CHAPITRE II
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE. — DISTRIBUTION DES VÉGÉTAUX A LA SURFACE DU GLOBE.
Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur la flore ante'diluvienne, il convient de passer sans transition à la distribution actuelle des végétaux à la surface du globe, pour bien faire connaître les lois générales de la végétation. Quelques-unes seulement, les plus importantes, nous sont connues ; mais il en est d’autres qui nous échappent, et qui longtemps peut-être encore seront enveloppées de mystère.
Aujourd’hui que la météorologie a pu rassembler un nombre respectable de faits, il nous est possible d’apprécier les causes qui changent le caractère de la végétation d’un pays et contribuent à en modifier le climat. Nous allons rapidement passer en revue les lois climatériques, afin de bien faire comprendre celle qui a présidé à la distribution des végétaux et les causes de la variété qui règne dans la dissémination de ceux-ci à la surface du globe. Ce sont la température, les vents, les courants, les pluies et la lumière.
La première et la plus importante de ces lois est la température : en effet, la température de la terre et de l’espace joue dans le caractère de la végétation un rôle qu’il est difficile de méconnaître. Elle émane de deux sources distinctes : le soleil, son foyer le plus direct, et la chaleur propre à la terre elle-même, qui varie, suivant la nature du terrain et les circonstances locales, entre 12 et 35 mètres pour un degré, avec une moyenne de 31 à 32 mètres. Cependant à 6 ou 7 mètres seulement, le thermomètre enfoncé dans le sol reste stationnaire et indique une température égale à celle de la moyenne de l’année. Il en résulte que cette seconde source de chaleur est d’une mince influence sur le développement des végétaux.
Un des principaux modificateurs de la chaleur terrestre est l’état du ciel : on conçoit, en effet, que la présence des nuages qui interceptent les rayons lumineux doit modifier la chaleur émise par les rayons solaires. Si cette influence est grande sous notre climat, elle
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l’est bien plus encore sous les tropiques, où l’on remarque que les contrées dont le climat est pluvieux ont une température moyenne plus basse que les pays dont le climat est plus sec. Cette différence est surtout sensible sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud. ' 4
Maintenant nous trouvons, comme cause permanente de modification dans le caractère des flores, les différences de température qui divisent la terre en climats si nombreux, et qui s’élèvent depuis + 47° de chaleur comme maximum, pour descendre jusqu’à — 50° comme minimum ; mais il faut observer que les extrêmes ne se trouvent que dans l’intérieur des continents, et que, sur les côtes, la différence est moindre. Nous voyons, par exemple, aux îles Féroë, par le 62° de latitude nord, la moyenne hivernale supérieure à celle de Londres. En hiver, la température moyenne de ces îles est—3°,90 ; la température moyenne de l'été-f-11 °,60 ; la différence est de 7°,70; tandis qu’à Londres la moyenne de l’hiver est —- 3°,22, celle de l’été -(- 16°,75 ; la différence est donc de 13°,53. Paris est dans le même cas, et la différence est même plus grande encore : la moyenne de l’hiver est — 3°,59, celle de l’été 18°,01 ; la différence est de 14°,42. A mesure qu’on pénètre dans les terres, la différence augmente : à Berlin, elle est de 18°; à Prague, de 20°; à Ratisbonne, de 21°; à Saint-Pétersbourg, de 23°; à Moscou, de 27°; à Kasan, de 31°; à Irkoulzk, de 33, et à ïakoutzk, de 56°. Cette loi est sans exception : la Norwége même a un climat plus doux dans l’hiver que la Suède, qui n’en est séparée que par les Dofrines; ainsi, quand on a traversé cette chaîne, on trouve d’un côté le climat pélagien, et de l’autre le climat continental.
Quoique dans la règle les températures soient dépendantes, nonseulement de la latitude, mais encore de la longitude, on voit des points qui ont une température moyenne égale avec une différence de latitude de 14°. On trouve que la ligne qui passe par tous les points dont la température moyenne est de 11° à 11°,5, atteint dans l’Amérique du Nord le 45°, et dépasse le 50° en Europe; sur les bords de la mer Noire, elle descend au 44°; peut-être même, dans le centre de l’Asie, tombe-t-elle encore plus bas.
Les températures moyennes sont si trompeuses, qu’on trouve rarement à les soumettre à une loi commune : ainsi Canton, Macao, Calcutta, la Havane et Owhyhée sont cinq points appartenant à la limite
extrême de la zone tropicale, presque sous le même degré de latitude et ayant pour température moyenne :
Calcutta. 26°
La Havane. 25°
Owhyhée. 24°
Macao. 22°,bO
Canton. 22°
On ne peut se faire, même avec l’aide de ces chiffres, une idée de la nature réelle des climats; car, tandis que. pendant juin, juillet et août, Canton et Macao ont une chaleur insupportable, Owhyhée jouit d’une température très-agréable.
