‹ Traité de botanique générale (volume 2)Chapitre 5 sur 64 · DU CHARME ET DE L’UTILITÉ DE LA BOTANIQUE · texte numérisé non relu

DU CHARME ET DE L’UTILITÉ DE LA BOTANIQUE

Naître, croître, paraître dans toute sa force, sa grâce et sa beauté, puis s’incliner, se faner, dépérir et mourir, après s’être perpétué par les germes de la reproduction, telle est la loi apparente à laquelle obéit l’échelle des espèces végétales aussi bien que celle des espèces animales; admirable phénomène dont l’origine mystérieuse reste cachée, comme celle de la terre elle-même et de toutes les sphères suspendues dans l’immensité, au sein de son premier auteur et de la création entière. Ce phénomène, objet des constantes méditations de la science, se manifeste sous des formes si variées, malgré le cercle où les savants ont cru pouvoir renfermer les types primitifs, que partout où 1 observateur porte ses pas, il découvre des individus nouveaux, sans que la fécondité de la nature soit épuisée par cet incessant enfantement. Si les animaux nous semblent innombrables, depuis le plus énorme d’entre eux jusqu’au plus insaisissable infusoire, combien le sont davantage les végétaux, du cèdre gigantesque au plus petit brin de mousse. Depuis la lisière des neiges éternelles qui couronnent les cimes alpestres jusqu’aux plages sablonneuses que baigne la lame maritime; depuis la fêlure du rocher sourcilleux où le vent a poussé quelque germe d’éclosion jusque dans les rivières, dans les ruisseaux, dans les fontaines, dont la transparence cristalline donne à la verdure un éclat particulier, jusque dans les eaux stagnantes, dans la goutte de pluie qui creuse insensiblement sa coupe au sein

Botan., T. I. ,

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du granit pyrénéen, jusque dans 1 abîme des Océans ou 1 algue prend naissance auprès du zoophyte, jusque dans 1 écorce des aibres où la Nie parasite se superpose à la vie plus fondamentale, jusqu aux dernières limites de la végétation cryptogamique, jusqu’aux extrêmes confins où les deux règnes paraissent s’allier et se confondre, la nature végétale domine comme au milieu d’un empire qu’elle se serait, la première, approprié, et où, de fait, elle a précédé la nature animale qui ne pouvait subsister sans elle. Humble, à peine perceptible sur les rochers stériles que calcine un soleil torride et qu’elle recouvre d’une croûte légère de lichens, elle va grandissant à mesure que le milieu qu’elle habite lui devient plus favorable, présentant ici de simples points dont l’œil ne peut distinguer l’existence qu’à l’aide du microscope, là des plantes d’une structure complexe ou des espèces géantes qui, dans les forêts vierges du Nouveau Monde, semblent avoir assisté aux premiers âges de notre terre, et, comme le roc d’aspect indestructible, paraissent défier le temps ; quoique sous les couches profondes d’humus où s’enfoncent leurs racines, on puisse reconnaître les symptômes de la naissance, de la reproduction et de la mort auxquelles elles n’échappent pas plus que la plus humble graminée.

Chaque région, chaque site, quelque limité qu’il soit, a ses types végétaux ; et toutes les fois que le milieu dans lequel elle est placée se modifie, la plante en subit l’influence, jusqu’à passer insensiblement d’une forme à une autre, sans que souvent il soit possible de déterminer avec précision le point où un type commence et celui où il finit. C’est cette transformation, résultat non d’un hasard aveugle, mais de lois infranchissables gravitant entre deux points extrêmes, qui a si souvent jeté la confusion dans les études des botanistes, et multiplié à l’infini la nomenclature de la science.

Au végétal qui tombe frappé par la mort, en succède un autre, qui ne disparaît à son tour que pour faire place a des êtres nouveaux. L’arbre robuste, dont les racines rampaient au loin sous le sol que ses branches couvraient de leur ombre, et qui pendant sa vie n avait cessé d’opprimer les faibles plantes ne demandant qu’à croître en paix sous sa protection, paye, après avoir traversé les âges, son tribut à la nature, et succombe enfin sous le faix des années. Dès que la vie commence à s’éteindre en lui, il est attaqué par des myriades d’ennemis qui l’entourent, le pressent, pénètrent dans sa

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substance, s’établissent sur ses feuilles, sur ses branches, sur son écorce, au sein même de son tissu ligneux, et semblent insulter à sa faiblesse. Ces frêles parasites, si méprisables en apparence, sont cependant les plus redoutables adversaires des géants des forêts; et, pour qu’il n’y ait pas d’interruption dans la loi de succession des êtres, toujours la vie succède à la vie : les lichens, les mousses, les graminées, ont préparé le sol où croît l’arbre qui ne meurt que pour féconder de ses débris la terre sur laquelle il a vécu ; et quand les humbles plantes qui naissent au milieu de ses cendres ont accompli leur période de végétation, et rendu à leur tour à la terre la vie qu’elles en avaient reçue, un de ses descendants se dresse en vainqueur au milieu de l’humus qu’elles ont déposé, et y établit sa domination jusqu’à ce que la mort s’en empare.

La terre est donc une immense arène où la vie et la mort se disputent la victoire; mais ces deux phénomènes, aussi insaisissables l’un (jue l’autre, se servent réciproquement d’appui : pas de mort sans la vie, pas de vie sans la mort. On voit, en feuilletant le livre mystérieux de l’histoire de la terre, que les formes, lentement élaborées, se sont épurées peu à peu, et ne sont arrivées à la perfection que nous leur connaissons aujourd’hui qu’après des ébauches imparfaites, des jeux ou des accidents bizarres, dont la naissance semblerait due au caprice. Après avoir animé la terre, elles ont disparu pour faire place à des êtres plus réguliers, à l’apparition desquels elles semblent n’avoir servi que de prélude.

Les lois qui président à la manifestation de la vie sous une forme déterminée suivant les circonstances, ont une persistance si grande, qu’à peine l’homme, cet audacieux rival de la nature, a-t-il cessé, fût-ce un seul instant, de veiller à ce que le fruit de son labeur ne soit pas perdu, elle s’empare du sol qu’il vient de quitter, comme d’une propriété dont la spoliation l’a privée; elle envahit même le champ qu’il cultive, mêle à ses récoltes les végétaux qui naissent spontanément, et l’oblige, pour le punir de son audace, à un combat perpétuel.

Après la loi de la vie, la plus générale est celle de la variété ; c’est à elle que nous devons le charme qui s’attache à l’étude des végétaux; elle se lie intimement à celle de l’ascendance et de la perfection successive des formes, qui se retrouve sans exception à tous les degrés de l’échelle des êtres. Dans l’ensemble du règne végétal, comme

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dans l’ensemble du règne animal, nous passons du simple, du rudimentaire au complexe; dans chaque classe, chaque ordre, chaque famille, nous retrouvons cette loi. Comparez la Leprana, cette poussière à fructification inconnue qui tapisse les rochers, aux formes plus parfaites des Cenomyces et des Usnées , qui sont des sortes d’arbres en miniature, en suivant non pas les méthodes savantes, qui trop souvent interrompent l’ordre naturel, mais en observant la loi d’ascendance, vous trouverez que les lichens présentent deux points extrêmes qui ne diffèrent entre eux que par la perfection, et dont le plus inférieur était l’ébauche.

On retrouve dans les saisons l’existence de la même loi : chacune d’elles a ses attraits et mérite les hommages des amis de la nature. Lorsque la tiède haleine du printemps a délivré la terre de son lourd manteau de glace, que le soleil a dissipé les vapeurs brumeuses qui alourdissaient l’atmosphère, quelques fleurs délicates viennent exposer leurs frêles corolles aux derniers souffles de l’aquilon, et annoncent le réveil de la nature. Ces gracieuses avant-courrières d’une nouvelle période d’évolution végétale disparaissent dès que leur rôle est accompli, et l’été se présente escorté d’un riche appareil floral. La terre se décore de fleurs, l’air est embaumé de mille parfums; chaque être, revêtu de sa robe de noces, se prépare à l’œuvre mystérieuse de la reproduction. Puis vient l’automne, plus grave, qui mûrit le fruit fécondé par le soleil. Avant de rentrer dans le silence de la tombe ou dans le repos, la nature, jalouse de briller d’un dernier éclat, étale les teintes les plus riches et les plus variées, et tant que la glace n’a pas solidifié la surface des eaux, il apparaît des fleurs qui semblent un dernier effort de la vie contre le froid glacé de la mort.

Le microcosme des anciens, avec son enfance, sa jeunesse, son âge mûr et sa vieillesse, serait-il réellement l’histoire abrégée du macrocosme ou du monde? et notre terre, après avoir cheminé d’abord silencieuse et stérile à travers l’espace, puis s’être animée au souffle de la vie et avoir produit l’homme, son chef-d’œuvre, le seul qui comprenne les merveilles que la nature déroule sous ses yeux, estelle destinée à tomber dans la décrépitude, et à voir disparaître de sa surface la vie, son plus bel attribut?

Au milieu de ce théâtre si riche et si animé, à la vue de ces phénomènes sans cesse renaissants, l’homme n’a pu rester froid et insen-

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sible; les harmooies de la nature ont parlé à son esprit et éveillé en lui l’admiration : aussi, à toutes les époques, a-t-il cultivé la science des végétaux, comme la plus agréable et la plus utile, et comme celle qui était, entre toutes, digne de son attention.

La botanique est, en effet, de toutes les sciences, celle qui convient le mieux à tous les âges et à toutes les conditions. L’enfant qui cueille la simple fleur des champs pour en faire un bouquet sans art; la jeune fille qui demande à ces êtres frêles, comme elle, une parure destinée à 11 e briller qu’un moment; l’homme fatigué des agitations de la vie, et qui cherche dans la solitude des forêts un repos que lui refuse le séjour des villes ; le savant "qui prétend découvrir le mot de l’énigme de la nature, trouvent dans le vaste champ du règne végétal un aliment à leurs besoins et à leur curiosité. Quoique l’étude de la botanique soit capable d’exercer, pendant toute une existence d’homme, la méditation la plus soutenue, elle est néanmoins la seule qui permette de se borner aux connaissances générales ou à l’observation de quelques-unes de ses branches. Elle n’exige, pour ceux qui n’y cherchent qu’un délassement, presque aucune contention d’esprit, et ne demande qu’un peu de mémoire des noms. Le valétudinaire et l’homme robuste, la femme la plus délicate et l’adolescent plein de force et de santé y trouvent une agréable distraction. Les longues excursions dans les champs et les bois, les simples promenades dans un jardin ou au milieu des campagnes, satisfont à la fois au besoin de délassement de l’esprit et au plaisir de la locomotion. C’est encore la seule science qui puisse être étudiée sans fatigue et sans dégoût. L’étude sérieuse des animaux exige l’usage du scalpel pour interroger leurs organes internes, et y chercher le mystère de la vie ; du sang, des cris, les derniers spasmes qui précèdent la mort, portent le trouble dans l’esprit, et ne conviennent qu’aux savants véritables, dont les travaux doivent agrandir le cercle restreint de nos connaissances. Toutes les préparations zoologiques veulent des soins minutieux, et ne laissent sous les yeux qu’une image trompeuse de l’être qui a vécu : tandis que les végétaux passent de la vie à la mort sans se débattre ; ils conservent, quoique privés de l’existence, le port, la couleur qu’ils avaient dans les champs; quelques-uns, comme les mousses, les jungermannes, peuvent rester impunément dans des herbiers pendant une longue suite d’années et reprendre leur forme primitive dès qu’ils sont soumis à

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l’influence de l’humidité. Les plantes à tige succulente continuent de pousser dans les collections de végétaux desséchés : aussi la vue n’en est-elle jamais attristée par l’image de la destruction. Quand le fer détache un rameau de l’arbre qui le porte, la 'plaie est bientôt cicatrisée, et un bourgeon nouveau remplace la branche qui a péri ; car la vie est multiple dans le végétal ; ce sont autant de polypes greffés sur une souche commune, et qui se succèdent tant que le pied qui les porte conserve sa puissance végétative.

Sous le rapport des frais qu’entraîne après soi cette agréable étude, on peut dire qu’aucune n’est moins dispendieuse : une boîte de ferblanc, une loupe, une pince, quelques feuilles de papier, un crayon pour le dessinateur, composent tout le bagage de l’herboriseur savant ou simplement curieux.

Si nous envisageons l’influence morale des sciences, combien il y a loin du zoologiste au botaniste! Le premier s’arme d’instruments de chasse 'ou de pêche, pour s’emparer des animaux, avec lesquels il doit lutter de vigueur ou d’adresse ; il résulte de ce déploiement de force une excitation qui porte dans l’esprit une exaltation fébrile ; tandis que le botaniste, simple contemplateur de la nature, se plaît dans une douce rêverie et garde dans son esprit un calme bienfaisant. Jean-Jacques Rousseau, ce triste misanthrope, plutôt armé de la philosophie du désespoir que de celle de la résignation, trouva dans l’étude de la botanique une trêve à ses maux; il a le premier su peindre, avec autant de force que de vérité, l’impression que produit sur l’esprit la solitude des forêts. En effet, peu d’hommes dignes de ce nom sont insensibles à la vue de la nature; ceux mêmes que les impérieuses nécessités de la vie ont empêchés de se livrer à l’étude des phénomènes naturels éprouvent, à la vue des merveilles qui se déroulent sous leurs yeux, plus que l’admiration froide qu’excitent en nous les chefs-d’œuvre de l’art humain, mais un transport religieux qui porte leur esprit à la contemplation.

Lorsqu’on jette un coup d’œil sur l’ensemble de la végétation qui sert de parure à la terre, depuis les régions glacées du Nord jusqu’à l’équateur, et depuis les plages maritimes jusqu’aux neiges éternelles qui couronnent les montagnes, on voit les formes végétales affecter des caractères correspondant à la nature de ces divers climats. Les plantes décroissent en nombre et en vigueur à mesure qu’on s’élève vers les pôles; les arbres passent, des formes arborescentes que nous

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leur connaissons dans nos forêts, à la forme herbacée ; le bouleau seul y apparaît encore, mais rabougri, cliétif, haut à peine de quelques pouces, et les mousses, les lichens, enfants de l’hiver, servent de parure à ces déserts de glace. Le renne creuse de ses pieds la neige épaisse qui couvre le sol, pour demander aux Cenomyces l’unique nourriture que lui offrent ces régions. En descendant vers des contrées moins désolées, les arbres verts annoncent qu’en dépit des rigueurs de l’hiver, la vie n’est pas complètement éteinte pour les terres polaires; mais, malgré la persistance de leur feuillage, leur couleur dure et sombre égaye à peine les paysages septentrionaux, et leurs longues branches se détachent comme des ombres gigantesques sur le ciel gris de ces tristes climats. Les végétaux n’y sont pas animés de ces couleurs brillantes propres aux régions qu’éclaire un soleil ardent : le blanc, le jaune, le bleu pâle, sont les couleurs dominantes, et leurs propriétés semblent atténuées par la lente circulation d’une sève engourdie; quelques baies acides sont les fruits les plus savoureux que l’extrême Nord offre à ses habitants, jetés comme par un châtiment sévère sur cette terre maudite. A mesure que nous descendons vers le Sud, les formes végétales grandissent, se multiplient, les fleurs sont plus belles, plus parfumées, les saveurs des fruits acquièrent de l’intensité ; et, quand nous sommes sous le tropique, nous voyons la végétation prendre tout son développement. Là, les fougères ne sont plus, comme chez nous, des plantes herbacées, ce sont des arbres parés de longues frondes qui retombent en panaches élégants; les palmiers, inconnus à nos climats, dressent avec fierté leur tronc droit comme des colonnes et surmonté d’un bouquet de feuilles, qui en forme le chapiteau gracieux. Il semblerait que dans les forêts vierges, dont tous les voyageurs s’accordent à faire d’admirables récits, la nature végétale ait concentré toute sa puissance. Les arbres séculaires sont enlacés de Bignonia, de Banisteria aux fleurs dorées, dePaullinia, d’Aristoloches, qui les étreignent comme des serpents, ou retombent vers le sol en longues guirlandes; la vanille aux gousses odorantes s’applique sur leur tronc, et y adhère par ses racines ; la grande famille des Orchidées, aux formes multiples, et aussi distinguée par ses riches couleurs que par les masses de fleurs qui sont appendues à ses hampes flexibles, croît au pied des arbres, sur leur tronc, dans l’enfourchure de leurs branches, à leur sommet, et s’y balance dans l’air, quelle embaume

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de ses émanations pénétrantes. Le Bananier, plante herbacée qu’une même année voit naître et mourir, laisse tomber, du milieu de ses feuilles gigantesques, de longs régimes de fruits savoureux. Les graminées, ces humbles végétaux qui semblent ne jamais devoir affecter que des formes pygméennes, y revêtent une figure nouvelle; le Bambou, ce roseau des régions tropicales, est devenu un arbre à feuilles élégantes. Les fruits ne sont plus acides, ils sont sucrés et parfumés, ou rehaussés de saveurs étranges ; les aromates s’y développent et y mûrissent dans le milieu qui leur est propre ; à côté d’eux croissent des poisons terribles, dont la médecine a essayé la puissance.

La Botanique est la science qui traite de la connaissance des végétaux, qui nous apprend à les distinguer d’après leurs caractères, et à établir entre eux des associations par similitude ; car si les plantes semblent répandues sur la terre sans ordre et au milieu de la plus étrange confusion, on arrive, avec un peu d’attention, à reconnaître, entre les divers groupes, des ressemblances qui indiquent chez eux une étroite parenté. A ces premiers rapports en succèdent d’autres qui frappent l’esprit avec une égale force, et l’on ne tarde pas à comprendre qu’il y a dans la nature végétale, comme dans la nature animale, une loi de perfectibilité de forme qui établit une chaîne continue, depuis les premières molécules vivantes jusqu’aux végétaux les plus parfaits.

Après avoir esquissé à grands traits le tableau des phénomènes que déroule sous nos yeux le règne végétal, il nous reste à descendre dans les régions plus humbles de la pratique, et à démontrer que de toutes les sciences, la botanique est celle qui rend à l’homme le plus de services et qui devrait occuper la première place dans son estime. Par malheur, elle est beaucoup trop dédaignée : aussi, malgré les progrès de la science, en sommes-nous réduits encore à rechercher péniblement parmi les végétaux, ceux qui pourraient nous être utiles. On reconnaît aujourd’hui qu’en se livrant aux études de spéculation pure, et c’est le nom qu’il faut donner à ces travaux de science dont l’imagination a fait presque tous les frais, et qui n’ont abouti qu’à enfanter des théories n’attendant qu’un souffle pour être détruites, on reconnaît que l’on n’a fait que s’écarter de la voie qui devait conduire à des résultats positifs. Si parmi les savants qui se sont fait un nom, il en est qui n’ont qu’une connaissance superficielle de la botanique appliquée, combien plus en est-il parmi les hommes aux-

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quels les études sérieuses ne sont cependant pas étrangères, qui n’ont pas même les plus vulgaires notions de cette science. Les uns affectent un scepticisme absolu, et, n’attribuant aux végétaux aucune importance, foulent dédaigneusement aux pieds ceux qui sont le plus utiles; d’autres, imbus d’une croyance puérile, ajoutent foi aux vertus chimériques qu’on a prêtées aux végétaux, science fausse et trompeuse qui a fait de tous les préjugés relatifs aux propriétés des plantes un corps de doctrines erronées.

Étude pleine de charmes pour tout le monde, la botanique est une science des plus utiles pour beaucoup, indispensable même au médecin, au pharmacien, au vétérinaire, à I’herboriste, à I’agriculteur, à I’horticulteur, aux industriels qui s’occupent de filature , de teinture, de fabrication des couleurs, de parfumerie, de distillation, à'ébénisterie, etc., etc. On a donc peine à comprendre qu’une science qui devrait être si appréciée, si répandue, soit à peine effleurée par les uns et entièrement ignorée par les autres.

