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PORTRAIT SIGNALÉTIQUE DES BÈGUES

lui. et, comme il le dit, facile à découvrir presque sans exception chez les bégayeurs vrais. Ce symptôme consiste en •* la respiration » des ailes du nez durant le parler. C’est un symptôme primordial de cette maladie.

Il ne faudrait pas croire que les seules manifestations visibles du bégaiement se localisent sur la physionomie.Des mouvements de la tête, des bras et des jambes s’observent fréquemment. Nombre de sujets assis ne peuvent tenir en place, ainsi qu’on le dit vulgairement.

Troubles respiratoires. — Si, aux renseignements fournis par cet examen en quelque sorte superficiel nous ajoutons ceux obtenus en réponse à des questions précises, nous apprendrons : — ce dont nous nous doutions un peu — que le malade éprouve une véritable fatigue dans la région du larynx et une sensation, parfois très, douloureuse, à l’épigastre. Cette sensation douloureuse décèle les contractions spasmodiques du diaphragme,cause immédiate des troubles respiratoires que l’élève avoue et dont le praticien constate facilement l’existence.

Il se produit une inspiration violente, suivie d’un arrêt de la fonction respiratoire, d’une durée égale à celle de la crampe. Il peut, au contraire, survenir un arrêt brusque du mouvement d’expiration eh cours d’exécution, arrêt qui cesse avec la crampe ellemême. A noter qu’une vive expiration a lieu au moment où la crampe se termine. En général, chez le bègue, on constate, des mouvements respiratoires saccadés, de l’irrégularité dans le rythme respiratoire.En un mot, les respirations à la minute sont trop rapides.

Chez certains sujets on constatera l’adoption d’un procédé personnel qui passe-à l’état d’habitude : sorte de tic qu’il ne faut pas confondre avec les mouvements convulsifs dont nous avons parlé précédemment. Il s’agit ici d’une espèce de moyen préventif qui donne parfois des résultats. L’élève y a recours lorsqu’il va parler et qu'il sent venir la crampe. Les uns soufflent ou toussent légèrement avant d’attaquer. D’autres font précéder la toute première lettre à prononcer d’un Son laryngé, évoquant vaguement celui de la voyelle eu : eû... que voulez-vous dire? C’est un procédé qui a été adopté par Colombat dans sa méthode. Il en est qui ne se contentent pas d’un simple son; ils préfèrent adop-

ter une expression, toujours la même, qu’ils s’ingénient à placer avec suffisamment d’à-propos : n'est-ce pas '? Voyons — Nous disons..., etc. A côté de ces procédés se rattachant directement à la phonation, il est des mouvements qui n’ont aucun rapport avec la parole, mais dont leurs auteurs attendent un certain soulagement. L’un tirera nerveusement sur son gilet, tout en s’efforçant de donner à ce geste le naturel qui ne le fera pas remarquer. Un autre frappera fébrilement le parquet de la pointe du pied, ou, s’il est debout, se campera d’une certaine façon, toujours la même. A cette liste déjà longue nous pourrions ajouter bien d’autres particularités d’émissions vocales ou de maintien, lesquelles, d’ailleurs, ne sont pas uniquement l’apanage du bègue.

Sans parler du bégaiement simulé, il est des cas de bredouillement qu’il ne faut pas confondre avec le bégaiement vrai. Les signes auxquels on reconnaît ce dernier figurent dans la plupart des auteurs ; qu’il nous suffise de les rappeler ici. Le bégaiement vrai débute dans l’enfance; il est accompagné, nous préférons dire il est provoqué par des troubles respiratoires; il a un carac-r tère d’intermittence ; il disparaît dans le chant.

Traitement. — Examen du sujet. — Le mal étant, nous semble-t-il, suffisamment connu, quel traitement convient-il de suivre? Ce traitement peut se définir très simplement : Education de la volonté, rééducation respiratoire, nouvel apprentissage de la parole.

