XXII. Iles de la mer du Sud
Dans des leçons ultérieures, Schouw augmenta ce cadre de huit régions nouvelles, qu’il est inutile de citer, parce que les principes sur lesquels elles sont établies n’ont nulle ressemblance avec ceux qui servent de base aux régions précédentes.
On ne voit rien, dans ce plan, qui parle vivement à l’esprit; ce mélange de noms géographiques et de noms de familles végétales fatigue l’intelligence, qui y cherche vainement une idée.
Depuis Schouw, il n’y a aucun travail qui ne rentre dans ces trois principales théories, même l’excellent ouvrage de Meyen, et le savant article d’Adrien de Jussieu sur le même sujet, publié dans le Dictionnaire universel cl histoire naturelle de d’Orbigny. Il convient de signaler cependant encore un des points de vue d’associations végétales par formes similaires, puisé dans l’ouvrage de Meyen, pour ne rien laisser ignorer des essais faits en ce genre.
Meyen a réuni un certain nombre de familles végétales en 20 groupes, qui rentreraient dans les régions de Schouw, bien qu’ils soient mieux définis. Ils n’apprennent, au reste, comme toutes les coupes arbitraires, que peu de chose sur la distribution géographique des végétaux ; car chaque fois qu’un groupe est bien naturel, ce groupe répond à une zone, de sorte que l’on n’a pu en tirer qu’un faible parti. Il est bon cependant de faire connaître ce mode d’association systématique, parce qu’il appartient à la botanique générale, et habitue à voir les végétaux par grands groupes et non morcelés en genres étriqués ou en espèces douteuses.
1 er Groupe. — Formes graminées : Meyen comprend sous cette dénomination les graminées vraies, les cypéracées, les restiacèes et les juncacées.
2 e Groupe. — Formes scitaminées, comprenant les scitaminées et les musacées.
3 e Groupe. — Formes pandanées, les typhcicées et les dracœna,
de la famille des asparaginées.
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4 e Groupe. — Formes broméliacées, les broméliacées vraies, avec leur tribu des tillandsiées .
5 e Groupe. — Forme des cigavées : ce groupe, dont le genre agave est le type, comprend les aloès et les yucca, de la famille des liliacées.
6 e Groupe. —Les palmiers, auxquels se rattachent les cycodées, par leurs formes cycas et zamia.
7 e Groupe. —Les fougères : il est composé de cette seule famille.
8 e Groupe. — Les formes mimosées, démembrées de la grande famille des légumineuses.
9 e Groupe. — Les arbres verts : ce groupe se compose de la grande famille de conifères avec le genre casuarina.
10 e Groupe. — Formes protéacées, épacridées et éricacées. L’auteur rapproche ces trois familles comme ayant des caractères communs. Ils sont plus frappants pour les deux dernières que pour la première.
11 e Groupe. — Forme myrtacée, rapprochée des protéacées à cause de la ressemblance du mode de floraison des bancksia, des mélaleuca et des metrocidéros.
12 e Groupe. —Forme des arbres à feuilles caduques. Il comprend sous ce nom, non-seulement ceux dont les feuilles tombent à l’approche de l’hiver, mais ceux qui ont des feuilles persistantes avec un aspect général semblable. Ce sont les amentacêes, les ulmacées , les tiliacèes , les acérinées , les ilicinées, le genre olivier de la famille des oléacées , les lauriers, de la famille des laurinées , les grands arbres appartenant aux familles des malvacées , des urticées et des euphorbiacées.
13 e Groupe. — Les formes cacto'idées, comprenant toute la famille des cactées , les euphorbiacées cactoides, quelques asclépiadées , parmi lesquelles les stapelia , les sarcostemma et les ceropegia.
14 e Groupe. — Les plantes charnues, comprenant les ficoïdées, les crassulacées , auxquelles on pourrait réunir les portulacées charnues.
15 e Groupe. — Formes liliacées, les liliacées vraies, les arnaryllidées, les iridées, les narcissées.
1 6 e Groupe. — Forme des lianes : ce sont tous les végétaux grimpants appartenant aux familles des malpighiacées, bignoniacées, passiflorèes, aristolochiées , viticées, convolvulacées, caprifoliacées, urticées , le houblon, et cucurbitacèes , la bryone.
17 e Groupe. — Forme des pothos, comprenant les aroïdées.
18 e Groupe. — Formes orchidcicées, composées de la seule famille des orchidées.
19 e Groupe. — Forme des mousses , comprenant les mousses.
20 e Groupe. — Forme lichénoïde; ce groupe est composé de la grande famille des lichens.
On ne voit guère le parti scientifique à tirer de ce système d’association pour arriver à plus de précision dans la loi de distribution des végétaux; il ne comprend qu’un petit nombre de familles végétales, et ne pourrait servir qu’à montrer çà et là la substitution climatérique des végétaux les uns aux autres suivant les latitudes, pour que la même idée végétale fût représentée.
