‹ Traité de botanique généraleChapitre 64 sur 174 · DE LA MÉTHODE NATURELLE · texte numérisé non relu

DE LA MÉTHODE NATURELLE

L’avantage que présente la méthode naturelle, malgré ses imperfections, qui tiennent plus à la variété des productions de la nature qu’à toute autre cause, est de réunir par affinités tous les végétaux, sans qu’il y ait, comme dans les systèmes, des lacunes qui en rendent l’application d’autant plus difficile, qu’on descend dans de plus grands détails. Aussi les uns ne sont-ils qu’un simple artifice plus ou moins ingénieux, tandis que l’autre a une marche régulière et philosophique. Elle repose sur des généralités qui développent l’esprit et l’élèvent à des considérations scientifiques, même à son insu. On peut d un seul coup d’œil saisir les affinités qui unissent un grand nombre de- végétaux, et en déduire des propriétés générales qui évitent le plus souvent, car il y a des exceptions, l’étude minutieuse des individualités isolées. Cependant on remarque que dans tous les systèmes, quelque artificiels qu’ils soient, il y a toujours des groupes entiers qui ne peuvent être séparés, et sont les véritables types morphologiques autour desquels gravitent les autres familles.

Ces affinités sont si faciles à saisir pour les grands groupes, qu’on peut dire que, dès les premiers essais de classification, les grandes associations ont été établies. Nous trouvons d’abord une méthode de tâtonnement, plus une simple série linéaire fondée sur une espèce d’intuition des affinités naturelles; la véritable méthode ne date que du siècle dernier, et c’est depuis trente ans seulement qu’on est dans la voie réellement philosophique. Dès 1532, Tragus groupa quelques familles : ce sont les graminées et les papiüonacées ; vingt ans plus tard, Dodoens y ajouta les liliacées, les ombellifères, les fougères, les mousses, les champignons ; Ray, en 1 684, présenta une association de vingt-deux familles ; chaque botaniste augmentait ces premiers groupes d’études spéciales sur certaines familles; mais il restait à les rassembler pour en former un corps de doctrine. En 1689, Magnol, le premier, essaya de les grouper et présenta, sous, la forme synoptique, une méthode basée sur les caractères du calice et de la corolle.

MÉTHODE DE MAGNOL.

Méthode naturelle de Magnol.

Magnol étant regardé comme le créateur de la méthode naturelle, il convient de mettre sa méthode en tête de celles qui, depuis cent soixante-dix ans, se disputent la priorité dans le monde botanique; en la lisant on n’est pas d’abord frappé de l’arrangement des plantes en groupes similaires, car le mode d’exposition de cet auteur est vicieux ; mais il faut voir ce qu'il dit dans le discours préliminaire de son Prodromus hist. gen. Plant. (Montpellier, 1689), pour reconnaître ses vues élevées. Voici comment il s’exprime : « L’examen « attentif que j’ai fait des différentes méthodes les plus accréditées « m’a convaincu que les unes, comme celle de Morison, étaient inet suffisantes et très-défectueuses ; que les autres, telles que celle de « Ray, étaient trop difficiles. Réfléchissant sur les moyens que je « pouvais employer pour éviter de semblables écueils, j’ai cru aperce cevoir dans les plantes une affinité, suivant les degrés de laquelle « on pourrait les ranger en diverses familles, comme on range les « animaux. Cette relation entre les animaux et les végétaux m’a « donné occasion de réduire les plantes en familles; comme il m’a « paru impossible de tirer les caractères de ces familles de la seule « fructification, j’ai choisi les parties des plantes où se trouvent les « principales notes caractéristiques, telles que les racines, les tiges, « les fleurs, les graines. Il y a même, dans nombre de plantes, une « certaine similitude ,ir?e affinité qui ne consiste pas dans des parce ties considérées séparément; mais en total, affinité sensible, qui ne « peut s’exprimer, comme on voit dans les familles des aigremoines « et des quintefeuilles, que tout botaniste jugera avoir entre elles « les plus grands rapports, quoiqu’elles diffèrent néanmoins par les « racines, les feuilles, les fleurs et les graines. Je ne doute pas que « les caractères des familles ne puissent être tirés aussi des prête mières feuilles du germe au sortir de la graine. J’ai donc suivi « l’ordre que gardent les parties des plantes dans lesquelles se « trouvent les notes principales et distinctives des familles; et, sans « me borner à une seule partie, j’en ai souvent considéré plusieurs « ensemble. »

Malgré ces vues remplies de sagacité, Magnol abandonna la voie

CLASSIFICATION

dans laquelle il s’était engagé, pour établir, sous le nom de Character Plantarum novus (Montpellier, 1720), un système fondé sur le calice et le péricarpe.

lre PARTIE. — LES HERBES.

lre section. — Caractères tirés des racines.

Famille 1. Bulbeuses . Lis, orchis.

Page 1