Avant de commencer la cure, il importe de soumettre le bègue à un examen méticuleux, car, si le traitement est simple dans son ensemble, les cas qui nous sont soumis sont tellement variés qu’ils nous imposent de nombreuses modifications de détails.

Au cours d’une conversation — non provoquée, autant que possible — d’une épreuve de lecture à haute voix, on recueillera des renseignements utiles sur les troubles respiratoires, les mouvements choréiformes, l’attitude du corps, les éléments phonétiques sur lesquels le bégaiement se manifeste. On profitera de cet examen pour noter si le vice de prononciation porte de préférence sur les voyelles ou sur les consonnes. On contrôlera en même tempsles conditions d’émission de la phrase, et, plus particulièrement, la façon dont elle est attaquée.

Education de la volonté. — Le traitement débute par une série

TRAITEMENT

de recommandations extrêmement pressantes que nous adressons à notre élève. En premier lieu, nous lui demandons d’avoir en la méthode une foi aveugle; de se confier entièrement à nous et d’exécuter avec un soin méticuleux tous les exercices qui lui seront indiqués. Nous lui exprimons la certitude dans laquelle nous sommes de le guérir; nous nous efforçons de lui inculquer cette confiance ; nous cherchons, en un mot, à faire naître en lui le désir de vaincre. Une foi aveugle unie à une volonté forte sont, en effet, deux sûrs garants de succès.

Maintes fois,au cours des exercices qui vont suivre, nous devrons faire appel à la volonté de notre élève; et ce n’est pas seulement au début du cours què nous lui prodiguerons ces recommandations, ce sera pendant toute sa durée. Aussi croyons-nous pouvoir nous dispenser de plus longues explications sur cette question capitale de l’éducation de la volonté. Rien ne sera plus facile de résoudre le problème si l’élève reste à nos côtés, du premier au dernier jour. S’il n’est pas à demeure auprès de nous, il importe au plus haut point que notre influence l’ait suffisamment pénétré pour le suivre à la maison. Il est à souhaiter que l’empreinte du maître soit assez marquée pour qu’elle persiste longtemps après l’achèvement de la cure. Cela suppose donc, de la part du maître, un effort de volonté qui ne le cède en rien à celui de l’élève.

Rééducation respiratoire. — Les contractions du diaphragme doivent nous préoccuper avant tout; cela revient à dire que nous devons nous inquiéter de la manière dont notre élève respire et lui apprendre, s’il est nécessaire, à respirer normalement. A quel mode de respiration nous arrêterons-nous? Le type costo-abdominal, le meilleur au point de vue de la capacité vitale pulmonaire, celui que médecins et physiologistes recommandent àl’envi,doit avoir nos préférences.

Assez souvent, les conseils du professeur suffisent à remédier aux troubles de la fonction respiratoire.il est des cas, pourtant, où le bègue se montre rebelle à nos soins. Nous nous empresserons alors de lui recommander des séances de gymnastique médicale : preuve nouvelle que non seulement le traitement pédagogique vient compléter le traitement médical, mais encore qu’il ne peut se passer de son concours. Dès que la question du mode de respiration est réglée, nous entraînons le bègue à pratiquer des inspi-

rations lentes et profondes, suivies d’expirations également ralenties. Dans ce dernier cas, il s’agit, avant tout, d’amener l’élève à ménager son souffle, à le laisser échapper lentement, avec une force toujours égale. « L’inspiration lente, écrit G.-H. de Meyer, empêche une trop violente excitation des nerfs du diaphragme, surtout quand elle s’exécute principalement par les parois de la poitrine (type costo-abdominal) et l’expiration lente permet à ces nerfs de se reposer quelque peu de la surexcitation éprouvée. »

Les premiers exercices de gymnastique pulmonaire se feront sans voix parlée, ni même chuchotée. On veillera tout spécialement à assurer la régularité des mouvements accomplis.