Il faut donc chercher la cause de cette différence, qui prouve que l’angle sous lequel le soleil vient frapper la terre n’est pas le seul élément qui en détermine la température, dans les vents, le mobile le plus puissant de la rupture de l’équilibre.
Les vents sont soumis à des variations nombreuses, dont les causes ne nous sont connues qu’en partie ; mais nous n’avons pas ici à nous occuper des causes, nous n’avons qu’à étudier les effets.
Sur les côtes il règne constamment deux vents contraires : les vents de terre et les brises de mer. Ces deux phénomènes se renouvellent avec la plus admirable régularité : à neuf heures du matin, l’air, de calme qu’il était, commence à s’agiter; il arrive de la mer un vent qui augmente en intensité et dure jusqu’à trois heures de l’aprèsmidi; il décroît jusqu’au coucher du soleil, pour faire place au vent de terre, qui dure jusqu’au matin. La direction de ces deux vents est perpendiculaire à celle de la côte, quand il ne vient pas un autre vent en modifier la direction.
Il existe également dans les montagnes des brises de jour et de nuit , provenant de réchauffement alternatif des montagnes et de la plaine par le soleil levant : le premier détermine un courant ascendant, et le second produit un courant descendant.
Partout enfin où régnent des vents, soit continus, soit alternatifs, ils produisent dans la température des variations qui ont sur la régularité des saisons une influence caractéristique. Les moussons ou saisons de l’Hindoustan sont dues aux vents réguliers qui régnent pendant l’hiver et l’été, mais dans une direction différente.
La configuration des continents est la seule modification de la
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marche des vents qui pénètrent fort avant clans les terres et qui v
apportent du froid ou de la chaleur, suivant les régions qu’ils ont traversées.
Ainsi, dans le midi de l’Europe, les vents sont d’une âpreté remarqu,iD e ; en effet, 1 opposition entre la température élevée de la Médierranee et celle des Alpes, dont les sommets sont couverts de neiges éternelles, donne lieu à des courants d’une extrême violence, et si . vent du nord-ouest, appelé en Provence mistral, vient à s’v mêler
il en resuite une bise qui renverse tout ce quelle trouve sur son passage.
Dans les déserts, où l’action du soleil n’est par amortie par une terre couverte de verdure, et où des sables quartzeux, mauvais onducteurs de la chaleur, renvoient par rayonnement le calorique accumule, il se produit des vents si chauds que ce n’est que dans de rares oasis que l'humidité permet à la végétation de se produire La terre alors n’est cultivable et habitable que le Ion* des grands neuves tels que le Nil, l'Euphrate, le Tigre ; partout ailleurs', attire semble stenhsee par une chaleur desséchante. Cependant,
nemén?° U f T’ °ï règHe '' égélal 3 atteint ra P°« ée de 8011 d évelop- L / , et . d T e , s vastes plames de l’Amérique du Sud, il règne
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s .lisante pour que les essais de culture des plantes européennes n’y
puissent'réussir. Sur les côtes de l’Australie, tous les vents de terre sont egalement tres-secs. Nous avons en Europe des vents qui participent a ces mauvaises qualités : tel est le vent du sud-est venant a Aiiique, appelé sirocco en Italie et solano en Espagne.
La direction des vents exerce encore une influence puissante sur a température. On a dressé des tables qui démontrent que, dans toute 1 «tendue de l'Europe, les vents les plus froids son! ceux du
sud ef lu r°; d " dU nord -° uesl > et les P* us chauds, ceux du Süd du sud-est. A Pans, il y a une différence de près de 4° entre
ta température régnant par un vent du nord-est ou par un vent
di ii:“ S0Dt enC ° re deS CaUS6S dcchauffement ou de refroiv* C 1 ° nSeqUent ’ ils J° uent 1111 rôla important dans la , 3 “ ® de “ chmats : 0,1 P eut citer entre autres le gulf-stream, qui, p 1 es ro P lc l u es, traverse l’Atlantique en conservant une tempétUle assez elevée P° ur c l l,e > entre les 40» et 41» de latitude, les
eaux du courant aient encore une température de 22°, tandis qu'en dehors elle n’est que de 17°. Partout où passent ces courants à température élevée, ils accroissent celle des terres le long desquelles ils coulent. Aussi, quoique sous la même latitude, les Florides sontelles plus chaudes que les Canaries de près de 2°.
La température de l’équateur, déduite de celle des lieux situés entre les tropiques, est de 27°,53 en moyenne, et l’on remarque que sur ce point de la terre les différences de latitude ont beaucoup moins d’influence sur le climat, ce qui tient à la faible hauteur du soleil dans les différentes saisons, et à l’influence des courants marins et aériens qui régnent dans ces pays.