Pour l’intelligence de la distribution des végétaux à la surface du globe, procédons autrement. Envisageons d’abord par grands groupes les caractères de distribution des trois grandes classes du règne végétal, en remontant des tropiques vers les pôles, et en réunissant les familles par groupes ayant des affinités; nous terminerons par la comparaison du rapport numérique des zones avec les familles, en y joignant des considérations sur la flore des altitudes; et nous jetterons en même temps un coup d’œil sur la distribution des principaux végétaux utiles.
L’espèce n’étant généralement regardée aujourd’hui que comme un accident local, il ne faut pas attacher une trop grande importance à la représentation d’un genre dans une région par un grand nombre d’espèces, pour lui donner la priorité et établir sa prépondérance régionale ; il est plus philosophique de s’attacher aux grandes manifestations morphologiques, et à ce point de vue les familles et les grands genres ont le plus d’importance. Cependant il faut regarder comme la région propre à un végétal celle dans laquelle les formes génériques sont exclusivement représentées par un grand nombre de formes spécifiques. Une autre considération, qui exigerait un volume et de longues études, est celle de l’association des familles, et des permutations qui se font de l’une à l’autre; mais nous ne pouvons encore en tirer de lois générales ; un simple développement empirique nous suffira.
Nous trouvons, en commençant par les végétaux Acotylédones, que les familles de cette classe sont répandues sur toute la surface du globe, tant sur la terre qu’au sein des eaux : les formes génériques et spécifiques seules varient ; mais ces variations morphologiques ne
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tiennent qu’à la différence des milieux. Les confervacées sont néanmoins plus répandues dans les parties froides de l’hémisphère boréal ; les ulvacées sont, au contraire, un peu plus abondantes sous les tropiques. C’est surtout entre les 35° et 48° de latitude boréale que se trouvent les /fondées, ce qui en fait des habitants des régions tempérées; elles sont plus rares dans l’hémisphère austral. Les lichens, malgré l’universalité de leur diffusion, paraissent cependant affectionner de préférence le Nord et l’Ouest : ils sont de structure plus parfaite vers Uéquateur, et crustacés ou fruticuleux dans les régions froides ou les hautes altitudes. Les champignons sont très-rares sous les tropiques. Les mousses, abondantes partout, préfèrent néanmoins les zones froides et tempérées. La famille des équisétacées, quoique partageant la propriété d’ubiquité des autres familles de cette classe, ne se trouve néanmoins pas à la Nouvelle-Hollande. La grande et belle famille des fougères a également une distribution géographique très-étendue ; mais elle affecte dans les régions chaudes des formes arborescentes, et c’est même dans la zone intertropicale que les genres sont le plus abondants; elle forme la 10 e partie de la flore de la Jamaïque, la 9 e de celle de l’Ile-de-France, la 7 e de celle de la Nouvelle-Zélande, la 5 e de celle des îles de la Société, la 4 e de celle de l’île de Norfolk, le tiers de celle de Sainte-Hélène ; elles sont fort rares en Égypte, où l’on n’en compte qu’une pour mille plantes; à mesure qu’on s’élève vers les régions tempérées, les formes deviennent herbacées, et quelques-unes même ne sont plus que de toutes petites herbes. C’est dans cette zone qu’elles sont au minimum, et elles augmentent relativement à mesure qu’on s’élève vers les pôles : en Suède, elles constituent la 30 e partie de la flore; en Islande, la 18 e ; au Groenland, la 10 e , et au cap Nord, la 7 e . Les lycopodiacées sont encore des plantes à vaste distribution, mais dont le centre de végétation est surtout sous les tropiques. Les cycadées sont presque exclusivement tropicales, mais elles sont plus rares dans les régions intertropicales de l’ancien monde.
Les formes tropicales arborescentes abondent surtout dans la classe des Monocotylédones. Les musacées, les broméliacées , les xyridées, les palmiers, les aroïclées, les cannées, les pandanées, sont des plantes qui caractérisent la zone équatoriale, et descendent néanmoins vers les zones tropicale et subtropicale, quoique par exception on trouve le calla, de la famille des aroulées, jusqu’au 64° de latitude septen-
trionale, et que le palmier dattier vienne jusqu’en Espagne, le chamérops jusqu’en Italie, et qu’on trouve le bananier en Syrie et même en Algérie, où il a été introduit par l’homme.
Les hémodoracées, les narcissées, les iridées, les orchidées, appartiennent également à des régions chaudes, mais plus rapprochées des pays tempérés. Le Brésil, l’Amérique du Sud et le Cap sont leur patrie de prédilection, et ce n’est que par exception qu’on en trouve des genres égarés dans d’autres régions ; il en faut cependant excepter les orchidées, qui sont, il est vrai, beaucoup plus nombreuses et plus belles dans les régions chaudes, même équatoriales, et y affectent des formes qu’on ne trouve pas dans les pays tempérés; mais elles montent assez haut dans la zone tempérée froide : elles décroissent cependant à mesure qu’on s’élève vers la zone polaire, où elles eessentstout à fait.
