‹ Traité de botanique généraleChapitre 67 sur 174 · MÉTHODE DE LINNÉ · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE LINNÉ

relie ; on verra, par ses propres paroles, qu’il était d’accord avec les adeptes de l’école philosophique sur les fondements éternels de la vraie méthode.

« La méthode naturelle, dit-il dans sa Philosophie botanique , a été « le premier et sera le dernier terme de la botanique ; le travail ha- « bituel des plus grands botanistes est et doit être d’y travailler; les « fragments même de cette méthode doivent être étudiés avec succès ; « c’est le premier et le dernier but des désirs des botanistes. La mé- « thode naturelle est regardée comme peu de chose par les botanistes « ignorants ; mais elle a toujours été fort estimée par les plus habiles, « quoiqu’elle ne soit pas encore découverte. J’ai pendant longtemps, « comme plusieurs autres, travaillé à l’établir; j’ai obtenu quelques « découvertes, je n’ai pu la terminer, et j’y travaillerai tant que je « vivrai. Je publierai ce que je trouverai : et celui-là qui pourra ré- « soudre le peu de doutes qui m’arrêtent sera pour moi un Apollon. « Que ceux qui en sont capables corrigent, augmentent , perfec- « donnent cette méthode ; que ceux qui ne le peuvent pas ne s’en « mêlent pas : ceux qui le font sont des botanistes distingués. »

Il appréciait si bien les différences qui existent entre la méthode naturelle et les systèmes ou méthodes artificielles, qu’il disait dans la préface de sa Classification clés plantes :

« Les ordres naturels sont utiles pour connaître la nature des « plantes ; les ordres artificiels pour distinguer les espèces entre elles. « Il est constant que la méthode artificielle n’est que secondaire de « la méthode naturelle, et lui cédera" le pas si celle-ci vient à se dé- « couvrir. »

Linné avait le sentiment si intime des caractères sur lesquels doivent être établies les familles naturelles, qu’il s’exprimait ainsi dans le même travail :

« Que ceux qui veulent faire la clef des ordres naturels sachent « qu’aucune considération générale n’est si essentielle que la situation « des parties, et surtout celle de la graine, et dans la graine celle « de l’embryon. Les plantes ont entre elles une affinité qui pourrait « se comparer à celle des territoires sur une carte géographique. »

Ce qui a le droit de surprendre dans un homme aussi éminent, qui avait étudié si profondément le règne végétal, c’est qu’il croyait que tous les genres sont parfaitement délimités et naturels dans toute leur étendue, et il disait dans son Généra plantarum :

CLASSIFICATION

« Les plantes du meme genre ont la même vertu ; celles du même « ordre naturel ont des vertus analogues ; celles de la même classe « naturelle ont aussi quelques rapports de propriétés. »

Linné procéda, dans l’établissement de ses familles naturelles, par sentiment d’aftinité, et se borna à donner une série purement linéaire sans préciser les caractères de ses associations végétales, ni les rattacher entre elles par un lien commun; quoiqu’il ait dit, d’une manière péremptoire, que tous les caractères devraient être tirés de la fructification, il avoue cependant qu’il ne faut pas admettre un caractère exclusif. C’était donc par une espèce d’intuition des resremblances organiques, qu’il établissait ses familles, sans se rendre compte des rapports réels qu’il ne cherchait même pas à découvrir.

« Aucune règle à priori , dit-il, ne peut être admise dans la classi- « fication naturelle [Class. plant. 487); aucune partie de la fructifi- « cation ne peut être prise exclusivement en considération, mais «on doit s’attacher seulement à la simple symétrie de toutes les « parties. »

On voit que, sous le rapport des principes sur lesquels seront éternellement fondées les familles naturelles, tous les botanistes, même les plus anciens, sont entièrement d’accord; il ne reste que la mise en œuvre de ces principes qui présente des difficultés.

Ce fut en 1738 ( Classes plant.) que parurent ses premiers essais; et ses derniers furent consignés, en 1751 , dans son immortel ouvrage de la Philosophie botanique. Il ne commença pas à établir ses associations végétales sur un principe générateur; il se borna à grouper les plantes par affinités, fondées sur le sentiment obscur et encore mal défini de la ressemblance; ce qui fait qu’on a refusé à tort, à cet essai le nom de Méthode naturelle; aussi Linné lui-même, frappé des lacunes qui s’y trouvaient, l’appelait-il modestement Fragments d’une méthode naturelle. Comme tout ce qui est sorti de la plume d’un homme si éminent ne peut être dénué d’intérêt, nous donnons le simple énoncé de sa méthode, pour faire voir qu’un même sentiment a présidé à la formation des grands groupes, qui ne sont pas arbitraires :

Ordre I. Palmiers.

Page 1