Le rôle de la température dans la végétation étant des plus importants, on l’a étudié le premier pour chercher les rapports qui existent entre la distribution de la chaleur et le caractère de la végétation. C’est ce qu’a fait M. de Humboldt, en traçant le premier, sur des cartes, des lignes passant par tous les points dont la température moyenne est la même, ce qui lui a donné une série de courbes qu’il a désignées sous le nom de lignes isothermes,' c’est-à-dire ayant une température égale. Elles sont loin de décrire des courbes parallèles en s’éloignant de l’équateur ; elles subissent des inflexions qui tantôt les rapprochent, tantôt les font capricieusement s’écarter l’une de l’autre, et elles n’ont conduit qu’à cette connaissance : c’est que la température de l’ancien continent est plus élevée que celle du nouveau, et que sur les continents, la température est plus basse dans l’intérieur des terres que sur les bords de la mer, et sur le littoral occidental que sur l’oriental. Ces différences sont indépendantes dès latitudes, et le parcours d’une même isotherme peut varier de 2,000 kilomètres; la différence est d’autant plus grande qu’on s’éloigne davantage de l’équateur. On se bornera au simple énoncé de cette loi, sans entrer dans aucun développement sur le parcours des principales lignes isothermes. Nous dirons toutefois que l’on trouve sur la même isotherme l’Écosse et la Pologne, l’Angleterre et la Hongrie, ce qui n’empêche pas que les climats de ces quatre régions ne soient aussi dissemblables que leur végétation.
Un des faits les plus importants constatés par le tableau des lignes isothermes, c’est que le pôle nord n’est pas le point le plus froid de la terre, et qu’il y a dans l’intérieur de chaque continent un pôle du froid, c’est-à-dire un point où la température est la plus
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basse. Ces travaux n’ont été faits que pour l’hémisphère boréal ; on manque encore de renseignements sur l’hémisphère austral, de sorte qu’on n’a que quelques éléments d 'isothermie de cette partie du monde.
La condition d’ isothermie, déjà si insignifiante comme moyen d’apprécier le caractère d’une flore locale, n’est pas suffisante pour que la végétation soit identique ; il faut pour cela qu’elle soit également distribuée dans le cours des saisons, de sorte qu’à travers l’année il n’y ait pas de différences trop considérables. On a donc établi deux autres systèmes de lignes imaginaires : les unes dites isothères, passant par les lieux qui ont, en été, une même somme moyenne de chaleur; elles autres dites isochimènes , passant par les lieux dont la température est semblable en hiver. Ce qui prouve jusqu’à quel point ces données sont changeantes, c’est que ces deux systèmes de lignes sont bien loin d’être parallèles aux isothermes', et l’on comprend en effet combien, à travers l’étendue des continents, il est difficile de trouver des localités dont la situation soit tellement identique, que la distribution de la chaleur y puisse être la même ; on ne peut guère trouver cette égalité de température que dans le voisinage des grandes masses d’eau; aussi les îles ont-elles une température plus uniforme que les continents, et les petites îles plus que les grandes; il y a même, à latitude égale, des différences de 20° et plus.
La température décroît encore avec la hauteur ; car la terre n’est pas plate, mais se montre hérissée d’inégalités, et ses parties les plus basses sont celles qui, partant des bords de la mer, montent jusqu’à ce qu’elles aient atteint un point culminant présentant une pente du côté opposé, le tout massé en terrasses irrégulières, coupé de vallées, et formant, là des amas de montagnes, plus loin des chaînes étendues. Ici le roc est nu, et la terre stérile se couvre à peine d’un mince tapis de mousse; là, il est surmonté d’une épaisse forêt d’où s’exhalent des masses de vapeurs humides, qui arrêtent les vents dans leur cours ou les dispersent. Ajoutons à cela les rivières, plus ou moins rapides, resserrées dans un thalweg profond, les masses d’eau réunies sur certains plateaux ou sur des terrasses, et l’on verra que tout concourt à modifier puissamment la chaleur, qui déjà suit une loi décroissante à mesure qu’on s’élève (Atlas I, PL 6).
A l’équateur, la loi du décroissement est à peu près la même dans
toutes les saisons ; mais il en est autrement dans les régions polaires, et l’on a trouvé qu’au Spitzberg le décroissement moyen est de 1° pour 172 mètres. On a remarqué que, dans les Alpes, cette hauteur varie suivant les mois de l’année; il faut 176 mètres en été, et 270 en hiver, pour avoir un abaissement d’un degré. Il en résulte que la différence entre la moyenne de l’été et celle de l’hiver diminue à mesure qu’on s’élève dans les montagnes. Dans les plaines de la Suisse, à 400 mètres, elle est de 19°; sur le Saint-Gothard, à 2,091 mètres, elle est de 14°,9; sur le Saint-Bernard, à 2,493 mètres, de 13°,5. De Saussure pensait qu’à 12 ou 13,000 mètres, la différence entre les saisons devait disparaître. En France, la moyenne du décroissement a été évaluée à 145 ou 148 mètres pour un degré.
