XIII. — Génération des cryptogames
Botan., T. II.
ORGANES DE LA REPRODUCTION
Ainsi que les animaux, les végétaux ont une double activité. Les appareils de nutrition, que nous venons d’examiner, servent à l’entretien de la vie individuelle, et des organes différents, essentiellement spéciaux, servent à la continuation de la vie végétale par la production de la graine.
Il existe néanmoins une différence importante dans les végétaux : c’est que la durée intégrale de la vie se prolonge, quand on s’oppose par la mutilation à l’accomplissement de la fonction de reproduction ; en effet, on peut la prolonger d’une année à l’autre et rendre bisannuelle une plante qui ne doit vivre qu’une année, en en supprimant les fleurs, surtout si on la met dans une condition telle, qu’elle soit soustraite à l’influence désorganisatrice des agents ambiants. Dans l’animal, la mutilation est sans influence sur la durée de la vie : on peut même dire que l’accomplissement de la fonction qui nous occupe est une des nécessités impérieuses de son existence.
Considérée sous le rapport du mode de reproduction, la plante ressemble plus aux animaux inférieurs qu’aux supérieurs, et toutes, sans exception, jouissent de la faculté de se reproduire soit par des spores, soit par des graines, ce qui constitue dans toute la série végétale le mode normal de reproduction ; cependant les végétaux jouissent d’une propriété qui ne se trouve que dans le bas de l’échelle animale et qui existe à un égal degré dans tous les embranchements du règne végétal : c’est de se reproduire par des parties détachées de la plante, tels sont les boutures, les drageons, les marcottes, les tubercules, les propagules, les sporules, les innovations. Dans cer-
ORGANES DE LA REPRODUCTION
tains végétaux, tels que les plantes bulbeuses, il y a une reproduction par ramification du bulbe, qui reproduit des caïeux; dans certaines autres, ce sont des bulbilles, qui se forment dans le fruit et remplacent la graine ; dans les végétaux à tubercules, les yeux, qui sont le point où doit se développer le bourgeon reproducteur, émettent des jets propres à donner naissance à des individus nouveaux. On fait des boutures avec certaines feuilles; on en fait même avec des fragments de feuilles, des tronçons de racines et d’écorce, d’écailles de bulbes; en un mot, avec tout organe de la végétation, dans lequel il y a du tissu cellulaire en voie de formation.
Le mode de multiplication par bourgeonnement, indépendamment de la fécondation, a lieu dans l’état naturel, et se voit dans les lemna, ou lentilles d’eau, dont on trouve si rarement des fleurs, et qui se multiplient par des bourgeons latéraux. Qu’est-ce, au reste, que la graine, si ce n’est un bourgeon libre d’une figure particulière et plus complexe? Quelle différence faire entre la reproduction par simple division, par gemmation ou par graine? Le système reste le même, le mode seul varie. Ce qui est vrai pour la plante, l’est aussi pour l’animal ; de là l’analogie qui existe entre l’œuf et la graine, entre l’œuf du vivipare et l’œuf de l’ovipare, entre le bourgeon reproducteur, la cellule génératrice et la graine. Comme il est dans l’essence de la nature de procéder du simple au complexe, nous voyons, quand nous avons franchi les fougères, les plantes douées d’organes générateurs distincts, séparés sur des pieds différents, d’autres fois réunis sur un même pied, mais avec des téguments floraux différents, puis enfin réunis dans la même enveloppe : l’hermaphrodisme est donc la loi supérieure de l’être végétal, comme la sexualité distincte l’est de l’animal.
On retrouve, dans les appareils reproducteurs des végétaux, une analogie plus grande avec ceux des animaux que dans les appareils de la vie organique ; et l’on est frappé de la persistance de la nature à employer un même moyen pour arriver à des résultats identiques, mais en variant le mode à l’infini.