Le médecin doit être essentiellement botaniste; car, pour formuler, il faut qu’il connaisse, avec la plus grande précision, les propriétés des agents qu’il emploie, leur contre-indication, les remèdes aux accidents qu’ils pourraient produire. S’il est versé dans cette science, il y puisera, comme dans une source intarissable, des ressources que souvent lui refuse la pharmacologie minérale. Mais il semblerait que ces végétaux au vert feuillage, aux fleurs gracieuses et parfumées, soient des êtres inoffensifs qui n’ont que des propriétés hypothétiques. Quelques-unes seulement ont l’honneur de figurer dans la matière médicale ; telles sont la digitale, la belladone, le pavot, la ciguë, le ratanhia, le séné, l’ipécacuanha, le quinquina, etc. Ajoutons-y quelques douzaines d’autres plantes, et là finit toute la botanique du médecin. Quant aux végétaux indigènes, il les connaît peu ou point; pourtant, même encore dans ce siècle, plusieurs médecins botanistes, entreautresLoiseleurDeslonchamps etBodard, ont cherchéànous soustraire au tribut que nous payons aux pays étrangers; ils ont interrogé notre flore, pour savoir s’il ne s’y trouvait pas de végétaux qui pussent offrir des propriétés identiques à celles des plantes médicinales exotiques. La salicine, contenue dans l’écorce amère du saule, a été employée quelquefois comme succédané du quinquina; les racines de la pensée sauvage font vomir ; le suc de la bryone est un purgatif aussi actif que la scammonée; l’huile tirée des graines de l’épurge

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peut remplacer l’huile vésicante du Croton tiglium et avec moins de danger; les feuilles du baguenaudier, celles aussi de la Coronilla emerus, peuvent être substituées au séné, etc. On fera, à l’occasion de la coronille, remarquer combien il est important de connaître, en botanique appliquée, certaines différences spécifiques; car, tandis que la Coronilla emerus est simplement purgative, les semences de la Coronilla varia sont diurétiques et douées d’âcreté; et dans cette grande famille de Légumineuses, on trouve des plantes fort diverses. C’est ainsi que, tandis que le cytise des Alpes et YAbrus precatorius sont doués de propriétés toxiques, les semences d’un grand nombre d’autres espèces sont alimentaires. Les bulbes du colchique, qui à l’automne décore nos prés humides de ses fleurs élégantes, ceux de notre narcisse des prés, possèdent des propriétés d’une activité redoutable. Enfin, le médecin qui a fait de la botanique une étude sérieuse n’est nulle part privé de secours ; partout il peut trouver des agents médicaux dont il lui importe de connaître la puissance, s’il veut les administrer avec sécurité. Il peut se trouver loin de toute pharmacie et être obligé de demander aux végétaux qui croissent autour de lui les succédanés des médicaments qu’il n’a pas. Qu’osera-t-il faire s’il ignore de quelles vertus sont douées les herbes des champs et des bois? Que fera-t-il si sa science se borne à quelques noms, et s’il ne connaît pas ce qui distingue le véritable botaniste de l’empirique, les secours que peut lui offrir telle ou telle famille? Car d’étroites affinités unissent presque toujours entre eux les divers groupes végétaux : les Renonculacées en général sont âcres, les Labiées sont balsamiques et stimulantes; les Gentiane'es, amères et toniques; les Solanées, fétides et vénéneuses; les Borraginées, mucilagineuses et adoucissantes; les Synanthérées, amères, toniques et souvent stimulantes comme dans les Radiées ; les Malvacées, émollientes; les Fumariacées, douées d’une tonicité prononcée. Ira-t-il imprudemment se fier aux familles à propriétés multiples, comme les Ombellifères et les Papilionacées? Ne doit-il pas savoir que certains groupes voisins, comme les Campanulacées et les Lobéliacées, sont doués de propriétés opposées? Enfin, sa science est incomplète s’il ignore toutes ces choses. Admettons maintenant qu’un médecin français aille s’établir dans un pays étranger : avant qu’il en connaisse la matière médicale, il lui faudra de longues études, souvent insuffisantes si elles ne sont pas scientifiques ; car il sera

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transporté dans un milieu si nouveau, qu’il n’y aura dans la végétation aucune plante dont le faciès lui soit familier. S’il avait étudié la botanique au point de vue de son application § l’art de guérir, il] lui faudrait quelques semaines seulement pour manier les médicaments en usage dans le pays, avec autant d’habileté que les médecins indigènes.

Malgré cette incontestable utilité, malgré les oscillations auxquelles leur art est si sujet, la plupart des médecins délaissent la botanique, qu’ils ont à peine effleurée quand ils étaient élèves. Et pourtant, cette science où l’on trouve pour ainsi dire, chez tous les peuples, l’origine de la médecine, fut l’honneur de beaucoup de leurs plus illustres devanciers. Hippocrate,dont ils consultent encore les écrits; Dioscoride, à qui l’on doit six livres précieux sur la matière médicale des anciens, basaient en partie l’art de guérir sur l’examen et l’usage des plantes ; il en était de même des médecins latins, de même encore des médecins de la Chine, aussi loin que l’on puisse remonter le cours des siècles, de même enfin des médecins arabes tels que lesRhazès et les Avicenne. Ils étaient des botanistes ardents à l’œuvre, ces hommes des siècles antérieurs au nôtre, qui ont illustré à la fois la médecine et les sciences naturelles chez les peuples modernes : en France, les Belon, lesDalechamps, les de l’Écluse, les de Lobel, les Gui de la Brosse, les Geoffroy, les Magnol, lesTournefort, lesDodart, les Fagon, les Marchant, les Chomel, les Guettard, les Louis Gérard, les Bucquet, les Bazin, les Broussonet, les Spielmann, les Jussieu, etc.; en Allemagne, les Brunsfels, les Cordus, les Bock, les Fuchs, les Rauwolf, les Tabernœmontanus, les Camerarius, les Jungermann, les Hoffmann, les Rhumphius, les Koempfer, les Wolckammer, les Breyn,les Knaut, lesliedwig, les Ludwig, les Gmelin, les Trew, lesBachmann(Rupius), les Wedel, lesBruckmann, les Baïer, lesDillenius, etc.; en Hollande, les Bodœus, les Dodoëns, les Bontius, les Commelin, les Hermann, les Munting, les Boerhaave, les Leuwenhoeck, les Yan-Royen, les Burmann, etc.; en Belgique, les Spigel, les van Helmont, etc.; dans la Grande-Bretagne, les Grew, les Morison, les Bobart, les Blair, les Shaw, les Deering, les Mitchell, les Martyn, les Woodward, les Haies, les Fathergill, etc. ; en Balie, les Mattioli, les Cesalpini, les Aldrovande, lesFallope, les Alpini, les Zanoni, les Castelli, lesMalpighi, les Tilli, les Miclieli, etc.; en Espagne, les de Huerta, les Monardès, les Hernandez, etc. ; en Pologne, les Zaluzianski, les

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Jonston; en Suisse, les Conrad Gessner, lesBauhin, les Haller, etc. ; dans les pays Scandinaves, les Rudbeck, les Browallius, les Winslow, les Acharius et le grand Linné. Il est certainement encore des médecins qui tiennent un rang éminent dans les sciences botaniques ; mais il faut bien le dire, ce qui était autrefois la règle n’est plus aujourd’hui que l’exception, au grand détriment de la médecine qui s’habitue ainsi peu à peu à perdre un de ses principaux moyens curatifs, et court risque de tomber dans de graves erreurs.

Le savant Desvaux avait si bien compris le besoin d’étudier mûrement une science si utile à l’art de guérir, qu’il ne cessait de signaler des exemples de fautes commises dans la médecine et dans la pharmacie, par suite d’ignorance en botanique.

« On a vu, disait-il, dans le principal de ses ouvrages, des hommes, obligés par leur profession de connaître les propriétés des végétaux, donner l’hysope lorsque la saponnaire était prescrite, d’autres substituer la fumeterre au serpolet, d’autres donner le marrube au lieu de menthe; on a poussé l’ignorance jusqu’à donner de la chélidoine au lieu du cétérach. Des pharmaciens ont préparé avec le trèfle des prés, plante de toute innocuité, l’extrait de trèfle d’eau, Menyanthes trifoliata, plante éminemment amère et fébrifuge. Souvent l’on a préparé l’extrait de ciguë avec le Caucalis anthriscus; aussi les médecins qui prescrivaient l’usage de cet extrait à leurs malades étaient-ils surpris de n’obtenir aucun des brillants succès qu’avait annoncés et obtenus le docteur Stoerk. Un pharmacien de Paris, depuis qu’on avait relevé cette méprise, préparait son extrait de ciguë avec le cerfeuil sauvage, chœrophyllum sylvestre... Nous tenons d’un médecin digne de foi, qu’il a vu employer la gratiole, Gratiola officinalis, dans le cas où l’on avait prescrit des plantes émollientes. On appréciera quelle dut être la différence du résultat, lorsqu’on saura que la gratiole est un des purgatifs les plus violents. »

Le pharmacien, lui aussi, en général, néglige peut-être trop la botanique, depuis surtout que la thérapeutique emprunte la plus grande partie de ses agents actifs au règne minéral. Pourtant le pharmacien est appelé par l’importance de ses fonctions, qui ne sont pas appréciées ce qu’elles valent, à connaître non-seulement les produits des plantes indigènes, mais encore les médicaments que procurent les végétaux exotiques, ce qui exige de sa part des connaissances positives, fruits d’une longue étude, pour qu’il ne commette aucune

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erreur fâcheuse. La diagnose seule des nombreuses espèces de quinquina que nous envoient les forêts brûlantes du Nouveau Monde, et qui ne sont pas, comme les végétaux de nos pays, reconnaissables par l’ensemble de leurs parties, mais simplement par leur écorce ; celle des résines, des gommes, des huiles, des semences de divers noms, dont la médecine moderne a sagement fait d’éliminer la plupart, mais qui n’en figurent pas moins encore dans nos matières médicales, et qu’il est quelquefois si difficile de reconnaître, à cause des sophistications qui les altèrent ou de la substitution de substances à peu près semblables, ne peuvent être que le résultat d’une longue et contentieuse étude. Combien ne lui importe-t-il pas de ne point confondre les produits des végétaux dont le nom a été si longtemps un.mystère, et qui, sous une appellation semblable, ont des propriétés diverses ! Telles sont, pour citer un exemple, les écorces d’Angusture fausse ou vraie, dont l’une est un poison et l’autre un fébrifuge, et qui présentent une assez grande similitude, pour qu’il faille des connaissances précises pour les distinguer. Que d’études ne faut-il pas pour connaître la nature et la durée des principes actifs des divers agents médicinaux, leur composition chimique, l’usage qui en est fait dans leur pays natal, leurs succédanés et les préparations nombreuses indiquées dans les diverses pharmacopées ; connaissances sérieuses, complexes, qui constituent toute une science ! Malgré cela, que l’on compte ce qu’il y a aujourd’hui de botanistes sérieux, parmi tant de chimistes distingués, dans la pharmacie où brillèrent autrefois : en Angleterre John Hill, à qui l’on doit un système de botanique; en Allemagne Basile Besler, qui a publié d’importants ouvrages sur les plantes, Weinmann qui a laissé une magnifique iconographie végétale, monument delà science à son époque; et en France, Moïse Charas et Nicolas Lemery, auteurs l’un et l’autre de pharmacopées qui, pour être assurément fort arriérées aujourd’hui, n’en dénotent pas moins beaucoup d’études botaniques.

V agriculteur, sans aller demander aux climats lointains des plantes économiques nouvelles, bien qu’il ne doive pas négliger de se tenir au courant des conquêtes de nos explorateurs modernes, peut encore tirer de la botanique un parti avantageux. Combien de végétaux, délaissés comme indignes des soins de l’homme, pourraient figurer avec orgueil au milieu des plantes économiques qu’il soigne avec la sollicitude d’un père! La famille des Graminées, si riche en

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genres et en espèces divers croissant dans les lieux différents, soit dans les terres humides ou submergées, soit dans les sols arides ou calcaires brûlés par le soleil, à l’ombre des bois, ou bien dans les plaines élevées qu’arrose rarement une pluie bienfaisante, demande à être étudiée avec soin. C’est par la connaissance des conditions de végétation des diverses espèces de cette riche famille, qui donne à l’homme du pain partout, de l’eau-de-vie là où la vigne refuse de produire, et, par les animaux, de la viande, du lait, du beurre, du fromage, de la laine, des cuirs, que l’on peut arriver à améliorer nos prairies artificielles, qui ne produiront plus que des herbes appropriées à la nature du sol.

Pourquoi la plupart des agriculteurs ignorent-ils que la Glyceria fluitans , qui croît sans culture dans nos mares, au bord de nos étangs, dans nos fossés inondés, peut leur fournir des graines propres à entrer dans leur régime alimentaire, et qui, moins dédaignées par les peuples de l’Europe orientale, y portent le nom biblique de manne de Pologne? Quelques journées de travail pourraient cependant leur procurer une récolte abondante de graines qui, s’ils ne les consommaient pas par eux-mêmes, serviraient à la nourriture de leurs volailles. Pourquoi leurs connaissances se bornent-elles au petit nombre de plantes dont la culture primitive se perd dans la nuit des temps, tandis qu’il faut des siècles pour leur faire accepter les végétaux d’introduction nouvelle, témoin la Pomme de terre qui fut cultivée en Europe au commencement du seizième siècle, et qui, longtemps négligée, ne se répandit que lorsque le vénérable Parmentier, à la fin du siècle dernier, en eut fait connaître les propriétés? Pourquoi dédaignent-ils les plantes qui croissent près d’eux, et parmi lesquelles il en est tant d’utiles? Là ne se borne pas l’application de cette science : la connaissance de la botanique leur apprendrait aussi sûrement que l’analyse, à distinguer les diverses natures de sol au simple aspect de la végétation qui leur est propre ; car chaque terrain a sa flore spéciale, et les végétaux qui la composent disparaissent dès que changent les conditions d’existence. En suivant avec attention les diverses apparitions végétales, depuis le sommet des terrains secs et élevés jusque vers les endroits bas et humides, on voit la végétation varier autant de fois que le milieu se modifie, les Sedum , les Arenaria, les Gypsophila , et un grand nombre de Caryophyllées, de Crucifères, telles que des Thlaspi, des Iberis, des

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Alyssum ; de Synanthérées, comme les Crépis , les Erigeron; de Graminées, comme les Festuca, les Bromus, etc., couvrent les terrains secs et arides ; les champs et les moissons présentent, à travers certains genres appartenant aux mêmes familles, des formes spécifiques différentes. Les Convolvulus, les Agrostemma, les Centaurées, les Delphinium, plusieurs espèces de Véroniques, le Mélampyre, les Anagallis , les Muscaris, ne se trouvent que dans ces localités restreintes; enfin, à part un petit nombre de végétaux qui ont la propriété de croître partout, on peut reconnaître dans les différentes évolutions végétales la diversité des stations. Les prés qui s’épuisent perdent les plantes qui donnaient à leurs foins des qualités recherchées, pour en nourrir d’autres, parmi lesquelles certaines Renonculacées jouent un rôle très-significatif, indiquant que le sol s’appauvrit et demande le secours de l’homme pour recouvrer les qualités qu’il a perdues. Combien de maladies ont décimé les troupeaux, qui n’étaient dues qu’à l’apparition de végétaux délétères, nés à la suite de l’épuisement de riches et grasses prairies ! Ce qui a lieu pour les prés a lieu également pour les champs cultivés ; l’insouciance du cultivateur laisse des plantes étrangères se mêler au bon grain et les moissons se surcharger d’éléments nuisibles; tels sont le Lathyrus Cicera, le mélampyre, l’ivraie, etc. Avant que la nature de l’ergot du Seigle fût connue scientifiquement, il fallut bien des accidents pour qu’on attribuât à cette production parasite, résultat d’une altération pathologique, ces gangrènes affreuses qui ont répandu la terreur parmi les populations des campagnes. Quand les disettes, devenues heureusement plus rares aujourd’hui, ont fait périr tant d’hommes et d’animaux utiles, à combien de végétaux indigènes aurait-on pu demander des ressources alimentaires? Les racines purgatives de la bryone, qui donnent au lavage une fécule saine et abondante; les racines des massettes, celles du nénuphar, les tubercules des orchis, ceux de l’arum, pouvaient suppléer à cette affreuse pénurie. Parmi les herbes si dédaignées des champs, la morelle, réputée à tort un poison dangereux, la mercuriale, dont l’ébullition fait disparaître les propriétés laxatives, les nombreuses espèces de la famille des Chénopodiées, dont les feuilles et même les fruits sont alimentaires; les racines de l’asphodèle et du Stachys palustris, les souches de YAlisma plantago, du Menyantes trifoliata, et tant d’autres plantes rustiques, pouvaient concourir à soutenir la vie des

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malheureux habitants des contrées désolées par la disette, et leur permettre d’attendre des temps meilleurs. Nous négligeons encore le Biinium bulbocastanum aux tubercules comestibles, le Lathyrus iuberosus, Y Orobus tuberosus et le Trapa natans, qui pourraient cependant nous rendre des services si nous cherchions à les perfectionner parla culture. On ne parle ici que de la France, si riche en ressources de tout genre, et encore si mal connue sous ce rapport. Que serait-ce donc si nous parcourions les diverses contrées du globe, pour leur demander des végétaux utiles qui conviendraient à notre climat? La Patate, Batatas, de la famille des Liserons, est aujourd’hui entrée dans nos cultures, et a déjà produit des graines qui plus tard, sans nul doute, permettront de cultiver cet excellent tubercule comme plante alimentaire usuelle; une nouvelle espèce, la Patate de Wall, promet des résultats supérieurs encore ; et depuis que la Pomme de terre, à laquelle l’Europe a dû la cessation de ces famines désastreuses qui ont décimé sa population, a été attaquée d’un mal inconnu, on est allé chercher partout des tubercules alimentaires nouveaux. Plusieurs essais, insuffisants encore, ont cependant démontré que nous pourrons un jour associer à la Pomme de terre des végétaux qui, sans la détrôner, rivaliseront d’utilité avec elle. L’Amérique méridionale nous a dotés des Oxalis crenata et Deppu, dont les tubercules esculents, surtout dans la première espèce, sont d’un goût agréable, et dont les feuilles peuvent remplacer l’Oseille avec avantage, et de la Capucine tubéreuse, dont les racines coniques et peintes de vives couleurs sont comestibles, quoique leur goût ne plaise pas à tout le monde. La Camassia esculenta, qui croît spontanément dans l’Amérique du Nord, fournit aux indigènes des tubercules féculents qui servent à leur alimentation. Le Ssarana, Lilium kamtsehatcen.se, originaire de l’Asie orientale, fournit une fécule abondante, et est un objet de commerce dans la Russie d’Asie; le Lilium pomponium est cultivé dans les mêmes régions comme plante alimentaire; le Calochortus elegans fournit des racines comestibles aux Indiens de l’Amérique du Nord; Y Iris esculenta est une des plus précieuses ressources des habitants de l’Afrique australe. La Glycine tubéreuse, les tubercules du Psoralea esculenta, admis à l’honneur d’essais, YUllucus tuberosus , le Boussingaultia, dont les feuilles seules sont comestibles dans notre climat, les Ignames de la Chine, sont dus à des botanistes, à des missionnaires ou à

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des navigateurs qui ont cherché à enrichir notre agriculture de plantes alimentaires nouvelles. Si tous les voyageurs étaient ainsi animés d’idées philanthropiques et patriotiques, et s’ils cherchaient à doter leur patrie de végétaux propres à accroître la somme des produits directement consommables, on reconnaîtrait mieux encore les bienfaits de la science; mais on ne s’en occupe pas assez, et l’industrie agricole en est toujours réduite à réclamer, pour son inépuisable activité, des produits nouveaux. Que la botanique fasse partie de l’instruction générale, et l’on ne tardera pas à voir quels services cette science doit rendre à l’agriculture.

Pourquoi le filciteur néglige-t-il complètement une étude qui lui apprendrait à connaître les plantes textiles susceptibles de donner des tissus supérieurs aux nôtres en finesse, d’une manipulation ou d’une culture plus facile, et de fournir du linge, des vêtements, des cordes, des voiles, etc., ou encore de simples nattes et des tapis grossiers? S’il était botaniste, il saurait que, dans la famille des orties, la plupart des plantes donnent un fil résistant, et que notre grande ortie fournit une filasse de belle qualité ; que le genêt, qui tapisse les flancs des coteaux privés d’autre verdure, est propre à fabriquer des tissus communs, ou peut fournir à la papeterie des matières premières bien supérieures à la paille et à la pulpe de betterave, supérieures même au coton, qui ne donne qu’un papier mou, poreux et de mauvaise qualité; il saurait que les malvacées, qui comptent déjà parmi les végétaux textiles le cotonnier, sont toutes susceptibles de subir une préparation qui les rend propres aux arts textiles : tels sont les Althæa, les Sida, les Napœa, les Thespesia, les Hibiscus, etc. L’écorce des Sterculia est propre à faire des cordes. Dans les deux familles voisines, les bombacinées et les byttnériacées, on trouve encore des plantes textiles ; pourtant le coton des Bombax n’est pas utilisé, bien qu’il mérite de l’être. Dans la famille des caprifoliacées, le Lonicera xylosteum, si commun chez nous, sert à faire des tissus et des cordes, et l’on trouve dans l’écorce du Leycestevia formosa une filasse soyeuse et brillante. Les tiliacées ont une écorce fibreuse employée seulement à la fabrication des cordes à puits : des préparations plus minutieuses la rendraient propre sans doute à jouer dans l’art textile un rôle moins humble. Les aigrettes soyeuses qui entourent, comme d’un duvet protecteur, les semences de plusieurs espèces d’apocyns, dont une, X Apocynum cannabinum,

Botan., T. I. o

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fournit une bonne filasse ; la soie de YEriophoron, de la famille des cypéraeées; le coton des peupliers, parmi les amentacées; les fibres des feuilles de Phormium, végétal que nous a envoyé la Nouvelle- Zélande, et dont nous n’avons jusqu’à ce jour tiré aucun parti, parmi les liliacées; celles des agavés, parmi les amaryllidées ; du Chamœrops, parmi les palmiers ; du bananier, parmi les musacées; les Stipa et les Lygeum , parmi les graminées, etc., sont certes capables de prouver que, si l’on étudiait les plantes textiles dans toute la série végétale, on trouverait que partout la nature nous offre des végétaux propres à faire des tissus et des vêtements. Il n’est pas jusqu’au Lagetta lintearia, ou bois-dentelle, dont les couches fibreuses de l’écorce, autrement le liber, à mailles distantes entre elles avec régularité, ressemblent à une dentelle, qu’on n’utilise et qui ne serve à faire des objets de toilette, depuis les Philippines jusqu’aux Antilles. Que de produits nouveaux ne trouverions-nous pas si nous voulions les chercher, non pas avec l’empressement aveugle de l’empirisme, mais avec la froide maturité de l’homme de science, qui se sert de ses longues études comme d’un flambeau pour le guider à travers le dédale des manifestations végétales!