Dans l’Amérique du Sud, le décroissement de la température a été évalué à 1° pour 191 mètres dans les montagnes, et 1° pour 243 sur les plateaux ; dans les Indes, on trouve au midi 177 et au nord 226 ; en Sibérie, c’est 247 mètres, et aux États-Unis 222.
La quantité moyenne de pluie joue un grand rôle dans la végétation, et il existe, sous ce rapport, des différences caractéristiques, ce qui influe puissamment sur l’aspect végétal d’une région. Dans certains pays, la pluie ne tombe qu’avec une extrême rareté ; dans d’autres, ce sont de véritables torrents. M. de Humboldt a vu, sur les bords du Rio-Negro, tomber, en cinq heures, 47 millimètres d’eau, et cela se renouvelait tous les jours. A Bombay, il en est tombé en une seule journée 108 millimètres. Depuis huit heures du soir jusqu’à six heures du matin, la quantité d’eau recueillie était de 277 millimètres. Sous les latitudes plus élevées, il tombe moins d’eau dans un temps donné, et lorsque la quantité observée en un jour dépasse 3 centimètres, les plaines basses sont inondées.
Entre les tropiques, l’abondance des pluies est grande, mais la chute en est plus réglée ; aussi divise-t-on l’année en deux saisons, la saison sèche et la saison pluvieuse. Dans l’Amérique méridionale, située au nord de l’équateur, le ciel est serein depuis décembre jusqu’en février ; à la fin de ce dernier mois, l’air se charge d’humidité, et pendant tout le cours de mars les éclairs sillonnent le ciel. A la fin d’avril on est entré dans la saison des pluies ; mais il s’en faut qu’elles tombent régulièrement à la même époque : quelquefois il ne pleut que la nuit, d’autres fois c’est seulement le jour; et, dans d’autres pays,
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c’est aussi bien la nuit que le jour, ce qui paraît tenir au voisinage des montagnes. L’évaporation de l’eau tombée la veille sature l’air de vapeurs à un tel point, qu’en Afrique les objets qui ne sont pas exposés à l’action du feu sont pénétrés d’humidité. C’est cette époque qui amène généralement les maladies si funestes aux Européens. En Afrique, près de l’équateur, la saison des pluies commence en avril; dans le pays qu’arrose le Bengale, entre le 1 0° de latitude boréale et le tropique, elle dure depuis le commencement de juin jusqu’au commencement de novembre. Il en est de même dans l’intérieur des terres.
Sur les côtes occidentales de l’Amérique, à Panama, les pluies commencent dans les premiers jours de mars, et à San-Blas, en Californie, il pleut rarement avant le milieu de juin. Dans les pays situés près de l’équateur, où les époques du passage au zénith sont séparées par un intervalle plus long, on a deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches.
La limite septentrionale de ces pluies périodiques n’est pas encore connue avec exactitude : à la Havane et à Rio-Janeiro, on remarque déjà des conditions climatériques qui ont quelque analogie avec celles des hautes latitudes. Dans le désert de Sahara, la limite paraît être vers 16 degrés de latitude boréale ; mais, sur les deux mers qui baignent les côtes d’Afrique, elle est plus septentrionale.
Dans l’Inde, la succession des saisons présente la même anomalie. La côte occidentale a la saison des pluies pendant la mousson de sud-ouest, et la saison sèche pendant celle de nord-est : tant que régnent les vents du sud-ouest, il y a des orages chaque jour. Dans l’intérieur des terres, les pluies sont rares, et sur la côte orientale le ciel est serein. C’est au mois de juillet que les pluies sont le plus abondantes.
Pendant la mousson de nord-est, les pluies tombent sur la côte de Coromandel ; mais comme les montagnes y sont moins escarpées, les pluies sont moins fortes. A cette époque, la côte occidentale jouit de la belle saison.
Sur le plateau du Décan, il y a un climat moyen, participant des deux, et l’on a remarqué, pour cette région, que la distribution de la pluie dépend de la distance qui la sépare de la mer.
La quantité de pluie qui tombe dans les Indes est telle, que, dans des lieux situés près delà mer, il en tombe pendant l’année de 190 à
320 centimètres ; cependant la pluie est loin d’être continue : il ne pleut que pendant quelques mois, et seulement durant quelques heures de la journée. Les gouttes d’eau sont énormes, très-serrées et tombent à terre avec force. Dans l’intérieur, la pluie diminue à mesure qu’on s’élève ; aussi, à Seringapatnam, est-elle à peine supérieure aux régions pluvieuses moyennes de l’Europe.
A mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, la périodicité des pluies diminue, et l’on n’en peut déterminer la transition avec exactitude. Seulement on sait qu’entre les tropiques, il pleut en été, et au nord des tropiques, en hiver.