On trouve partout les familles suivantes, qui sont propres surtout aux climats tempérés : les liliacées , qui diminuent en approchant de la zone polaire, et sont peu nombreuses dans les zones arctique et subarctique ; elles sont plus répandues dans l’ancien monde que dans le nouveau ; les smilacées, dont la plus grande partie appartient aux régions extratropicales ; les colchicacées, du reste peu répandues ; les asparaginées ; les alismacées , à distribution plus inégale, et dont on retrouve des genres dans l’Amérique du Sud; les commélinées, qui ne se rencontrent jamais dans la partie septentrionale de l’hémisphère boréal ; les nymphécicées, qui se trouvent dans toutes les eaux du globe.
Les dernières familles de cette classe, quoique répandues également partout, ont néanmoins des centres d’habitation de prédilection. Les cypéracées ont une vaste distribution et paraissent affectionner le Sud, plutôt pour le jeu des formes que pour le nombre des espèces; cependant elles sont à peu près aussi nombreuses dans la zone tempérée; mais elles ne le sont que relativement dans la zone froide ; les genres scirpus et carex sont en nombre décroissant vers l’équateur, et le genre cyperus, au contraire, est très-répandu sous les tropiques; les graminées sont plus répandues dans les pays tempérés et montent plus haut vers le Nord ; les panicées, les chloridées, les saccharinées, les olgrées, les oryzées et les bambusacées sont néanmoins tropicales et ont leur maximum dans la zone brûlante. Cependant on peut dire qu’elles sont à peu près également répandues dans
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toutes les zones. Vers l’équateur, le nombre des espèces augmente, et celui des individus décroît. C’est au delà du Capricorne qu’on en trouve le moins. Les juncacées préfèrent les régions septentrionales, où elles sont en grande majorité; elles sont très-rares entre les tropiques, et bien moins abondantes dans l’hémisphère austral que dans l’hémisphère boréal.
Quand on n’examine que ces deux classes, tout est simple, tout semble se grouper d’une manière régulière : il y a bien des anomalies, mais elles sont faciles à saisir, et l’on voit, à travers les types, les formes tropicales dominer pour les genres à développement considérable, ce qui rentre dans l’ordre évolutif qui a voulu que les acotylédones fussent représentées partout comme les premières manifestations organiques et les premiers agents de la destruction; les monocotylédones ont dû venir après et apparaître sous leurs formes les plus gigantesques dans les climats où abondent la chaleur, la lumière et l’humidité, ces trois sources de la vie. A mesure que ces végétaux, mous, spongieux, qui acquièrent des proportions colossales avec une grande rapidité, surtout dans les espèces non ligneuses, par suite du peu de consistance de leur tissu, se sont éloignés de leur véritable patrie, ils ont diminué et sont devenus simplement herbacés.
Les Dicotylédones, bien plus nombreuses, présentent pour l’exposition plus de difficultés; cependant nous procéderons, comme pour les classes qui précèdent, par groupes analogues, sous le rapport de la distribution des familles, en remontant de l’équateur vers les régions polaires. En agissant ainsi, on ne peut embrasser, il est vrai, que les lois générales de distribution, mais il est impossible de faire davantage.
Le premier groupe, ou celui dont le maximum des genres ou des espèces répond aux régions tropicales, se compose des familles suivantes : les pijoéracées, dont la patrie semble être les îles de l’archipel Indien, et qui ont pour limites le 35° de latitude boréale et le 42° de latitude australe; elles sont surtout abondantes entre le Capricorne et le 30° de latitude boréale; — les aristolochiées, qui sont très-répandues dans le Brésil, et n’ont que par exception des représentants en Europe ;—les rafflésiacées , que le genre cytinus n’empêche pas d’être équatoriales ;— les laurinêes, représentées par exception en Europe, et qui se divisent en deux sections : les laurinêes orientales ou indiennes, ayant pour limites septentrionales du 25° au 30° ;
et les laurinées occidentales ou américaines , allant jusqu’au 35°, ce qui n’empêche pas d’en trouver plus haut, mais ce sont des individus en quelque sorte égarés ;—les myristicées, dont le nombre est plus grand dans l’Asie, surtout dans les îles de la mer des Indes, qu’il ne l’est en Amérique;—les phytolaccées, les nyctaginées , les myrsinêes qui, tout en croissant sous les tropiques, n’en préfèrent pas moins les régions montueuses de l’Asie ;—les acanthacées, qui ne se présentent en Europe que par exception; les bignoniacées, qui ont leur habitation surtout en Amérique;—les sapotées, essentiellement tropicales, rares dans les régions extratropicales ; les êbénacées, qui ont par exception des représentants en Europe sous la forme des plaqueminiers ;—les gesnériacées , dont les espèces de la tribu des gesnêriées appartiennent au nouveau monde, et celles de la tribu des cyrtandrées à