Le teinturier a-t-il demandé aux différentes plantes de notre patrie des substances tinctoriales? Tous savent-ils que la tige et les feuilles de la coronilie des jardins, celles de la mercuriale vivace, les racines de la vipérine fournissent une couleur bleuel Et pourquoi ne chercherait-on pas à remplacer par des végétaux indigènes la teinture fournie par l’indigotier, et qui nous a fait abandonner la culture du pastel ? Savent-ils qu’ils peuvent obtenir une belle couleur jaune des racines de l’épine-vinette et des sommités du Datisca cannabina, qui fournit une teinture aussi solide et plus brillante que la gaude; des extrémités fleuries de la pomme de terre, de la fleur du narcisse des bois, de l’écorce de YAgnus castus, de l’alaterne, de l’aubépine, du charme; que le tabouret, cette petite crucifère qui croit partout et envahit les champs depuis la fin de l’hiver jusqu’à ce que la terre soit durcie par les gelées, que le passerage, l’épervière, Yllex crocea, les baies du Prinos verticillata, fournissent une teinture solide ; qu’il peut demander du vert à la scabieuse des bois, à la prunelle, au cerfeuil sauvage ; du rouge au Lithospermum officinale, au Staphylea pinnata , à la piloselle, au merisier à grappes; du gris à la busserole, aux sommités de l’airelle et de la pomme de terre ; du brun à la

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racine du fraisier et de la lysimachie, aux tiges feuillées du marrube noir, de l'aristoloche clématite, du thuya, etc.; du noir au lycope des marais, à la Scutellciria galericulata, aux racines de scorsonère, qui sont revêtues d’une écorce d’un noir intense? Et toutes ces ressources, qui, si elles ne servent pas directement aux hommes de l’art, peuvent être utiles aux habitants des campagnes éloignées des grands centres et qui font eux-mêmes des teintures grossières, restent inconnues parce qu’on n’étudie pas la science qui seule peut les propager.

Les fabricants de couleurs pourraient tirer des bleus, si chers quand ils sont beaux, des fleurs des commelines, et du vert des feuilles de colchique. Le Polygonum tinctorium et le barbatum contiennent de l’indigo qui mérite d’en être extrait, puisqu’ils en donnent un trente-deuxième de leur poids en feuilles ; le Justicia purpurea donne également du bleu , et le tinctoria du rouge ; le Bignonia chica fournit une couleur jaune d’ocre. Enfin, les couleurs d’une partie des plantes tinctoriales sont susceptibles d’être fixées, et de fournir à la peinture des tons multipliés à l’infini, lesquels sont autant de nouvelles ressources pour les artistes.

Le forestier se contente de connaître les essences des forêts de France et ne va pas plus loin, tandis qu’il y a tant d’arbres d’une qualité supérieure et d’une croissance plus rapide que certaines espèces indigènes, qui pourraient venir y prendre place. Que sont devenus les arbres précieux étudiés avec tant de soin et d’intelligence dans les forêts de l’Amérique du Nord par M. Michaux? Quels sont ceux qui sont entrés dans notre sylviculture? Qu’a-t-on tiré des voyages de Douglas et d’Hartweg dans la Californie, si riche en arbres verts, dont beaucoup pourraient croître chez nous, et se substituer avec le temps aux espèces ingrates et rabougries que nous cultivons presque à regret? Pourquoi le vernis du Japon, qui décore aujourd’hui nos promenades et s’élance en colonne d’une rectitude irréprochable jusqu’à une hauteur prodigieuse, n’a-t-il pas remplacé quelques-unes de nos essences de bois blanc, lui qui a le bois plus résistant, et qui croît bien plus vite? Qu’a-t-on fait du cyprès distique, dont l’importation fît tant de bruit parmi les savants, et qui eut les honneurs d’une série d’articles élogieux oubliés depuis longtemps? Pourtant nos constructions civiles et militaires auraient besoin de bois qui joignissent à une croissance rapide la plus grande

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somme possible de ténacité. Avec des études botaniques complètes et consciencieuses, cette lacune serait bientôt remplie.

Les ébénistes , en quête de bois à grains fins, de couleurs, de veinures agréables à la vue, et qui en font venir à grands frais de l’étranger, pourraient, en étudiant nos arbres indigènes, s’affranchir d’un tribut onéreux, qui a, en outre, l’inconvénient non moins grave de faire sortir du pays un numéraire que l’on pourrait y conserver. Pourtant plusieurs essais ont été faits et ont prouvé jusqu’à quel point il serait facile de s’affranchir des importations étrangères. Que serait-ce, si l’on introduisait chez nous les arbres aux bois fins et colorés qui pourraient suffire à tous nos besoins ? Pourquoi ne voyons-nous pas des meubles en prunier ou en if, qui se rapprochent de l’acajou? L’orme tortillard est peut-être même plus accidenté que ce dernier. Et quand nous sommes riches surtout en bois poreux, qui sont propres à prendre toutes les teintures, nous allons, par un reste de préjugé qui n’accorde de mérite qu’aux produits des pays étrangers, chercher au dehors ce que nous pourrions avoir chez nous, sans peines et sans frais.

Les plantes économiques , celles dont les usages spéciaux ou variés se prêtent à nos divers besoins, sont encore très-nombreuses ; mais les essais sont restreints, faute de connaissances suffisantes ; et quand ils ont réussi, il est difficile de les introduire dans la culture ou de les faire pénétrer dans l’industrie. L’écorce du tilleul, celle du saule, de l’orme, de l’osier, de la guimauve, de l’ortie, du houblon, peuvent donner un papier de bonne qualité, et ces plantes sont certes assez communes pour qu’on ne craigne pas que le produit manque à la demande ; les filaments feutrés des conferves peuvent encore servir à faire des papiers d’emballage, et nos eaux fourniraient assez de matières premières pour subvenir à une partie des besoins du commerce.

Les graines d’un grand nombre de plantes fournissent de l’huile propre à entrer dans l’alimentation ou à servir à l’éclairage. Le Madia sativa , qui en n’occupant la terre que cent jours fournissait une huile abondante et propre à des usages variés, a été l’objet de quelques expériences, puis délaissé. Les glands du Quercus phellos réunissent à l’avantage de donner des fruits édules une huile fort estimée, et ce chêne réussirait chez nous, dan? nos départements méridionaux.

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Les pépins du raisin contiennent une huile verdâtre et douce, qui pourrait trouver son emploi dans l’économie domestique ou l’industrie ; pourtant, chaque année, les pépins qui sortent de nos cuviers par milliers de quintaux, sont jetés sur la voie publique, comme entièrement dénués d’usage, ou entrent, dans quelques pays, et cela avec un médiocre profit, dans la nourriture du bétail ; le soleil aux fleurs gigantesques, et qui fournit tant de graines, pourrait prendre place parmi nos plantes oléifères, ainsi que le Galeopsis tetrahit; mais toutes sont négligées, et nous préférons nous en tenir à la culture du colza, qui occupe la terre pendant dix-huit mois et ne résiste pas toujours aux rigueurs de l’hiver.

Le parfumeur et le distillateur doivent connaître les odeurs que peuvent, dans leur immense variété, fournir les végétaux des diverses familles; elles offrent, malgré leur similitude, des nuances souvent délicates, et beaucoup de plantes peuvent être substituées les unes aux autres, témoin le Pélargonium à odeur de rose, qui est devenu l’objet d’une spéculation avantageuse. Nous avons encore, parmi les odeurs suaves qui rappellent celle de la rose, le Sedum rhodiola et le bois de Convolvulus scoparius; l’odeur de vanille se retrouve très-prononcée, et susceptible d’être séparée, dans l’enveloppe de l’avoine noire. L’odeur caryophyllée, qui est celle du clou de girofle, se trouve non-seulement dans l’œillet, mais encore dans les racines de YAcorus calamus , de la benoîte et du souchet; les labiées ont une odeur balsamique citronnée ou camphrée; les ombellifères ont une odeur forte, mais souvent agréable; les fleurs et toutes les parties des synanthérées sont également pénétrées d’une odeur aromatique, dont l’exagération est quelquefois portée jusqu’à la fétidité; les orchidées et les liliacées portent des fleurs souvent fort aromatiques. Le parfumeur peut encore substituer au fard en usage celui que fournissent les fruits des Rivina humilis et purpurescens , et qui est d’un ton plus agréable. La gomme de YUvaria japonica sert à lisser les cheveux, et pourrait remplacer avec avantage le mucilage des pépins de coing. En un mot, à une époque comme la nôtre, où le caprice de la mode oblige à chercher constamment du nouveau, l’industriel peut tirer parti de connaissances botaniques qui le mettront à même de lire avec succès les livres de science, et lui épargneront des recherches dénuées de méthode absorbant souvent beaucoup de temps et d’argent. De combien de variétés de saveur

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le distillateur ne pourrait-il pas en outre tirer parti? Ajoutez à cela l’importance qu’il y aurait pour lui de savoir où prendre les substances sapides, et celle non moins grande d’apprendre à se défier des familles qui cachent le poison sous une apparence agréable. Pourquoi le distillateur n’utilise-t-il pas les feuilles du Convolvulus dissectus pour préparer une eau de noyau de fort bon goût, l’écorce des racines du tulipier, les fleurs du magnolia, l’écorce du Drymis, les fleurs du Mammea americana, etc., pour aromatiser les liqueurs?

Combien d’autres professions ne tirent pas et pourraient tirer du règne végétal des matières premières dont la mise en œuvre enrichirait leur industrie !

Les voyageurs appelés par le charme irrésistible des pérégrinations, ou les nécessités de leur profession, à visiter les pays étrangers, luttent souvent, faute de connaître la botanique, contre les tortures de la faim ou les douleurs de la maladie, quand ils ont autour d’eux les moyens de prévenir tous ces maux. Retenus par une appréhension naturelle, ils n’osent ni cueillir un fruit, ni arracher une racine : car ils craignent que le poison qui tue ne soit caché sous l’apparence la plus propre à inspirer la sécurité. De quelles ressources comme de quels dangers le voyageur n’est-il pas entouré quand il parcourt les riches climats de l’Inde ou les forêts vierges du Nouveau Monde, régions où nulle plante n’est inerte, où toutes sont au contraire douées de propriétés utiles ou funestes ! Si la faim le presse, brisera-t-il de ses dents la noix de YAnacardium qui renferme, sous son enveloppe de cuir imbibée d’une huile âcre et corrosive, une amande d’un goût exquis, s’il ne sait d’avance que cette liqueur caustique semble là pour défendre le fruit contre ses attaques audacieuses? Pourra-t-il deviner qu’au sommet de YAreca oleracea se trouve un bourgeon d’une saveur délicieuse, et qui peut servir à apaiser sa faim ; mais que la nature l’a placé au faîte de cette colonne vivante, loin des atteintes de l’homme capable de sacrifier souvent à la sensualité l’arbre qui a bravé les orages pendant un demisiècle? Qui lui apprendra que la racine empoisonnée du Manihot contient une fécule alimentaire, lorsqu’une main experte sait en exprimer le suc délétère ; que les pétioles gigantesques du Ravenala de Madagascar, que les petites urnes terminales des Nepenthes ou les feuilles en godet des Sarracenia, contiennent une eau limpide propre à étan-

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cher sa soif; qu’enfin, partout où il portera ses pas, il trouvera dans le règne végétal l’aliment qui soutient la vie, le médicament qui ranime la santé et le poison qui tue?

En dehors de ces applications, qui ont toutes pour objet l’utile ou l’agréable, il y a dans la connaissance de la Botanique, outre le charme qui s’attache à son étude, une utilité incontestable pour le simple amateur. Combien n’arrive-t-il pas chaque année d’accidents terribles, par suite de l’ignorance des notions élémentaires de cette science ! Tantôt ce sont des gastronomes ou d’imprudents promeneurs qui récoltent dans nos bois des champignons parés de riches couleurs et d’une apparence d’innocuité propre à rassurer les plus timorés, mais recélant un poison terrible, dont les rapides effets ne sont pas arrêtés par des soins empressés; d’autres fois, les jolies fleurs d’aconit ont servi à orner une salade, et ont causé, avec d’affreuses douleurs, la mort de ceux qui en ont mangé. La petite ciguë, confondue si facilement avec le persil, et qu’il ne faut qu’un peu d’attention pour reconnaître, cause des accidents d’autant plus graves, qu’elle croît spontanément dans nos jardins. Les baies noires et vernissées de la belladone, qui ressemblent à de grosses cerises, sont presque constamment mortelles ; les fleurs du pêcher sont purgatives; les amandes des fruits charnus qui figurent sur nos tables peuvent produire de graves accidents si l’on en mange une certaine quantité, à cause de l’acide prussique qu’elles contiennent; la violette, quoique douée d’une douce odeur, est vomi-purgative; les fleurs des beaux narcisses qui décorent, soit nos jardins, soit nos appartements, sont émétiques et même vénéneuses; les souches des iris sont hautement purgatives; les rhododendrons, les azalées, les kalmia, sont doués de propriétés perfides; les lobélies, aux fleurs éclatantes, sont d’une causticité dangereuse, quoique les campanules soient inoffensives. Et l’on ignore tous ces détails, qui ne sont rien quand on vit loin des jardins, mais qui trouvent toujours désarmé et sans défense celui auquel survient un accident dont la cause est inconnue. Aujourd’hui surtout que le goût des jardins est très-répandu, combien n’importe-t-il pas de connaître au moins les généralités d’une science qui apprend ce que sont des plantes avec lesquelles on est en rapport permanent?

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DIVISIONS DE LA BOTANIQUE

La Botanique se compose de plusieurs branches qui peuvent être Fobjet d’études distinctes, et qui constituent dans leur ensemble la science végétale.

Le savant Achille Richard, dont le père, Marie Richard, avait luimême été un botaniste éminent, divisait la science dont nous nous occupons en : 1° Botanique proprement dite, subdivisée en Glossologie (du grec ylücnet, mot, langue ou langage, et 16y oç, discours), ou connaissance des termes propres à désigner les différents organes des plantes et leurs nombreuses modifications ; Taxonomie (du grec

ç, ordre, méthode, et wop, nom, ou vopç, loi, règle), ou application des lois générales de la classification au règne végétal; Phytographie (du grec cfurôv, plante; ypacpw, je décris), ou art de décrire les plantes, c’est-à-dire de faire connaître, par l’emploi de termes techniques, les caractères généraux ou particuliers propres à distinguer un végétal de tous les autres; — 2° Physique végétale, ou Botanique organique, subdivisée en : Organographie (du grec opyavov, organe, et ypacyw, je décris), ou description des organes, de leur forme, de leur position, de leur structure et de leurs connexions ; Physiologie végétale , ou étude des fonctions propres à chacun des organes, et dont l’ensemble constitue la vie; Pathologie végétale , enseignant les diverses altérations ou maladies qui peuvent affecter les végétaux; — 3° Botanique appliquée, laquelle branche de la botanique générale s’occupe des rapports qui existent en^re l’homme et les végétaux, et se subdivise en : Botanique agricole , ou application de la connaissance des végétaux à la culture et à l’amélioration du sol ; Botanique médicale, ou application des connaissances botaniques à la détermination des végétaux qui peuvent être employés dans l’art du médecin et du pharmacien ; Botanique économique ou industrielle , laquelle a pour objet de faire connaître l’utilité des plantes dans les arts ou dans l’économie domestique.

Payer, plus récemment, a divisé l’étude de la botanique en : 1° Organographie végétale, branche devenue une véritable science, dit-il, grâce aux travaux de De Candolle et d’Auguste Saint-Hilaire ; — 2° Anatomie végétale, science qui dut son origine à l’Anglais

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Grew et à l’Italien Malpighi, dans le courant du dix-huitième siècle;

— 3° Organogénie végétale, branche qui a été créée par Mirbel au commencement de notre siècle ; — 4° Physiologie végétale, branche la moins avancée, selon Payer, de toute la science botanique, malgré les travaux des Saussure et des Haies ; — 5° Tératologie (du grec zèpaç, zépazoc, prodige, et ).ôyoç, discours) végétale , ou traité des phénomènes, des difformités des végétaux ; — 6° Pathologie (du grec TtaQoc, affection, maladie, etAôyoc, discours) végétale, ou maladies des plantes; — 7° Phytograpiiie, ou description des plantes; science dont Linné posa les premières règles; — 8° Géographie botanique, ou connaissance du sol et des climats qui conviennent aux plantes et des lois qui président à leur distribution sur la surface du globe; 9° Botanique appliquée, appelée aussi par quelques auteurs Technologie (du grec xiyy'n , art, et Àôyoç, discours), ou histoire des usages auxquels peuvent être appliquées les diverses parties des plantes;

— 10° Botanique fossile, ou description des empreintes des végétaux, pour la plupart disparus, que l’on retrouve sous les diverses couches de notre globe.

Ces deux manières de diviser la science botanique se complètent l’une par l’autre plutôt qu’elles ne s’excluent.

Mais, pour n’entrer ici que dans l’appréciation de quelques-unes des principales di visions des deux maîtres que nous venons de nommer, nous dirons :

L’anatomie végétale fait connaître la structure intime des organes qui entrent dans la composition des plantes ; c’est l’étude des tissus élémentaires. Elle montre que les végétaux inférieurs ont une structure beaucoup plus simple que ceux d’un ordre plus élevé ; que les algues, les champignons, les lichens, ne sont composés que d’un seul tissu, le tissu cellulaire; tandis que dans les fougères, les palmiers, les chênes et tous les arbres de nos forêts, on trouve, outre ce tissu cellulaire, les tissus fibreux et vasculaire diversement agencés pour constituer les organes composés : racines, tige, feuilles, fleurs et fruits.

L’organografhie apprend quelles sont la forme’, la couleur, la dimension et la symétrie de ces différents organes, sans se préoccuper des fonctions.

La morphologie (du mot grec p.opq»?, forme, Xoyoç, discours), n’est autre que l’organographie expliquée par les transformations auxquelles sont soumises les parties des végétaux.

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La physiologie végétale est la science appliquée aux fonctions ; c’est l’étude la plus élevée, la plus profonde et celle qui exerce par-dessus tout la sagacité des savants. Là l’organe n’est plus qu’un simple appareil, dont la fonction est l’objet d’une recherche spéciale; et de combien de mystères est entourée la vie de ces êtres si frêles, que le matin voit naître et le soir mourir! Que de problèmes insolubles encore dans le vaste champ de cette science ! C’est que dans les infiniment petits le secret de la vie est aussi profondément enfoui que dans l’être le plus développé, et l’on ne connaît pas mieux le phénomène d’intussusception de la molécule qui compose la conferve, le nostoc, les oscillaires, que le système compliqué de la vie du chêne ou du baobab. Qui croirait que dans une surface de quelques millimètres carrés se trouvent accumulés tant de faits divers et tous si admirables, que la vie de l’homme s’use vainement à les étudier? La physiologie végétale est la science par excellence ; sans elle, le reste n’est qu’un dédale où se perd l’observateur. C’est le fil conducteur qui lui sert de guide dans cet immense labyrinthe : aussi tous les hommes qui se sont fait en science un nom durable, ont-ils fourni à la connaissance des fonctions de l’être végétal quelque lumière de plus que leurs prédécesseurs. C’est souvent aussi, il est vrai, la science des conjectures ; et bien des systèmes ingénieux, des théories pleines de subtilité, sont sortis de cette étude ; mais il y a, même dans ces erreurs séduisantes, un enseignement qui profite à la science et indique l’écueil qu’il faut éviter. Avouons cependant que c’est sur le terrain de la physiologie végétale que les savants se livrent les plus rudes combats. La passion vient trop souvent se mêler à ces paisibles recherches; mais elle fait couler plus d’encre que de sang, et ces disputes sont à la vraie science ce qu’est le choc de deux petits cailloux d’où sort l’étincelle qui produit la lumière.