En Europe, la loi générale est la même ; il pleut d’autant moins qu’on s’éloigne davantage des bords de la mer. En Angleterre il tombe, sur la côte occidentale, 95 centimètres d’eau par an ; sur la côte orientale et dans l’intérieur, il n’en tombe plus que 65. Sur les côtes de France et de Hollande, la quantité de pluie est de 68 centimètres, et de 65 dans l’intérieur du pays ; dans les plaines de l’Allemagne, de 54; à Saint-Pétersbourg et à Bude, de 43 à 46. Cette loi se trouve confirmée par le nombre de jours de pluie dans l’année. En Angleterre et dans la France occidentale, il y a en moyenne 152 jours de pluie par an; dans l’intérieur de la France, 147.; dans les plaines de l’Allemagne, 141 ; à Bude, 112; à Kasan, 90, et dans l’intérieur de la Sibérie, 60 seulement.
Pour faire apprécier les différences que peuvent apporter, nonseulement la quantité de pluie, mais encore sa distribution suivant les saisons, voici quelques-uns des principaux rapports entre la somme de pluie tombée en hiver et celle tombée en été. En Angleterre et en France, la quantité d’eau qui tombe en été est à celle qui tombe en hiver comme 9 : 10 ; en Allemagne, il en tombe deux fois plus en été qu’en hiver ; à Saint-Pétersbourg, trois fois, et en Sibérie quatre fois.
L’océan Atlantique n’exerce que peu d’influence sur les pays situés au nord de la Méditerranée. Les vents d’ouest se déchargent de l’eau qu’ils contiennent, sur les Pyrénées, les montagnes de l’Espagne et celles du midi de la France- Dans la vallée du Rhône, la quantité de pluie est à peine supérieure à celle qui tombe en Allemagne; mais avec une répartition différente.
En Italie, la distribution des pluies n’a rien de régulier, de sorte que cette étroite bande de terre, si accidentée pourtant, est soumise
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à des variations assez grandes dans la végétation, à cause même de la différence d’humidité de son climat.
La lumière exerce encore sur la végétation une influence qu’il est impossible de méconnaître ; c’est à elle que les tissus doivent, nonseulement leur couleur, maisencore leurfermeté ; sous son influence, les fleurs sont plus chaudement colorées ; les principes essentiels sont plus exaltés, les poisons plus dangereux, et les fruits plus sucrés et plus savoureux. Avec un décroissement dans l’intensité lumineuse, les tissus deviennent flasques et décolorés, la maturation est incomplète et les fluides aqueux dominent. La lumière est donc, avec la chaleur, une des principales sources de la vie. Ce qui explique la variété qui existe dans le caractère végétal propre à chaque climat, c’est que chacun d’eux reçoit d’une manière différente les rayons lumineux* et de leur plus ou moins grande obliquité, de la plus ou moins longue durée de la lumière dépend l’intensité des divers phénomènes signalés plus haut. On comprend de quel océan de lumière doivent être inondées les régions équatoriales, qui reçoivent presque verticalement les rayons du soleil pendant la moitié du jour, tandis qu’à mesure qu’on s’en éloigne, les nuits surpassent les jours en durée, les rayons lumineux ne frappent plus qu’obliquement la terre, et les végétaux ne jouissent plus au même degré de son influence bienfaisante. Une autre cause qui tend encore à modifier l’intensité des rayons lumineux, c’est la masse des vapeurs qui en interceptent l’action et en diminuent la force.
D’un autre côté, les plantes des montagnes reçoivent, il est vrai, la lumière plus directement ; mais elles en profitent moins longtemps, car à peine sont-elles délivrées de leur manteau de neige et ont-elles joui des bienfaits d’une atmosphère lumineuse, qu’elles rentrent dans les ténèbres et n’ont connu que quelques jours de vie.
On a constaté, par des expériences réitérées, l’influence de l’électricité atmosphérique sur la végétation ; on a même cherché à l’appliquer comme moyen d’excitation au développement des plantes ; mais nous en savons trop peu sous ce rapport pour pouvoir assigner à ce fluide le rôle véritable qu’il joue dans l’évolution des végétaux. Il serait donc oiseux de se jeter dans des considérations théoriques tout à fait hors de propos. Ce qu’il importe d’établir dans [ces prolégomènes, ce sont les causes qui, en modifiant les climats, c’està-dire les conditions d’existence des végétaux, ont pu apporter des ■
changements dans leur développement, leur forme et la durée de leur vie, afin de faire comprendre à la fois la loi de leur distribution, et celle de variation dans leur forme, sous l’influence des modificateurs ambiants.
Pour déterminer le mode de distribution des plantes à la surface du globe, on a divisé la terre en huit zones, qui sont :
\ 0 La zone équatoriale, s’étendant à 15° de chaque côté de l’équateur, et jouissant d’une température annuelle moyenne de 26 à 28 degrés centigrades. L’humidité de son atmosphère contribue, avec le concours de la chaleur, à développer les formes végétales qui y sont aussi belles que variées.
2° La zone tropicale, qui commence au 15° et s’étend jusqu’aux tropiques, avec une température estivale moyenne de 26° et hibernale moyenne de 15° C. Déjà, sous cette zone, on trouve des variations assez nombreuses de la température.
