GO
Ainsi, tandis (pie le rapport -j—- de la respiration est souvent an peu plus
petit que l’unité (p. 140), le rapport — — - de l’assimilation du carbone est
ordinairement un peu plus grand que l’unité. Ce qui explique que le rapport résultant de la superposition des deux fonctions simultanées inverses soit d’ordinaire très voisin de l'unité.
Puisque le rapport des gaz échangés pendant l’assimilation du carbone GU ■
est un peu plus grand que l’unité, non seulement il faut que l’acide carbonique décomposé ait donné tout son oxygène, mais encore qu’une petite quantité de quelque autre substance riche en oxygène ait été décomposée en même temps par l’action de la lumière et de la chlorophylle. Cette autre substance est peut-être de l’eau, dont l’hydrogène se fixerait dans le protoplasme et dont l’oxygène serait mis en liberté. Cette décomposition simultanée d’une petite quantité d’eau expliquerait la production dans le protoplasme à la lumière de divers composés ternaires contenant {dus d’équivalents
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS
d’hydrogène que d’équivalents d’oxygène, par exemple des corps gras.
Mais on peut aussi faire la part plus large à cette hypothèse d’une décomposition simultanée de l’eau, et expliquer d’une autre manière les résultats de l'observation. Si l’on remarque, en effet, que l’oxyde de carbone n’est pas décomposé par la plante sous l’influence de la lumière et de la chlorophylle, on est porté à admettre que la décomposition de l’acide carbonique, au lieu d’être totale, s’arrête à l’oxyde de carbone, ne dégageant ainsique la moitié de l’oxygène qu’il renferme. Pour trouver l'origine de l'autre moitié de l’oxygène produit et en même temps de la petite quantité excédante, on suppose alors (pie de l’eau est en même temps décomposée et que cette décomposition, se réglant pour ainsi dire pas à pas sur celle de l’acide carbonique, a toujours lieu de telle sorte qu’un peu plus d’un équivalent d’eau soit décomposé dans le même temps qu’un équivalent d’acide carbonique. L’oxyde de carbone et l’hydrogène mis en liberté se combineraient aussitôt, partie équivalent à équivalent pour donner naissance à des composés ternaires de la forme Cn Hn On, c’est-à-dire à des hydrates de carbone comme le glucose C12H12012, partie avec excès d’hydrogène pour produire ces corps plus hydrogénés dont il a été question plus haut.
Qu’on lui fasse la part petite ou grande dans l’assimilation du carbone, cette hypothèse de la décomposition simultanée de l’eau est sujette à deux objections. Pourquoi beau n’est-elle pas tout aussi bien décomposée sous l’influence de la chlorophylle et de la radiation, en l’absence d’acide carbonique? Pourquoi, en la présence d’acide carbonique, se règle-t-elle sur la décomposition de ce gaz, à peu près équivalent pour équivalent?
L’assimilation du carbone est localisée dans les ehloroleucites. — La
méthode des Bactéries permet de démontrer que la décomposition de l’acide carbonique et l’assimilation consécutive du carbone est exclusivement localisée dans les ehloroleucites et ne s’opère pas dans le protoplasme incolore où ils plongent. Exposons, en effet, à la lumière sur le porte-objet du microscope, dans une goutte d’eau contenant des Bactéries très mobiles, un filament de Conferve à ehloroleucites arrondis, gros et espacés, ou mieux un filament de Spirogyre, Algue dont les ehloroleucites ont la forme de rubans pariétaux spiralés. Après quelques instants, nous verrons les Bactéries s’amasser en petits tas arrondis sur chacun des ehloroleucites en grains delà Conferve, ou s’accumuler en ruban continu sur chacun des ehloroleucites spiralés de la Spirogyre, laissant inoccupés tous les espaces protoplasmiques incolores qui les séparent. L’assimilation du carbone est donc bien une fonction propre des ehloroleucites.