l’Asie tropicale; elles sont très-rares dans F Australie;—les cucurbitacées , représentées exceptionnellement dans les régions tempérées et se trouvant en grand nombre dans les Indes orientales ;—les rubiacées, à l’exception du groupe européen des aspériofoliées ; — les loranthacées, si nombreuses en espèces sous les tropiques, et auxquelles le gui seul fait exception ;—les rhizophorées, qui se plaisent seulement sur les côtes ou les rivages de la mer, dans les régions intertropicales, où elles forment une région spéciale;—les dilléniacées , transe'quatoriales, dont le plus grand nombre se trouve dans la Nouvelle-Hollande extratropicale, et qui ont également des représentants dans l’Australie;—les anonacées, des régions intertropicales des deux Indes, et dont on trouve quelques représentants jusque sous le 35° de latitude boréale; — les mènisperrnées, qui ont à peine quelques représentants en dehors de leur zone, rares en Afrique, plus rares encore dans l’Amérique boréale, en très-petit nombre au Japon, et dont on trouve néanmoins une espèce en Sibérie ; — les ochnacées ;—les capparidées, en plus grand nombre dans les parties chaudes de l’Amérique et de l’Afrique, et représentées par un plus grand nombre d’espèces dans l’hémisphère austral que dans l’hémisphère boréal ;—les sapindacées, abondantes surtout en Amérique ; — les malpighiacées, dont le plus grand nombre se trouve dans l’Amérique tropicale, qui sont plus rares dans l’Asie équinoxiale, et n’ont jamais été rencontrées en deçà du tropique du Cancer;—les guttiférèes ;—les olacinées, en petit nombre partout, mais originaires des régions tropicales de tout le globe et de la partie extratropicale de la Nouvelle-Hollande ;—les méliacées ; — les bombacinées ; — les byttneriacées ; — les
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ternstrœmiacèes ; — X^malvacêes, très-nombreuses sous les tropiques, modérément répandues dans la zone tempérée et manquant tout à fait dans la zone froide; — les flacourtiacées; — les tilicicêes, parmi lesquelles le tilleul seul fait exception, en ce qu’il s’élève assez haut vers le Nord; — les cactées, exclusivement de l’Amérique, et qui sont richement représentées au Mexique ;—les loasées ;■—les passiflorées , qui ont toutefois leur centre d’habitation en Amérique, et ne sont pas représentées en Océanie;-—les combrétacées; — les mélastomées, qu’on trouve néanmoins en petit nombre dans l’Amérique subtropicale et tempérée, où l’on en a constaté l’existence jusqu’au 45° de latitude boréale, mais qu’on n’a pas encore trouvées au delà du tropique du Capricorne ; — enfin les homalinées, rares partout, et plus rares en Afrique; le seul genre américain est le genre homaliwm.
Au second groupe, qui, tout en affectionnant les climats tropicaux, a néanmoins de nombreux représentants dans des zones moins chaudes, appartiennent les urticêes , possédant, il est vrai, un plus grand nombre de genres sous les tropiques et dans les régions subtropicales, surtout en Asie, mais qui n’en ont pas moins une vaste distribution dans toutes les latitudes, par suite des envahissements successifs de la culture, car elles n’y croissent spontanément qu’en petit nombre, et toujours dans le voisinage de l’homme. Il faut en excepter les genres cannabis et humulus, qui s’élèvent à de hautes latitudes. Viennent ensuite les cimaranthacées, qui ont des représentants, sinon très-nombreux, du moins très-répandus dans les régions tempérées, quoique les plantes de cette famille se plaisent surtout dans les régions chaudes : elles sont communes en Amérique, où elles s’élèvent jusqu’au 44° de latitude boréale et au 36° de latitude australe ; on en trouve moins en Asie, et elles sont très-rares en Afrique ; — les solanèes, dont le plus grand nombre des genres et même clés espèces appartiennent aux régions tropicales, mais qui sont amplement représentées dans l’Europe tempérée, sans s’élever pour cela bien haut dans le Nord, et manquent tout à fait dans la zone glaciale ; — les jasminées, appartenant aux régions extratropicales ou tropicales tempérées, s’avançant jusque dans le midi de l’Europe, ayant pour centre d’habitation l’Asie, et rares partout ailleurs; — les verbénacées, appartenant plus à l’équateur qu’aux zones tempérées, où elles sont cependant représentées par plusieurs genres ;— la tribu des cordiacées, de la famille des borraginées ; — les apo-
ci/nées, qui ont leur centre d’habitation au cap de Bonne-Espérance, sont en grand nombre dans les régions tropicales et décroissent en entrant dans les régions subtropicales tempérées, ce qui n’empêche pas qu’elles ne se trouvent dans certaines parties de l’Europe méridionale, et ne s’élèvent jusqu’au 58° de latitude ; — les magnoliacées; les lythrariêes, qui ont quelques représentants dans les régions tempérées et sont très-communes dans l’Amérique équinoxiale ; — les tribus des mimosèes et des cassiées, de la grande famille des légumineuses; — et les célastrinées, plus nombreuses néanmoins dans les régions subtropicales.