Quand le rythme respiratoire est rétabli et que nous abordons le nouvel apprentissage de la parole, nous avons soin d’habituer l’élève à ne jamais attaquer, sans avoir fait une inspiration profonde, exempte de toute brusquerie. A ce sujet, une question se pose. Convient-il d’attaquer immédiatement après avoir pris de l’air? Est-il plus rationnel, au contraire, pour amener l’élève à commander à ses organes, de l’habituer à faire suivre le mouvement d’inspiration d’une pause légère précédant l’attaque? Encore que nous n’ignorions pas que les physiologistes indiquent la pause après le mouvement d’expiration, nous n’hésitons pas, et la raison que nous en donnons ci-dessus nous paraît suffisante, à prescrire une pause avant toute attaque. En vue d’éviter tout mouvement spasmodique, soit du diaphragme, soit de la glotte, pour obtenir cette pause, nous interdisons à notre élève tout effort violent. Il faut qu’il sache retenir son souffle avec le minimum de travail. Toutes les fois que l’effort est apparent, l’élève est invité à reprendre l’exercice. Avant de terminer ce chapitre de la respiration, une remarque s’impose, d’une importance particulière. Lorsque notre élève aborde les premiers exercices oraux, il lui est difficile, parfois, d’attaquer alors que commence le mouvement d’expiration. Il va de soi que les contractions du diaphragme et de la glotte n’ont pas disparu, puisque nous sommes au début du traitement, et que, en dehors de la régularisation de la fonction respiratoire, nous avons dû nous contenter, jusqu’ici, de multiplier les conseils. Bien que l’exercice se fasse en notre présence, il n’est pas rare que l’élève éprouve à nouveau l’appréhension de la crampe du diaphragme. Il se

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trouble et attaque au hasard. Il nous appartient alors d’user de persuasion et de fermeté tout à la fois pour le maintenir dans la bonne voie, créer cette habitude physiologique dont on ne saurait trop apprécier le rôle et qui consiste à rendre concomitants le mouvement d’expiration et l’émission sonore. Il est de notre devoir d’expliquer à notre élève que les efforts qu’il prodigue pour vaincre les spasmes de la glotte et du diaphragme non seulement sont vains, mais encore ne peuvent que prolonger la duree des contractions qu’il s’agit de faire disparaître. Mieux vaut, pour lui, accomplir sans parler son mouvement d’expiration et n’attaquer qu’après avoir rempli à nouveau ses poumons, en suivant le procédé avec lequel nous l’avons familiarisé. Nous ne craindrons pas d’arrêter l’élève brusquement, si, par amour-propre, ou par la force de l’habitude, il essaie de vaincre à sa manière les contractions qui s’opposent à une émission correcte. Nous n’ignorons pas que cette répétition d’un mêrne exercice soumet les nerfs de l’élève à une rude épreuve. Une fois de plus, nous ferons appel à sa force de volonté pour l’aider à maîtriser un mouvement de mauvaise humeur toujours possible. Ne l’oublions pas, pour triompher dans cette cure pédagogique, le maître doit amener son élève à lui obéir aveuglément. Un mot, un geste doivent suffire pour qu’immédiatement l’élève s’arrête et reprenne sans hâte l’exercice en cours d’étude.

Pour donner une idée de l’importanêe que nous attachons au fonctionnement régulier des poumons, disons que des exercices de respiration préluderont à chacune de nos leçons, non seulement au début du traitement, mais pendant toute sa durée.

Traitement phonétique. Révision des éléments. — Il n’est pas rare de rencontrer des bègues qui font prendre à leurs organes phonateurs, soit inconsciemment,soit volontairement, en vue de triompher plus rapidement des contractions spasmodiques, des positions anormales, souvent contraires à une bonne prononciation. La langue, entre autres, exécute parfois des mouvements fantaisistes. Notre premier soin, en abordant le traitement phonétique pur, est de passer en revue tous les éléments de l’alphabet vocal, afin de redresser la prononciation défectueuse et d’attirer l’attention de l’élève sur les meilleures positions à prendre, comme aussi sur les mouvements qu’il lui faut éviter. Cette

révision des éléments aura en outre un grand avantage pour nos bègues. Elle attirera leur attention sur l’exacte valeur phonétique des consonnes isolées. S’il s’agit d’un bègue dont le bégaiement porte sur les consonnes, l’étude analytique à laquelle il se sera livré lui sera précieuse par la suite.