Aussi est-ce à l’intérieur des ehloroleucites qu’apparait le premier produit directement observable de l’assimilation du carbone, c’est-à-dire le premier hydrate de carbone (1). Ce premier produit est très probablement du glucose C12H12012, qui dans la plupart des plantes se trouve formé en excès et dont une partie se met aussitôt en réserve au lieu même de sa production, c’est-à-
(1) Sachs: Flora, 1862 et 1863 ; Botanische Zeitung, 1864, p. 289. — Pfeffer : Pflanzenphysiologie, p. 189, 1881. — Sachs : Arbeiten des bot, Inst, in Vürzburg, III, 1884, et Vorlesungen über Pflanzenphysiologie, 2e éd., p. 295, 1887.
PHÉNOMÈNES PHOTOCHLOROPI1YLLIENS. ASSIMILATION DU CARBONE.
dire dans les chloroleucites, sous forme de grains d’amidon (G12H10Ol0)s. On s'en assure en exposant à la lumière, dans de l’air ou de l’eau contenant de l’acide carbonique, une plante ou partie de plante verte quelconque aux chloroleucites de laquelle on a, par un séjour préalable à l’obscurité, fait perdre toute trace d’amidon. Bientôt on voit apparaître de nouveaux grains d’amidon dans les chloroleucites. Au soleil, il suffit pour cela de cinq minutes avec un thalle de Spirogyre, d'une heure ou deux avec une feuille d’Elodée ou de Funaire. A la lumière diffuse, ii faut deux heures dans le premier exemple, quatre à six heures dans le second. L’apparition de l’amidon est d’ailleurs d’autant plus rapide que la proportion d’acide carbonique dans le milieu extérieur est plus favorable à sa décomposition (p. 178). Ainsi dans une plantule de Radis, l’amidon apparaît dans les chloroleucites après un quart d’heure d’insolation si l’atmosphère contient 8 p. 100 d’acide carbonique, tandis qu’il y faut une heure dans l’air ordinaire. Si la plante est exposée au soleil dans une atmosphère privée d’acide carbonique, non seulement la production d’amidon n’a pas lieu, mais encore l’amidon préalablement formé disparaît dans ces conditions, comme à l’obscurité.
Dans certaines plantes, comme le Bananier, la Strélitzie, l’Ail, l’Asphodèle, l’Orchis, la Laitue, etc., le glucose produit dans les chloroleucites se répand en totalité dans le protoplasme, sans former d’amidon ; mais si l’on place ces végétaux dans des conditions où leur assimilation est plus énergique, le glucose se trouve produit en excès, et cet excès se met en réserve, en se déshydratant, sous forme de grains d’amidon dans les chloroleucites, comme dans les plantes ordinaires.
Balance «lu carbone fj;:i"'né par l’assimilation et «lu carbone perdu par la
respiration. — Parle fait de l’assimilation, la plante verte, librement exposée aux conditions naturelles, gagne eà et là et de temps en temps du carbone ; par le fait de la respiration, elle en perd au contraire dans tous ses points et continuellement. Comment ces deux phénomènes inverses, le second continu dans le temps et dans l’espace, le premier discontinu à la fois dans le temps et dans l’espace, balancent-ils leurs effets?
Si a est le poids de carbone gagné, assimilé, et rie poids de carbone perdu, respiré, pendant une journée, la différence a — r varie à la fois suivant la date de la journée dans le cours du développement de la plante et suivant les circonstances extérieures de cette journée.
