DES MÉTHODES ARTIFICIELLES
Les botanistes anciens, ceux qu’on peut regarder comme les pères de la science, connaissaient un trop petit nombre de végétaux pour qu’il leur fût possible, malgré la similitude évidente de certains groupes, de fonder une méthode de classification; ils se bornèrent à établir certaines coupes, destinées à distinguer empiriquement entre elles les différentes parties de leur sujet, et ils n’allèrent pas au delà ; cependant ils réunirent instinctivement les végétaux qui présentaient certaines affinités, et suivirent, à leur insu, la voix qu’indique la raison, mais sans avoir la conscience d’une méthode naturelle ou analogique. A mesure que les découvertes multipliaient les richesses végétales, il devenait impossible de se contenter des divisions grossières des premiers botanistes, qui n’avaient décrit que quelques centaines de végétaux. Le but qu’on se proposa, dès lors, et celui qui semblait au premier abord le but unique de la science, fut de faire arriver par le chemin le plus facile et le plus court à la connaissance du nom d’un végétal, de sorte que les méthodes artificielles furent les premières inventées. Malgré les services qu’elles durent rendre à l’étude de la botanique, c’était un premier pas vers l’association systématique des végétaux, car il n’y en a pas, quelque artificielle qu’elle soit, qui ne réunisse nécessairement les grandes familles naturelles, unies entre elles par des affinités indissolubles; mais, dans la plupart des cas, ces mêmes affinités sont méconnues, ce qui a fait tomber en discrédit la plus célèbre de toutes, celle de Linné, qui est cependant marquée au coin du génie. Ce qui séduit dans une méthode artificielle, c’est la simplicité, le propre de toutes les classifications systématiques, qui reposent sur des principes absolus ; mais, quand on arrive aux exceptions, on ne tarde pas à reconnaître leur imperfection, et l’on en est aujourd’hui arrivé à les délaisser complètement, la supériorité de la méthode naturelle ayant été bien reconnue. Cependant on em-
CLASSIFICATION
ploie encore l’artifice ingénieux de Lamarckpour arriver plus facilement à découvrir le nom d’une plante; mais c’est un simple auxiliaire qui ramène toujours à la classification philosophique, la seule qui mérite d’être suivie par ceux qui veulent faire une e'tude sérieuse delà botanique. C’est un moyen employé par les esprits paresseux, qui semblent redouter le travail et se contentent de connaissances superficielles. Nous ne prétendons pas dire pour cela que la méthode naturelle soit infaillible, impeccable ; mais la science n’a pas dit son dernier mot, et les travaux incessants des botanistes modernes conduiront,- sans doute, aune méthode unique, adoptée par toutes les nations, et qui se perfectionnera par l’étude et la méditation.
Des méthodes artificielles.
Le nombre des méthodes artificielles est trop considérable pour qu’on puisse ici les exposer toutes longuement; nous ne parlerons que de celles qui ont eu une application réelle et qui s’enchaînent entre elles, de manière à faire voir comment elles ont passé de l’une à l’autre en se perfectionnant sans cesse, et en conduisant, de proche en proche, à la connaissance des lois d’affinité qui ont donné naissance à la méthode naturelle.
Ce fut le dix-septième siècle qui vit éclore le plus grand nombre d’essais de classification. Après J. Bauhin, qui n’a pas créé de système, dans l’acception que nous donnons à ce mot, vinrent Morison et Ray ; mais leurs ébauches sont si incomplètes, qu’il est inutile de les citer. Le premier qui apparaît comme le créateur d’un système qu’on peut regarder, même avant celui de Linné, comme le plus commode pour l’étude, est Rivin, dont la classification, publiée en 1 690, dans l’ouvrage intitulé : Rivini Ordines plantarum, et qui repose sur le nombre des pétales, eut un succès d’un demi-siècle, et balança même la réputation du système de Tournefort. Il est composé de 18 classes, comprenant 91 sections, ayant pour base les carac^ tères secondaires.
SYSTÈME DE RIVIN.
Système de Rivin.
CLASSES