Cet assemblage est donc évidemment contraire aux
principes les plus élémentaires de la charpente; car on sait que, dans la composition d'une ferme, toutes les forces doivent être combinées de manière que la résultante agisse par extension suivant la direction du tirant, dont la fonction principale est de s'opposer à l'écartement des arbalétriers, afin de soulager la pile de la pression latérale qui résulterait de cet écartement.
Nous avons fait remarquer plus haut que ce but était rempli par les dispositions indiquées sur les figures 6 et 9; mais, si l'on veut employer le système de charpente projeté sur la figure 3, je crois qu'il serait possible de satisfaire à toutes les conditions de sécurité , en adoptant l'assemblage qui est indiqué en projection sur les figures 12 et 13, et en perspective sur la figure 20.
94. La figure 12 est le plan, et la figure 13 est l'élévation des longerons L, L', et des arbalétriers A des deux fermes qui sont projetées , flff . 3.
Le tirant est formé par les longerons L et L'. Ces deux pièces, continues suivant la longueur du pont, comprennent entre elles les grands arbalétriers A, dont les pieds sont encastrés dans deux sabots en fonte, désignés sur la figure 13 par une teinte de points. Ces sabots sont en outre dessinés en perspective sur la figure 17.
Les pieds des arbalétriers sont attachés par des liens à un tasseau B projeté sur la figure 13, et dessiné en perspective sur la figure 17. Le sabot S et le tasseau B sont compris entre les longerons L et L', et toutes ces pièces sont réunies par six boulons, qui traversent des plaques de fonte désignées par les lettres mn sur les figures 12 et 13.
Pour fortifier les longerons L et L' , et racheter la différence de hauteur qui existe entre ces pièces et les tasseaux, on doublera chacun des deux longerons par une pièce D , indiquée en projection sur la figure 13, et en perspective sur la figure 17.
Ces pièces, fier- 15, sont réunies par des liens et par les six boulons qui traversent chacune des plaques de fonte mn; trois de ces boulons pénètrent dans le tirant, et les trois derniers dans la pièce D. On voit sur la figure 17, les en-
tailles ou embrèvements destinés au logement des liens qui réunissent le tasseau B avec le pied de l'arbalétrier. La figure 16 est la perspective de la pièce D, à laquelle je suppose que l'on a donné quartier pour mieux faire comprendre la forme de ces embrèvements.
Si Ton exécute ces entailles avec précision, elles rempliront un double but. D'abord, elles empêcheront les écrous de se dévisser; ensuite, l'encastrement des liens entre le tasseau B, le longeron L et la pièce D, détruira le frottement qui pourrait exister entre ces pièces au moment du passage des trains.
95. Dans cet assemblage» la résultante qui agit au pied de chaque arbalétrier, et suivant la direction de sa tangente, se décompose en deux forces, dont l'une verticale, est détruite par la pile, tandis que la composante horizontale tend à faire glisser le pied de l'arbalétrier : mais cette force sera évidemment transmise aux longerons L et L' par les boulons qui traversent les plaques de fonte mn, flg. 12 et 13, et sera en outre combattue par la pièce de bois M placée entre les deux sabots, comme on le voit en projection figure 13, et en perspective, flgr. 17. Ainsi toutes les forces viendront se composer suivant la direction du tirant, et aucune action oblique ne sera exercée sur la pile.
96. De plus, tout cet assemblage peut facilement être démonté sans interrompre le service. Dans ce cas, on commencerait par détacher les liens qui réunissent les longerons avec leurs doublures, on ôterait ensuite les plaques de fonte mn, et les deux longerons L et L'; on pourrait alors faire tourner les écrous et enlever les liens qui réunissent le tasseau B avec le pied de l'arbalétrier. Puis, après les réparations nécessaires, on replacerait le tout en suivant un ordre inverse.