Exercices combinés de respiration et de vocalisation. — Notre élève sait respirer en prolongeant le plus longtemps pos sible le mouvement d’expiration, de manière à ménager son souffle. Rien de plus simple que de reprendre ces exercices* en y adjoignant l’émission des voyelles. Voici une sélection de ces exercices. Tous sont précédés d’une inspiration profonde qu’un léger temps d’arrêt suit. Il importe aussi de veiller à ce que l’attaque se produise au moment précis où commence le mouvement d’expiration.

1° Voyelle isolée, tenue le plus longtemps possible, sans pourtant aller jusqu’à l’épuisement total de la réserve de souffle, car dans ce cas un hoquet convulsif pourrait se produire.

Le présent exercice et tous ceux qui vont suivre seront exécutés pendant quelque temps, en évitant soigneusement l’explosive glottale. Ce n’est que lorsque l’élève parle avec plus d’assurance que nous reviendrons au coup de glotte dont nous ne méconnaissons pas l’utilité.

2° Groupes de voyelles bien liées : a— i — u — a—i —w, chaque groupe étant répété un certain nombre de fois sans ménager de pause.

3° Reprise de l’exercice précédent en y intercalant des pauses, sans avoir recours à un nouveau mouvement d’inspiration : çL — i—u—a —etc. On évitera autant que possible de faire lire ces exercices. Dictés par le maître, les groupes devront être répétés par l’élève. Il conviendra de faire défiler ^successivement en tête des groupes toutes les voyelles de l’alphabet, de manière à ce que l’élève se rende compte qu’il lui est possible d’attaquer une phrase commençant par une voyelle quelconque.

Syllabation. —L’étude-des consonnes isolées étant chose faite au moment de la révision de l’alphabet, nous passerons de la voyelle à la syllabe. Au lieu de nous en tenir à une syllabation purement artificielle, dont le seul avantage réside dans un groupement méthodique de toutes les associations possibles de voyelles

TRAITEMENT

et de consonnes, nous présenterons à notre élève des groupes polysyllabiques formant des mots.

1° paturaj — pozision — pousé — etc..., pratic — profité — plas — plozible...,etc. ;

2° Aparteman — opérasion — aupluto — etc....

Nous ferons suivre chaque consonne de toutes les voyelles de 1 alphabet. Nous ferons précéder la consonne en cours d’étude de toutes lès voyelles. Nous obtiendrons ainsi une liste de mots ou de membres de phrases assez complète.

Chacun des exercices peut être exécuté de deux façons différentes. Dans la première, la moins redoutable, le bègue prononce plusieurs mots en une seule expiration et reprend de l’air pour achever l’exercice ainsi fractionné. La deuxième manière présente plus de difficultés ; elle consiste, en effet, à ménager une pause entre chacun des mots à prononcer ; d’où attaques répétées, ce qui multiplie les causes d’erreur. Ce procédé a un double avantage : 1° familiariser l’élève avec une consonne donnée ; 2° préparer les organes, y compris ceux de la fonction respiratoire, à l’émission de la phrase.

Quelques-uns des élèves qui nous ont éi.é confiés nous ont mis dans la nécessité de composer à leur usage des exercices très spéciaux. Un exemple nous dispensera de longues explications. Tel élève, qui prononçait sans hésitation Je mot féodalité,voit renaître ses appréhensions quand il s’agit de dire : fléau d'armes. La liaison ne s’établit pas entre la voyelle (o = au) qui termine le premier mot et la consonne (d) qui commence le second. Et cependant, pareille faute n’a pas été commise en prononçant le mot féodalité , encore que la difficulté phonétique soit la même dans les deux eas (o — d = au — d).