La glossologie ou terminologie, quoique moins savante, forme cependant dans cette science une partie importante ; car elle fixe avec précision la valeur des termes dont se sert le botaniste descripteur. C’en est, il faut l’avouer, une des parties les plus confuses-: chaque auteur se fait une terminologie spéciale; de là l’anarchie qui règne dans la science des termes. C’est au reste l’apanage des petits esprits; tous les hommes qui ont vu la science de haut ne se sont pas amusés à créer inutilement des mots qui viennent grossir sans nécessité les dictionnaires de botanique, déjà assez volumineux. Mais la glossolo-

DIVISIONS DE LA BOTANIQUE

gie j si simple lors de la création de la science, sous l’inspiralion de maîtres vénérés de leurs disciples, s’est enrichie à mesure que les écoles ont surgi et se sont posées en rivales. Il faut donc aujourd’hui, malgré ce qu’il y a de fastidieux dans l’étude de cinq à six mille mots, en connaître une partie pour lire les ouvrages de science pure. Les novateurs inintelligents croient avoir beaucoup fait en multipliant le nombre des termes botaniques; que les jeunes amateurs de botanique se prémunissent contre cette maladie, qui fait prendre pour de la vraie science l’expression nouvelle ou prétentieuse.

La phytographie est cette autre partie de la science à laquelle la glossologie sert d’auxiliaire; c’est elle qui décrit le végétal de manière â le faire reconnaître entre tous, et c’est, dans la botanique, une étude d’une haute utilité ; mais, aride et sèche, elle exige des connaissances très-précises, pour que la description réunisse les conditions voulues, c’est-à-dire pour qu’elle soit concise et indique la caractéristique réelle du végétal décrit. C’est à la phytographie que se rattache la nomenclature , appelée encore onomatologie , sur laquelle nous aurons à revenir pour en faire comprendre l’utilité et en indiquer la confusion. Aujourd’hui que la science a des milliers d’adeptes, et que les végétaux ont été trouvés simultanément par des voyageurs appartenant à des nations différentes, ou qui n’étaient pas assez au courant de la science pour connaître les êtres nouveaux dont elle s’était enrichie, la synonymie, ou la connaissance des noms divers donnés à un même végétal, compose seule un gros volume où certaines plantes ont souvent plus de vingt noms, sans compter les noms vulgaires. Pour beaucoup, c’est un jeu que de changer le nom d’une plante ; mais en science sérieuse, c’est un grave délit, car la confusion arrive alors à son comble.

La PHANÉROGAMiE (du greccfavspoç, évident, visible, et yapç, noce) est l’étude des 'phanérogames, c’est-à-dire dés végétaux dont les organes de reproduction sont manifestes, visibles, et la cryptogamie (de xpuTTToç, caché, et y apç, noce) l’étude des cryptogames,, c’est-à-dire des végétaux dont les moyens de reproduction sont cachés; elles forment les deux grandes divisions de la phytographie .

La taxonomie discute les espèces, les genres, les familles, et les classe méthodiquement. C’est une des plus savantes parties de la science, en ce qu’elle comporte une connaissance précise des diverses branches qui précèdent.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Le système, si important pour arriver à la connaisance des noms d’un végétal qu’on trouve pour la première fois ; la méthode , ou la classification d’après les principes philosophiques de la science, qui a illustré chez nous les Jussieu, les Adanson, les De Candolle, les Richard, sont du domaine de la taxonomie.

Après la botanique scientifique vient la botanique appliquée, sans laquelle la première ne serait qu’une étude stérile, et qui peut se diviser en botanique médicale , industrielle, économique, agricole, forestière et horticole . Elle sert de flambeau et de guide, par les dissemblances ou les analogies, dans le choix qu’on doit faire de tel ou tel végétal pour notre utilité. Aussi.la botanique appliquée est-elle plus universelle encore que la zoologie, et se trouve-t-elle mêlée à notre vie tout entière : c’est pourquoi l’étude de cette science est d’un si puissant intérêt. Mais dans le domaine de la pratique, c’est une science nouvelle, que l’empirisme guide plus souvent que la synthèse, bien qu elle puisse tirer de cette dernière les lumières qui lui manquent.

La botanique médicale étudie les propriétés des végétaux dans leurs rapports avec l’art de guérir ; et le thérapeute, devenu moins dédaigneux depuis que l’étude des principes actifs des plantes a été mieux comprise, emprunte au règne végétal de nombreux adjuvants. Il n’est pas un végétal qui n’ait quelques vertus : les uns, pleins d’un suc doux et nourrissant, font les délices de nos festins, et figurent sur la table du riche aussi bien que sur celle du pauvre; d’autres, dans lesquels le sucre est mêlé à des principes acides, enlèvent la soif ardente que cause la fatigue ou qu’engendre la fièvre ; quelques-uns, doués d’une amertume très-développée, relèvent les forces digestives et donnent du ton aux organes; certains, âcres, corrosifs, enflamment les tissus et causent la mort; d’autres, trop communs toujours, contiennent des principes délétères qui éteignent la vie avec la rapidité de la foudre, et ne laissent presque nulle trace de leur passage ; et ces végétaux, salutaires ou terribles, croissent au milieu de nous, presque sous nos pas.

La botanique industrielle apprend à ^industrie quelles sont les matières premières quelle peut mettre en œuvre pour la filature, la teinture, les constructions terrestres et navales.

La botanique économique ou ménagère fait connaître l’usage des végétaux qui peuvent être employés à l’alimentation de l’homme et des bestiaux.

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

La botanique agricole enseigne les règles simples et rationnelles de la culture; apprend aux cultivateurs à perfectionner les végétaux, à augmenter ou à développer leurs propriétés utiles, ou à atténuer leurs qualités nuisibles ou repoussantes ; pour faire produire au sol tout ce qu’il peut donner, elle s’éclaire de la chimie qui fait connaître expérimentalement les influences réciproques des végétaux sur le sol et sur les animaux; enfin elle enrichit Xagriculture de ses découvertes, multiplie les espèces utiles, et va demander à tous les climats des végétaux qui servent à l’alimentation de l’homme et des animaux, et aux divers besoins de la vie. La botanique agricole peut contenir la viticulture , ou art de cultiver la vigne.

La Sylviculture est l’art d’entretenir les forêts, de connaître les arbres en général dans leur nature, leur essence, leur meilleur usage et leur meilleur emploi, ainsi que les moyens de les approprier au sol qui leur convient et d’en propager les espèces.

La Botanique horticole et I’Horticulture proprement dites concernent l’art de cultiver les jardins, de varier les fleurs, d’en augmenter le nombre, de cultiver les arbres fruitiers et d’en obtenir de plus beaux produits. L ’horticulture parcourt aujourd’hui toutes les régions, et les dépouille de leurs richesses florales pour en embellir nos jardins, et de leurs végétaux utiles pour en enrichir notre agriculture. Une fleur, une plante alimentaire nouvellement introduite, nouvellement obtenue, est non-seulement une parure, une cause d’orgueil, elle est une richesse pour son heureux propagateur, et plus tard pour le pays entier.

Tout appelle donc dans cette science si aimable de la botanique l’intérêt de l’homme ; utilité, agrément, y sont étroitement unis.

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

On manque, en général, d’indications méthodiques pour l’étudier avec fruit : on s’est trop souvent borné à l’étude analytique; les livres élémentaires, les cours, ceux même professés par les hommes les plus éminents dans la science, ont Pinconvénient de n’enseigner que des détails de glossologie avec quelque peu de taxonomie et d’organographie, parce que la méthode purement analytique est celle qui est rigoureusement adoptée. Il semblerait qu’on recule

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

devant la tâche de s’élever jusqu’aux généralisations, qui sont pourtant bien préférables, en ce qu’elles agrandissent l’intelligence, que rapetisse toujours l’analyse quand elle est la seule méthode suivie. Aussi, voit-on un très-petit nombre d’élèves sortir des cours, botanistes dans le sens philosophique du mot ; et parmi ceux qui persistent dans cette étude de mots et de noms, la plupart deviennent de simples descripteurs ou de futiles disséqueurs d’espèces. On est encore convaincu, ce qui est radicalement faux, qu’on ne peut être botaniste qu’à la condition de connaître le plus de plantes possible, et de s’étre plongé dans le dédale des diagnoses spécifiques. Oui, certes, il est important, très-important même, de connaître un grand nombre de types végétaux, parce que les points de vue se multiplient avec les objets de comparaison ; mais ce qu’il faut posséder avant tout, pour être vraiment botaniste, c’est le sens de l’énigme de la végétation; et pour cela, il faut que le règne végétal soit vu de haut et pour ainsi dire à vol d’oiseau, au lieu d’être minutieusement étudié brin à brin. Aucune branche de la science ne gagne à l’étude analytique pure, car l’analyse fait perdre le sentiment de la synthèse; et qu’est-ce qu’une science qui n’a pas de synthèse, d’idéal? Elle se traîne péniblement de recherches en recherches, qui viennent grossir sans profit des traités trop longs déjà ; et, faute d’un critérium qui serve de base à toute la science, on est, comme en chimie, obligé de l’étudier à nouveau tous les deux ou trois ans, parce que la langue en a changé, et qu’une autre théorie, aussi peu vérifiée que la précédente, est venue y apporter la confusion au lieu de la lumière. Il est vrai de dire que la science analytique, empirique même, n’a pas empêché les applications, les découvertes utiles ; mais, pour arriver à un résultat, il faut faire de la science, non pas seulement une étude, mais une profession, et jamais ses principes n’entrent, pour une part quelconque, dans cette admirable synthèse des connaissances humaines qu’on appelle philosophie. La botanique, certainement, est difficile à saisir dans son ensemble, car elle échappe par la mobilité de ses manifestations à toute systématisation générale que viennent corroborer les faits; c’est pourquoi, après avoir constaté l’ascendance des trois grandes classes, les acotylédones, les monocotylédones et les dicotylédones, nous ne savons plus où une classe finit et où l’autre commence ; c’est pourquoi nous voyons Laurent de Jussieu terminer ses familles végétales par les Amentacées , en se fondant sur les formes

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

arborescentes absolues de ce groupe et sur la se'paration des sexes ; De Çandolle, qui a adopté une méthode inverse, commencer par les êtres les plus complexes, et mettre à la tête de ses familles les Renonculacëes; Endlicher finir par les Mimosêes, rameau de la grande famille des légumineuses; M. Adrien de Jussieu, par les Composées , à cause des soudures si nombreuses dans cette immense famille, et la réunion des organes par soudure lui paraissant le plus haut degré de perfection. En un mot, quand il s’agit de grouper naturellement les végétaux, les opinions deviennent divergentes, car le véritable signe de la plus grande perfection nous est encore inconnu ; c’est ce qui rend cette science plus obscure que la zoologie. Nous avons, pour classer les animaux, le système nerveux et le système circulatoire, que nous voyons réellement se perfectionner en s’élevant de groupe en groupe, tandis que nous n’avons pas pour les plantes cette même ressource. C’est justement cette incertitude qui donne à la science un nouvel attrait et sert d’aliment incessant à l’activité du penseur, qui interroge tous les phénomènes pour en découvrir le sens, aussi bien que du simple contemplateur, qui se contente de déductions plus vagues ; et nous ne pouvons prévoir l’époque où le mystère de la vie végétale cessera pour nous. Cette obscurité ne nous empêche, pas de synthétiser la science ; mais nous ne devons regarder la synthèse que comme un moyen de relier les faits entre eux, et comme une méthode destinée à en faciliter l’étude.

Examinons maintenant le but que semble se proposer le novice qui veut préluder à l’étude de la botanique. Il prend une Flore locale, rarement précédée de considérations élémentaires sur le règne végétal, et écrite dans une langue qu’il ne connaît pas et qui devient chaque année plus riche en mots et plus pauvre en idées : véritable grimoire pour quiconque n’en a pas la clef. Elle remplace les études préliminaires essentielles par d’ingénieux moyens d’arriver à la connaissance du nom d’une plante ; c’est un problème dont la solution, facile quelquefois, souvent entourée de difficultés inextricables, et qui n’exige qu’une analyse superficielle, a pour résultat final de faire connaître un nom, rien qu’un nom. Cela fait, l’élève passe à une autre plante, de celle-là à une troisième, et ainsi de suite, tant qu’il lui reste de patience et de vide dans l’esprit. Il vaudrait mieux qu’il se promenât chaque jour une heure dans un jardin de botanique ; il y acquerrait au moins, avec le nom des végétaux, le sentiment des

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

analogies naturelles; mais c’est un moyen inusité. Si l’élève a l’esprit porté à la synthèse, cette fastidieuse étude l’ennuie, et il laisse là la science; si au contraire il se complaît dans les détails minutieux, il se jette dans l’étude des différences spécifiques, et, une fois dans ce labyrinthe, il perd le sentiment de l’ensemble et se trouve réduit à l’état de simple nomenclateur. S’il est tombé plus bas encore dans l’étude inintelligente de la science, il fait des herbiers, sèche, étale, colle, étiquette, et il travaille vingt ou trente années sans être devenu botaniste. L’élève du cours sait plus de glossologie et moins d z phytographie ; mais de botanique, peu ou point.

Une autre lacune regrettable au point de vue général, c’est que l’étude de la botanique est scindée ; et parmi les botanistes de profession, il en est peu qui cultivent à la fois la Cryptogamie et la Phanéro garnie. Pourtant, la première de ces deux divisions de la phytograpbie présente l’introduction la plus complète que l’on puisse donner à la philosophie botanique , et l’on ne peut même pénétrer avec quelque succès les mystères de l’anatomie et de la physiologie végétales qu’en s’élevant, dans l’échelle phytologique, du simple au complexe, comme cela a lieu en zoologie, sans avoir besoin pour cela d’étudier dans tous leurs détails les nombreux individus de la cryptogamie, mais en suivant les différentes transformations qu’ils présentent, en passant du simple au composé; car, plus que les phanérogames, ils permettent de suivre le perfectionnement successif des formes.

Le but que doit se proposer tout auteur botaniste, est d’initier l’élève à la connaissance des phénomènes généraux du règne végétal, et de le mettre à même d’en connaître l’ensemble ; ce qui lui servira, dans le cas où il ne voudrait pas poursuivre plus loin ses études en sciences naturelles, d’initiation première à l’étude de la philosophie de la nature, entièrement ignorée des hommes de spéculation pure, qui se replient sur eux-mêmes dans le silence du cabinet, pour créer, suivant la fantaisie de leur cerveau, un monde qui ne ressemble en rien à celui que nous avons sous les yeux : de là le désaccord qui existe entre les naturalistes et les philosophes. Si l’élève veut, au contraire, pénétrer plus profondément dans la science, il descendra des faits généraux aux détails; mais il aura toujours pour critérium la synthèse de la science, et elle lui servira de phare dans ses études, quelque minutieuses qu’elles puissent être.

J.-J. Rousseau, dans une série de lettres écrites d’un style atta-

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

chant, a exposé les principes élémentaires de la botanique, au moyen de l’analyse de quelques plantes des plus communes de nos pays, dont il fait successivement étudier les organes; les plantes qu’il choisit pour types sont : les liliacées et les ncircissées, qui représentent les monocotylédones, les crucifères, les papilionacées , les labiées , les scrophularièes , les ombellifères, les composées et les rosacées. C’est une esquisse bien incomplète de l’immense variété des formes végétales, dont l’inspiration est due à la méthode primitive de Tournefort; aussi que peut-on, malgré le talent de l’auteur, malgré l’éloquence de sa diction, apprendre de vraie botanique en se bornant à cette méthode démonstrative? Il est vrai de dire que, comme la méthode qui y a donné naissance, le système d’enseignement de J.-J. Rousseau est un modèle qui peut être agrandi, sans rien perdre de son utilité. C’est ce qu’a faitM. E. Lemaout, qui, dans son analyse raisonnée de cinquante plantes vulgaires, a tracé l’histoire d’un type de quarante familles. C’est une amplification de la méthode de J.-J. Rousseau ; mais pour cent cinquante à deux cents familles comprenant près de sept mille genres, c’est peu, c’est même insuffisant, et, tout en rendant à M. Lemaout la justice qui lui est due, on est obligé de reconnaître qu’il n’y a pas dans sa méthode tous les éléments nécessaires pour l’étude des végétaux. Il ne s’agit pas tant de connaître des noms, des mots et des faits, que de faire voir l’enchaînement de ces mêmes faits, et d’enseigner comment, pour répondre au besoin de la caractéristique si multipliée des formes, la langue a dû subir de nombreux changements afin de venir en aide à la description, qui est restée bien vague encore, malgré l’extrême multiplicité des termes. Il aurait donc fallu, pour lier entre eux les excellents éléments contenus dans ce livre, que ces quarante familles fussent groupées de manière à montrer le passage des formes qui se perfectionnent, en passant de l’acotylédonie à la monocotylédonie, et de là à la dicotylédonie 1 et indiquer les hiatus qui séparent certains grands groupes.

La marche qu’il convient de suivre pour étudier avec fruit la botanique est, selon nous, celle-ci : lire attentivement un traité sur la matière, accompagné de figures dessinées avec exactitude, et qui fera

1. Le lecteur, s’il en a besoin, peut recourir, dès à présent, au Dictionnaire des termes de botanique , placé à la fin de l’ouvrage, pour les termes, scientifiques qu’il rencontre dans ces notions préliminaires.

Botan., T. I.

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connaître sans grand effort, soit par lui seul, soit à l’aide d’un Dictionnaire élémentaire de la science, qui l’accompagnera, les mots les plus importants de la langue botanique et leur valeur. Au lieu de s’appesantir sur les détails, il faudra, soit par une opération de l’esprit, si le traité qu’on a devant les yeux est muet sous ce rapport, soit par l’étude d’un traité réellement méthodique, suivre pour chaque série d’organes une marche uniforme.

Ainsi, pour se conformer à l’ordre le plus généralement adopté, lorsqu’on entrera dans l’étude de l’organisation du végétal, on commencera par les racines , en partant des formes rameuses et chevelues, pour passer aux fibreuses pivotantes, puis aux racines solides, et en examinant les divers accidents qui se présentent dans le règne végétal, comme autant d’anomalies; on passera de là à l’anatomie de la racine, ou à l’étude des éléments textulaires qui la composent, puis à l’étude de ses fonctions. On devra étudier ensuite les tiges, qui présentent des formes bien plus multipliées; car, soit qu’elles restent cachées dans la profondeur du sol, soit qu’elles se dressent dans l’air et se chargent d’un vert feuillage, elles remplissent une même fonction à l’égard de la plante ; il est donc bon de les étudier également sous ce triple rapport. Les feuilles sont plus variées encore : pour procéder logiquement dans leur étude, on examinera d’abord la figure, en partant des formes simples et entières, puis les altérations qui les morcellent, les découpent, et les font passer du simple au composé. Après l’étude de la forme viendra celle des accidents qui en modifient la surface, c’est-à-dire les gaufrures, les plissures et les poils de toutes formes ayant souvent une grande valeur caractéristique. Pour connaître ensuite l’histoire tout entière de la feuille, il faudra, avant de faire par soi-même les observations qui conduiront à des points de vue nouveaux, en étudier l’anatomie, ou la décomposition en ses éléments morphologiques, puis la fonction ou la physiologie. Après la feuille on étudiera la fleur, après la fleur le fruit. Enfin, chaque fois qu’on passera d’un organe ou d’une série d’appareils à d’autres, on aura soin de suivre la même méthode.

C’est le moment d’introduire dans ces notions préliminaires un rapide aperçu sur le végétal et sur les principaux organes qui le composent, organes dont il vient d’être question. Ce n’est pas pour empiéter ici sur l’organographie végétale, si amplement traitée dans le corps de cet ouvrage, dont elle est une des parties capitales; mais

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

c’est une simple préparation très-élémentaire, pour le lecteur qui en aurait besoin, après ce qui vient d’être dit et avant de parler, comme on le fera tout à l’heure, de l’herborisation et des herbiers.

Le végétal ou, par synonymie, la plante est un être organisé, pourvu de fonctions nutritives et génératrices, vivant, croissant, vieillissant, susceptible de santé et de maladie, fixé au sol, et privé de locomotion, de mouvement spontané, de sentiment.

Les anciens, tels qu’Aristote, Théophraste et Pline, se contentaient de diviser les végétaux en herbes et en arbres. On les distingue encore, en thèse générale et vulgaire, en herbes, sous-arbrisseaux , arbrisseaux , arbustes et arbres.