Le troisième groupe comprend les familles végétales qui se trouvent encore dans les régions chaudes, mais qui sont cependant plus amplement représentées dans les régions tempérées ; ce sont : les santalacées, dont les espèces arborescentes appartiennent aux climats chauds, et les espèces herbacées aux régions tempérées de l’Europe et de l’Amérique ;—les convolvulacées, qui ont plus de représentants sous les tropiques et appartiennent néanmoins aux régions tempérées de l’Europe et de l’Asie ; — les polémoniacées, qui habitent les régions voisines des tropiques dans les deux Amériques, s’élèvent au Nord jusqu’au 54° de latitude boréale et australe, et ne sont qu’exceptionnellement représentées en Europe et en Asie ; —les daphnées, qui sont communes au cap de Bonne-Espérance, se trouvent dans l’Océanie, en Europe, et par exception dans les autres régions ; — les aurantiacées, communes sous les tropiques, et cependant largement représentons dans les parties chaudes de la zone tempérée ; — les vutacées , ayant la plupart de leurs représentants dans les zones tempérées, étant moins essentiellement tropicales, et que l’on voit également de'croître lorsqu’elles quittent leur station centrale, pour marcher vers les pôles ou vers l’équateur ; — les térébinthacées, des régions tropicales et tempérées, et qui manquent complètement à la Nouvelle-Hollande ; — les euphorbiacées, abondantes dans toutes les régions, mais surtout vers les tropiques, et ne se trouvant ni sous les latitudes élevées, ni à de hautes altitudes ; — les rhamnées 3 des régions subtropicales et tempérées, très-rares entre les tropiques, diminuant dans les régions tempérées à mesure qu’on s’éloigne du 44° de latitude boréale, et bannies des zones froides ; — enfin les ilicinées, qui n’appartiennent que par exception aux régions tempérées.
Le quatrième groupe se compose de végétaux qui appartiennent
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surtout aux régions tempérées. Nous trouvons en tête les conifères; elles sont très-répandues dans cette zone et s’élèvent assez haut vers le Nord ; après s’être arrêtées sur les bords de la zone arctique, elles reparaissent dans la zone polaire, et s’y trouvent dans des proportions considérables. Puis, en nombre également très-grand, on trouve les amentacées, propres aux parties tempérées de l’hémisphère boréal, et qui ne se voient que par exception dans l’hémisphère austral ; ce sont des arbres à feuilles caduques, qui donnent un caractère particulier au paysage hivernal de ces régions; elles sont plus uniformément répandues, mais appartiennent également aux zones froides. Viennent encore les ulmacées, d’Europe et d’Amérique;-— les élœagnées, de l’hémisphère boréal; —les polygonées; — les chênopocliées, qui sont surtout des plantes européennes ; — les plantaginèes ; — les plumbaginées;
— les primulacées, qui aiment les régions montagneuses du Nord, augmentent proportionnellement à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, et sont très-communes en Europe et en Asie ; —les scrophulariées, ayant une vaste distribution géographique, affectionnant surtout les régions tempérées, mais étant toutefois plus répandues dans l’hémisphère boréal ; — les labiées, croissant en plus grande quantité du 35° au 45° de latitude, s’élevant cependant jusqu’au 50° et diminuant notablement en approchant de la zone arctique ; — la tribu des prostanlhêrées, appartenant en grande partie à l’Australie; les borraginées , affectionnant les régions tempérées de l’Europe et de l’Asie, ne croissant que par exception sous les tropiques ; — les gentianées, famille essentiellement européenne, qui croît de préférence sur les montagnes, et est presque également répandue dans toutes les zones; —les ériçacées, dont l’habitat de prédilection est le Cap;
— les campanulacées appartenant surtout à l’Europe, n’ayant plus * que de rares représentants au delà de la zone subarctique, et disparaissant à la zone polaire; — les stylidiées et goodéniées , qui sont indigènes aux parties tempérées de l’Asie, et ne sont représentées sous les tropiques que par un petit nombre de genres ; — les composées, qui croissent partout, mais sont plus abondantes dans les deux Amériques qu’ailleurs, atteignant leur maximum dans les zones tempérées, leur médium dans la zone glaciale, et leur minimum dans la zone tropicale ; — les dipsacées, propres presque exclusivement à l’Europe et à l’Asie ; — les valérianées , ayant pour centre d’habitation les régions tempérées de l’Europe, étant beaucoup plus
rares en Amérique, où elles se trouvent sur les plages du Chili, et descendant néanmoins jusqu’aux terres magellaniques ; — les caprifoliacées, des régions tempérées et froides de l’hémisphère boréal, et beaucoup plus rares partout ailleurs; —les ombellifères, appartenant presque par parties égales aux régions tempérées des deux hémisphères, plus rares dans la zone froide, et très-rares dans la zone tropicale; — les renonculacëes, croissant partout, mais n’ayant de représentants sous les tropiques que sur les hautes montagnes, et, avec une distribution proportionnellement plus grande à mesure qu’on monte vers le Nord, et se retrouvant dans les zones les plus froides ; — les berbèridées, propres aux parties montueuses de l’hémisphère boréal, et plus répandues dans l’Amérique du Nord et en Asie qu’en Europe; — les papcœéracées, qui n’ont que