‹ Traité de calcul différentiel et de calcul intégral (volume 5)Chapitre 22 sur 260 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

découvertes faciliter celles d'un rival, il communique clairement toutes ses idées et l'énoncé des problèmes dont il désire encore la solution. Son seul tort fut de publier sept ans plus tard la solution des mêmes problèmes, sans déclarer c[ue Newton savait aussi les résoudre et le lui avait annoncé le premier.

Il est difficile en effet de ne pas rapprocher le titre de la Note de Leibnitz du passage suivant de la lettre de Newton :

« Bien plus, il ne s'arrête pas seulement aux équations renfermant une on deux quantités indéfinies affectées de radicaux, mais sans réduction aucune de telles équations (ce qui exigei^ait le plus souvent un travail immense), la tangente est immédiatement déterminée. La chose se passe de même dans les maxima et minima. »

Ce passage rend les droits de Newton incontestables et ferait pencher la balance de son côté, s'il fallait absolument se prononcer entre les deux rivaux . D'autre part, c'est im principe établi que, dans les questions de priorité, l'antériorité de la publication constitue un droit al)solu : et ce sentiment, dont Pascal s'est fait l'énergique interprète, déciderait au contraire en faveur de Leibnitz.

« Dès qu'on a vu, dit-il, ime invention publiée, on ne peut persuader les autres qu'on l'aurait trouvée sans ce secours, ni s'en assurer soi-même, parce que cette connaissance change les lumières et la disposition de l'esprit ([ui ne sont plus les mêmes qu'auparavant; et quand on aurait pris de nouvelles voies, ce n'en serait pas une marque, parce que l'on sait qu'il est aussi facile de réduire à d'autres méthodes ce qui a été une fois découvert, qu'il est difficile de le découvrir la première fois; qu'ainsi tout l'honneur consiste dans la première production, que toutes les autres sont suspectes; et que c'est pour éviter ce soupçon que les personnes qui prennent les choses comme il faut, suppriment leurs propres inventions, (piand ils sont avertis ([u'un autre les avait auparavant produites, quelques preuves (ju'il y ait (ju'ilsn'en avaient point eu de (îonnaissance, aimant bien mieux se pi'iver de ce petit avantage fjue de s'exposer à xm reproche si fâcheux. »

Mais ces lignes si claires et si vraies ne peuvent s'appliquer ni à Leibnitz, ui à Newton. Pascal ne prévoit pas le cas où l'auteur d'une découverte en aurait lui-même informé à l'avance, en cachant le secret de sa méthode,

vt PRÉFACE.

celui qui doit la publier le premier. Or la lettre de Newton, communiquée à Leihnit/., réservait évidemment tous ses droits, et Pascal lui-même ne lui eût pas conseillé de supprimer son invention. Si l'on peut deviner par analogie l'opinion de Pascal, on doit croire même que c'est à Leibnitz qu'il eût donné ce conseil. C'est en effet avec plus que de la dureté qu'il attaqua Torricelli pour avoir publié le premier la quadrature de la cycloide trouvée antérieurement, mais non publiée, par Roberval, et que, sans preuve positive, il se hâta de crier au plagiat. La question offre de grandes analogies avec celle qui nous occupe; on l'a moins étudiée, parce que l'objet de débat est moins important, mais les principes à invoquer sont les mêmes, et nous ne pouvons mieux foire que de citer l'opinion de l'Anglais Wallis, qui, défendant Torricelli contre l'attaque passionnée de Pascal,, vient précisément justifier à l'avance la conduite de Leibnitz.

« Nous devons certaiilement plus à Torricelli (jui a rendu publiques des découvertes déjà faites, qu'à Roberval qui a supprimé les siennes; et nous demandons si, parce que Roberval ne voulait pas publier ses découvertes, il iallait que Torricelli ne publiât pas les siennes .^' »

Pascal dans une autre circonstance la justifie lui-même par son propre exemple. Roberval avait résolu un problème difficile relatif à certaines portions des surfaces cylindriques, mais sans vouloir en rien publier, afin, disait-il, de réserver sa découverte pour s'en servir en cas de nécessité. « Dès qu'il sut, dit Pascal, que je l'avais résolu, il déclara qu'il n'y prétendait plus et qu'il n'en ferait jamais rien paraître, par cette raison que, n'en ayant jamais produit la solution, il devait le quitter à celui qui l'avait produite le premier. Je voudrais bien, ajoute Pascal, que tout le monde en usât de la sorte. » Quoi qu'il en soit, et quelque opinion que l'on adopte, il faut rendre cette justice à Newton que, dans ces premières publications, il fut irréprochable. Mentionner les droits de Leibnitz au partage de la découverte était tout ce # (ju'il devait faire, et c'est ce qu'il fit sans commentaires ni insinuations. ( )n peut remarquer qu'il ne parle pas de l'article des Actes de Leipzig., mais peut-être ne le connaissait-il pas.

Leibnitz, de son côté, accepta avec la sincérité la plus franche l'exactitude des assertions de son rival sur le droit très-antérieur de sa découverte; il paraît même avoir été bien peu empressé de faire la comparaison des deux

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