Au point de vue scientifique et depuis que la botanique a fait des progrès basés sur l’observation, les végétaux sont devenus l’objet de deux divisions principales :

1° Les cryptogames , c’est-à-dire, suivant l’étymologie grecque déjà fournie page 27, les végétaux dont les organes de reproduction ne sont pas apparents, ou acotylédonés (d’a privatif, xotuXoc, cotyle), c’est-àdire dépourvus de cotylédons ou de la partie supérieure de l’embryon en forme de vase appelé cotyle chez les Grecs, et constituée par Une ou deux feuilles ; — les cryptogames ou acotylédonés ont été subdivisés par M. Adolphe Brongniart en acrogènes (du grec «xpov, sommet; yevvaw, engendrer), plantes dont l’accroissement, selon lui, s’opère par le sommet seulement et non en diamètre, comme fps fougères, les marsilacées, les lycopodiacées et les mousses ; et en amphigènes (d’«f« fi, autour; y ewaw, engendrer), plantes dont l’accroissement s’opère, selon le même naturaliste, dans tous les sens, qui ne présentent en général aucun axe bien déterminé, sont dépourvues de feuilles et constituées exclusivement par du tissu cellulaire, comme les champignons, les lichens et les algues.

2° Les phanérogames, c’est-à-dire, selon l’étymologie déjà donnée, les végétaux dont les organes de reproduction sont apparents, ou cotyléclonés, c’est-à-dire pourvus de cotylédons; — les phanérogames ou cotylédonés se subdivisent en monocotylédonés (de p»oç, seul, ttoruXoç, cotyle), plantes dont Xembryon, ou partie rudimentaire encore renfermée dans la graine, n’a qu’un cotylédon; ou, d’après de Candolle, en endogènes (d’&Æov, dedans, yewaw, engendrer), plantes dont la tige est formée de faisceaux ligneux plongés isolément dans un tissu cellulaire et non disposés par couches concentriques; en gymno-

spermes (de yupoç, nu; arrép^a, semence, graine), plantes dont les graines ne sont point renfermées dans un fruit ou plutôt dans un péricarpe, qui est la partie du fruit servant à envelopper et à défendre les semences; et en dicotylédonês (de deux fois, xôtuXoç, cotyle), c’est-à-dire pourvus de deux cotylédons; ou, d’après de Candolle, en exogènes (d’e£c*>, en dehors, yewaw, engendrer), plantes dont la tige est formée de faisceaux disposés par couches concentriques.

Un végétal ou une plante a donc des organes. Ces organes sont de deux sortes :

1 0 Organes de végétation ou de nutrition ;

2° Organes de génération ou de reproduction.

Les organes de végétation ou de nutrition sont la racine , la tige et la feuille,

La racine est cette partie inférieure du végétal qui est le plus souvent enfoncée dans la terre, et quelquefois flotte dans l’eau quand elle appartient à une plante aquatique. Par sa nature, elle est éminemment douée de la faculté de pomper les sucs nécessaires à la nutrition et à l’accroissement de l’individu dont elle est la base, le fondement. Elle ne présente jamais à sa surface des nœuds connus en botanique sous la dénomination de nœuds vitaux , d’où sortent des feuilles ou des branches et qui sont l’apanage de la tige. Quand la partie du végétal qui plonge dans la terre porte ces signes, ce n’est plus une racine, c’est une tige souterraine appelée ou rhizome (du grec fjt'Çvyix, souche) si elle est allongée, comme dans l’iris, ou tubercule si elle est renflée, comme dans la pomme de terre. Les divisions des racines prennent le nom de radicelles, se divisent à leur tour en parties extrêmement ténues que l’on appelle fibrilles et dont l’ensemble constitue ce qu’on nomme le chevelu de la racine. Les racines sont annuelles quand elles se développent et meurent dans la même année; bisannuelles quand elles ne meurent que la seconde année de leur développement, comme dans les plantes qui ont besoin de deux ans pour se développer complètement avant de disparaître; vivaces quand elles persistent pendant un certain nombre d’années, mais toujours plus de deux; ligneuses quand elles ont la consistance

PRINCIPES POUR ÉTUDIER. 37

du bois ; aériennes lorsqu’elles naissent sur une partie du végétal exposé à l’air, etc.

La tige est la partie ascendante du végétal, celle qui s’élève de la racine et se dirige vers le ciel. Elle renferme les canaux par lesquels passe la sève nourricière, et, en se développant, elle se divise en branches et en rameaux. Elle est dite herbacée quand elle présente peu de consistance; elle est dite ligneuse (du latin lignum, bois) dans les arbustes et les arbres.

Les feuilles sont des espèces d’appendices membraneux qui garnissent la tige, les branches et les rameaux. Elles se composent du limbe (du latin limbus, tour, circuit), ou disque, qui est la partie élargie et plane constituant la feuille proprement dite; du pétiole (petiohiSj petit pied), qui en est la queue ou le support, et, souvent, à la base du pétiole, d’expansions membraneuses, au nombre de deux, que l’on appelle stipules.

Les organes de génération ou de reproduction appartiennent à la fleur et au fruit.

La fleur présente généralement deux enveloppes distinctes, qui sont le calice (du latin calix et du grec xa)a£, gobelet) et la corolle (corolla, par corruption de corona, couronne), calice et corolle disposés pour renfermer et protéger les organes reproducteurs qui sont les étamines (du latin stamen, tiré du grec azrpuv, fil, filament) et le pistil (du latin pistillum, pilon, fait en forme de pilon).

Le Calice est comme le prolongement et l’épanouissement de l’écorce du support, du pédoncule de la fleur ; ordinairement vert, il revêt quelquefois d’autres couleurs, comme dans le fuchsia ; il entoure extérieurement la fleur, à laquelle il sert en quelque sorte de berceau ou de coupe; il est l’enveloppe la plus externe, la seconde enveloppe des semences, et semble destiné tout ensemble à servir d’appui à la corolle et à doubler l’espèce de rempart que celle-ci forme autour de ces semences, encore faibles et délicates. Les pièces ou sortes de petites feuilles dont il se compose ont reçu le nom de sépales (du latin sepalum ) ; mais il n’est pas toujours formé des pièces distinctes ; quelquefois toutes les pièces sont soudées entre elles, comme dans la sauge, et alors il prend les épithètes de monophylle (du grec govoç, unique, cpXXoy, feuille), de monosépale et de gamosépale (de yxgoç, mariage, union). Quand les sépales ne sont point soudés les uns aux autres par leurs bords, comme dans la giroflée, le pavot, la renon-

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

cule et le tilleul, le calice prend l’épithète d e polyphylle (de nokvç, plusieurs, beaucoup), de polysépale (plusieurs sépales), et de dialysépale (de &a auco, dissoudre, désunir). Le calice est comme une transition entre la corolle et les petites feuilles colorées qui avoisinent le plus la fleur, feuilles que l’on appelle bractées (du latin bractea, feuille courte, mince).

La corolle est cette partie de la fleur qui est le plus faite pour charmer la vue et flatter l’odorat. Délicate, diaphane, membraneuse, souvent peinte des couleurs les plus vives, les plus riches, les plus variées, généralement imprégnée d’une huile très-volatile qui communique à la plante son odeur soit suave, soit nauséabonde, elle est la plus immédiate, la plus interne des deux enveloppes qui contiennent et garantissent les semences. Elle est formée de pièces auxquelles on a donné le nom de pétales (du grec 7reT<&iov, petite lame, petite feuille). Quand ces pièces sont distinctes les unes des autres, elles gardent simplement le nom de pétales, et la corolle est dite alors dialypètale et encore polypétale. La partie qui termine inférieurement chaque pétale s’appelle onglet, et la partie supérieure lame. Quand les pétales sont soudés les uns aux autres de manière à ne paraître former qu’une seule pièce, on donne à la corolle l’épithète de monopétale ou de gamopétale. La plante privée de corolle reçoit l’épithète à’ apétale (d’a privatif et mrochov). La corolle prend le surnom d e périgyne (de rapt, autour, yu \m, femme), quand elle est insérée autour de la partie inférieure du pistil ou de Xovaire dont il va être parlé tout .à l’heure, lequel pistil contient les ovules ou premiers rudiments, premier état de la graine, comme dans la campanule et le rhododendron; elle prend le surnom à'épigyne (de h ri, sur) lorsqu’elle est insérée au sommet de l’ovaire, comme dans la reine-marguerite ; enfin elle prend le surnom d ’hypogyne (de vno, dessous) quand elle est insérée en dessous de l’ovaire, comme clans le liseron et l’œillet.

Les étamines sont les organes mâles du végétal. On y distingue ordinairement trois parties principales, à savoir : 1 e pollen (mot latin qui signifie fleur de farine), poussière ou substance propre à féconder; Y anthère (du grec avQnp oc, fleuri), espèce de petite poche, de petit sachet membraneux, le plus ordinairement à deux loges, qui contient le pollen; et le filet, partie inférieure qui sert de support à l’anthère. C’est sur le nombre des étamines que l’illustre Linné

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avait fondé en grande partie son système de classification, auquel on a préféré depuis la méthode naturelle préconisée par Antoine- Laurent de Jussieu. Un botaniste de nos jours, Dunal, désireux de changer la nomenclature botanique en raison de ses observations, a donné à l’ensemble des étamines le nom d 'androcée (dVwp, «vfy k, homme), par opposition au yvvoamov gynécée des Grecs (appartement, réunion de femmes).

Le pistil ou, suivant Dunal, le gynécée qui est l’ensemble de plusieurs pistils, constitue l’organe reproducteur féminin du végétal. Il se compose de l 'ovaire, qui en occupe la partie inférieure et contient les ovules ou ‘rudiments de la graine; du style, prolongement filiforme de l’ovaire qu’il surmonte, et du stigmate, corps glanduleux que supporte le style, et qui reçoit et transmet 1 influence du pollen.

Le fruit n’est autre que le résultat de la fécondation de l’ovaire, ou plutôt c’est l’ovaire lui-même fécondé, développé, parvenu à maturité. Il comprend deux parties distinctes : 1° le péricarpe (de rapt, autour, xotp 7 tos, fruit), qui est la partie extérieure, l’enveloppe du fruit, et qui se subdivise en épicarpe (d’I-ru, sur) ou peau proprement dite ; en endocarpe (de ëv$ov, en dedans), membrane qui revêt et tapisse la cavité intérieure, et en sarcocarpe (de aàp£, chair) ou mésocarpe, (de yéc joç, milieu), intermédiaire tendre et spongieux, souvent charnu et succulent, des deux précédentes membranes ; 2° la graine, sorte d’œuf végétal, principe et tin de toutes les plantes phanérogames, qui se compose d’une enveloppe ou peau nommée spermoderme (de ané ppc, semence, asppc, peau) ou épisperme (d’êmi, sur, ompyce, semence), et d’un corps accessoire nommé périsperme (de rapt, autour, curéppc, semence) destiné à la nourriture de l’embryon et qui l’entoure généralement

L’embryon (de ëpuw, germer), partie essentielle, germe ou rudiment du végétal, pour la formation et le perfectionnement duquel les autres organes semblent avoir été créés, est contenu dans la graine. Il se compose de quatre parties : la radicule, ou corps radiculaire, qui donne naissance à la racine; le corps cotylèdonaire , qui en forme l’extrémité supérieure et qui est l’origine de la division des végétaux pourvus de cotylédons en deux classes : monocotylédons et dicotylédons; la tigelle, principe de la tige; et la gemmule (du latin gemma, bourgeon), autrefois plumule (du latin

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

plwnula, petite plume), principe du bourgeon. L’embryon, comme on le voit, renferme déjà le végétal en miniature.

L’étude de la botanique se composera donc de : 1° la forme, 2° la structure intime, 3° la fonction.

On comprend que par ce moyen, et avec l’aide de planches ou d’exemplaires vivants propres à graver dans l’esprit la diversité des structures ayant toutes des raisons d’être, on saisira sans peine le sens de chaque groupe d’organes, et qu’alors les mots viendront, non pas se présenter à la mémoire fatiguée comme des abstractions, mais s’appliquer à des choses concrètes et connues.

Si cette marche n’est pas toujours suivie par l’élève, c’est parce que, dans la méthode des analystes, tout est divisé à l’infini, ce qui se voit surtout dans la zoologie. Ainsi, l’anatomiste n’est pas toujours physiologiste; dans l’anatomie et la physiologie, ces deux grandes branches de la science de l’organisation, dans la première surtout, qui est de description pure, et qui trouve de plus nombreux interprètes, l’esprit analytique étant le plus commun et celui auquel nous façonnent le plus toutes nos études, chaque partie est soigneusement divisée et subdivisée ; la langue se multiplie avec les aspects, et quand on possède à fond cette vaste topographie anatomique, au point qu’il ne soit pas une aspérité qu’on n’ait vue et touchée, pas un repli qu’on n’ait fouillé, on peut être devenu un parfait anatomiste descripteur; mais on a perdu, dans ce déluge de noms et de faits, la physionomie générale de la science. Le lecteur habitué à l’étude comprendra facilement l’avantage des généralités conduisant à une synthèse dont on aura soi-mcme préparé, pour ainsi dire, les matières par une analyse intelligente. C’est, plus encore que toute autre chose, un moyen mnémonique dont l’avantage se fera sentir plus tard seulement, puisque cette même synthèse sera la base sur laquelle s’élèvera l’édifice des faits, et qu’il est bien plus facile de descendre d’une idée générale aux idées particulières, que de s’élever de celles-ci à l’idée générale.

L’étude de la morphologie précédant celle des faciès pourra paraître difficile, fastidieuse, rebutante même à beaucoup d’élèves; mais, puisqu’il faut apprendre la glossologie , cette science de mots qui a des idées pour base, il vaut mieux utiliser cette étude, en apprenant à la fois toute la morphologie et les lois phytologiques : ce sera le plus favorable de tous les commencements à l’étude de la science végé-

PRINCIPES POUR ÉTUDIER

taie ; et, même sans connaître le nom d’une seule plante, on ne trouvera plus tous les phénomènes organiques enveloppés d’un impénétrable mystère : on verra se mouvoir la sève dans leurs vaisseaux; le rôle de la racine sera connu ; la fleur, ce lit nuptial où doit s accomplir le grand mystère de la transmission de la vie, appellera l’œil de l’observateur curieux; et le fruit, destiné à reproduire un nouveau végétal, semblera digne de respect, puisqu’il recèle dans son sein un être destiné à embellir la terre à son tour. Ajoutons à ces faits, si curieux par eux-mêmes, la connaissance des phénomènes tératologiques et celle des dégénérescences, qui ne sont encore que des accidents biologiques ayant pour base les organes, pour modificateurs les agents extérieurs, et l’on verra que cette triple étude organographique est véritablement celle qui doit commencer l’initiation à la botanique.

Quand on aura franchi cette première partie des études botaniques, qui exige du courage et de la persévérance, mais qui n’est pas dénuée d’intérêt, puisqu’elle initie au mystère de la vie des plantes, on abordera une nouvelle étude : celle des principaux types des grandes associations végétales que les botanistes ont désignées sous le nom de classes, de familles, de genres et d 'espèces. On désigne sous le nom de classes des groupes de végétaux fondés sur des caractères de premier ordre; ces groupes réunissent chacun plusieurs familles. La famille est un groupe naturel formé par l’agglomération d’un certain nombre de genres. Les familles sont aux genres ce que les classes sont aux familles. Les genres se composent d’une réunion d’espèces rapprochées par des caractères communs et éloignés des autres genres par des caractères différents. Des espèces on descend aux individus. L’étude de ces associations sera d’abord tout analytique; mais on ne doit pas perdre de vue, en étudiant ces genres isolés, qu’il faut en graver les caractères dans son esprit comme ceux d’un système particulier d’organisation qui est le centre d’une agglomération végétale.

Résumons-nous. Pour étudier méthodiquement les groupes naturels, il importe de bien observer, avant toute chose, le faciès des plantes et des fleurs dont la figure est représentée dans l’atlas de cet ouvrage, et de reprendre ensuite les types vivants dont on fera une analyse attentive, en enlevant, pièce à pièce, les diverses parties qui composent chaque fleur, et en s’attachant surtout aux caractères qui servent de base à la méthode naturelle. Ainsi, à la ner-

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

vation des feuilles et au nombre des parties florales, on peut reconnaître, à défaut d’embryon, les végétaux qui appartiennent aux deux grands embranchements phanérogamiques : monocotylédonés et dicotylédones', l’absence ou la présence des enveloppes de la fleur, calice et corolle, caractérise chacun des trois groupes des dicotylédonées : apétales , monopétales et polypétales ; sur les rapports des appareils sexuels et sur l’insertion des étamines reposent Yhypogynie et la périgynie, qui divisent chacun des trois groupes en deux sections.

Après avoir étudié toutes ces grandes divisions, à la figure générale desquelles on se sera initié, on pourra se servir, sans hésiter, des livres rédigés d’après la méthode dite naturelle, basée sur les affinités naturelles des plantes entre elles, de préférence à ceux qui sont écrits d’après les systèmes dits artificiels, n’est-à-dire d’après des procédés imaginés pour faciliter la nomenclature des espèces, mais qui ne reposent que sur un ou deux caractères fondamentaux. Ainsi, au système de Linné, qui est le meilleur des systèmes artificiels, on préférera la méthode naturelle d’Antoine-Laurent de Jussieu, qui est le modèle du genre et qui sera exposée dans le second volume de la Botanique générale. Cette admirable méthode, bien qu’elle offre quelques difficultés dans son application à l’étude des grandes divisions du règne végétal, a le mérite de respecter les associations naturelles et permet de conserver dans l’esprit les rapports réciproques ou les affinités des familles. En établissant, dans chacun de ses grands groupes, des subdivisions basées sur le nombre ou la forme des organes floraux, on peut créer presque à l’infini des tribus ou des ordres; les difficultés disparaissent, et l’élève est assuré d’y trouver, comme base de ses études, des notions claires, solides et logiques.

HERBORISATIONS

S’il importe de connaître la botanique générale, il n’est pas d’un moindre intérêt de connaître la Flore locale; c’est même ùn moyen de promenade et d’étude qui augmente l’intérêt de la mise en pratique des principes étudiés dans le cabinet, au moyen des herbiers naturels ou artificiels. Les excursions botaniques peuvent avoir deux buts bien distincts. Dans le premier on se bornera à étudier les plan-

HERBORISATIONS

tes sur les lieux mêmes où elles croissent et à chercher leurs noms, rien que pour connaître la nomenclature végétale; c’est peu digne d’un esprit élevé. Dans le second, on cherchera à pénétrer plus profondément dans les mystères de la science : on ne cueillera pas une plante sans prendre des notes ayant pour objet de fixer dans la mémoire l’époque de la floraison ou de la fructification des végétaux qui croissent spontanément dans le pays qu’on habite; on étudiera les changements de forme et les accidents tératologiques dont ils sont l’objet, suivant les stations qui leur sont propres; on fixera son attention sur les associations végétales, qui ressemblent, pour un si grand nombre de plantes, à une sociabilité véritable, afin de connaître les diverses circonstances qui accompagnent la vie d’une espèce; on en recueillera des échantillons, choisis avec soin, pour les déposer dans des herbiers qu’on pourra compulser au besoin. Les herborisations faites à ce point de vue, avec persévérance, présentent non-seulement un grand intérêt comme étude, mais elles conduisent bien plus sûrement à la connaissance des lois qui régissent le monde végétal, que les spéculations de cabinet, et c’est ainsi seulement que doit procéder un admirateur de la nature.

Les excursions botaniques demandent qu’on se munisse de tout ce qui est nécessaire à l’étude.

Une Flore locale est indispensable pour les botanistes dont les pérégrinations ne vont pas au delà de 10 à 12 kilomètres, bien que les chemins de fer permettent de pousser plus loin les excursions botaniques; si au contraire il s’agit d’excursions sur une large échelle, en France par exemple, il faut une Flore générale de cette contrée; à chaque région nouvelle, il importe de se munir de la Flore particulière du pays que l’on veut explorer, et si l’on poursuit ses études dans diverses contrées, il faut alors des species plantarum.

Il convient, pour une longue herborisation, de se munir d’une boîte en fer-blanc de 50 à 60 centimètres de longueur, que l’on passe eiv sautoir autour de soi au moyen d’une courroie en cuir ou d’un large ruban de fil, ou au moins d’une petite boîte de 20 à 25 centimètres, que l’on peut mettre dans sa poche, pour recueillir et conserver les plantes à étudier.

Les instruments et choses nécessaires à l’herborisation sont : papier et crayons pour prendre note de Xhabitat, ou lieu où croissent

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

les plantes, canif, stylet, lancette, brucelles ou pinces, loupes, pioche ou houlette, etc.