par exception des représentants sous les tropiques, mais sont répandues dans l’Europe et l’Amérique du Nord ; — les crucifères, qui, bien que communes partout, ont cependant pour principale patrie les régions tempérées de l’hémisphère boréal, sont peu répandues dans la zone tempérée américaine, plus rares dans la zone froide, et d’une excessive rareté dans la zone brûlante; — les résédacées; — les polygalëes , qui ont pour zone du 10° au 35° de latitude, et croissent dans les deux hémisphères ; — les acérinées, plus communes dans l’Amérique boréale qu’en Europe ; — les hypéricinées, qui ne s’élèvent pas jusqu’aux régions polaires, mais viennent partout ailleurs; — les viticées; les géraniées, que nous retrouvons au Cap, mais qui sont très-répandues dans les parties tempérées de la zone extratropicale; — les oxalidèes; — les cistinées, des parties chaudes de la zone tempérée ; — les violariées, les linèes, les caryophyllées, qui appartiennent aux régions extratropicales, surtout de l’hémisphère boréal, et vont en décroissant doucement vers le Nord, ce qui n’empêche pas d’en trouver encore dans la zone polaire ; — les paronychiées; — les portulacées; — les grossulariées, qui affectionnent particulièrement les régions tempérées de l’Amérique du Nord ; — les œnothêrèes , qui croissent dans les régions tempérées des deux hémisphères; — les tamariscinêes , qui ont pour zone de développement la partie comprise entre le 8° et le 55° de latitude ; — les rosacées; — les légumineuses, répandues partout sous la forme papilionacëe , bien que très-abondantes dans les régions chaudes; mais les formes des mimosèes et des cassièes appartiennent presque exclusivement aux régions chaudes et tropicales du globe.
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Les régions polaires n’ont de physionomie particulière qu’à cause du décroissement des formes végétales en nombre et en grandeur. Ainsi, en approchant des limites méridionales de ces régions, nous voyons le hêtre manquer tout à coup, le chêne s’avancer à peine à un degré de plus, le pin et le sapin cesser bientôt de croître. Le bouleau est le seul arbre qui monte plus haut : il s’avance jusqu’au 71°, mais sous une forme rabougrie : ce n’est plus un arbre, c’est à peine un arbrisseau. On trouve cependant encore quelques rares végétaux qui dissimulent l’aridité du sol : ce sont en général des cypéracées, des graminées, des jornées, des caryophyllées, des saxifragées , des papavéracées, des renonculacées , des scrophulariées, des campanulacées , des composées et des éricacées. Les régions polaires arctiques ont une physionomie à peu près semblable.
Nous avons encore à examiner trois régions dont la flore a un caractère particulier, et qui ne peuvent rentrer dans la loi générale de distribution : ce sont la Nouvelle-Hollande, la Nouvelle-Zélande et le cap de Bonne-Espérance.
La Nouvelle-Hollande, tout en ayant une flore presque spéciale, n’a de caractère végétal particulier que dans sa partie tempérée; dans la région équatoriale, sa végétation se rapproche par quelques traits de celle des Indes orientales. On peut dire qu’à peu d’exceptions près, les espèces propres à cette région ne croissent pas ailleurs ; on y trouve même des groupes qui lui sont exclusifs : telles sont les trémandrées et les stackhousiées , une tribu des cliosmées, les goodéniées, les stylidiées , les pittosporées, les dilléniacées et les haloragées, qui s’y distinguent par le maximum de leurs formes spécifiques ; les myrtacées, les protéacées, les restiacées , les épcicridées, sont dans le même cas ; et l’on peut dire que la moitié de la végétation du pays se compose d 'eucalyptus, de la famille des myrtacées, et à'acacias, de la famille des mimosées.
La Nouvelle-Zélande, qui est l’antipode de Paris, et dont le climat répond à celui de nos départements méridionaux, n’a que quelques traits de ressemblance avec la Nouvelle-Hollande ; elle a un caractère de végétation qui la rapprocherait plutôt des îles de la mer du Sud. Les végétaux les plus abondants sont le corypha australis, de la grande famille des palmiers; le dammara, espèce de conifère à feuilles larges, qui ne ressemble en rien à nos arbres résineux et dont on trouve des forêts entières, et des métrosicléros de la famille des myrtacées.
Le Cap de Bonne-Espérance a un tout autre aspect : on y trouve des protéacées , des diosmées , des bruyères, en nombre considérable ; mais les végétaux caractéristiques sont les iridèes , les ficoïdes, \e§pélargonium, les stapélia, les sélaginêes, le genre elychrysum (l’immortelle), de la famille des compose'es, et plusieurs espèces de cycadées.
Une étude intéressante, si elle était complète, est celle des différentes zones nettement indiquées par la cessation de certains grands végétaux caractéristiques, et la substitution de certaines familles les unes aux autres dans les différentes régions. Ainsi, nous trouvons la limite des palmiers marquée, dans les deux hémisphères, par deux espèces différentes : dans l’hémisphère boréal, par le chamœrops humilis, et dans l’hémisphère austral, en Amérique, par le palmetto; en Europe, le rhododendron des Alpes est remplacé, au Nord, par le rhododendron laponicum, et dans les Andes, par le bejaria (Voir PI. 6). Le hêtre commun marque la limite de la zone tempérée froide dans l’hémisphère boréal ; dans l’hémisphère austral, c’est le hêtre antarctique.
