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CHAPITRE II

BOUTON ET PllÉ FLORAISON

Le bourgeon à fleurs, qu’il faut essentiellement distinguer du bouton à fleur, est l’ensemble d’un bourgeon terminal, qui se compose d’éléments divers et arrête la végétation de l’axe qui l’a produit, excepté dans le cas de prolification. A la partie la plus extérieure du bourgeon se trouvent d’abord des feuilles, puis des bractées et des écailles, enfin une ou plusieurs fleurs ; tandis que le bouton à fleur proprement dit ne se compose que des différentes pièces ou verticilles qui entrent dans la formation de la fleur.

Le bouton se présente sous des formes assez variées ; il est globuleux dans la mauve, ovoïde dans le rosier, oblong -cylindrique dans l’œillet, en ?nassue ou clavii forme dans le lilas, en croissant dans les papilionacées, etc. ; mais sa forme éprouve quelques modifications depuis le moment où il apparaît, jusqu’à celui de son épanouissement.

On a donné le nom de préfloraison et d’ estivation à la disposition des différentes parties de l’enveloppe florale dans le bouton.

Le calice et la corolle offrent, dans leur disposition estivaire, des modifications assez variées, qu’on peut cependant ramener à huit types, qui semblent être les dispositions fondamentales.

1° Préfloraison imbriquée. Les parties sont imbriquées ou disposées par recouvrement : telles sont les folioles du calice du camélia (atl. I, pl. 33, fig. 1 ). Quand l’imbrication cesse, et que les parties se recouvrent en entier, ce qui est une transformation de la préfloraison imbriquée, elle est dite convolutive.

2° Préfloraison tordue ou spiralée. Dans cette disposition, chaque partie recouvre d’un côté la partie voisine, tandis qu’elle est recouverte elle-même, de l’autre côté, par une autre partie. Les corolles du lin, de nerium, de liseron, en offrent un exemple (atl. I, pl. 33, fig. 2).

3° Préfloraison quinconciale. Celle où deux parties sont extérieures, deux autres tout à fait intérieures, et une cinquième intermédiaire, recouvrant, d’un côté, le bord de l’une des deux intérieures, et recouverte, de l’autre, par l’une des deux extérieures. Les sépales de la rose fournissent un bel exemple de cette préfloraison ; les deux extérieurs, ayant leurs bords non recouverts, présentent des appendices des deux côtés ; les deux intérieurs dont les bords sont recouverts, n’en présentent pas, et l’intermédiaire n’en offre que sur un bord qui est celui non recouvert (atl. II, pl. 4, fîg. 2). C’est à cette disposition des sépales du rosier, que ce distique latin fait allusion :

Quinque sumus fratres, duo sunt sine barba,

Barbatique duo ; sum semi-berbis ego ’. »

4° Préfloraison valvaire. C’est celle des mauves ; les parties d’un même verticille se touchent seulement par leurs bords sans se recouvrir (atl. I, pl. 33, fîg. 4).

5° Préfloraison enroulée ou induplicative . Les bords du calice ou de la corolle sont roulés en dedans : les clématites (atl. I, pl. 33, fîg. 5). Une des variations de ce mode de préfloraison est la réduplicative, dans laquelle le bouton présente autant d’angles saillants qu’il y a de parties appliquées l’une contre l’autre : le calice de la rose trémière.

6° Préfloraison vexillaire (atl. I, pl. 33, fîg. 6). Cette disposition se trouve dans toutes les corolles papilionacées; la carène est recouverte par les ailes, qui sont enveloppées par l’étendard plié dans son milieu.

7° Préfloraison cochléaire. Dans les corolles à deux lèvres, comme dans les labiées, la lèvre supérieure recouvre l’inférieure, qui est pliée de dehors en dedans ou de bas en haut.

8° Préfloraison chiffonnée. Les pétales sont plissés sans ordre, comme dans le grenadier, le pavot.

Il ne faut pas attacher de valeur absolue à cet arrangement, qui varie d’un verticille à l’autre. C’est ainsi que, dans Y althœa rosea , la préfloraison du calice est réduplicative , et celle des pétales tordue ;

\ . Traduction : Nous sommes cinq frères ( les cinq sépales) ; deux sont sans barbe (allusion aux appendices) ; deux sont barbus ; moi je ne suis barbu que d’un côté.

BOUTON ET PRÉFLORAISON.

elle est valvaire dans le calice des énothérées, et contournée dans la corolle; dans les myrtacées, les acérine'es, les hippocastanées, les violacées, les crucifères, les capparidées, le calice et la corolle sont à préfloraison imbriquée; dans les rosacées, la préfloraison calicinale est quinconciale ou valvaire, tandis que les pétales sont imbriquées; dans les aurantiacées, le calice est imbriqué et la corolle valvaire; dans les asclépiadées, la préfloraison du calice est imbriquée et celle de la corolle tordue et parfois valvaire : c’est un point encore non complètement éclairé de la science. On doit seulement se rappeler que, dans les fleurs régulières, la préfloraison valvaire et la tordue sont les plus communes; tandis que les pre'floraisons irrégulières dérivent plus directement de l’arrangement spiral. Ainsi dans les labiées, essentiellement irrégulières, la corolle est cochléaire en préfloraison; il en est de même des scrophularinées ; cependant les acanthacées sont tordues en préfloraison. On trouve aussi la préfloraison imbriquée dans les caryophyllées, qui sont régulières. Il y a au reste des préfloraisons mixtes ou incertaines, même dans de grandes familles : c’est ainsi que, dans les solanées, la préfloraison de la corolle est plicatile, impliquée-valvaire ou quelquefois simplement valvaire. Au reste, la nature échappe, comme toujours, à nos méthodes, et l’on trouve, dans certaines familles, un arbitraire qui semble annoncer que toutes les règles, que nous tentons d’établir, offrent des exceptions nombreuses. La loi sur laquelle on fonde la double disposition imbricative et valvaire repose sur le mode de développement propre à chaque verlicille. Si ce verticille est nettement déterminé, il y a préfloraison valvaire ou tordue; si, au contraire, l’axe s’allonge, il y a imbrication des parties préflorales.

On peut indiquer comme une loi, qui donne à l’étude de préfloraison plus d’importance qu’on n’en attache communément, non pas dans la diagnose individuelle, mais dans l’étude philosophique qui fait connaître les rapports qui existent entre les genres d’une même famille, que la préfloraison présente en général une disposition uniforme, soit dans le même genre, soit dans la même famille ; d’où il suit que la préfloraison peut, dans un grand nombre de cas, fournir de bons caractères. Si une plante présentait une préfloraison dissemblable, on devrait en étudier les rapports avec plus de soin, et ils se trouveraient peut-être tout autres qu’on ne supposait. Ce qui est vrai

28 ORGANES DE LA REPRODUCTION

pour le genre et la famille l’est aussi pour l’espèce. Si quelques espèces présentent un mode de préfloraison différent de celui des autres espèces du même genre, il y a lieu d’en conclure qu’elle appartient à un autre genre. (Voir les pl. 2, 3 de diagrammes, qui représentent toutes ces préfloraisons.)

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