Au sortir de la vie latente, quand la chlorophylle n’a pas encore apparu dans les organes nouvellement formés aux dépens des réserves anciennes, a est nul et r va croissant ; la plante perd de son poids continuellement et chaque jour davantage. Quand le verdissement a commencé, a va croissan, r augmente aussi, mais moins vite; la différence a — rest négative, mais elle diminue progressivement et il vient une certaine journée a latin de laquelle elle est nulle, pendant laquelle la plante se trouve n’avoir ni gagné, ni perdu de carbone, où la fonction photochlorophyllienne et la fonction respiratoire ont exactement compensé leurs effets. A partir de ce jour, a — r , toujours positif si les conditions extérieures sont favorables, va en augmentant rapidement et tend vers un maximum.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS
Dans celte période de gains journaliers, suivons d'heure en heure tout lelong d'une journée la marche des deux phénomènes, en désignant par a' le carbone fixé et par r' le carbone perdu pendant une heure. Pendant toute la nuit, et le matin tant que la lumière diffuse est trop faible, a' est nul, r' est au contraire dans toute sa force, puisque la respiration est, comme on sait, retardée parla lumière; a' — r' est donc négatif et la plante va d’heure en heure perdant du carbone. Dès que la lumière diffuse devient assez intense pour décomposer l’acide carbonique renfermé dans le protoplasme, a' prend une valeur qui va croissant avec l’intensité lumineuse, tandis que r ' diminuede plus en plus; la différence a' — r' demeure tout d’abord négative, la respiration excédant encore et masquant l’assimilation; mais elle diminue de plus en plus, jusqu’à devenir nulle. A ce moment, la fonction chlorophyl' lienne et la respiration compensent exactement leurs effets, la plante n’absorbe, ni ne dégage d’acide carbonique dans le milieu extérieur; elle ne dégage, ni n’absorbe non plus d’oxygène dans ce milieu; elle ne gagne, ni ne perd de carbone. Cet état d’équilibre dure peu. Dès que l'intensité lumineuse dépasse ce point, la différence a' — r' devient positive et croît de plus en plus jusqu’à un certain maximum ; d’heure en heure la plante va gagnant de plus en plus du carbone; c’est alors l’assimilation qui excède et masque la respiration. Le soir, à mesure que la lumière s’affaiblit, a! — r' décroît progressivement et s’annule enfin à un certain moment, où les deux fonctions inverses se font de nouveau équilibre. I’uis, a' — r' redevient négatif et va croissant, la respiration excède et masque de plus en plus l’assimilation, jusqu’à ce qu’enfin celle-ci s’annule tout à fait à la tombée du jour.
Si, malgré ces vicissitudes des différences horaires, leur somme, c’est-àdire la différence journalière a — r, atteint d’ordinaire une valeur positive considérable, cela tient à ce que dans une lumière intense la décomposition de l’acide carbonique, bien que localisée exclusivement dans les chloroleucites, est beaucoup plus forte que sa production, quoique celle-ci s’opère à la fois dans tous les points du protoplasme et des chloroleucites eux-mèmes; en sorte que, pendant le milieu du jour, les différences horaires a' — r' ont une très grande valeur. On en jugera par un exemple. Au soleil, un mètre carré de feuilles de Nérion oléandre absorbe et décompose par heure 1 lit. 108 d’acide carbonique dans l’air ambiant ; à l’obscurité, la même surface n’en produit et n’en dégage que 0 lit. 07, c’est-à-dire environ 16 fois moins. Il suffit donc de trois quarts d’heure d’insolation le matin pour que le feuillage de cette plante ait réparé toute la perte de carbone qu’il a subi pendant les douze heures de la nuit précédente. A partir de ce moment, tout le carbone provenant de la décomposition de l’acide carbonique puisé dans le milieu extérieur s’ajoute au poids de la plante, qui se trouve, à la fin de la journée, avoir réalisé de ce chef un gain considérable.
Dans la suite des jours de l’état adulte, la différence journalière a — r prend d'alleurs des valeurs très différentes. Si le jour est long et éclatant, le gain de carbone est considérable. S’il est court et sombre, le gain est faible; il peut devenir nul; il peut même de temps en temps y avoir perte. Mais en définitive, si l’on fait, pour toute l'étendue de la période végétative, la somme
PHÉNOMÈNES PHOTOCHLOROPHYLLIENS. CIILOROVAPORIS \TION. 185
de ces différences journalières si inégales, la balance totale, la balance annuelle, s’établit par un gain considérable de carbone qui se traduit, au dehors par l’ensemble des organes nouvellement formés, au dedans par la constitution de réserves abondantes destinées aux développements ultérieurs. Le corps tout entier de la plante adulte, déduction faite du germe qui l’a produit, est le résultat et le vivant témoignage de la prépondérance de l'assimilation du carbone sur la respiration.