3° La zone subtropicale, partant des tropiques et s’élevant jusqu’au 34°. Sa température moyenne est de 17° à 21° G., ce qui permet encore à des plantes équatoriales d’y réussir. C’est la zone la plus agréable pour l’habitation de l’homme, parce que l’hiver n’y est pas tel qu’on soit obligé d’imaginer des moyens de se soustraire à sa rigueur.
4° La zone tempérée chaude, qui comprend du 34° au 45° de latitude, et dont la température moyenne est de 12° à 17° C.
5° La zone tempérée froide, qui commence au 45°, et finit au 58°, avec une température moyenne de 6° à \ 2° C.
6° La zone subarctique, qui comprend du 58° au 66°,32, avec une température moyenne de 4° à 6° C.
7° La zone arctique, partant du cercle polaire, 66°,32, s’étendant jusqu’au 72°, et dont la température moyenne n’est guère de plus de 2° C.
8° La zone polaire, commençant au 72° et se prolongeant jusqu’aux pôles. La durée de l’été y est de cinq à six. semaines. La température moyenne est de — 16°,9; en été, elle est de -j- 3°,1 ; dans le mois de juillet elle s’élève à 5°,8; mais, en août, elle retombe à 1°,2, et l’hiver elle descend jusqu’à — 33°,3.
Ce système paraît au premier abord capable de satisfaire l’esprit : on y voit des coupes régulières avec des températures moyennes bien tranchées ; mais ce qu’on ne sait pas, c’est qu’à l’exception, peut-
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être, de la première et de la dernière zone, qui sont les mieux déterminées, les autres comportent une infinité de nuances dans les climats, avec une différence, en plus ou en moins, souvent considérable. 11 y a dans ces zones, comme partout ailleurs, des climats continentaux et marins, des plaines, des terrasses et des montagnes. En un mot, on ne pourrait, même en multipliant plus encore les zones, arriver à des unités climatériques et régionales 1 .
I. A oici cl autres observations susceptibles de trouver ici leur place, que nous extrayons de la Géographie physique de Malte-Brun :
« Le voisinage de la mer modère les températures excessives. Dans les climats ardents, les contrées maritimes sont moins chaudes que le milieu des plaines. Dans les latitudes élevees, les cotes et les des sont moins froides que l’intérieur des continents. Dans les montagnes de la Norwége, on a vu une armée suédoise périr de froid; on en tioma les cadavres encore en rang. Cependant les côtes de ce pays jouissent d’un climat relativement très-doux; le port de Bergen ne gèle pas aussi souvent que la Seine. Nous avons des exemples encore plus voisins de nous : les lauriers, les figuiers, qui ne peuvent subsister sans soins, pendant l’hiver, aux environs de Paris, sont de la plus belle venue et ne demandent aucune précaution durant les plus rudes hivers, sur les côtes de Bretagne, particulièrement de Saint-Nazaire à Brest. Les myrtes et les grenadiers croissent aussi naturellement dans plusieurs parties des côtes de France, sur l’Océan, tandis qu’à une certaine distance en arrière dans les terres, on n’en voit plus.
« Dans nos confiées, comme en Amérique, les vents d’ouest prédominent ; or, ces vents qui viennent des mers sont toujours tempérés; car la température des mers n’est jamais ni très-haute ni très-basse ; en effet, la mobilité de la masse liquide et l’équilibre qui tend à s’y maintenir ne permettent pas qu’une couche superficielle se refroidisse beaucoup, comparativement aux autres; car des que la température de cette couche s’abaisse, son poids augmentant, elle descend dans la masse, et un autre vent vient la remplacer.
« On remarque aussi que l’hémisphère austral est plus froid que l’hémisphère boréal; ce qui provient de ce que le premier est en grande partie recouvert par les eaux. Or on sait que les eaux ne s’échauffent pas aussi facilement que le sol, une grande quantité du calorique qui leur est envoyé étant absorbé par l’évaporation, la congélation et la fonte des glaces.
« Une observation qui jette une vive lumière sur les variations de la température de certaines localités est celle qui permet d’établir que les travaux de l’homme à la surface de la terre peuvent notablement changer et modifier la température d’un lieu. D’après les relations des anciens, on est porté à croire que le froid en Europe était jadis plus intense qu’aujourd’hui. Nous savons positivement que le climat d’Amérique est devenu plus chaud depuis qu’on a diminué la surface des forêts de ce pays. En effet, les forêts d’une grande étendue, dit Humboldt, empêchent les rayons solaires d’agir sur le sol; leurs organes appendiculaires (les feuilles) provoquent l’évaporation d’une grande quantité d’eau, en vertu de leur activité organique, et augmentent la superficie capable de se refroidir par voie de rayonnement. Les forêts agissent donc de trois manières : par leur ombre, par leur évaporation, par leur rayonnement.