Il est un moyen commode pour conserver les plantes dont les fleurs tombent presque aussitôt après être cueillies, comme les Erodium et les Géranium , les rosacées, les renonculacées à corolle régulière, les papavéracées, et beaucoup de plantes polypétales, ou qui se ferment peu d’instants après avoir été cueillies. Toutes les plantes de la famille des composées sont dans ce cas ; il en est de même des convolvulacées et des caryophyllées. On ne peut plus rétablir les corolles dont les pétales sont tombés, ni faire, le plus souvent, revenir celles contractées par la mort. D’autres plantes à corolle fragile, telles que les orchidées, les liliacées, etc., arrivent contuses et ont perdu leur forme et leur couleur; les feuilles, surtout celles qui ont de profondes découpures, ont perdu leur première disposition, les lobes se roulent et se déforment, et l’on a toutes les peines du monde à leur rendre leur figure primitive ; d’autres, comme celles des oxalidées et des papilionacées, se ferment et ne peuvent être étendues que foliole à foliole. Ce moyen, qui ne convient qu’aux personnes qui font des herbiers, consiste à substituer à la boîte un portefeuille rempli de papier gris non collé, dans lequel on met les plantes au fur et à mesure de la récolte ; ce procédé est plus long, mais plus sûr, et il épargne beaucoup de peine : car les plantes dont les fleurs ou les feuilles sont cueillies au moment où la vie va s’éteindre, n’ont pas eu le temps de se contracter, et elles conservent leur position naturelle bien plus sûrement que quand on est obligé de procéder à leur déplissement , quel que soit le soin qu’on y apporte, sans compter l’ennui d’une semblable opération. Pour ne pas les exposer à une plus grande déformation par leur déplacement dans le livre qui les renferme, il-faut que celui-ci soit fermé par deux courroies avec des boucles à ardillon. Ce procédé, quoique plus long et fastidieux, est pourtant le meilleur; il n’empêche pas d’avoir dans sa poche une boîte de petite dimension qui sert à mettre les échantillons d’étude.

Les personnes qui ont un jardin, et qui veulent suivre l’évolution des plantes sauvages, peuvent arracher en motte celles qui sont vivaces et les repiquer dans la station la plus convenable ; c’est, pour l’amateur de botanique, une jouissance de plus, sans compter celles qui résultent de l’étude des dégénérescences que le changement de station et la culture font subir à ces végétaux.

HERBORISATIONS

Les loupes doivent être d'un maniement facile : une amplitication de 2 à 4 diamètres suffît pour l’étude ordinaire. On peut avoir des lentilles à court foyer, de 8 à 12 diamètres d’amplification, qui serviront pour observer les organes de la fécondation ; les premières sont montées dans un cercle de corne et garanties par une enveloppe; les autres, à foyer plus court, peuvent être montées à l’extrémité d’un cône dont l’ouverture supérieure sera munie d’un diaphragme, le tout noirci pour éviter la dispersion des rayons lumineux.

On peut avoir, pour remplacer le couteau ordinaire, un de ces couteaux-serpettes qui permettent de couper de fortes branches et d’enlever, avec la lame droite, les cryptogames qui croissent sur les écorces ou sur les rochers.

Un instrument qui n’est pas assez en usage, et qui mériterait d’être plus répandu, est un petit croissant qui s’adapte à l’extrémité d’une canne et permet de couper les rameaux à fleurs ou les fruits des arbres élevés qui sont hors de la portée de la main. Ce même croissant peut servir encore à cueillir les plantes aquatiques comme le nénuphar, les Villarsia, qui croissent toujours dans les eaux profondes et souvent à plusieurs mètres du rivage.

Une petite pioche, une houlette ou une binette à fer plat, est indispensable pour arracher les plantes dont la racine mérite d’être étudiée, ou qu’on veut enlever en motte. Quelques herborisateurs se servent pour cet usage d’une forte spatule; mais il faudrait que le fer, au lieu d’être recourbé, fût droit et présentât un segment de cercle, pour qu’on pût, sans faire de dégât dans les prairies, arracher les bulbes de colchique qui sont souvent à 30 centimètres en terre, les oignons de scille ou de narcisse, ou les tubercules d’orchis.

Le croissant, la pioche, la houlette , la binette peuvent être disposés de manière à s’adapter à l’extrémité d’une forte canne dont le bout sera armé d’un fer pointu, si l’on voyage dans les montagnes.

Le stylet doit être une simple aiguille emmanchée, à l’extrémité de laquelle se placent les objets de toute petite dimension que l’on veut observer à la loupe et qui seraient déformés par les pinces. Ainsi, on ne peut étudier autrement les fleurs de certaines caryophyllées, telles que les sagines, les spergules, ou celles des crucifères à fleurs exiguës, les valérianelles, les shérardes, les Galium, plusieurs ombellifères; ce stylet sert à les piquer transversalement,

en profitant de la saillie du pédicelle, et aussi à déployer une partie quelconque de la fleur.

Un canif est utile pour la division des fleurs ; mais une lancette convient mieux encore, quand il s’agit de parties très-déliées et sur lesquelles ne peuvent agir que des instruments à lame mince.

Certains botanistes dessinateurs se munissent d’un album', mais à moins de faire de grandes plantes, rien de plus incommode pour les dessins de détail, qui exigent toujours un matériel et-un établissement stable. Pourtant il serait à désirer que les Flores locales fussent accompagnées de dessins faits avec précision, pour qu’ils pussent entrer dans des travaux d’ensemble, et fixer la nomenclature si variable, qu’on ne peut plus faire une Flore nouvelle sans en grossir le volume par une longue synonymie.

Voilà sur le bagage de l’herborisateur des détails assez longs; cependant ils ne disent que ce qu’il est impérieusement nécessaire d’emporter pour faire de la botanique sérieuse.

On peut y joindre des flacons à large ouverture avec des bouchons de liège, pour mettre des plantes d’eau, comme les conferves, les chara, les batrachospermes, les ulves, etc., et de petits sacs de papier blanc pour mettre des graines.

Les végétaux affectent des stations d’une telle invariabilité, pour certaines espèces, qu’il est important de les visiter toutes pour arriver à réunir une collection complète, et surtout pour connaître toutes les plantes qui croissent dans un certain rayon.

Il faut, dans les pays de plaines, visiter les landes, les bruyères et les terrains incultes de différente sorte; les terrains sablonneux et calcaires, ceux qui sont de nature argileuse et qu’alimente l’eau pluviale qui n’a pu traverser cette couche imperméable. Les terres arides, calcinées par le soleil, ne sont pas les moins intéressantes; les fossés, les bas-côtés des grandes routes, les terres cultivées, soit en céréales, soit en plantes sarclées, les vignes, les haies, les bois *de haute et basse futaie, les taillis, les clairières, les lisières des bois, sont autant de localités qui demandent à être fouillées soigneusement.

Les montagnes, les simples collines même, les lieux escarpés dont les pentes sont garnies de rochers ou de pierres, présentent à la crête, sur leurs flancs et à leur base, suivant l’exposition, des variétés de stations qui méritent l’attention de l’herborisateur ; et quand ces

HERBORISATIONS. ^7

mouvements de terrains sont importants, ils offrent, suivant leur altitude, des différences de végétation qui méritent d’être observées. Les ravins, les vallées profondes, les anfractuosités qui se trouvent a la base des rochers, recèlent des végétaux qui refuseraient de croître

ailleurs et qu’il faut aller leur demander.

Dans les lieux habités par l’homme, les vieux murs, les toits de chaume, la paroi supérieure des puits, les caves, les décombres, les fumiers, les vieilles couches, les amas de feuilles ou de bois pourri, les chantiers, les serres, les celliers, les dalles qui revêtent la base des murs, et que couvrent de nombreuses cryptogames, sont dignes encore d’intérêt.

Les eaux stagnantes, les flaques d’eau, les ruisseaux d eau courante, les marais et les prairies inondées, les canaux, les fossés de dérivation ou d’irrigation, les sources d’eaux minérales froides ou thermales, les lacs, les rivières et les fleuves, offrent trois stations distinctes : 1 0 celles des plantes qui croissent sur le sol et que les eaux laissent à nu en se retirant; 2° celles qui ne vivent que sur le bord des eaux ; 3° celles qui viennent à différentes distances du rivage et croissent soit à la surface des eaux, soit au fond, et rampent sur le sol; ces stations sont d’une grande richesse et ne donnent que des plantes qu’on ne trouverait pas ailleurs.

Si le botaniste parcourt les montagnes; comme il ne le fera pas sans le secours d’un guide, il recevra de lui des conseils sur les précautions qu’il a à prendre ; il doit se défendre de la témérité qui le porterait à braver, seul, des dangers avec lesquels il n’est pas familiarisé et qui pourraient avoir une issue funeste.

Sur le littoral, il faut suivre les côtes, visiter toutes les stations sans en négliger une seule, et l’on est sûr de revenir avec une riche récolte. 11 faut surtout ne pas omettre de visiter les îles peu distantes de la plage; les îlots formés par le sommet éboulé des falaises, et les rochers laissés à nu que baigne ordinairement la marée.

Comme rien n’est imprévu dans la nature, que la plante qui affecte une station spéciale, en en exceptant celles qui croissent partout sans choix et sans presque connaître de saison, n’y a établi son domicile que par suite d’une élection bien décidée (sans cela, elle n y aurait pas végété et ses germes eussent plutôt attendu un siècle que de pousser dans un sol qui ne peut lui convenir), 1 herborisateur ne doit donc, s’il veut arriver à connaître toutes les plantes d une contrée.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

négliger aucune localité, parce que toutes sont productives, et que chaque espèce a, pour ainsi dire, son domicile fixe. C’est pourquoi il faut prendre conseil des Aoristes de la contrée qu’on visite, et leur demander des renseignements sur les richesses florales de leur pays, et sur les localités restreintes où se trouvent des végétaux qu’on 11 e rencontrerait pas ailleurs.

Dès que le printemps commence à tiédir l’atmosphère, le botaniste doit partir, car c’est l’époque où apparaissent les premières phanérogames; il faut alors qu’il se borne à une seule excursion par semaine, parce que la végétation est loin d’avoir acquis toute son activité, et que les plantes se développent avec assez de lenteur pour qu’il ait le temps de faire sa récolte. On ne négligera pas les amentacées, qui sont pour la plupart en pleine fleur à cette époque. Vers le milieu du mois de mai, la végétation prend son essor; il faut à la fois recueillir les plantes qui donnent leurs fleurs pour la première fois, et les fruits des plantes printanières, si l’on veut les étudier aux diverses époques de leur vie. C’est alors que deux herborisations par semaine sont parfois insuffisantes; afin de ne rien omettre, il faudrait, tous les deux jours, faire une excursion, en se procurant, comme il a été dit plus haut, des renseignements précis sur les localités spéciales où croissent certains végétaux.

Avec le mois de juin se montrent des trésors nouveaux : les moissons sur pied, les prairies non encore fauchées, offrent une ample récolte aux botanistes ; les eaux, en abandonnant les rives, ont laissé le champ libre à la nature végétale, et l’on peut recueillir, comme au printemps, les fruits des premières plantes et les fleurs des dernières. Certaines familles, pourtant, comme les ombellifères, les renonculacées, les crucifères, les scrophulariées, les papavéracées, les papilionacées, portent à la fois des fleurs et des fruits mûrs, ou tout au moins assez développés pour servir à la diagnose générique ou spécifique. Si l’on veut avoir des graines, il faut surveiller leur maturité, ce qui exige l’emploi des notes, afin de se rappeler les stations.

L’automne, moins riche que le printemps, est plus abondant en fruits; c’est alors qu’il faut ramasser des graines, et c’est le moment favorable pour avoir bien mûres les dernières de la saison. Quant à la végétation, elle n’offre plus qu’un petit nombre d’espèces. On peut cependant encore se procurer quelques plantes remontantes : telles

HERBORISATIONS

sont les fumeterres, les géraniums et beaucoup d’autres encore. On trouve à la fin de la saison un grand nombre de plantes de la famille des composées et des crucifères, les premières à apparaître au printemps, les dernières à lutter contre le froid, ainsi que de rares oinbellifères; parmi les plantes spéciales, la colchique, le lierre, quelques chénopodécs et amaranthacées mêlées à des solanées.

Mais si l’automne est pauvre en phanérogames, combien en revanche n’est-il pas riche en cryptogames, surtout dans la famille des champignons. Les agarics, les bolets, les helvelles, couvrent le sol; le souffle humide de cette saison fait éclore à foison ces derniers enfants de la nature végétale, qui sont destinés à ne vivre qu’une journée.

L’hiver a donné la mort à tout ce qui était doué de vie ; les phanérogames ont disparu ; seule, la rose de Noël décore nos jardins. Dès que le froid rigide, intense, a cessé, que la glace a fondu sous l’impression des premiers rayons solaires, les mousses, les lichens, les jungermannes, annoncent que la vie est sur le point de renaître, et le cryptogamiste doit se préparer à de riches récoltes.

Ce tableau de l’influence des saisons sur l’apparition des végétaux est écrit pour notre climat. Dans les contrées méridionales, il y a un autre système d’évolution végétale. Tandis qu’ici nous voyons l’été couvrir de fleurs nos champs et nos bois, là le soleil a tout calciné, la terre est nue, la végétation a disparu; il faut que l’automne, en ramenant les nuages chargés de pluie, humecte une terre avide d’eau : c’est seulement alors que renaît la nature; et depuis septembre jusqu’en mai les herborisations sont fructueuses.

Dans les montagnes, où les herborisations n’ont pas, comme dans nos plaines, une uniformité monotone, on trouve des plantes toute l’année, à cause de la diversité des stations, et Ton y peut observer les différents systèmes de végétation suivant les altitudes. Ce sont, pour ainsi dire, autant de climats qu’on visite, en s’élevant depuis le pied des monts jusqu’à leur sommet; chaque région y est tranchée, et Ton peut même, sans le secours d’aucun instrument hypsométrique, connaître à la végétation l’altitude du lieu où Ton se trouve.

C’est ainsi que dans nos montagnes du Dauphiné, au-dessous de 300 mètres, se présentent d’abord : le Narcissus pseudo-narcissus, les Géranium nodosum et lucidum, XIsopyrum thalictroides , etc. Le Globularia cordifolia se trouve à 600 mètres avec le Rliamnus al-

Botan., T. I. 4

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

pinus, la Gentiana acaulis , qui croît jusqu’à 2,000 mètres, et YArobis alpina; à i ,600, YErinus alpinus, Y Ajuga a/pina, le Dry as oetopetala, le Rhododendrum ferrugineum, YArbulus uva-ursi ; à 2,000, la Soldanella alpina , YAstrantia minor, qui croit plus haut que \e major; à 2,800 mètres, le Lychnis alpina , Y Ànemone bal demis, le Geum reptans, les Ranunculus parnassifolius, glaciahs , etc,

11 ne faut pas croire que l’on puisse impunément cueillir les plantes pendant toute la durée du jour : on est obligé de surveiller, surtout si l’on se propose de les conserver dans un herbier, l’époque de leur entier développement. Or, toutes les heures de la journée sont caractérisées par certains épanouissements, et c’est à ce moment qu’il faut faire sa récolte. Le matin est plus favorable que le soir; mais il faut pour cela que la rosée ait eu le temps de s’évaporer, car il est difficile de conserver une plante gorgée d’humidité. Le matin, dès que le soleil est élevé au-dessus de l’horizon, et que ses premiers rayons dorent la cime des bois, les fleurs entr’ouvrent leur corolle, et pour beaucoup c’est le moment de cueillir ; les Convolvulus arvensis et sepium sont dans ce cas; les composées-chicoracées, telles que le pissenlit, le tragopogon, s’épanouissent le matin, et se ferment dans l’après-midi ; les malvacées s’ouvrent au milieu du jour; le souci des champs, qui ouvre sa fleur à la même heure, la ferme bien avant la nuit. Les labiées, la plupart des borraginées, les solances, les campanulacées, ne subissent pas l’influence des heures; s’il y a, dans leur corolle, un mouvement contractile, il est inapparent, et l’on peut les étudier en tout temps. C’est donc de six heures du matin à quatre ou cinq heures du soir qu’on peut se livrer à l’herborisation, en se reposant au moins deux heures pendant la chaleur du jour. Parmi les plantes qui exigent une heure peu avancée de la journée pour être cueillies, il convient de citer les hélianthèmes, dont les pétales tombent aussitôt que le soleil est ardent; les crassulacées, les saxifragées et les plantes grasses et épaisses demandent, au contraire, à être cueillies au moment le plus chaud de la journée, parce qu’alors elles ont perdu une partie de leur humidité, et sont de conservation plus facile.

HERBIERS NATURELS

HERBIERS NATURELS

Il n’est pas d’occupation plus agréable pour la plupart des collecteurs de botanique que Ja formation d’un herbier; c’est même une des occupations favorites de ceux qui se livrent pour la première fois à l’étude du règne végétal; mais il faut pour cela une patience à toute épreuve, et un penchant décidé pour ces opérations manuelles qui ont un côté réellement fastidieux, et se composent d’une série de détails qui ne conviennent pas à tous les esprits. Si l’herbier est composé de plantes recueillies pendant une longue excursion dans un pays qu’on visitait pour la première fois, il s’y rattache des souvenirs qui sont indépendants du but spécial auquel l’herbier est consacré, et il est pour son possesseur un véritable trésor; s’il est fait, au contraire, par un floriste amateur qui tient plus au nombre des plantes, ou à leur rareté qu’à leur signification scientifique, il est encore l’objet d’un culte particulier, car il a fallu vingt années peutêtre pour qu’il soit complet, et l’on comprend le prix que doit y attacher son propriétaire, qui a consacré la moitié de son existence à colliger des végétaux un à un pour venir les ranger dans son herbier. Le seul herbier digne de ce nom est celui qui a la science pour but, et qui n’est pas seulement pour celui qui le possède un objet d’agrément, mais encore un objet d’utilité, un véritable instrument de travail : c’est là l’herbier sérieux. Pour arriver à le composer avec choix, on doit posséder des connaissances botaniques précises et le sens de l’utilité réelle de chaque groupe. Mais, il faut l’avouer, il n’y a pas encore un seul herbier qui soit réellement digne de ce nom : les vastes collections que nous possédons sont bien loin d’être composées comme le devrait être un herbier modèle. Il faudrait, pour qu’un herbier répondît à tous les besoins de l’étude, qu’il comprît l’histoire évolutive de la plante, avec ses phénomènes et ses anomalies morphologiques. Ainsi, il serait nécessaire qu’il y renfermât d’abord :

1° La plante au moment où la radicule s’échappe de son enveloppe et où la tigelle se dresse entre les cotylédons couverts encore de leur enveloppe extérieure;

2° La plante lors de son premier développement, avec ses cotylédons et ses feuilles primordiales ;

3° Un échantillon de la plante au moment où son évolution foliaire est complète et avant qu’elle montre sa fleur;

4° La plante en boutons, fleurs et fruits, si ces trois ordres de phénomènes sont simultanés; dans le cas contraire, il faudrait autant d’individus isolés qu’il y a de phénomènes évolutifs distincts;

5° Le fruit entier quand il est sec et capsulaire ou akénoïde, pour qu’on puisse en étudier la forme et le mode particulier de déhiscence ;

6° La graine ;

7° Les variétés et variations que présente l’espèce, celles produites par la culture ou par la différence des climats et des stations;

8° Les principaux phénomènes tératologiques et pathologiques présentés par un même type ;

9° Des figures dessinées avec soin représenteraient les détails qui s’altèrent par la dessiccation ; et pour les arbres, leur port ou bien les fruits ou parties trop volumineuses pour entrer dans l’herbier.

Un herbier composé d’après ces principes serait une véritable collection scientifique, qui offrirait au savant tous les éléments d’étude.

Le premier soin de l’herborisateur est de choisir de beaux échantillons, venus à point et offrant un spécimen irréprochable du type. Quand on a affaire à une plante de petite taille, il faut la cueillir tout entière ; si sa hauteur dépasse la longueur du papier, on la coupe en deux parties pour qu’elle puisse tenir dans l’herbier. Il est d’autant plus important de ne pas omettre ce soin, que le plus souvent les feuilles radicales sont différentes des feuilles cauliriaires.

Les végétaux arborescents ou ceux qui, comme les pivoines, les astères, les scolymes, les Phytolacca, les acanthes, etc., sont trop développées pour entrer dans un herbier, doivent être représentés par autant d’échantillons qu’il y a de parties distinctes. Les racines et rhizomes ou tiges souterraines, qui présentent des caractères essentiels, doivent prendre place dans l’herbier, et quand elles sont trop volumineuses, on les coupe de manière à en rendre la dessiccation facile; mais on ne peut omettre de les recueillir, car certaines espèces sont remarquables surtout par leurs racines. Les orchidées indigènes en présentent de trois sortes qu’il est intéressant de connaître: les unes tuberculeuses ovoïdes, d’autres palmées, et les troisièmes fasciculées; dans les orchidées exotiques, il faut conserver les pseudobulbes qui présentent des caractères essentiels.

HERBIERS NATURELS

Les végétaux épineux, comme les Gleditschia, les Robima, ne doivent pas être dépouillés de leurs épines ; les plantes spinescentes, à la manière des chardons, des Eryngium, seront comprimées de manière à rabattre ces épines, afin de tenir le moins de place qu’il est possible dans l’herbier.

Certaines plantes, comme le Tussilago far far a, certaines rosacées, le Cercis siliquastrum, les Magnolia purpurea et prœcox, toutes les amentacées, telles que le saule, le chêne, le noisetier, etc., demandent à être cueillies à plusieurs reprises, d’abord en fleur, puis en feuille, et enfin en fruit.