Vaporisation de l'eau par la chlorophylle. Chlorovaporisatioa.
On sait que la plante transpire continuellement et par tous les points de son protoplasme (p. 152). On sait aussi que la transpiration est accélérée par la radiation ; dans les conditions les plus favorables, en plein soleil, par exemple, la radiation va jusqu’à doubler et même tripler l’intensité du phénomène 1 (p. 154). Si la plante est verte, les radiations absorbées par la chlorophylle I ont, en outre, pour effet propre de vaporiser une grande quantité d’eau. Ainsi, par exemple, un plant de Blé qui transpire 1 cent, cube d’eau à l’obscurité et qui en transpire dansle même temps 2CC,5 au soleil quand il est étiolé, vaporise plus de 100 cent, cubes d’eau au soleil pendant le même temps quand il est vert ; 97,5 pour 100 de l’eau vaporisée au soleil sont donc, dans le Blé, la part de la fonction propre de la chlorophylle; 2,5 pour 100 seulement sont la part de la transpiration. Cette fonction photochlorophyllienne agit comme la transpiration et ajoute ses effets à ceux de la transpiration, de manière à produire l’illusion qu’il s’agit simplement d’une transpiration exaltée; ainsi a-t-elle été jusque dans ces derniers temps confondue avec la transpiration. Elle doit en être, au contraire, distinguée avec autant de soin qu’on en met à séparer l’assimilation du carbone d’avec la respiration. On peut la nommer chlorovaporisation (1).
intensité île h» chlorovaporisation. — Pour en mesurer lintensité, on emploie l’une des trois méthodes indiquées plus haut pour l’étude de la transpiration (p. 152), en prenant soin d’opérer avec une plante verte et à la lumière. La quantité d’eau recueillie par condensation dans la première méthode, perdue dans la seconde, absorbée dans la troisième, mesure la somme des intensités de la transpiration à la lumière et de la chlorovaporisation.
Pour isoler cette dernière, on détermine, toutes choses égales d'ailleurs, l'intensité de la transpiration à la lumière de la plante ou partie de plante considérée et l’on fait la soustraction. Cette détermination peut se faire de i trois manières: 1° avec une plante étiolée, de même nature et de même surface que la plante verte étudiée; 2° avec une feuille blanche d’une variété à feuilles panachées (Aspidistre, Négonde, etc.), de même surface que la feuille verte étudiée ; 3° en suspendant, chez la plante même qu’on vient d étudier, l’action de la chloropl^lle au moyen des vapeurs d’éther ou de chloroforme. De l’une ou de l’autre façon, on s'assure que la transpiration,
(t) Ph. Vau Tieghem : Transpiration et chlorovaporisation (Bull, de la Soc. bot. de France, p. 88, 1886). Voir en outre les mémoires cités à propos de la transpiration, p. 152 eu note.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS
même exaltée par la lumière, ne prend qu’une très petite part dans le phénomène total, 2 à 3 pour 100 seulement pour le Blé, par exemple. C’est à la chlorovaporisation qu’est due la plus grande partie de l’eau éliminée par les plantes vertes à la lumière.
Chez les végétaux ordinaires placés dans les conditions habituelles, c’est-àdire chez les plantes vasculaires qui développent dans l’air leurs tiges et leurs feuilles, la chlorovaporisation atteint une grande intensité. On en jugera par quelques exemples. Un Hélianthe annuel en pot dégage en moyenne, pendant les 12 heures du jour, 0k,625 d’eau. Un plant d’Avoine cultivée, pendant la durée entière de sa végétation évaluée à 90 jours, dégage 2k,278 d’eau ; ce qui donne par jour, pour un hectare d’Avoine contenant un million de plants, 25,000 kilogrammes d’eau. Un champ de Maïs dégage, par hectare contenant 30 plants au mètre carré, en 10 heures de jour, 36,300 kilogrammes d’eau. Un champ de Chou potager, où les plants sont espacés de 0m,50, dégage, par hectare en 12 heures de jour, 20,000 kilogrammes d'eau. Un Chêne isolé, portant environ 700,000 feuilles, a vaporisé de juin à octobre, en cinq mois, une quantité totale de 111,225 kilogrammes d’eau. On peut se figurer par laquelle énorme quantité d’eau la chlorovaporisation déverse chaque jour dans l’atmosphère par les prairies, les champs et les forêts.
