(l), l’époque où l’enfant apprend à lire et à écrire pour lui faire acquérir des habitudes nouvelles. Le moment est des plus favorables. « Les images auditives et kinesthésiques verbales étant faussées, il faut essayer de les rectifier à l’instantoù de nouvelles images— visuelles et kinesthésiques, graphiques —vont s’installer, afin que le tout forme un ensemble parfait. La lecture et l’écriture, convenablement enseignées, peuvent, en effet, venir en aide à la parole et contribuer à la corriger. »

Conclusions

En résumé, le nasillement simple, qu’il résulte de causes organiques ou pathologiques, de malformations delà partie supérieure de l’appareil phonateur ou, simplement, du jeu défectueux du voile du palais, peut disparaître grâce à des exercices orthophoniques appropriés et bien conduits. Dans les cas les plus .graves, on obtient, .sinon la disparition totale du défaut, du moins une amélioration très notable, qui contribue à rendre la parole plus nette et par conséquent plus compréhensible.

En ce qui regarde les défauts résultant du bec-de-lièvre, avec ou sans perforation palatine, nasillement et blésités diverses, ils sont justiciables, eux aussi, du traitement orthophonique postopératoire. Lorsque la restauration est parfaite, il ne reste plus trace des troubles qui rendaient la parole incompréhensible avant l’intervention chirurgicale ; lorsqu’elle laisse à désirer — ce qui n’est pas toujours et forcément la faute de l’opérateur — il subsiste un léger nasillement, les blésités disparaissent ou sont très atténuées et la parole s’en trouve à ce point améliorée,qu’elle devient compréhensible pour tout le monde, alors qu’auparavant seules les personnes habituées à l’entendre journellement pouvaient en saisir le sens.

L’opération chirurgicale n’apporte aucun changement notable aux troubles de la parole, seul le traitement orthophonique peu en avoir raison.

fl) Les troubles de la parole chez l'enfant.

Voix infantile

PAR

Gustave BINON

Définition. — La voix infantile est souvent désignée sous le nôm de voix eunuchoïde , voix de fausset , voix de tête.

L’expression de- voix eunuchoïde est aujourd’hui à peu près abandonnée, comme n’étant pas exacte et justifiée. En effet, l’examen des sujets ayant ce défaut de voix montre que le développement de l’appareil sexuel est régulier et, en tout cas, cette explication ne serait pas valable pour les femmes qui peuvent aussi avoir une voix infantile.

Cependant, remarquons que si ce défaut de voix est assez fréquent chez les jeunes garçons, il est exceptionnel chez les jeunes filles. Le contraire paraît se présenter pour la raucité vocale : au cours d’orthophonie, j’ai eu à examiner beaucoup plus dejeunes filles atteintes de raucité que de jeunes garçons.

Description. — « La voix infantile est caractérisée par une hauteur anormale des sons coïncidant avec leur défaut d’intensité. Cette voix n’est pas celle des soprani fonctionnant de l’ut 3 à l’ut 3 , voix forte et ne s’échappant pas au-dessus des limites physiologiques de la voix humaine. Ce n’est pas non plus la voix sans intensité , mais de hauteur normale, de ceux qui ont, à titres divers, leur soufflerie pulmonaire compromise.

« Ce n’est pas la raucité vocale, car la.raucité ne touche qu’au timbre et respecte la hauteur comme l’intensité (1). »

Il suffit d'avoir entendu une fois cette voix désagréable autant que ridicule pour ne point la confondre avec les autres défauts de la voix. Elle est quelquefois si suraiguë, si flutée qu’on pourrait croire que la personne le fait exprès.

Si vous observez cette personne au moment où elle parle, vous la voyez rejeter la tête en arrière, le larynx remonte sous la (i) Castes, Maladies de la voix.

us

BINON. — VOIX INFANTILE

mâchoire inférieure, les narines légèrement serrées ne laissent passer que peu de souffle, la langue’'généralement épaisse et large se retire en arrière, se contracte à sa base et devient convexe ; tout cet ensemble vous donne l'impression d’une contracture générale et bien caractérisée de l’appareil phonateur.

Le sujet atteint de voix infantile ne lit pas à voix haute dans les trois registres ; le grave n’existe pas, le médium est très faible tandis que l’aigu fonctionne sans fatigue, mais toutefois le timbre est insuffisant.

Dans la conversation, ces personnes emploient exclusivement la voix de tête, leur oreille n’est plus froissée par cette hauteur anormale, elles semblent même surprises de l’étonnement que montrent parfois leurs auditeurs en les entendant parler pour la première fois.

On rencontre aussi d’autres sujets qui n’emploient pas seulement l’aigu ; ils combinent sans effort l’aigu et le médium, tout en employant le plus fréquemment l’aigu. Cette voix bitonale est peut-être encore plus fatigante à entendre, car elle nous semble être le résultat de très grands efforts de la part de notre interlocuteur et nous en souffrons nous-mêmes. Parfois le médium n’existe pas et c’est une combinaison du grave et de l’aigu.

A quel âge ce trouble de la voix apparaît-il?

Quelquefois la voix infantile apparaît dès l’enfance, mais,le plus souvent, c’est au moment de la mue; rares sont les cas chez les personnes âgées.

Causes. — Nous ne voulons pas rappeler ici les nombreuses discussions scientifiques qui ont eu et ont encore lieu entre laryngologistes. « Qu’on examine ces larynx, dit le D r Castex, on n’y trouvera souvent rien de particulier; parfois l’organe a conservé les proportions restreintes de l’enfance, c’est l’infantilisme laryngien ; ou bien les cordes vocales viennent faiblement au contact, laissant un petit écart entre elles, dans l’effort phonétique (1). » La cause est souvent bien difficile à dégager ; la plus plausible, c’est qu’il s’agit d’une survivance de la voix infantile après la mue ; c’est un larynx qui n’évolue pas, c’est un trouble

(1) Castes, Maladies de la voix.p » 209.

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