La dessiccation des échantillons pour herbiers est une opération assez fastidieuse, mais qu’il importe de faire soi-même, parce qu’elle aide beaucoup à l’étude de la connaissance des caractères distinctifs de l’espèce. Pour préparer convenablement les plantes, c’est-à-dire pour donner aux différents organes une disposition telle qu’on puisse facilement les étudier, il faut les mettre dans le papier au moment où toutes les parties ont encore leur fermeté ; une plante molle et flétrie est difficile à rétablir dans sa disposition primitive, et, malgré le soin du collecteur, elle ne s’y prête que difficilement. Comment réussirat-on, malgré les soins minutieux indiqués par J.-J. Rousseau, qui maintenait au moyen de sous et de petits plombs les parties qu’il rétablissait dans leur position naturelle, à étaler les feuilles flétries d’une fumeterre, dont le feuillage est composé de parties très-déliées qui s’enroulent sur elles-mêmes? Comment pourra-t-on, malgré la patience et le soin qu’on y apporte, étaler les feuilles si fines des férules, des fenouils et de toutes les ombellifères ; celles des papilionacées à folioles allongées, et qui ont une tendance marquée à prendre, en se flétrissant, la position qu’elles affectent pendant le sommeil? Pour ces plantes il convient de les placer aussitôt dans le portefeuille dont il a été parlé plus haut.

Le meilleur papier pour l’opération préliminaire de la dessiccation, est le papier gris sans colle, parce qu’il absorbe l’humidité de la plante et la prive rapidement de son eau de végétation. 11 ne faut pas mettre une plante dans chaque feuille de papier. On prépare à l’avance des coussins ou matelas composés de plusieurs feuilles doubles, deux à quatre, suivant que les échantillons à dessécher sont plus ou moins épais et succulents. Sur le premier coussin on étale une première plante, en maintenant les feuilles et les fleurs à peu

NOTIONS PRELIMINAIRES

près dans leur position naturelle, et de manière à les faire voir sous différentes faces ; quand toutes les parties sont bien étalées, on recouvre d’un coussin de papier sur lequel on prépare un nouvel échantillon, et ainsi de suite jusqu’à ce que le paquet ait atteint une épaisseur de 15 à 20 centimètres seulement, pour que la pression puisse s’exercer régulièrement sur chacune,d’elles. Alors on les charge d’un poids médiocre, parce que, si on les comprime trop fortement, on détruit tous les caractères, et l’échantillon est impropre à l’étude; c’est ce qui a fait renoncer aux presses à écrous, si commodes au demeurant pour la compression des plantes épaisses, mais qu’on peut remplacer par deux ou trois volumes in-folio ou une pierre de même poids. Dans le courant de la journée, ou le lendemain au matin si c’est le soir qu’on a mis ses plantes en presse, on les visite pour déplisser celles dont les fleurs ou le feuillage ne sont pas dans une position convenable ; on les laisse quelque temps à l’air, on les change de papier, et on recommence cette opération jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement sèches, en ayant soin, à chaque fois, de s’assurer que les caractères qui constituent le signe diagnostique de la plante sont parfaitement reconnaissables. Il faut, on ne peut trop le répéter, qu’on reconnaisse la forme, la disposition et le mode d’insertion des feuilles, des stipules, des bractées ainsi que le système d’inflorescence ; les corolles doivent être bien étalées pour que les organes de la reproduction soient apparents.

Chaque groupe présente des particularités qui exigent une attention .spéciale : les cypéracées, les graminées, dont le feuillage est naturellement ferme et sec, se dessèchent promptement; mais il faut veiller à ce que les fleurs des plantes de ces deux familles, qui se détachent facilement, ne soient pas assez avancées pour que les épillets se séparent de leur axe ; on doit les prendre lors de leur premier épanouissement; toutefois, il faut attendre que les étamines ou organes féminins soient visibles, puisque certains genres en portent deux.

Les conifères, d’une nature sèche, sont de conservation facile en apparence; mais le grand inconvénient qu’elles présentent, c’est que leurs feuilles se détachent facilement, et qu’au bout de peu de temps il ne reste dans l’herbier qu’une brindille dégarnie.

Les liliacées, les asphodélées, les iridées, les orchidées et un grand nombre de ruonocotylédonées, dont toutes les parties sont épaisses et

HERBTERS NATURELS.

gorgées de sucs mucilagineux, exigent des soins particuliers. Les iridées, d’une structure complexe et dont les parties sont étalées en panache, perdent, en se repliant sur elles-mêmes, leur caractère floral. Certaines orchidées sont dans le même cas ; on ne pourra jamais rien obtenir de satisfaisant des Stanhopea , des Coryanthes, des Lycaste, iandis que les Oncidrum, les Miltonia, etc., peuvent facilement s’étaler. Il faut, pour ces plantes succulentes, renouveler plusieurs fois par jour le papier, et même employer la chaleur pour arriver à une dessiccation parfaite. Les cactées et les euphorbiacées présentent les mêmes inconvénients, surtout les premières; on pourrait pour celles à feuilles plates, tels que les Epiphyllum, couper la feuille de manière à en réduire l’épaisseur sans en altérer le caractère, et pour les Cereus , qui présentent des formes géométriques, évider la tige et en couper une tranche dans le sens horizontal, afin d’en pouvoir déterminer la figure. Quant aux Echinocactus et aux Mamilliara, il n’v a qu’un dessin qui puisse fixer le souvenir de leur caractère, ces grosses masses sphériques ou cylindriques ne se prêtant pas à la dessiccation. Cependant, on peut toujours, faute de mieux, séparer des faisceaux d’épines et les conserver dans l’herbier, car elles constituent un caractère important. Quant à la fleur, elle perd tout en séchant, forme et couleur. Les ficoïdées et les crassulacées, les Stapelia et les aloès ne se conservent guère mieux, quoique le feuillage des Rochea, des Echeveria, des Crassula , soit facilement divisible. Mais il faut tant de soins pour conserver ces plantes, qu’on y réussit rarement; dans ce cas un herbier artificiel est indispensable.

Les plantes aquatiques, telles que les bu tomes, les Alismo, les Nuphar, les Nelumbo, les Caltha, ne se conservent qu’avec des soins extrêmes; encore les feuilles noircissent-elles le plus souvent.

Les labiées et les malvacées sont très-sujettes à moisir ; les premières, à cause de l’huile essentielle qu’elles contiennent; les dernières, par suite du mucilage dont elles sont gorgées. On peut y joindre certaines solanées.

Les crucifères passent facilement au jaune et sont sujettes à se recoquiller en séchant.

Les composées à grosses fleurs présentent, en général, de grandes difficultés : les chicoracées, qui n’ont que des demi-fleurons, sont plus faciles à conserver, excepté dans le cas où les fleurs sont en ombelle, ce qui forme alors une masse considérable qu’il faut ou

56 NOTIONS PRÉLIMINAIRES

déployer ou diminuer, en en retirant des fleurs. Certaines cynarocéphales, telles que les Onopordon et les Carduus, ne peuvent entrer dans un herbier qu’autant qu’on coupe longitudinalement les capitules pour en réduire l’épaisseur. Beaucoup de corymbifères sont dans le même cas. Elles ont, d’un autre côté, l’inconvénient d’être gorgées de sucs lactescents ou glutineux qui causent de grands embarras aux collecteurs.

Les plantes bulbeuses, c’est-à-dire celles qui ont des oignons ou des bulbes, offrent une très-grande difficulté dans leur préparation pour 1 herbier. Il arrive souvent qu’une scille, ou un orchis quia été récolté en fleurs et mis en herbier dans cet état, est retrouvée en fruit au bout de quelques mois ; la plante continue de vivre, et passe successivement par toutes les phases de la végétation. On ne peut éviter cet inconvénient qu’en plongeant l’oignon dans de l’eau bouillante, ou en laissant macérer toute la plante pendant plusieurs heures dans de 1 esprit-de-vin. Quelques personnes obtiennent de très-bons résultats en passant sur la plante un fer chaud, et en appuyant assez fortement pour écraser un peu la tige et les feuilles ; mais ce sont des soins des plus minutieux, devant lesquels reculent la plupart des collecteurs.

Les plantes qui vivent immergées, comme les Char a, les Callitriche, les Potamogeton, demandent à être préparées au moyen de l’eau pour étendre leurs parties. Quant aux plantes marines, il faut qu’elles soient lavées dans l’eau pure pour y dessaler, afin de leur enlever les propriétés hygrométriques qui les font noircir ou même moisir. On les prépare ensuite en les plaçant dans un grand plat plein d’eau. La plante s’y étale naturellement ; on passe alors en dessous une feuille de papier blanc, sur laquelle s’applique l’algue, et l’on enlève le tout avec précaution pour faire sécher entre des coussins de papier, à la manière des autres plantes.

Lorsqu’on a un herbier mal préparé et qui renferme des plantes difficiles à se procurer, on expose les échantillons à la vapeur d’eau bouillante, et on les place pendant une journée dans du papier mouillé, qui les imbibe doucement et leur rend leur souplesse. Quand elles sont dans cet état, on les dessèche de nouveau par le procédé ordinaire ; si les plantes sont petites, on réussit parfaitement en les étendant sur du grès humide.

Quelles que soient les précautions prises et les soins apportés à la

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préparation ou dessiccation des plantes pour herbier, il est bien difficile de pouvoir saisir sur un échantillon sec les caractères distinctifs du genre ou de la famille qui résident généralement dans les organes floraux. Pour retrouver ces caractères et étudier avec fruit, on est obligé de faire ramollir les fleurs en les exposant à la vapeur, ou en les plongeant pendant quelques minutes dans de l’eau bouillante; dans cet état, on peut disséquer ces fleurs aussi facilement qu’à l’état frais. C’est là l’avantage des herbiers. Mais tout en reconnaissant cet avantage, nous recommandons néanmoins aux personnes qui veulent étudier sérieusement, de conserver des fleurs et de jeunes fruits dans de l’alcool étendu de moitié son volume d’eau. 11 n’est pas besoin de grands bocaux ; des petits tubes de 0 m ,05 à 0 m ,10 de longueur sur 0 m ,0f de diamètre suffisent presque toujours, excepté pour les cas où les fleurs sont d’une grande dimension. Aujourd’hui surtout qu’on se livre à l’étude organogénique, il est très*important d’avoir des jeunes boutons qui n’ont pas été déformés par la pression qu’on fait subir aux échantillons d’herbier, et qui permettent de suivre le développement de tous les organes floraux.

MM. Reveil et Berjot ont indiqué l’emploi du sable stéariné pour conserver les plantes avec leur forme habituelle et l’éclat de leurs fleurs; les divers échantillons exposés à Londres par M. Berjot, en 1862, ont fait l’admiration du public. Le sable stéariné s’obtient en lavant avec le plus grand soin le sable blanc de rivière en grains égaux, jusqu’à ce que l’eau soit limpide; on le dessèche dans une bassine à 105° ou 110° et, lorsqu’il est sec, on y ajoute, par 25 kilogrammes de sable, un mélange fondu de 20 grammes d’acide stéarique et de 20 grammes de blanc de baleine, on brosse fortement et on froisse avec les mains de manière à graisser convenablement chaque grain de sable. On met une couche de ce sable dans une caisse portant en bas un grillage de fil de fer et un fond de bois à coulisse; sur le sable on étale les plantes bien sèches, on y verse du sable peu à peu en ayant le soin de mouler les corolles dans le sable et de ne pas faire de faux plis; quand les plantes sont couvertes de sable, on peut en superposer une seconde, et on porte la caisse dans une étuve, dans un four chauffé vers 45° ou au soleil; lorsque la dessiccation est finie, on enlève le fond de bois, le sable s’écoule et les plantes restent sur le treillage métallique; on les brosse avec un blaireau; on les conserve dans des bocaux à l’abri de la lumière et

hermétiquement fermés, au fond desquels on met un peu de chaux xive enveloppée dans un peu de papier de soie. Il est très-important pour la réussite que les plantes ne soient pas humides et qu’elles aienteté récoltées avant l’épanouissement, parce que celui-ci s’achève souvent dans le sable. Les couleurs des fleurs sont parfaitement conservées par cette méthode, seulement les couleurs violettes et rouges se foncent un peu. Ce procédé de conservation des plantes peut rendre quelques services pour dessécher certaines fleurs ou plantes employées en médecine, telles sont la violette, la mauve, le bouillon blanc, les roses rouges, le coquelicot, les fleurs de genêt, la mélisse, la menthe, la ciguë, etc. L’odeur est parfaitement conservée et souvent exaltée. Mais c’est surtout pour la conservation des collections destinées aux Écoles de pharmacie, de médecine et aux Collèges que ce procédé peut être utile, il rendra également de grands services aux horticulteurs qui voudront conserver des fleurs rares, ainsi qu’aux naturalistes voyageurs qui pourront ainsi rapporter les plantes avec leur aspect naturel, ce qui en rendra la détermination plus facile.

Il ne suffit pas d’avoir desséché avec soin les végétaux qu’on a recueillis ; il faut, pour se servir de son herbier comme d’un instrument d’étude, y disposer les plantes de manière à les conserver sans altération, et accompagner chacune d’elles de tous les renseignements indispensables à la connaissance d’une individualité végétale, afin que tout ce qui tient à sa place dans la méthode, à son nom, à sa synonymie, à l’époque de sa floraison, à la localité dans laquelle elle a été trouvée et à ses usages, y soit clairement indiqué.

Le papier qui renferme les plantes destinées à être réunies en herbier doit être collé. On peut, si l’on n’a pas un trop grand nombre de plantes, ou si l’on attache un certain prix à son herbier, mettre dans l’intérieur de la double feuille ou chemise, une feuille de papier blanc, sur laquelle le végétal se détache mieux.

On a proposé diverses manières de fixer les plantes dans l’herbier : les uns les collent dans toutes leurs parties pour les empêcher de se détacher; mais ce procédé a l’inconvénient de rendre les échantillons plus fragiles; en outre, si l’on emploie la colle de pâte, les insectes, attirés par son odeur, ne tardent pas à envahir l’herbier, et alors la destruction est rapide. La gomme arabique n’a pas cet inconvénient ; mais elle donne encore plus de rigidité aux végétaux déjà assez secs par eux-mêmes. On peut cependant coller sans inconvénient les

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échantillons de très-petite dimension, comme les algues, les mousses, les jungermannes, et tous les autres petits cryptogames ; dans ce cas, on alune fortement l’eau dans laquelle la gomme doit être dissoute. M. Desvaux proposait d’y ajouter de l’amidon, afin d’obtenir une colle moins rigide que la gomme seule et qui se conservât molle pendant plusieurs mois. La glycérine, employée depuis, atteint mieux encore le même but. D’autres botanistes fixent les plantes au moyen de simples bandelettes de papier gommé, ou tout simplement attachées avec de petites épingles; comme il est très-important, pour l’étude, de pouvoir examiner les plantes dans tous les sens, et de vérifier à la loupe certains détails organiques, on peut facilement détacher ces plantes sans les endommager en rompant ces faibles attaches, et les rattacher ensuite avec de nouvelles bandelettes.

Le papier doit être laissé dans son entier, à cause de la taille de certains échantillons, qui même, en étant pliés en deux, comme les digitales, les Agrostemma githago, les delphinium, les lychnis, les joncs, beaucoup de cypéracées et de graminées, n’v tiennent que difficilement; il doit toujours avoir au moins 0 m ,44 de hauteur sur 0 m ,24 de largeur. Quelques personnes ont l’habitude, quand les plantes sont petites, de réunir plusieurs espèces dans une même feuille : c’est un tort, car les plantes ou les étiquettes peuvent se mêler, et alors apparaît la confusion. Chaque espèce exige une feuille distincte ; mais on peut renfermer plusieurs échantillons de la même plante dans une même feuille, et pour s’épargner la fastidieuse coutume de lier avec une ficelle en croix les différents paquets, on met toutes ces feuilles dans des portefeuilles ayant des étiquettes sur le dos, ce qui permet de placer l’herbier dans une bibliothèque.

Le plus grand soin doit être apporté à la rédaction de l’étiquette de chaque plante; elle devra contenir le nom français, le nom latin avec l’initiale de l’auteur qui l’a dénommée, la synonymie scientifique, le nom vulgaire, la localité où elle a été trouvée, la station, l’époque de la floraison, les usages auxquels elle est propre, et le rapport de la méthode que l’on aura adoptée avec celles de Linné, de De Candolle ou de tout autre.

Si l’on a rapporté des plantes d’une excursion lointaine, il faut ajouter l’indication des altitudes, préciser la station, faire connaître la nature géologique de la contrée où elles ont été cueillies, enfin compléter les renseignements de telle sorte qu’on puisse, par la pensée.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

en visitant son herbier, se reporter aux circonstances dans lesquelles les divers végétaux qui le composent ont été trouvés. Cette attention est indispensable pour les plantes que l’on recueille pour la première fois dans des pays étrangers et dont la Flore est entièrement inconnue, surtout sous le rapport utilitaire. On ne doit pas omettre, quand bien même on ne saurait pas le nom d’une plante, d’indiquer le lieu où elle a été découverte, l’époque de sa floraison ou de sa fructification, son usage ; et si le collecteur est un zoologiste, il serait bien qu’il fît connaître les animaux qui se nourrissent de son feuillage ou de ses fruits, les oiseaux qui y font des nids, et les insectes qui y vivent en parasites.

Les plantes sont ensuite réunies par genres et familles, et disposées suivant une méthode naturelle. Pour faciliter les recherches, des fiches en saillie et de couleurs différentes indiquent les familles et les genres, ce qui évite la peine de feuilleter tout l’herbier; dans les genres à espèces nombreuses, on peut en faire autant pour les espèces.

11 y a des herbiers spéciaux qui demandent à être composés de certaines plantes à l’exclusion des autres. Le médecin doit avoir un herbier comprenant toutes les plantes médicinales, mais sans qu’il soit nécessaire d’y réunir minutieusement les diverses parties des végétaux ou leurs produits en usage dans la thérapeutique, parce qu il a besoin d’y revenir de temps à autre pour rafraîchir sa mémoire.

Le pharmacien a besoin d’un herbier plus complet, comprenant toutes les plantes qui appartiennent à l’art de guérir, et il ne peut se passer d’une collection d’écorces, de graines, résines, baumes, gommes, etc. Cette précaution est d’autant plus indispensable, que des sophistications trop fréquentes altèrent les produits pharmaceutiques naturels, que des substitutions passées en usage et qui peuvent avoir des conséquences fort graves (telle serait, par exemple, celle de la fausse angusture à la vraie, dont l’une est un poison et l’autre un fébrifuge) se reproduisent souvent dans l’envoi,des médicaments exotiques, et qu’à moins d’une étude toute spéciale et d’un œil exercé par une longue pratique, on n’en reconnaît pas toujours la pureté. Il y faudrait joindre l’indication du lieu de provenance, et des succédanés frauduleux, afin de ne pas s’y méprendre.

U herboriste n’a besoin que des végétaux indigènes; mais il doit

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insister surtout sur les stations, les époques de floraison et de maturation des graines, et sur le moment où doivent être récoltées les racines, feuilles ou fleurs, ainsi que sur la durée de leur conservation.

L 'agronome botaniste doit composer un herbier de toutes les plantes qui entrent dans la grande culture ou qui sont susceptibles d’y entrer. Les diverses espèces de graminées qui composent les prairies tant naturelles qu’artificielles, doivent s’y trouver avec l’indication de l’époque de leur développement, de leur floraison et de la maturité de leurs graines, celle du terrain dans lequel elles croissent spontanément, et des associations végétales naturelles auxquelles elles appartiennent, pour lui servir de guide dans la composition de ses prairies artificielles. Les autres plantes fourragères et économiques devront e'galement y trouver place. Il se composera donc exclusivement de végétaux utiles et susceptibles d’entrer avec avantage dans la culture. A côté de cet herbier des végétaux utiles, il devra, toujours en vue de ses prairies, en avoir un des végétaux nuisibles, de la destruction desquels on ne s’occupe pas assez. Pour ces derniers, il importe de connaître leur mode de propagation, afin de savoir la meilleure manière de les détruire.

L horticulteur ne doit choisir que les plantes d’ornement, et, parmi ces plantes, les variétés provenant de la culture; mais, comme il ne cherche que les végétaux utiles à son commerce, et comme les fleurs doubles et monstrueuses sont les plus cultivées, il est impossible qu’il mette dans un herbier des dahlias à fleurs pleines et très-développées, des pivoines énormes, des rhododendrons, etc. Il ne peut guère conserver par la dessiccation que les végétaux d’ornement d’introduction récente. Jamais l’herbier de l’horticulteur ne pourra suppléer une bonne figure, et, quelque soin qu’on ait apporté à la conservation d’une.collection d’orchidées, elle sera toujours au-dessous de la plus médiocre iconographie. Il faut donc à l’horticulteur un herbier artificiel plutôt qu’un herbier naturel.