Cette énergique chlorovaporisation à la surface des feuilles provoque une absorption d’eau correspondante par les racines (p. 158) et, des racines aux feuilles, détermine un courant d’eau continu à travers le corps de la plante. Toutes les causes externes qui modifient la chlororaporisation modifient donc du même coup l’absorption.
Cherchons maintenant comment l’intensité de la chlorovaporisation varie avec la réfrangibilité et l’intensité de la radiation incidente, avec la température, avec la nature et l’âge de la plante ou partie de plante considérée.
Influence de la réfrangibilité des radiations sur l’intensité de la chlorovaporisation. — Pour étudier l’action des rayons de diverses réfrangihilités, on a opéré tour à tour par la méthode du spectre et par celle des écrans absorbants (1).
La méthode du spectre a donné, avec le Maïs, les valeurs suivantes pour la chlorovaporisation en une heure :
Rouge 136 înilligr. 33 milligr.
Jaune orangé 122 » 31 »
Vert » » 30 »
Bleu 116 >i 40 »
Ultravioient. 70 » » »
Obscurité 62 » 24 »
On voit que tous les rayons agissent, mais très inégalement. L’influence des radiations ultraviolettes est très faible. C’est dans la région bleue et violette, le plus fortement absorbée par la chlorophylle, que l’action est le plus énergique. Après elle, viennent les radiations rouges comprises entre les raies B
(1) Wiesner : Loc. cil. Les nombres cités plus loin expriment la somme de l'eau trans pirée et de l’eau chlorovaporisée. Il suflit de les diminuer de 2 à 3 p. 100 pour obtenir la •quantité d'eau chorovaporisée.
PHENOMENES PHOTOCHLOROPHYLLIENS. CHLOROVAPORISATION.
et C, à l’endroit de la bande d’absorption I (p. 170, fig. 49). Les rayons jaunes compris entre les bandes II et 111 agissent beaucoup moins. Enfin les rayons verts compris entre les bandes IV et Y sont de beaucoup les moins actifs de tous les rayons lumineux ; ce sont aussi ceux qui sont le moins absorbés par la chlorophylle (11.
La méthode des écrans absorbants, disposés de manière à laisser passer des radiations de même intensité, conduit aux mêmes résultats. Ainsi l’on a obtenu par heure, avec le Maïs et l'if, les nombres suivants :
Maïs. II'.
Lumière blanche (lait d’oxalate de chaux) 187 millier. 666 milligr.
» jaune (bichromate de potassse) 121 » 308 »
» verte (dissolution de chlorophylle) 117 » 333 »
» bleue (solution cupro-ammoniacale) 134 » 32a »
Obscurité 100 » 100 »
Ici donc, comme pour la décomposition de l’acide carbonique, les rayons les plus actifs sont ceux que la chlorophylle absorbe le plus ; les rayons que la j chlorophylle n’absorbe pas demeurent sans action. U y a donc deux rnaxi- - mums pour la chlorovaporisation, comme pour l’assimilation du carbone, parce qu’il y a deux maximums d’absorption. Mais tandis que, pour la décomposition de l’acide carbonique, c’est le maximum de la région la moins réfrangible, celui du rouge, qui est le plus fort des deux, pour la chlorovaporisation *1 c’est au contraire le maximum de la région la plus réfrangible, celui du bleu, qui est prédominant.