Des membres de phrases heureusement choisis nous permettront de passer en revue toutes les voyelles finales mises en présence de consonnes initiales et devant s’accoupler à ces dernières.

féodalité .= fléau d’armes la pédicure = l’épée du sacre.

Etude de la phrase.— Chacun des groupes polysyllabiques précédemment étudiés forme un mot ou un membre de phrase. Nous

les ferons suivre immédiatement de groupes formant des phrases complètes. Les premières de ces phrases commenceront par une voyelle. Un groupement méthodique assurera l’étude de toutes les. combinaisons fournies par cette voyelle suivie de toutes les consonnes de l’alphabet.

Ap prouvez-vous ce projet ? A Tout péché miséricorde, kccompagnez-le.., etc...

On poursuivra delà sorte l’étude de toutes les voyelles initiales. Viendront ensuite des phrases commençant par une consonne.

Par quel moyen, je vous prie. Paul l’a rencontré hier. Pou vezvous Ven informer ? etc...

Il sera également possible de faire suivre chacune des consonnes des différentes voyelles de l’alphabet et de les passer ainsi toutes en revue.

Pour celui de nos élèves qui éprouve plus particulièrement de la difficulté à émettre certaines voyelles (spasme glottique), un nouvel exercice s’impose : l’étude méthodique de l’hiatus et de Vh aspiré.

quand il arriva à Orléans C’est la /touille blanche.

De même, le bègue que les voyelles n’effraient pas, mais qui redoute par-dessus tout les consonnes, trouvera un réel avantage à étudier en détail toutes les rencontres possibles de consonnes dans la liaison des mots. Il est certain que, dans les exercices indiqués ci-dessus, on a déjà pu rencontrer des cas d’accouplement de consonnes. Le but du présent exercice est d’en faire une revue complète. Contentons-nous d’en indiquer quelques-uns. Nous les extrayons, bien entendu, de phrases complètes. la timbale d’argent (1 — d) une faute de prononciation ( t — d) l’hommage féodal (j. jgg f).

Conditions d'émission de la phrase. — Au point où nous en sommes arrivés, il importe de veiller à ce que le principe relatif à l’émission : inspiration profonde et lente, précédant toute attaque, soit rigoureusement observé.

La disposition des éléments phonétiques de la phrase venant

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d être étudiée, il ne nous reste plus à envisager ici que le travail de la respiration qui commande son émission. Nous débutons par des phrases courtes, qui s’émettent au cours d’une seule expiration, pour continuer par des phrases plus longues nécessitant une ou plusieurs pauses, sans nouveau mouvement d’inspiration. Viendront alors des phrases nécessitant plusieurs pauses, l’élève étant obligé de respirer à nouveau. Ces phrases seront étudiées les dernières, car ce second mouvement d inspiration risque d'être accompagné d’un spasme de la glotte.

Lenteur du débit. — D’une façon générale, à tous les élèves auxquels nous donnons nos soins, mais qui ne restent pas soumis à notre incessante surveillance pendant tout le temps de la cure, nous recommandons de ralentir le débit toutes les fois qu’ils ont quelque chose à dire en dehors de nous ; et cela, à partir de la première leçon.

Il est bon d’ajouter que la lenteur du débit ne saurait dispenser de donner à la parole ses trois qualités maîtresses, à savoir : le .rythme, l’accentuation et l’intonation. Si nos premiers exercices ont porté sur des voyelles bien liées, si nous avons pris la précaution d’écarter temporairement le coup de glotte, à plus forte raison devrons-nous prohiber la décomposition des mots en syllabes. Cette décomposition s’accompagne presque toujours d’un arrêt entre chaque syllabe, et notre bègue, qui n’a que trop de tendances à multiplier les inspirations courtes, profitera de ces intervalles pour en exécuter,'alors qu’il a dû faire, au moment de l’attaque, une provision d’air suffisante pour les éviter. Or, ces inspirations répétées et abusives risquent de provoquer les crampes que nous cherchons à faire disparaître.

