‹ Traité de balistique expérimentaleChapitre 109 sur 127 · RÉSISTANCE DES CANONS EN FONTE DE FER · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES CANONS EN FONTE DE FER

en cédant à l'action des gaz, il leur fournit un espace dans lequel ils se répandent, ce qui les empêche d'acquérir les tensions dangereuses qui déterminent les ruptures, et cependant leur pression moyenne se trouve augmentée; la vitesse initiale devient, en efTet, un peu plus grande, comme on a pu le voir dans le Chapitre P% § 28.

Mais, dans le tir, l'étoupe prend feu et, dans un combat sous le vent, des débris enflammés seraient rejetés sur le bâtiment.

C'est à raison de cela que les valets en algue marine ont été substitués aux valets en étoupe ; ils ont les mêmes dimensions et à peu près lé même poids que ces derniers; mais, formés de torons très serrés, ils n'offrent pas la même souplesse, et leurs effets sont un peu différents. La vitesse du projectile est moindre (Ch. P', § 29).

L'artillerie de terre emploie les bouchons de foin qui, à Gâvre, ont donné, quant à la conservation des bouches à feu, les mêmes résultats que les valets en étoupe. L'usage est de leur donner une longueur égale à leur diamètre.

Un mode de chargement qui, tout en étant conservateur, dispenserait de placer à bord des bâtiments une matière à la fois inerte et encombrante, obtiendrait certainement dans la marine la préférence sur tous les autres.

C'est le but que M. Delvigne a cherché à atteindre en proposant le chargement dont il a été question dans le Chapitre P*^, § 30. Le feu étant mis par l'avant de la charge, les premiers gaz développés agissent immédiatement sur le projectile, dont l'inertie est, par suite, graduellement vaincue; le vide ménagé» à l'arrière de la gargousse empêche les tensions dangereuses ; les grains de poudre écartés les uns des autres sont plus facilement atteints par la flamme, et la combustion est plus complète.

Des expériences comparatives ont été faites à Ruelle en 1 847 sur deux canons de 18 forés au calibre de 3o. Pour l'un, on employait le chargement à bouchons de foin de 1 6*^"* de longueur; pour l'autre, on se servait du chargement de M. Delvigne ; la longueur du vide à l'arrière était de 8^"*, et le feu

Googk

était mis à Taide d*un brin de mèche qui traversait la lumière, passait par-dessus la gargousse, dont il était parfaitement isolé, et aboutissait à Tavant de la charge.

Les résultats ont été favorables au chargement proposé par M. Delvigne.

Un autre essai a été fait à Gâvre, en 1847» ^"^ ^^ canon de 3o n° I neuf. La lumière avait été bouchée par une tige en fer introduite par l'intérieur de Tâme, maintenue dans sa partie inférieure par une tête et dans sa partie supérieure au moyen d'un écrou. Une nouvelle lumière, dont le centre se trouvait à 36o™"* du fond de l'âme, avait été percée perpendiculairement à Taxe du canon.

Les boulets étaient massifs et la charge de 5*^^; le vide à l'arrière avait 8*^"* de longueur.

Une observation importante a été faite pendant le tir ; après chaque coup, il ne restait dans l'âme aucun débris de gargousse.

Au 288*^ coup, le canon a éclaté. Le renfort était fendu suivant le plan méridien passant par les deux lumières, la surface de rupture traversait la culasse, mais en se recourbant vers la droite, de manière à devenir à peu près tangente au bouton ; en avant elle se prolongeait un peu au delà des tourillons et s'arrêtait à une rupture transversale ; la volée intacte comme à l'ordinaire. Une seconde rupture transversale se trouvait en arrière des tourillons.

Après 4o coups, l'orifice intérieur de la lumière avait déjà

.pris la forme d'une étoile à quatre pointes; l'écartement des

deux pointes perpendiculaires à l'axe du canon était alors

égal à 9™™; il s'est accru graduellement et jcst devenu égal

à i4™°* après 280 coups.

Les deux pointes dirigées dans le sens des génératrices étaient beaucoup plus prononcées et surtout plus aiguës 5 leur écartemcnt était de 18"^™ après 4^ coups et de 38""^ après 160. A la suite du 200® coup, chaque pointe se prolongeait sous la forme d'un filet extrêmement délié et légèrement sinueux; la longueur totale du filet était de 75"*";

Googk

RÉSISTANCE DES CANONS EN FONTE DE FER. Sqo

après le 280^ coup, elle était devenue égale à iio"'"*, mais les deux parties du filet en avant et en arrière de Torifice avaient'des longueurs fort inégales; Tétendue de la première était à peu près double de celle de la seconde. L'existence d'une longue fente longitudinale qui menaçait la pièce d'une prochaine destruction se trouvait clairement indiquée.

Le déplacement de la lumière est sans doute la cause à laquelle il faut attribuer la rupture prématurée du canon ; son éloignement du fond de l'âme favorise, en effet, la formation de la fente longitudinale; mais cet éloignement deviendrait obligatoire, si l'on voulait introduire le mode de chargement dans la pratique.

§ 3. — Observations sur la construction des bouches à feu en fonte de fer.

Des faits qui précèdent, il résulte que la résistance d'une bouche à feu en fonte de fer dépend principalement de l'épaisseur que présente le métal autour de l'emplacement occupé par le chargement.

Dans les canons de 3o n® i, modèle 1820, l'épaisseur prise sur le plan au fond de l'âme et sans tenir compte de la surface annulaire qui raccorde ce plan avec le cylindre est de 188™°*. Dans le modèle de 1849, elle est portée ^ i95™'",6: le rapport de cette épaisseur au calibre est donc 1,1876; le renfort est formé de deux troncs de cône : le premier, qui s'arrête à 523"*°* du fond de l'âme, s'écarte peu de la forme * cylindrique, l'inclinaison des génératrices sur l'axe n'est que de i°25'; dans le second, dont la longueur est de 536""*, cette inclinaison est de 3° 12'. L'épaisseur comprise entre le fond de l'âme et le collet du bouton de culasse est de 25 1™"*.

Les modifications apportées au modèle de 1820 n'ont pas augmenté le poids de la bouche à feu, parce que la volée a été allégée ; on sait que cette partie n'est jamais altérée par le tir; à son extrémité antérieure l'épaisseur a été réduite à 67™",6.

Googk

Les mêmes errements ont été suivis en i856, lorsqu'il s'est agi de rectifier le tracé des canons de 36; au fond de Tâme l'épaisseur a été augmentée, et la première partie du renfort est devenue presque cylindrique ; en même temps la volée a été affaiblie.

Dans la construction d'une bouche à feu nouvelle, les dimensions des canons existants, qui ont à supporter les mêmes efforts et dont la résistance a été reconnue satisfaisante, doivent naturellement servir de guides. On passe d'un calibre à un autre, au moyen du principe de la similitude; les erreurs ne sont à craindre que dans le cas où les calibres présentent une grande différence.

La forme de la partie postérieure de l'âme demande une attention particulière ; si le cylindre se prolongeait jusqu'au plan du fond, une rupture transversale serait imminente : en effet, deux molécules placées près de l'arête de jonction, l'une sur le plan, l'autre sur la paroi cylindrique, seraient poussées par les gaz dans des directions faisant entre elles un angle droit. On écarte ce danger en raccordant le plan et le cylindre au moyen d'une surface annulaire engendrée par un quart de cercle tangent à l'un et à l'autre; l'usage est de donner au rayon de cet arc une longueur égale au quart du calibre.

Googk

Page 1