La connaissance des limites latitudinales est d’un haut intérêt. Le hêtre a pour limites : en Norwége, le 60°; en Suède, le 58°; dans le Smaland, le 57°; en Lithuanie, le 55°; dans les Carpathes, le 49°, et en Crimée, le 45°. Le houx, qui s’élève jusqu’en Norwége, à cause du climat marin de cette région, gèle parfois aux environs de Berlin. C’est pour la même cause qu’à Penzance, sur la côte méridionale de l’Angleterre, les camellia, les fuchsia, les myrtes, passent l’hiver sans abri, tandis qu’ils ont besoin de protection chez nous. On peut regarder l’aune, le peuplier noir, le lierre, le myrtille, l’épine-vinette, comme ayant une distribution semblable. Voici un petit tableau des limites latitudinales de quelques grands végétaux :
Chêne rouvre.,. 61° latitude nord
Noisetier. 64°
Epicéa... 67°,40
Sorbier des oiseaux. 70°
Pin sylvestre. 70°
Bouleau blanc... 70°,40
Bouleau nain... 71°
Dans l’Amérique du Nord, les végétaux de la côte occidentale s’élèvent à de plus hautes latitudes que ceux de la côte orientale.
Le pavia jaune a pour limite orientale le 36°, et occidentale le 44°
Le juglans nigra — 44°
Le gleditschia triacanthos — 38°, — 41<>
GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE
En Europe, ce dernier arbre s’élève jusqu’au 52° lat. nord.
Après avoir examiné les modifications que subit la végétation en s’élevant de l’èquateur aux pôles, il nous reste à étudier le même phénomène dans son rapport avec les altitudes ; nous prendrons les Alpes suisses pour exemple, afin de parler plus vivement à l’esprit. En quittant les belles forêts de hêtres et de sapins qui couvrent le pied des montagnes, enrichies de vigoureuses moissons et de grasses prairies, si l’on s’élève à 500 ou 600 mètres, on se trouve, comme par enchantement, transporté au sein d’une végétation nouvelle. Là commencent à apparaître les végétaux alpestres : Tauricule, la gentiane acaule, l’aconit, le trolle, la soldanelle, des armoises, des saxifrages, des astrantia, se présentent de toutes parts à la vue, et les pentes sont couvertes de rhododendrons. Les noyers cessent les premiers ; puis ce sont les châtaigniers (PL 6); de 750 à 800 mètres, on ne trouve plus aucune trace de ces arbres, excepté néanmoins sur le versant méridional, où ils s’élèvent à 100 mètres plus haut. A peu près vers la même altitude, le chêne, qui composait l’essence des forêts avec le hêtre et le bouleau, disparaît; le cerisier croît jusqu’à 950 mètres, le hêtre jusqu à 1,300 mètres; les céréales mûrissent jusqu’à 1,100 mètres dans le Nord, et à 1,510 dans les Grisons, sur le versant méridional; les arbres verts, tels que le sapin, le pin, le mélèze, constituent alors exclusivement les vastes forêts qui garnissent ces montagnes; à 1,800 mètres, ils cessent à leur tour. Cependant, sur le versant méridional du mont Rose, ces arbres s’élèvent jusqu’à 2,270 mètres : ce sont des mélèzes, des épicéas, des pins, associés à des aunes et à des bouleaux. Sur le versant nord, les conifères ne dépassent que très-rarement, et comme par exception, 2,000 mètres. Le bouleau, cet arbre robuste que nous trouvons le dernier dans le Nord, est presque aussi le dernier à disparaître des flancs des montagnes; il s’élève jusqu’à une égale altitude. Toutefois, on rencontre encore, à une centaine de mètres plus haut, le pin cembro. Le pin mugho ne disparaît qu’à la hauteur de 2,270 mètres, les pâturages s’élèvent jusqu’à 2,600. Puis toute végétation arborescente cesse : ce ne sont plus que de petits taillis à’alnus viridis et de rhododendrons. Passé la région où ces robustes enfants des Alpes étalent leur vert feuillage, on ne trouve plus que des plantes qui excèdent à peine le sol : tel est, entre autres, le saule herbacé, qui n’est plus qu’une plante chétive; ce sont celles qu'on appelle
alpines : elles appartiennent aux familles des primulacêes , des crucifères, des renonculacées, des caryophyllées, des rosacées , des légumineuses, des saxifrages , des gentianes (quelques-unes vivent ensemble, d’autres vivent isolées : telles sont les alchémilles et les renoncules); des composées, des cypéracées et des graminées , sous des formes spécifiques particulières. La dernière plante phanérogame trouvée sur le mont Blanc par de Saussure, à 3,469 mètres, est le silene acaulis; et M. de Welden a*trouvé sur le mont Rose, à 3,683 mètres, le pyrethrum alpinum et phyteuma pauciflorum.