On a réuni, dans les grands établissements, certains herbiers distincts comprenant les plantes d’une région, afin de se dispenser de fouiller au milieu de milliers de végétaux pour trouver un échantillon à consulter; mais cette méthode n’est bonne que pour les voyageurs qui ont parcouru une région dont ils ont recueilli les plantes, ou pour les grandes collections d’étude réunies dans les

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

établissements publies. Dans un herbier général composé par un amateur de botanique ou même un botaniste, on supplée à cette division par des catalogues de région. 11 faut reconnaître pourtant qu’il y a dans ces collections régionales un avantage marqué . car le faciès des végétaux se modifie suivant les lieux, et l’on s’habitue à reconnaître, par la simple inspection, les pays auxquels ils appartiennent.

La conservation des. herbiers est d’une assez haute importance pour qu’on y apporte toute son attention. En effet, on n’a pas amassé un à un les milliers de végétaux qui les composent, et qu’on ne s’est souvent procurés qu’à grand'peine, pour les voir détruits en peu d’années par les insectes ou l’humidité, également redoutables.

Si les plantes ont été incomplètement desséchées, elles ne tardent pas à se couvrir de moisissures qui appartiennent aux genres monilia et torula. L’apparition de ces champignons est le premier indice de la présence d’une humidité qui tient surtout à la dessiccation imparfaite de la plante. On peut, en faisant sécher de nouveau les échantillons attaqués par les monilia, et en les lavant avec de l’alcool au moyen d’une brosse douce, les délivrer de ces parasites ; mais comme il reste toujours assez de germes reproducteurs pour que les plantes soient envahies de nouveau, il faut que l’herbier soit tenu dans un endroit très-sec.

Lorsque l’humidité tient plus au papier qu’à la plante elle-même, il ne se forme plus de monilia, mais un champignon d’autre sorte, appartenant au genre eurotium, et qu’à cause de son apparition constante dans les herbiers exposés à l’humidité, on appelle eurotium des herbiers. Celui-ci a les sporanges jaune-soufre, et est d’une destruction d’autant plus difficile, qu’il a bientôt détérioré les végétaux avec lesquels il est en contact. Si l’humidité est plus grande et plus prolongée, le botrytis glomerulosa s’en empare et détruit rapidement l’herbier le mieux préparé. On ne peut guère sauver les plantes envahies par ce parasite, et le procédé applicable aux monilia réussit incomplètement; il faut alors les faire sécher avec soin, les changer de papier, les laver à l’alcool, les brosser, et répéter cette opération jusqu’à ce qu’on ait détruit tous les champignons qui les détériorent.

Une précaution dont ne peut se dispenser le possesseur d’un lier-

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hier, c’est de le visiter au moins deux ou trois fois par an, surtout à l’automne, au moment où l’atmosphère est saturée d’humidité, après l’hiver, pour être sûr que les alternatives de gelée et de dégel n ont exercé aucune influence sur des corps aussi hygrométriques que les plantes, et dans le courant du printemps. Si l’on remarque que quelque échantillon ait souffert ou menace de s’altérer, il faut 1 exposer à l’air, et ne le réintégrer dans l’herbier que quand on n’a plus à craindre l’action de J’humidité. Un corps de bibliothèque à fond plein et qui ne touche à aucun mur humide est le meilleur moyen de conservation d’un herbier.

Après l’humidité, les ennemis les plus redoutables des plantes desséchées sont les insectes, qui détruisent en peu de temps la collection la plus nombreuse, sans qu’il y ait aucun moyen de salut si l’on s’aperçoit trop tard de leur présence. Le véritable fléau des herbiers est le petit coléoptère connu sous le nom de vrillette obstinée, anobium pertinax, qui attaque les plantes de presque toutes les familles, et dont les larves réduisent en poussière les échantillons les plus volumineux. Le pou de bois, psocus pulsatorius, petit névroptère hémérobien, est encore fort à craindre, malgré son extrême petitesse; i! est si multiplié, qu’il envahit en peu de temps toutes les parties d’un herbier ; et comme il est trop faible pour s’attaquer aux parties des plantes coriaces et ligneuses, il s’en prend aux parties délicates de la fleur, qu’il détruit en peu de temps. Deux espèces d’un autre genre, assez rares, mais qui demandent à être surveillées, sont les ptines, ptinus far et scotias , dont la grosse larve creuse les tiges et les dévore. L’amourette, anthrenus muscorum, et l’anthrène bordée, petits coléoptères, s’attachent aux plantes envahies par l’humidité et ne tardent pas aies réduire en morceaux. L ’acarus eruditus et le domesticus sont attirés par les papiers collés imprégnés d’humidité, et font, malgré leur petitesse, d’étonnants ravages. On trouve encore* dans les herbiers négligés le chelifer cancroides , qu’on dit attiré par les mites dont il fait sa nourriture, ainsi que le psocus. Les blattes sont des ennemis d une extrême voracité ; mais elles sont trop rares dans notre pays pour qu’on ait à s’en défier : d’ailleurs elles sont assez grosses pour qu’on en puisse facilement délivrer un herbier. Dans les régions tropicales, la fourmi blanche, termes lucifuga, fait de grands ravages et est un ennemi très-dangereux, car elle dissimule sa destruction en n’attaquant jamais par les bords de l’herbier

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qu’elle dévore; elle ronge tout l’intérieur en laissant intactes les enveloppes, de sorte que, quand on s’aperçoit du dégât, tout est déjà détruit. La lepisma sciccharina, qui ressemble à un petit poisson argenté, est encore un fléau des herbiers quand elle est multipliée.

Certaines familles n’ont rien à redouter des insectes; ce sont les algues, les mousses, les lichens, les hépatiques, les lycopodinées, les fougères, les cypéracées et les graminées, dont la tige et les feuilles sont revêtues d’une sorte d’enveloppe siliceuse qui les soustrait à la dent des larves voraces.

En somme, les insectes sont plus dangereux pour les plantes que l’humidité; aussi a-t-on cherché tous les moyens de les détruire. L’exposition de l’herbier dans un four ou un nécrentome, dont la température soit de 76 à 80 degrés centigrades, suffit pour tuer les larves. Mais il est souvent trop tard quand on découvre ces insectes : c’est pourquoi on a cherché à les éloigner par des préservatifs. L’essence de térébenthine et le naphte, malgré leur odeur forte, manquent presque toujours leur effet; le camphre n’agit guère mieux, puisque dans des cadres bien hermétiquement clos et qui renferment des morceaux de camphre, on voit les insectes se développer et détruire les plus brillantes collections de papillons. Les amers, tels que la coloquinte, l’absinthe, sont sans résultats.

L’immersion dans une solution alcoolique de bichlorure de mercure est d’une efficacité complète ; mais il faut doser habilement. Si l’on met ce sel en trop grande quantité, il attaque les couleurs des végétaux, et rend les herbiers dangereux à manier à cause de la poussière qui s’en échappe. C’est à cette préparation alcoolique qu’est due la parfaite conservation des herbiers du Jardin des Plantes de Paris. La glycérine est aussi employée avec avantage dans ce cas.

M. Doyère, qui s'est beaucoup occupé de la conservation des grains dans des silos souterrains, a fait connaître un procédé qui mérite d’être employé de préférence même à la solution du bichlorure de mercure. Il est simple et moins coûteux. Il consiste à placer les paquets de plantes dans une grande caisse en bois doublé de zinc, et dans laquelle on fait évaporer du sulfure de carbone. Cette caisse doit être hermétiquement fermée au moyen de vis et de papier collé sur les jointures, pour empêcher les émanations de s’en échapper; quarante-huit heures suffisent pour détruire les insectes

HERBIERS ARTIFICIELS

vivants. Tous les ans, au moment de l’éclosion des insectes, on renouvelle l’opération; on est ainsi assuré de la conservation des plantes. Pour éviter le danger qui pourrait résulter pour l’opérateur de l’aspiration du sulfure de carbone, il est prudent de placer la caisse dans un endroit très-aéré, ou de ne l’ouvrir qu’au grand air. Les collections de bois, de graines et de fruits peuvent être préservées des insectes de la même manière.

HERBIERS ARTIFICIELS

L’herbier, sans le dessin pour le compléter, ne suffît pas, et même il importe pour le composer d’avoir un guide iconographique, nous ne disons pas complet, il n’y en a pas, mais du moins à peu près suffisant, et dont les figures soient aussi exactes que possible.

D’une part, pour s’épargner les frais d’acquisition et les embarras d’iconographies coûteuses et volumineuses, d’autre part pour abréger le temps consacré à la reproduction graphique, on a souvent essayé d’obtenir des herbiers artificiels au moyen d’un décalque prompt et durable des plantes. Les procédés généralement usités ont été tantôt une couleur à l’huile, tantôt du noir d’imprimerie dont on enduit la plante avec soin. On la transporte ensuite sur du papier blanc, et par une pression modérée, on obtient une empreinte qui ne manque quelquefois pas de vérité. Ce procédé s’applique aux feuilles avec assez de succès, moins bien aux tiges, et n’est pas du tout propre aux fleurs ; quelquefois, on retouche les parties défectueuses ; d’autres fois, on les dessine en entier ; mais ce mode de reproduction manque de netteté, et ne donne en général qu’une silhouette grossière. Les feuilles finement découpées, comme celles des fumeterres, de la plupart des ombeliifères, ne réussissent qu’à demi; et rien n’est plus difficile, quand bien même on obtiendrait une empreinte convenable, que de conserver à ces feuilles leur disposition naturelle. C’est au moyen d’un rouleau chargé de noir, dont le degré de liquidité est assez difficile à obtenir, qu’on couvre le revers de la feuille; mais, par ce moyen, l’égalité de distribution de l’encre présente des difficultés, à cause de l’impossibilité de fixer tout à fait la feuille ou la plante dont on veut obtenir la reproduction; on réussit mieux en l’appliquant sur un papier chargé de noir, en la soumettant à

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une pression modérée, soit au moyen d’un rouleau, soit au moyen d’une presse à deux cylindres, comme les presses autographiques, et en faisant le report sur du papier blanc, d’une épaisseur suffisante pour céder aux effets de la pression, et légèrement humecté à l’avance. Mais, pour obtenir de bons résultats, il faut une longue pratique et un matériel qui exige un établissement fixe. MM. de Humboldt et Bonpland ont eu recours à un moyen de ce genre dans leur voyage ; mais on voit aisément qu’ils manquaient du matériel et du temps nécessaires pour obtenir des empreintes parfaites 1 .

Quelquefois on joint au décalque de la plante, fait avec une couleur bistre, des fleurs ou des fruits dessinés à la main, et retouchés au pinceau. On s’épargne par ce moyen le dessin du feuillage; mais ce procédé, qui ne manque pas de charmes, n’est applicable qu’à certains végétaux. On échoue dès qu’on a affaire à des végétaux au feuillage confus; le crayon et le pinceau sont obligés de tout réparer avec grande perte de temps. Disons seulement que c’est un des mille moyens employés pour s’éviter la peine de faire un dessin complet.

Pour perfectionner le procédé du décalque et le rendre utile surtout aux voyageurs, qui n’ont pas toujours le temps de faire un dessin

I. Il existe des essais de reproduction par impression, dite naturelle , qui remontent à près de deux siècles; mais quoique repris à diverses époques, ils sont loin encore de donner des résultats satisfaisants, larges et surtout capables de vulgariser la science par l’iconographie. En 1666, Ad. Spigel fit mention de ce moyen dans son Isagoge; mais ce ne fut qu’en 1733 que Kniphoff publia, à Erfurt, sous le titre de Botanica in originali, deux cents figures de plantes médicinales d’une reproduction grossière ; vingt-cinq ans plus tard, il fit paraître douze centuries de plantes retouchées au pinceau. D’autres s’en occupèrent ensuite, spécialement Marcellin Bonnet, de Carcassonne, qui donna des impressions en couleur, et Seligmann, qui, en 1748, sous le titre de Réseau vasculaire des feuilles , reproduisit, en trente-six planches, un grand nombre de feuilles privées de leur parenchyme et imprimées en rouge avec une si rare perfection qu’il faut une loupe pour en suivre bien les détails. Le procédé employé pour obtenir ce résultat est long et minutieux ; il exige une patience toute germanique. Pour obtenir le réseau fibro-vaseulaire d’une feuille, on fait macérer celle-ci dans l’eau jusqu’à ce que la substance Boit assouplie; on l’étend sur un corps parfaitement horizontal, qui ne présente pas tjrop de rigidité, et, avec une brosse à poils droits et roides, on frappe doucement pour détruire peu à peu le tissu parenchymateux, jusqu’à ce qu’il ait tout à fait disparu. C’est alors seulement qu’on prend l’empreinte de la feuille, qui est d’une netteté admirable, puisque chaque maille de ce réseau délié est devenue parfaitement distincte. L’imprimerie impériale de Vienne, dont on a vu des travaux merveilleux aux Expositions générales de Paris et de Londres, a lait faire, depuis quelques années, de grands progrès à Y impression naturelle appliquée aux végétaux, au moyen de procédés ou nouveaux, ou perfectionnés.

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exact, en ce qui touche particulièrement la nervation, si importante à connaître, il en est un qui permet de prendre sans travail l’empreinte d’une feuille simple ou composée, en en reproduisant les plus fines nervures avéc une parfaite netteté. On prend du papier à lettre de belle qualité, et on l’immerge pendant quelques instants dans une solution de chlorure de sodium (sel commun), dont le dosage dépend de la nature du papier : en général, 5 à 6 grammes pour 30 grammes d’eau suffisent largement. On le laisse sécher à l’air libre, puis on l’imbibe, par immersion, sur une seule face (l’application au pinceau étant toujours défectueuse), d’une solution d’azotate d’argent cristallisé, à la dose de 4 grammes pour 30 d’eau distillée. Cette opération, qui doit être faite à l’abri de la lumière diffuse, et peut avoir lieu à la lueur d’une veilleuse, exige une quantité suffisante de liquide pour que l’immersion soit égale partout. Il faut avoir soin de ne pas verser sa solution d’azotate d’argent dans le plat où l’on a mis sa solution de chlorure de sodium, parce qu’il se formerait du chlorure d’argent, qu’on reconnaît à son précipité blanc et caillebotté; il vaut mieux choisir un autre vase. On laisse sécher à l’ombre la feuille préparée, et quand elle est sèche, on dispose dessus symétriquement les feuilles dont on veut obtenir l’empreinte, et qui demandent à être employées plutôt fraîches que sèches. On les pose avec soin, et toujours dans l’obscurité, pour ne pas provoquer prématurément la sensibilité du papier; après qu’on les a bien déployées, car on en peut mettre plusieurs de dimension moyenne sur une même page, on place le tout sur le verre d’un appareil fort simple, et qui n’est autre que le diaphanographe deM. Lard, dont il diffère par son verre qui est poli au lieu d’être mat. Il se compose d un châssis à gorge, au fond duquel est posé un verre que recouvre une feuille de carton retenue par les deux petites traverses fixées sur le dos de ce même carton, et dont les deux bouts s’engagent dans des rainures pratiquées dans la gorge du châssis. On presse ses feuilles de manière à ce qu’il n’y ait pas de lacune entre elles et le papier, et on les expose ainsi à la lumière solaire, ce qui accélère l’opération; dans le cas contraire, à la lumière diffuse, mais depuis le matin jusqu’à midi ou une heure; plus tard, les rayons lumineux ont perdu de leur puissance, et l’opération est lente et imparfaite. Au bout de peu d’instants, le papier devient d’un noir intense, et l’on reconnaît que la préparation a été bien faite quand la teinte est uniforme. La

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feuille trace alors sur le papier sa silhouette avec une exactitude qu’on attendrait vainement du pinceau le plus habile, et quand elle est terminée, ce qui a lieu le plus souvent au bout de quinze à vingt minutes, suivant le degré d’intensité de la lumière, et ce dont on ne peut s’assurer qu’en allant examiner dans l’obscurité les progrès du décalque, on immerge la feuille en entier dans une faible solution d’hyposulfite de soude, à laquelle on ajoute quelques gouttes de la solution d’azotate d’argent, pour fixer le dessin. Lorsque les blancs ont pris du brillant et que les noirs sont devenus francs, on peut regarder l’image comme fixée d’une manière définitive; mais il faut pour toute cette opération, qui procure de charmantes épreuves, acquérir le tact que donne seule l’habitude. Si on n’a pas laissé ses feuilles assez longtemps à la lumière, ou si l’on a mis sur une même page des feuilles épaisses et d’autres à tissu lâche et fin, quand ces dernières seront venues, les autres ne présenteront encore qu’une silhouette grossière ; si l’on a attendu que celles-ci fussent parfaites, les autres se seront colorées d’une teinte uniforme. Il faut donc associer les feuilles par similitude de composition textulaire et veiller avec soin au progrès de l’opération. On peut, en employant ce procédé, avoir des dessins de la plus grande pureté, et posséder en quelques heures, car la durée moyenne de l’opération est de vingt minutes, une cinquantaine de décalques de feuilles dont il faudrait des mois entiers de travail pour obtenir la reproduction minutieuse. Il est important de faire observer qu’après le décalque, le lavage est l’opération capitale : elle fixe les tons et leur donne la finesse qui fait le mérite de ce procédé. Si on lave négligemment, ou l’on efface, ou la lumière détruit l’empreinte en peu d’heures. On ne peut même savoir que le décalque est irrévocablement fixé qu’en l’exposant à la lumière pendant quelques instants; si les finesses deviennent confuses, c’est que l’opération du lavage a été faite précipitamment ou sans les précautions nécessaires. Il faut, pour que les empreintes soient durables, que les blancs soient purs et les noirs très-foncés.

Donnons encore quelques conseils sur les moyens de réunir en peu de temps et à peu de frais, si l’on connaît seulement le dessin linéaire, des dessins qui servent au moins d’aide-mémoire. Il faut représenter par un trait léger l’ensemble du port de la plante, dessiner minutieusement, soit au moyen d’une loupe montée, soit d’un microscope, en se servant toujours du même grossissement, les ca-

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ractères de l’espèce-type, et, au-dessous des caractères du genre, disposer ceux des diverses espèces qui le composent, en se bornant à ne reproduire que le caractère essentiel de chaque espèce. Ainsi, la feuille, qui constitue souvent le caractère le plus saillant de l’espèce, est dessinée dans son contour, avec indication de la disposition des nervures primaires seulement. Dans quelques cas, on y ajoute l’organe ou la partie d’organe qui constitue un caractère. Par exemple, on trouve dans les millepertuis des calices dont les divisions sont chargées de glandes dans quelques espèces, et ne le sont pas dans d’autres ; on reproduit, dans ce cas, soit le calice entier, soit un sépale seulement ou une des folioles calicinales. Il faut donc se borner à reproduire avec intelligence le caractère spécifique ; et pour tirer un bon parti de ces dessins, il faut disposer méthodiquement cet ensemble de caractères. On mettra toujours en tête la figure du genre et les détails qui en font connaître l’organographie, puis au-dessous, dans des cadres égaux en grandeur, et dans l’ordre des affinités, les caractères spécifiques, ce qui fait bien mieux connaître la différence spécifique que ne le feraient des dessins isolés et sans ordre. On peut, avec de l’habitude, faire au moins dix dessins de genre par jour, et peut-être trente ou quarante de caractères spécifiques; au bout d’une année de travail, on aura une collection précieuse.

Le moyen de fixation des images par transparence est une œuvre d’art : il sert à obtenir avec précision les détails les plus finis de la structure vasculaire des feuilles; mais ce dernier est plus simple, bien qu’il comporte le fini du dessin, et il a sur l’autre l’avantage de pouvoir reproduire les détails de tous les organes, en même temps qu’il permet d’employer la méthode synoptique.

Nous ne terminerons pas ces Notions préliminaires sans dire que, si l’on n’a pas d’iconographie sous les yeux, on ne peut arriver, malgré l’exactitude minutieuse des descriptions, à aucun résultat profitable. Les langues, tout en multipliant leur nomenclature scientifique, sont impuissantes à décrire les formes avec précision; sans le secours du dessin, qui vient en aide à la description et qui l’éclaircit, on ne peut rien déterminer d’une manière parfaite. Le dessin est même, on ne saurait trop le répéter, un des plus puissants auxiliaires des herbiers naturels, qui ne présentent souvent que des squelettes desséchés et noircis, ou des fleurs qui ont perdu tous leurs caractères. Quant au choix des iconographies, il est d’une impor-

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tance capitale; une iconographie mauvaise ou seulement imparfaite dans la forme des sujets représentés, est plus nuisible qu’utile. Malheureusement, il faut bien le reconnaître, il en est fort peu de bonnes ou seulement de passables, surtout en France. Mieux vaut un nombre borné de figures bien traitées, de types bien reproduits, qu’un nombre considérable de figures mal faites et propres à ne donner que des idées fausses. Voilà pourquoi dans les Atlas de cet ouvrage nous nous sommes beaucoup moins préoccupés de la quantité que de la qualité.

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