Influence de l’intensité de la radiation et de la température sur l’intensité de la chlorovaporisation. — 11 suffit déjà d’une faible intensité lumineuse, celle d’une flamme de gaz, par exemple, pour commencer la chlorovapori- I sation. L’intensité du phénomène croît ensuite avec celle de la lumière. Ainsi i un plant de Maïs a chlorovaporisé en une heure : devant une flamme de gaz placée à un mètre de distance, 5m° d’eau ; à la lumière solaire diffuse, 41"*° ; à lalumière solaire directe, 171mg. Un plant de Blé a chlorovaporisé en uneheure : à la lumière diffuse, 16ms 6 d’eau ; au soleil, 87 mï 1. Un plant d’Orge a chlorovaporisé en une heure : à lalumière diffuse 15"'° 7 ; au soleil, 71mg 9. Un plant de Maïs a chlorovaporisé en une heure : à la lumière diffuse, 17"'g ; au soleil, B08ras. On ignore jusqu’à présent si, comme pour la décomposition de l’acide : carbonique, il existe une certaine intensité forte où la chlorovaporisation atteindrait son maximum, pour décroître au delà. On n’a pas encore vérifié non plus, mais la chose est très probable, que la chlorovaporisation cesse i) immédiatement quand la plante passe de la lumière à l’obscurité, et commence aussitôt quand elle passe de l’obscurité à la lumière ; en un mot, qu’elle n’est pas, comme la transpiration, un phénomène d’induction.
La chlorovaporisation augmente aussi avec la température, du moins jusqu’à un certain degré ; mais on n’a pas jusqu’à présent dégagé la
(1) Il est probable que la légère augmentation observée dans le vert est uniquement due ( à l’augmentation de la transpiration par ces rayons. S'il en est ainsi la chlorovaporisation i n’a pas lieu du tout dans les rayons verts.
188 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS
marche de ce phénomène en fonction de la température de celle qui suit la transpiration (p. 153).
Influence de la nature et de l'âge de la plante sur l'intensité de lachlorovaporisation. — Dans les mêmes conditions extérieures de lumière, de température, etc., la quantité d’eau chlorovaporisée dans le même temps, à surface égale ou à volume égal, par le même membre au même âge, est très différente, suivant la nature spécifique de la plante et même, semble-t-il, suivant les individus dans la même espèce, comme on l’a montré pour le Seigle, le Sarrasin et le Chou. On n’a encore que bien peu de données sur cette chlorovaporisation spécifique. D’une façon générale, on peut dire que c’est chez les plantes herbacées, notamment chez les Graminées, qu’elle est le plus active. Elle est plus faible dans les arbres et arbustes à feuilles caduques; elle atteint son minimum dans les végétaux à feuilles persistantes ou charnues.
Elle varie aussi, dans la même plante, d’un membre à l’autre ; elle est plus forte, par exemple, dans les feuilles que dans les rameaux qui les portent. Enfin dans un même membre elle change avec l’âge, croissant d'abord quand il grandit, puis diminuant à mesure qu’il durcit en vieillissant. Dans l’Hélianthe tubéreux, vulgairement Topinambour, par exemple , la chlorovaporisation la plus intense a lieu sur la onzième feuille à partir du sommet.
Émission cl’eau par* suite rie la cessation de la chlorovaporisation. Clrloro-
sudation. — On a vu que, si la transpiration de la plante est brusquement ralentie, il y a émission d’eau liquide, exsudation (p. 155). La chlorovaporisation étant beaucoup plus intense que la transpiration et cessant tout à fait chaque soir au coucher du soleil, on doit s’attendre à voir chaque soir aussi de l’eau s’échapper à l’état liquide de toutes les parties vertes du corps, et en bien plus grande abondance que lorsqu’il s’agit d’un simple ralentissement de la transpiration à la surface des parties dépourvues de chlorophylle. C’est en effet ce qui a lieu, et cette exsudation chlorophyllienne, cette chlorosudation, comme on peut l’appeler, est un phénomène d’observation journalière.
Dans les Graminées, c’est par une fente au sommet de chaque feuille que perlent et s’échappent les gouttelettes d’eau. Aussi quand, à l’aurore, les rayons du soleil levant viennent raser la prairie, il se fait dans toutes ces gouttelettes terminales, si limpides et si réfringentes, des jeux de lumière éblouissants, bien des fois remarqués et chantés par les poètes, mais attribués à tort à la rosée.
