‹ Traité de botanique généraleChapitre 88 sur 174 · MÉTHODE DE LEMAOUT · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE LEMAOUT

« des mers plus ou moins larges, dans lesquelles s’avancent des pro- « montoires, qui se rapprochent en raison de leur affinité. Les ré- « gions sont, les unes séparées par des détroits, les autres réunies par « des isthmes, les cités de chaque région sont mises en communica- « tion par des lignes ou chemins qui constituent un réseau, dont « chaque nœud est occupé par une ‘cité, et dont les vides sont repré- « sentés par les intervalles qui séparent ces cités.

a Chaque cité s’ouvre par plusieurs portes, où aboutissent les « lignes de jonction qui la mettent en rapport avec les cités voisines ; « chaque porte doit donc être semblable ou analogue à celles qui « lui correspondent par l’intermédiaire de ces lignes ; sans cette « similitude, la communication ne peut avoir lieu entre les deux cités.

« Ce que nous disons de la cité s’applique à ses quartiers, dont « chaque maison renferme les individus d’une même espèce.

« Appliquons cette fiction au tableau (PI. 50), qui représente « huit cités (ou familles) appartenant à la région des dicotylédones « monopétales hypogynes de Jussieu (exogènes corolliflores de De « Candolle). Vos études vous ont familiarisés avec la signification des « coupes transversale et verticale de la fleur et de la graine. Si donc « vous avez présente à l’esprit la subordination des caractères, vous « saisirez rapidement les rapports et les différences entre les huit « familles que vous avez sous les yeux. Chacune d’elles vous permet « de voir le nombre des cotylédons, la position de la graine dans « l’ovaire, la direction de la radicule, la présence ou l’absence de « l’albumen, la préfloraison de la corolle, enfin la corrélation entre a les pétales, les étamines et les carpelles, en ce qui concerne la sy- « métriede forme, de nombre et de position. Ces divers caractères, « comme je vous l’ai dit, sont ceux qui possèdent le plus de valeur « dans la coordination des familles.

« Supposez maintenant que vous vouliez visiter successivement les cr huit cités qui sont représentées sur cette carte : après avoir séjourné, « par exemple, dans la cité des solanées (douce-amère), vous vous « disposez à passer dans celle des scrofulariées (muflier), il y a deux « portes pour sortir de la cité : l’une, représentant le pistil, que « nous nommerons porte des gynécées, et l’autre, représentant la « corolle avec les étamines, que nous nommerons porte de l’andro- « cée.. Si vous êtes sorti par la porte de l’androcée, il vous sera im- « possible de faire le trajet, parce que les communications n’existent

CLASSIFICATION

« pas entre une corolle régulière à cinq étamines et une corolle irré- « gulière à quatre étamines inégales; dès lors vous rentrez dans la « cité, vous la traversez diamétralement, et vous sortez par la porte « du gynécée qui vous conduit directement à celle des scrofulariées,

« dont la structure est la même, puisqu’elle consiste en un double « carpelle formant un ovaire à deux loges multi ovulées. Si de là « vous vouliez passer dans les orobanchées, vous le pourriez directe- « ment, car il y a communication directe ; cependant le gynécée « uniloculaire des orobanchées diffère assez du gynécée biloculaire « des scrofulariées pour rendre le chemin un peu ardu; ce chemin « serait beaucoup plus facile si vous étiez sorti des scrofulariées par « la porte de l’androcée, qui est exactement semblable à sa corres- « pondante des orobanchées.

« Revenez aux solanées, qui ont été votre point de départ. Vous « voulez, je le suppose, passer dans les borraginées (consoude) : les « deux portes des solanées vous y conduisent; mais il faudra faire « un détour, et longer en passant la cité des convolvulacées (liseron).

« Toutefois les voies seront plus faciles en sortant par la porte de « l’androcée, qui offre bien plus d’analogie avec ses correspondantes « des cités voisines que n’en offre la porte du gynécée. En effet, « celle-ci se compose, pour les trois cités, de deux carpelles ; mais « ces deux carpelles forment deux loges multiovulées dans la pre- « mière; dans la seconde (convolvulacées), les deux loges ne con- « tiennent que deux graines chacune, et quelquefois une seule; dans « la troisième (borraginées), les ovaires sont quadrilobés et consti- « tuent presque quatre akènes. La communication est donc mieux « établie entre ces trois cités par l’androcée, qui dans toutes consiste ce en une corolle régulière à cinq divisions, portant cinq étamines « alternes.

(( Vous êtes arrivé aux borraginées, et vous voulez passer dans les « labiées, cité très-voisine ; vous ne prendrez pas pour cela la porte « de l’androcée, qui est sans communication avec celle des labiées, a mais vous sortirez par le gynécée, lequel est semblable au gynécée « des labiées : c’est en effet un ovaire quadrilobé. Des labiées, en « sortant par l’androcée, vous pourrez passer successivement dans « les verbénacées, les acanthacées, les orobanchées, les scrofulariées, « qui ont un androcée tout à fait semblable, c’est-à-dire une corolle « irrégulière et quatre étamines inégales.

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