‹ Traité de botaniqueChapitre 180 sur 218 · CRUCIFÈRES · texte numérisé non relu

CRUCIFÈRES

| tropes ; la concrescence cesse au sommet, où l’ovaire est béant et où chaque carpelle se termine par une pointe couverte de papilles stigmatiques. En cas d’isomérie, les carpelles sont épipétales (Astrocarpe, fig. 1091, A, etc.). Dans le Résède lutéole, les trois carpelles sont indépendants, fermés chacun pour son compte et portant les ovules sur la suture, ouverts seulement au sommet. Dans la Gaylusée, ils sont de même indépendants, mais en outre complètement ouverts et portant chacun à sa base deux ovules dressés, àmicropyle externe,

I épinastes par conséquent; la plante a donc ses ovules à découvert, seul exemple connu de cette disposition chez les Angiospermes. Enfin, dans l’Astrocarpe (fig. 1091, A), les carpelles, encore indépendants, sont fermés à la fois à la base et au sommet, ouverts seulement à mi-hauteur, et c’est en face de cette fente, sur la ligne dorsale, que se trouve inséré un unique ovule pendant, à micropyle interne, hyponaste par conséquent.

Le fruit est ordinairement une capsule, qui n’a pas besoin de s’ouvrir, puisque l’ovaire était déjà béant; elle élargit seulement son orifice à la maturité (Résède odorant, etc.). Dans l’Ochradène, l’ovaire se ferme, au contraire, et devient une baie. La graine, dépourvue d’albumen, renferme un embryon courbe dont la tigelle est séparée des cotylédons par un repli du tégument et dont le plan médian coïncide avec le plan de symétrie de la graine.

Genres : Astrocarpe ( Aslrocarpus ), Randonie ( Ilandonia ), Caylusée ( Caylusea ), Résède [Iieseda), Oligomère ( Oligomeris ), Ochradène ( Ochradenus ).

Par la zygomorphie de la fleur et la structure ordinaire du pistil, les Résédacéesse relient aux Violées, dont elles diffèrent surtout par l’androcée. Mais c’est aux Gapparidées qu’elles se rattachent le plus directement, et c’est par leur intermédiaire qu’elles se relient ensuite aux Crucifères.

Crucifères. — Les Crucifères forment une vaste famille qui comprend 172 genres, avec 1200 espèces environ, répandues par toute la Terre, jusque dans les régions arctiques et alpines ; la plupart habitent les climats tempérés, notamment dans l’hémisphère boréal ; elles abondent surtout dans l’Europe méridionale et en Asie mineure. Les restes fossiles connus se bornent à quelques fruits de Passerage et de Clypéole, trouvés dans le tertiaire d'ÛEningen. Ce sont des plantes herbacées annuelles, bisannuelles ou vivaces, quelquefois grimpantes (Crémolobe), fréquemment douées de principes amers et antiscorbutiques localisés dans des cellules spéciales, éparses dans le parenchyme, souvent couvertes de poils simples ou étoilés, rarement ligneuses (Ibéride, Mattbiole, etc.). Les feuilles sont isolées, simples et sans stipules, à (imbe entier ou diversement découpé. Les racines ont souvent un réseau de soutien sus-endodermique, avec réticule interne dans chaque maille (p. 680, fig. 447).

Les fleurs sont hermaphrodites, régulières, rarement zygomorphes(Ibéride), disposées en grappes terminales simples, rarement composées (Pastel), à l’aisselle de bractées tantôt bien développées (Schizopétale, Sélénie, Diptéryge, Porphyrocode, etc.), tantôt visibles seulement au début et avortant plus tard ; elles sont quelquefois accompagnées de deux bractées latérales (Sténopétale, région supérieure de la grappe de l'I béride toujours florissant), qui d’ordinaire avortent. La constitution générale de la fleur est exprimée par la formule :

Fig. 1093. — • Diagramme de la fleur des Crucifères.