La graduation des exercices se fera avantageusement en ayant recours au métronome. Si l’élève est musicien, nous mettrons à profit les différentes mesures pour en arriver insensiblement à la régularisation de son débit. Les bègues sont d’accord pour dire que leur défaut disparaît dans le chant.

Cette constatation doit nous inciter à agrémenter la voix parlée du bègue de quelques-unes des qualités de la phrase musicale.

Sans lui attribuer une valeur exceptionnelle, nous recommandons, pour ce qu’il vaut, le procédé suivant. En vue de soumettre l’oreille de l’élève à une influence permanente, d’assurer la régu-

larisation du débit, en créant mécaniquement et mathématiquement des impressions de mesures destinées à s’associer étroitement avec les nouvelles images auditives, nous mettons le métronome en marche, dans notre classe, dès la première leçon. La vitesse, au début, est aussi réduite que possible ; mais, nous ne saurions trop le répéter, elle ne doit pas détruire les qualités de ja parole. Prêchant d’exemple, nous ne parlons nous-mêmes que d’accord avec l’instrument qui bat la mesure. Tout ce que l’élève éprouve le besoin de diref en dehors des exercices, doit l’être conformément à la vitesse de l’instrument Cette vitesse ira en augmentant, jusqu’à ce qu’elle retrouve celle du débit normal, au fur et à mesure des progrès réalisés par l’élève.

L’usage du métronome ne doit donc pas se perpétuer. En attendant que le bègue y substitue un procédé qui lui soit personnel, il sera bon de l’habituer à battre discrètement la mesure, avec la main d’abord, avec le pied ensuite.

Sous quelle forme doivent se faire les exercices. — Le bègue qui chante ne bégaie pas.Celui qui nous dit un morceau de poésie bien sue ne commet presque jamais dê faute. Celui, enfin, qui fait une lecture à haute voix rencontre déjà beaucoup plus d’occasions de bégayer. La conversation constitue la seule épreuve redoutable et réclame tous nos soins. C’est pourquoi nous n’avons pas recours à la lecture à haute voix, même au début du traitement, si ce n’est au cours de l’examen préalable qui nous fixe quelque peu sur la nature du bégaiement.

Les dictées d’éléments, de syllabes,de mots, de groupes de mots, de phrases, enfin de petits récits, les uns et les autres suivis de répétitions orales, ont nos préférences. L’effort mental du bègue, dont nous voulons éduquer la volonté, est réel dans ce dernier cas et nul en matière de lecture à haute voix.Or,cet effort prépare le bègue à la conversation,au cours de laquelle nous devrons l’initier à la construction mentale des expressions qu’il devra prononcer. Nous devons lui apprendre,en d’autres termes, à réfléchir avant de parler.

Traitement psycho-phonétique. — Au cours de ce nouvel apprentissage de la parole, la conversation estlebut suprême vers lequel tendent nos efforts. Jusqu’ici, le bègue a été soumis à un traitement exclusivement phonétique : étude des éléments, atta-

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que, émissions de la phrase. Il a été entraîné à répéter les exemples choisis par nous, en observant rigoureusement les principes d’une respiration normale. Nous avons voulu créer chez lui de bonnes habitudes physiologiques. Quand ce pas est franchi, l’élève est rendu peu à peu à lui-même. Il s’essaie à voler de ses propres ailes, sous notre surveillance, laquelle ne doit pas se relâcher un seul instant.

A la cure phonétique vient donc s’adjoindre une cure psychique, car la difficulté qu’a le bègue à préparer mentalement les phrases qu’il doit prononcer est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine généralement.