Plus haut, on ne trouve que des lichens et la roche nue*, et, à peu de distance de là, on rencontre la limite des neiges éternelles, qui varie suivant les latitudes, mais qui n’en est pas moins soumise à une loi constante. En Norwége, sur le littoral, elle est à T20 mètres, et dans l’intérieur, à 1,072 et 1,266 ; à Hammerfest, au 70°, elle est à 860 ; au cap Nord, à 750. En Islande, on la trouve à 936 mètres ; en Sibérie, chaîne d’Aldan, à 1,364; dans l’Oural septentrional, à 1,460; au Kamtschatka, à 1,600 ; dans les monts Altaï, à 2,144; dans les Alpes, à 2,708; sur l’Elbrouz, en Caucasie, à 3,272; dans les Pyrénées, à 2,721 ; en Sicile, à2,905 ; dans la Sierra-Nevada, en Espagne, à 3,410; au Mexique, à 4,500; dans l’Amérique méridionale, volcan de Puracé, à 4,688 ; sur le Chimborazo, à 5,100 ; sur le Cotapaxi, à 5,230 ; dans la partie méridionale du Pérou, à 5,600; sur le versant méridional de l’Himalaya, à 3,956, et sur le versant septentrional, à 3,067 mètres.
On voit que, de l’équateur aux pôles, ou du pied des montagnes à leur sommet (Voir les montagnes idéales figurées dans l’Atlas I, PI. 6 et 7), la loi de décroissement des végétaux est la même. Ce qui le confirme encore, c’est que, dans la région alpine, on ne trouve presque plus de plantes annuelles : ce sont des plantes vivaces ou ligneuses qui ne sont plus dressées, mais qui rampent sur le sol pour résister aux tempêtes. Si le chiffre des limites altitudinales varie suivant les contrées, la loi reste identique. Dans les Andes, la limite correspondant à la zone tempérée est entre 1,000 et 3,000 mètres, et, à la zone arctique, entre 3,000 et 4,500 mètres; sur le mont Ararat, en Arménie, le bouleau, qui ne s’élève dans nos Alpes qu’à 2,000 mètres, disparaît seulement à 2,530 mètres, et sur le Caucase, à 2,360. Sur le versant méridional des Pyrénées, on voit disparaître les pins à 2,420 mètres ; et, en Laponie, le bouleau nain cesse de croître à 585 mètres.
120 GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE
La statistique botanique est une branche de la science qui peut beaucoup contribuer à jeter du jour sur la distribution des végétaux ; elle nous montre que les familles et les genres répandus en plus grand nombre sous les tropiques, et avec la plus grande variation de formes spécifiques, diminuent à mesure qu’on s’approche de régions polaires, de même que, dans ces régions, le nombre des espèces décroît et celui des genres augmente proportionnellement. C’est pourquoi il faut tenir compte du rapport des genres aux familles et des familles aux genres. Ainsi, nous avons en France 7,000 espèces environ réparties dans 1,100 genres, ou 6 espèces en moyenne par genre ; en Suède, on a un peu plus de 2,300 espèces pour 566 genres, ou 4 espèces pour un genre; et en Laponie, 1,100 espèces pour 297 genres, ou 3,6 espèces pour un genre.
D’après les données de Humboldt, les espèces cryptogames seraient égales en nombre aux espèces phanérogames dans la zone glaciale, du 67 au 70° de latitude; de moitié moins nombreuses dans la zone tempérée, du 45 au 52°, et près de huit fois moindres dans la zone équatoriale, de 0 à 10°. Le rapport serait de 1/15 pour les plaines et 1 /5 pour les montagnes. On peut révoquer en doute l’exactitude de ces chiffres, si l’on en juge par ce qui se passe dans nos environs, explorés si soigneusement et depuis si longtemps, par des botanistes intelligents. Nous voyons que le nombre des espèces de végétaux cryptogames est de plus de 1,800, tandis que celui des phanérogames n’est que de 1,200 à 1,400. Quand on aura fait des études cryptogamiques aussi complètes que le sont les études phanérogamiques, on reconnaîtra que cette supposition est fausse. Comme les éléments manquent pour remplir cette lacune, on ne peut que signaler l’erreur dans laquelle est tombé un savant qui a rendu à la géographie botanique des services inappréciables, et qu’on peut regarder comme le premier qui ait traité avec une merveilleuse sagacité cette partie ardue de la science. Il ne faut pas s’en prendre à lui, si ces calculs sont inexacts, mais à l’état de la science à l’époque où il fit son travail.
On a pu constater avec plus d’exactitude que la proportion relative des monocotylédones aux dicotylédones augmente à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur : jusqu’au 10° elle forme à peu près 1/6 de l’ensemble des phanérogames pour l’ancien continent, et 1 /5 pour le nouveau ; vers le milieu de la zone tempérée, elle est de 1 /4, et sur ses limites de 1/3.