'Si!

Fig. 1094. — Androcée tétr;idyname des CruciTères.

F = 4S + 4P + 2E + 2 X^E’ + (2C°), et par le diagramme de la fig. 1093.

Le calice est formé de quatre sépales libres, en deux paires croisées, les deux premiers médians, les deux suivants latéraux, souvent renflés en poche à

la base, ce qui les fait paraître insérés plus bas que les premiers (fig. 175, p. 366). La corolle se compose de quatre pétales libres, diagonalement placés, souvent munis d’un onglet, à limbe entier ou échancré, parfois bifurqué // ;^\\ fi |j W | Ij (Érophile), rarement pinnatifîde(Dryopé-

f //eSox \\ |\ liilj' il laie, Schizopétale) ; les deux antérieurs

sont plus grands que les autres dans les Ibérides, dont la Heur est rendue par là zygomorphe ; les pétales sont rarement rudimentaires (Sénebière) ou nuis (Cressons de la section Clandestine, certains Passerages et Cochléaires). L’androcée est formé de deux étamines latérales plus petites et de deux paires antéro-postérieures d’étamines plus grandes ; il est, comme on dit, tétradyname (fig. 1094). Les grandes étamines sont parfois unies deux par deux à la base (Velle, Anchonie, diverses Malcolmies et Éthionèmes), ou pourvues seulement chacune de deux sacs polliniques (Atélanthère), ou remplacées par une seule étamine (divers Passerages et Sénebières), ce qui semble prouver qu’elles proviennent du dédoublement de deux étamines médianes. Ce dédoublement peut être poussé plus loin, et l’on compte alors de 7 à 16 étamines (Mégacarpée bifide et M. polyandre); ailleurs, au contraire, les étamines latérales avortent (divers Passerages et Sénebières, Cardamine hirsute var. champêtre). Les filets sont quelquefois munis d’expansions latérales (Alysse, Aubriétie, etc.) ; les anthères sont introrses, à quatre sacs polliniques (excepté dans l’Atélanthère cité plus haut) s’ouvrant par deux fentes longitudinales. A la base des filets, le réceptacle produit des nectaires, variables de nombre et de disposition, par exemple :2 en dedans des courtes étamines (Giroflée), 4 par paires de chaque côté des courtes étamines (Cochléaire, Capselle, Ibéride). auxquelles s’en ajoutent parfois deux autres en dehors des longues étamines (Radis, Rapistre), etc. Calice, corolle et androcée sont ordinairement libres, rarement concrescents en coupe (Subulaire)

Le pistil se compose de deux carpelles latéraux, ouverts et concrescents en un ovaire uniloculaire à deux placentes pariétaux (fig. 1093), portant chacun deux rangées d’ovules campylotropes pendants, à micropyle dirigé en haut et en dedans, hyponastes par conséquent, rarement anatropes (Leavenworthie, etc.); de bonne heure, le parenchyme du placente, compris entre les deux rangs d’ovules, se développe vers l’axe et se rejoint en une fausse cloison, quelquefois incomplète (Sélénie) ou même nulle (Pastel, Clypéole, Neslie, etc.). Le style est unique, court et terminé par deux stigmates superposés aux placentes. L’ovaire ne renferme quelquefois que deux ovules (Lunetière) ou même un seul ovule, dressé (Clypéole) ou pendant (Pastel); il se

CRUCIFERES.

j compose de trois àquatre carpelles, avec autant de placentes pariétaux, dans les Draves de la section Holargide et dans certaines fleurs anomales de Chou et de Cresson.