Selon nous, l’appréhension qu’il a éprouvée jusqu’alors, toutes les fois qu’il sentait venir la crampe, explique suffisamment la privation momentanée de ses moyens intellectuels. Nous admettons que la cause du bégaiement réside dans ces contractions spasmodiques du diaphragment de la glotte, qu’accompagne une respiration défectueuse. Le vice de prononciation, comme aussi le manque de coordination entre, l’élaboration des idées et leur expression verbale, ne sont, croyons-nous, que les résultats de cet. état pathologique.

Nous n’ignorons pas que certains auteurs voient, au contraire, dans ce manque de coordination, le point de départ du bégaiement, tout en ne niant pas les troubles de la fonction respiratoire et de la phonation.

Au surplus,quelle que soit la cause du mal, nul ne peut se dispenser de débuter par la rééducation respiratoire pour terminer par un traitement psycho-phonétique approprié. Ce traitement est donc la suite logique des exercices exclusivement phonétiques et de ceux visant à l’éducation de la volonté. Est-il besoin d’ajouter que ces trois parties de notre cours n’ont pas de lignes de démarcation bien définies. Dès le premier jour, nous puisons dans chacune d’elles; et souvent, nous sommes obligés par les circonstances de reprendre certains exercices du début, lors même que le traitement est très avancé.

Dès que nous abordons les exercices d’ordre psycho-phonétique, il est une série de recommandations à faire à notre élève.

Une question lui a-t-elle été posée, nécessitant une réponse quelque peu longue, nous l’engageons à ne pas attaquer immé-

diatement et nous lui disons : Construisez mentalement votre phrase. La voyez-vous? (type visuel). L’entendez-vous? (type auditif). Pensez au mot qui commence la phrase et à la lettre initiale. Ftappelez-vous l’exercice fait sur cette lettre. Et maintenant répondez, après avoir fait une inspiration correcte. Toutefois, si, au moment de répondre, vous éprouvez une gêne quelconque dans la région du larynx, accomplissez un nouveau mouvement respiratoire avant de parler.

Il va de soi que l’on se gardera bien d’exiger de l’élève une réponse à toutes ces recommandations. Nous avons même la précaution de répéter à nouveau la première question, pour que l’élève y réponde enfin avec naturel et sans qu’il y ait trop d’interruption entre sa réponse et. la question posée. .

Lorsque l’élève a été suffisamment préparé, il n’y a plus d’inconvénient, une question ayant été posée, à lui demander aussitôt : Qu est-ce que vous allez répondre ? L’élève nous dira. Je vais répondre que... etc.— Cela étant, nous l’engageons à répondre véritablement.

Toutes les fois que nous avons eu recours à cette façon de procéder, nous avons pu remarquer que le bègue attaquait avec plus d’assurance. De même, du jour où il s’essaie à nous dire quelque chose spontanément, nous l’arrêtons au moment précis où il va attaquer : Qu’est-ce que vous allez dire? — Je vais dire que... — C’est fort bien, mon ami, dites-Ie.

Est-il besoin d’ajouter que si l’élève, parlant spontanément, donne des signes de troubles, eu égard à l’émission des phrases nécessitant des pauses, avec ou. sans inspiration, nous reviendrons sur les exercices phraséologiques décrits précédemment.

A quels exercices aurons-nous recours pour que le traiteipent psycho-phonétique donne des résultats certains? Ces exercices sont légion. Bornons-nous ici à dresser la liste de ceux que notre expérience personnelle nous permet de recommander d’une façon particulière.

1° Transmissions de récits : Dire à X... que...

2° Transmissions d’ordres : Dire à X.... de.... Allez dire à X... de...

3° Transmissions de questions : Demandez-moi telle chose. Allez demander telle chose à M. X...

TRAITEMENT

4° Dialogue sur un sujet préparé à la maison,, soit que l’élève ait recours à une lecture, soit qu’il y réfléchisse.

5° L’élève rend compte d’actions exécutées devant lui.

6° Descriptions de gravures. Jugements portés sur les personnages représentés ou sur les actions qu’ils exécutent.

7° Lecture à haute voix d’un passage sur lequel nous interrogeons l’élève.