(( Dans son beau tra\ail sui la chaleur centrale du globe, M. Cordier pense que la plupart des différences de température qu’on observe sur un même parallèle pourraient
On a beau vouloir faire intervenir les lignes isothermes, on n’est pas arrivé à une loi qui satisfasse l’intelligence. Les climats suivent des lois plus capricieuses encore que les courbes isothermes, et des régions entières, telles que la Nouvelle-Hollande, la Nouvelle-Zélande, le cap de Bonne-Espérance, offrent un caractère de végétation qui ne ressemble à aucun autre. La découverte des lignes isothermes, isochimènes et isothères, semblait cependant devoir faire sortir la géo-
provenir de la plus parfaite conductibilité des couches géologiques qui enveloppent le centre incandescent de la terre. On sait que le globe a une température qui lui est propre et qu’à une certaine profondeur cette température, indépendante de l’action du soleil, reste constamment invariable. Les expériences démontrent qu’elle s’élève à mesure qu’on descend à des profondeurs plus grandes. La loi de cette progression est d’environ un degré par 32 mètres.
« Dans l’atmosphère, la température suit une progression inverse à celle du sol, c’est-à-dire qu’elle diminue à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer. On trouve que la température décroît également avec la hauteur dans tous les climats, lorsqu’on part d’une même température inférieure ; mais la loi de la progression change avec ce point de départ, de sorte que dans les zones tempérées, par exemple, d’après les observations de Saussure, elle est en hiver de 230 mètres par chaque degré du thermomètre centigrade, et de 160 en été. U y a donc une hauteur où le refroidissement progressif atteint le terme de la glace. De là l’existence des neiges éternelles sur les hautes montagnes, et l’inégale élévation du point où elles commencent dans les differents climats et les saisons, mais aussi suivant l’exposition, et même l’état plus ou moins transparent du ciel.
« On doit à M. de Humboldt la précieuse application de la géographie des plantes à la nature de la température moyenne des lieux. Cet illustre voyageur a déterminé d’une manière générale l’élévation et la température des zones où chaque plante semble se complaire. Chaque végétal ne peut vivre qu’entre certaines limites déterminées de température, et la proximité de ces limites est indiquée par sa végétation plus ou moins chétive. Ainsi, l’aspect des végétaux qui subsistent dans chaque contrée offre une sorte de thermomètre vivant, qui indique aux voyageurs la moyenne des températures annuelles et leurs extrêmes.
« Une des questions les plus intéressantes que l’on puisse se proposer de résoudre est de savoir si l’état thermométrique a changé depuis les temps historiques. Voici la manière ingénieuse de laquelle M. Arago s’est servi pour trouver la solution de ce problème. Pour que la datte mûrisse, il faut au moins un certain degré de température moyenne. D’un autre côté, la vigne cesse de donner des fruits propres à la fabrication du vin, dès que la température dépasse un certain point du thermomètre également déterminé. Or, la limite thermométrique en moins de la datte diffère très-peu de la limite thermométrique en plus de la vigne. Si donc on trouve qu’à deux époques différentes la datte et le raisin mûrissent simultanément dans un lieu donné, on doit en conclure que dans l’intervalle le climat n’a pas sensiblement changé. La Bible nous apprend que, dans les temps les plus reculés, on cultivait le palmier en même temps que la vigne au centre de la Palestine ; que les Juifs mangeaient des dattes et buvaient du vin. Pline, Théophraste, Tacite, Josèphe, Strabon, en font mention. Voyons maintenant quels sont les degrés de chaleur que la maturation de la datte et celle du raisin exigent. A Palerme, en Sicile, côte nord, dont la tempé-
GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE
graphie botanique de son état d’incertitude et l’élever à la hauteur d’une science exacte ; mais il entre tant d’autres éléments dans la composition d’un climat, que l’on tombe encore dans l’arbitraire, et que l’on est aujourd’hui comme auparavant à la recherche de la loi véritable. Des efforts ont été faits dans ce sens, mais ils n’ont abouti jusqu’à présent à aucun résultat. La nature semble se jouer de nos méthodes ; elle nous échappe toujours par quelque endroit; c’est pourquoi il n’y a pas, à proprement parler, de système satisfaisant en géographie botanique. Si nous employons la méthode des zones, nous avons un très-petit nombre de familles qui peuvent y entrer sans exception ; nous sommes toujours obligés de nous jeter dans l’arbitraire pour concilier les faits avec la théorie. C’est cependant encore cette méthode qui est le plus généralement adoptée comme étant la plus simple; mais elle est en même temps la plus spécieuse. Ce ne peut être qu’un des éléments à employer dans l’étude des lois de distribution des végétaux, et c’est même par là qu’on devrait finir.