Le fruit est une capsule s’ouvrant par quatre fentes, de chaque côté de placentes, en un mot, une silique s'il est beaucoup plus long que large (fig. 1095), une silicule si sa- longueur égale sensiblement sa largeur (fig 1096,). Les valves portent quelquefois des cornes à la base (Pyramide, Lonchophore) ou au sommet (Notocère, Anastatice, etc.), ou des ailes au nombre de une (Tabouret, Passerage), trois (Hexaptère) ou cinq (Décaptère). La silicule est tantôt globuleuse, tantôt aplatie soit latéi râlement, parallèlement à la cloison, qui est large, soit d’ari rière en avant, perpendiculairement à la cloison, qui est étroite (fig. 1096). basilique est quelquetois indéhiscente, et, dans ce cas, elle est fréquemment partagée par de fausses cloisons transversales en logettes monospermes (Radis, etc.), qui peuvent se séparer à la maturité en articles formant autant d’akènes (Radis, etc.). Ces articles se réduisent parfois tantôt à Fjir |og„ g deux, également fertiles(Caquilier), tantôtà trois (Myagre) ou à que d’un Chou deux (Crambe), dont un seul est fertile. Enfin, quand il est (Brass,ca)uniovulé, l'ovaire devient tout entier un akène (Pastel, Clypéole, etc.). La graine est dépourvue d’albumen; rarement elle en renferme des traces

i transversale delà graine; a,

• anlhvs ) ; A, du Sisjmbre (Si- Fig. 100G. — Silicule d'un symbrium ); c, du Chou (brassica) ; d, embryon du

Passerage ( Lepidium ). Buniade ( Bunias ).

(certains Pastels); l’embryon est oléagineux, rarement droit (Leavenworthie)v ordinairement courbé dans le plan de symétrie de la graine, avec cotylédons tantôt accombants, tantôt incombants (voir p. 929); dans le premier cas, oit le plan médian de l’embryon est perpendiculaire au plan de symélrie de la graine, la courbure est toujours en fer à cheval et les cotylédons plans (Giroflée, fig. 1097, a , etc.); dans le second, où le plan médian de l’embryon coïncide avec le plan de symétrie de la graine, la courbure a lieu tantôt en fer achevai avec cotylédons, soit plans (Sisymbre, fig. 1097, b , etc.), soit ployés en long autour de la tigelle (Chou, fig. 1097, c , etc.), tantôt en spirale à un (Buniade, fig. 1097, d, etc.) ou deux tours (Héliophile).

Les Crucifères sont'remarquables par leurs propriétés antiscorbutiques, très développées déjà dans le Cresson officinal et dans le Passerage cultivé, mais

DICOTYLEDONES.

qui atteignentleurplus hautdegré dans le Cochléaire officinal et dans le Cranson rustique. Plusieurs sont alimentaires parleurs tubercules, formés à la fois par la racine et par le premier entre-nœud de la tige, comme le Radis cultivé, le Chou navet, le Chou rave; par leurs feuilles, comme le Chou potager avec ses innombrables variétés, le Cresson et le Passerage cités plus haut, le Crambe marin; par leurs inflorescences hypertrophiées, comme la variété cauliflore du Chou potager, vulgairement Chou-fleur, etc. D'autres sont tinctoriales, comme le Pastel tinctorial, qui renferme un principe colorant bleu analogue à l'indigo. Plusieurs fournissent de l’huile grasse que l’on extrait de leur embryon : tels sont le Chou potager var. oléifère, vulgairement Colza, le Chou navet var. oléifère, vulgairement Navette, la Caméline cultivée, etc. L’embryon de la Moutarde noire renferme en abondance un glucoside sulfuré, l’acide myronique, qui, en présence de l’eau et sous l’influence d’une diastase contenue dans les cellules, la myrosine, se dédouble et produit notamment une essence sulfurée, le sulfocyanure d’allyle, qui est le principe actif des sinapismes.

Dans une famille aussi homogène, le groupement des genres en tribus est difficile, assez artificiel, quoi qu’on fasse, et sujet à exception. En se fondant d’abord sur la forme et la déhiscence du fruit, puis sur la direction du plan médian de l’embryon par rapport à son plan de courbure, on obtient la disposition suivante :

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