Ailleurs et plus souvent, c’est par des stomates particuliers que [le liquide s’échappe, soit au sommet de la feuille, comme dans la Golocase ( Colocasia ), la Richardie ( Richardia ), etc., soit à chacune de ses dents latérales, comme dans le Chou ( Brassica ), etc., soit en divers points de sa surface, comme dans la Morelle (Solanum), le Pavot (Papaver), la Capucine ( Tropæolum ), l’Alchimille ( Alchemilla ), etc. Pour les distinguer des stomates ordinaires, qui mettent en communication l’atmosphère intérieure de la plante avec l’air ambiant, on désigne ceux-ci sous le nom de stomates aquifères.
Ailleurs encore, c’est directement à travers la membrane des cellules périphériques que le liquide suinte peu à peu, sans qu’il y ait d’ouvertures spéciales pour sa sortie. Il en est ainsi, par exemple, dans certains nectaires, comme on le verra plus loin.
PHÉNOMÈNES PHOTOCHLOROPilYLLIENS. CHLOROVÀPORISATION.
La quantité d’eau rejetée de la sorte est très considérable dans certaines grandes herbes tropicales, comme le Bananier [Musa), le Marante ( Maranta ), l'Amome ( Amomum ), la Golocase ( Colocasia ), la Richardie ( Richardia ), etc. Du sommet d’une feuille d’Amome on a recueilli en quatre nuits un litre d’eau. Une feuille de Golocase en a rejeté par sa pointe 20 à 22 grammes en une nuit; les gouttes s’échappaient brusquement au nombre d’environ 120 par minute, et déterminaient chaque fois dans’ la feuille un mouvement de recul. Quatre feuilles de Richardie en ont produit 36 grammes en 10 jours.
La quantité de substance dissoute est toujours très faible dans ce liquide émis par les feuilles; suivant les plantes, elle varie de tF'',007 à O’, 120 pour 100 grammes de liquide. Si la feuille est enroulée en cornet comme dans les Sarracénies ( Sarracenia ), ou en urne comme dans les Népenthes [Nepenthes ) et les Géphalotes ( 'Cep halo tus ), le liquide expulsé, qui s’y accumule peu à peu, est acide (acides citrique et malique) et contient environ I pour 100 de substance solide, proportion bien plus forte que dans les cas précédents. Le quart de la substance solide est formé de produits organiques, le reste de sels minéraux.
Production «le nectar. — Parfois le liquide se dégage dans une région du corps où se sont déposés au préalable des matériaux de réserve, en vue d’alimenter le développement des parties voisines. Si ces substances sont solubles dans l’eau, on les retrouve en plus ou moins grande abondance dans le liquide expulsé. Si c’est une réserve de sucres, un nectaire, qu’il a traversé, le liquide est sucré, c’est du nectar. Ce cas est très fréquent. C’est quelquefois sur les feuilles que se trouvent les réserves sucrées, les nectaires, et que s’écoule le nectar, comme dans certaines Fougères (Ptéride, Gyathée, etc.), comme dans le Ricin, le Prunier, le Sureau, la Yesce, etc.; mais le plus souvent, c’est dans la fleur qu’on les rencontre et le nectar s’y accumule parfois dans des réservoirs spéciaux. Il s’échappe tantôt par des stomates aquifères, tantôt directement à travers les membranes cellulaires. Le nectar est rarement de l’eau presque pure, ou ne renfermant que des traces de sucre, comme dans la Fritillaire; ordinairement il contient une notable proportion de sucre de canne, accompagné de glucose et de quelques sels. Les insectes en sont alors très friands et le recherchent avidement.
Toutes les circonstances qui influent sur la chlorovaporisation influent de même, mais en sens inverse, sur la production du nectar (1). Pendant une suite de jours, les courbes des deux phénomènes suivent exactement la même marche, mais en sens contraire, comme on le voit fig. 55. Tout ce qui ralentit la chlorovaporisation active la production du nectar; tout ce qui augmente la première diminue la