Willedenow, botaniste prussien, né en 1765, mort en 1812, chercha le premier la vérité dans une autre voie : il voulait grouper les végétaux de manière à former pour ainsi dire une région de chacun de ces groupes ; mais il était parti d’un point arbitraire, et ses efforts furent inutiles : il ne sortit pas la géographie bo-
rature moyenne surpasse 17°, le dattier croît, mais son fruit ne mûrit pas. À Catane, Sicile, côte orientale, par une température moyenne de 18 à 19°, les dattes ne sont pas mangeables. Elles mûrissent à Alger, dont la température moyenne est de 21°, mais elles ne sont pas bonnes, et pour les avoir telles, il faut s’avancer jusqu’au voisinage du désert, c’est-à-dire en des lieux où la température moyenne dépasse un peu 21°. D’après ces données, on peut déjà conclure qu’à l’époque où l’on cultivait le dattier en grand dans la Palestine, la température ne devait pas être au-dessous de 21°. M. Léopold Bue place la limite méridionale de la vigne à l’île de Fer, dans les Canaries, dont la température moyenne est de 22°. Par une plus forte température, on trouve bien encore en certains lieux quelques ceps dans les jardins, mais pas de vignes proprement dites. Nous venons de voir qu’en Palestine, dans les temps les plus reculés, la vigne était au contraire cultivée en grand ; il faut donc admettre que la température moyenne de ce pays ne surpasse pas 22°. La culture du palmier nous apprenait tout à l’heure que cette même température ne pouvait être au-dessous de 21°. Ainsi de simples phénomènes de végétation nous mènent à placer par 21°,o du thermomètre centigrade le climat de la Palestine au temps de Moïse, sans que l’incertitude paraisse devoir aller jusqu’à un degré entier. Or, comme encore à présent la température moyenne de la Palestine est un peu supérieure à 21°, tout porte donc à croire que 3,300 ans n’ont pas altéré d’une manière appréciable le climat de cette contrée, que 33 siècles enfin n’ont apporté aucun changement aux propriétés lumineuses et calorifiques du soleil. »
tanique de son état d’incertitude. Il admit à priori que toutes les espèces végétales que nous trouvons dans les plaines et au pied des montagnes ont pris naissance sur ces mêmes montagnes, et que de là elles sont descendues sur les rampes des monts, puis à leurs pieds, et de proche en proche jusqu’aux parties les plus basses des terres. Il en résultait que chaque système de montagnes était un centre de création végétale, et qu’il fallait établir autant de groupes d’affinités végétales qu’il y a de systèmes. Ainsi, nous aurions eu en France le système des Pyrénées et celui des Alpes comme les deux systèmes dominants. Il aurait fallu, pour que l’hypothèse de Willedenow fût fondée, que chacun de ces systèmes eût sa flore spéciale, unique; mais il n’en est rien, Schouw nous apprend que, dans son voyage, en Norwége, il prit la liste de toutes les plantes qu’il avait trouvées dans la vallée de Tinddal, et que, sur 125 espèces, 5 seulement ne se trouvent pas dans la flore de la Suisse ; il répéta ailleurs, près de Gousla, la même observation, et arriva aux mêmes résultats.
Par une de ces méprises qu’on expliquerait chez tout autre que chez Willedenow, si l’esprit de système ne justifiait pas toutes les erreurs, ce botaniste regarde comme caractérique de la flore Scandinave le Satyrium repens, YArbutus uva-ursi, les Vaccinium myrtillus, vitis-iclœa et oxycoccos, YAndromecla poliifolia, le Linnea borealis , le Tofteldia borealis, les Malaxis lœselii et paludosa, et le Sednmpalustre ; or, les quatre premières de ces plantes se trouvent en Italie, les huit premières en Suisse, le Sedum palustre se rencontre dans les Carpathes, le Tofteldia borealis dans les Alpes de Salzbourg et le Malaxis aux environs de Paris. On voit par là jusqu’à quel degré Willedenow, parti d’un point si faux, a dû s’éloigner de la vérité.
Tréviranus a fait, en 1803, dans sa Biologie, une tentative semblable : il a essayé de réunir toutes les plantes du globe en un petit nombre de flores générales systématisées; mais il n’a rien pu tirer de satisfaisant de cette idée, qui paraît cependant la plus philosophique. A l’époque où il écrivait son livre, la science de la géographie botanique était trop peu avancée pour cela. Comme il partait d’une base positive, et non d’une base hypothétique comme Willedenow, quoiqu’il lui fût postérieur de six années dans sa publication, il se trouva plus empêché que lui par le défaut de documents précis.
Schouw, le seul botaniste qui se soit occupé avec persévérance de cette branche importante de la science, a cherché à grouper les plantes en régions, ou plutôt en royaumes géographiques ( geographiske riger ), et il admet pour principe qu’on n’y comprendra que les plantes dont la moitié au moins des espèces y sera indigène, dont le quart au moins des genres leur sera exclusivement propre ou s’y trouvera au maximum, et que des familles entières y croîtront exclusivement ou y auront leur maximum Partant de ce principe, il établit les régions suivantes :