8° Lecture à haute voix de faits divers que l’élève devra raconter oralement.

9° Lecture à haute voix d’un passage sur lequel notre élève est invité à interroger un camarade, un membre de sa famille, le professeur lui-même.

10° Choisir un sujet de conversation (l’éclairage, une pièce de théâtre, etc). Indiquer les points essentiels à traiter et engager l’élève à interroger sur ce sujet.

11° Exercer l’élève à raconter sa journée,une promenade, etc. 12° Conversations supposées entre l’élève et les diverses personnes (amis, parents, commerçants, employés d’administration) avec lesquelles il est en relation.

13° Introduire un étranger dans la classe pour qu’une conversation s’établisse entre l’élève et lui.

14° Accompagner l’élève : 1° chez une personne bien connue de lui; 2° chez une personne totalement inconnue.

Nous bornerons là cette énumération. Les maîtres d’orthophonie ne seront pas embarrassés pour y joindre quelques exercices qui leur ont donné plus particulièrement satisfaction.

Avec le traitement psycho-phonétique s’achève la cure du bégaiement. Nombreux sont les cas que nous avons traités. A côté d’échecs que nous n’éprouvons nulle difficulté à reconnaître comme tels, nous avons obtenu dans la plupart des cas des résultats suffisamment probants, poùr oser soumettre notre technique à l’appréciation de nos collègues.

Nous ne pouvons nous résoudre toutefois à terminer cette étude sans dire un mot d’un projet qui nous est cher. Jusqu’à ce jour, seuls les bègues appartenant à des familles aisées ont pu recevoir des soins; il leur a été possible de s’adresser à un spécialiste,ou d’entrer dans un institut approprié.A côté de ceux-là,nombreux sont les sujets qui ne peuvent, faute de ressources, entre-

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prendre aucun traitement : ce qui les met dans l’impossibilité d’exercer nombre de métiers et de professions.

Le cours fondé parle Docteur A. Castex et annexé à la Clinique otologique de l’Institution nationale des sourds-muets de Paris, s’il a rendu et rend encore des services dont nous sommes les premiers à no us réjouir, ne saurait, hélas .'répondre à tous les besoins.

Un Institut d’orthophonie s’impose. Les professeurs en sont tout trouvés et l’espace ne manque pas, rue Saint-Jacques, aux côtés de la vieille maison de l’abbé de l’Epée. Depuis l’introduction de la méthode orale, les institutions de sourds-muets sont autant de laboratoires de la parole. Quoi de plus logique que d’y annexer un institut d’orthophonie?

Sans nous préoccuper de l’organisation de cet Institut, nous tenons à mettre en relief que le séjour prolongé des élèves, l’influence permanente des professeurs, enfin le traitement rationnel auquel les bègues seraient soumis, constituent les conditions les plus favorables pour mener à bien cette tâche ardue qu’est le redressement du bégaiement.

Il va de soi que cet Institut conviendrait en même temps aux sourds adultes désireux d’apprendre à lire sur les lèvres, comme à toutes les personnes affectées de vices de prononciation. Quand nous aurons dit que le médecin en chef de la Clinique otologique de l’Institution nationale des sourds-muets de Paris, M. le Dr A. Castex, est tout acquis à cette idée, il ne nous restera plus qu’un vœu à formuler : c’est que les pouvoirs publics comblent enfin une lacune dont le monde des travailleurs est le premier à souffrir.

Conclusions.

1. — Le vice de prononciation connu sous le nom de bégaiement se rattache aux troubles de la parole déterminés par une altération des fonctions de la respiration, de la phonation et de l’expression de la pensée.

2. — Le docteur A. Castex, fondateur du cours d’orthophonie annexé à la Clinique otologique de l’Institution nationale des sourds-muets de Paris le définit : un trouble de la parole qui consiste dans la difficulté d’émission et dans la répétition de certaines syllabes. Il dépend surtout d’un mauvais, fonctionnement de la respiration.

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