ÉTUDE DES SOLS EN PLACE
L'analyse physique d'un sol donne déjà, ainsi qu'on vient de le voir, quelques indications sur sa valeur; cependant avant d*établir un plan de culture, avant de choisir les plantes qui paraissent avoir le plus de chances de réussir, avant d'entreprendre des travaux d'amélioration, il est indispensable de compléter les indications qu'on lire de l'analyse exécutée au laboratoire, par l'examen des sols en place.
Si le pays est accidenté, cet examen présente notamment un très grand intérêt ; dans le centre de la France où la culture de la vigne est si souvent avantageuse, la plantation à mi-côte sur un versant exposé au midi donnera de meilleurs produits que ceux qu'on tireraitd'une pièce située en plaine et plus exposée à la gelée, ou qu'une autre tournée vers le nord, où la maturation sera moins complète.
Cet examen du sol. en place ne devra pas se borner à une simple promenade, il faudra en outre faire exécuter quelques fouilles pour connaître l'épaisseur de la couche arable et la nature du sous-sol. Un sol, qui présenterait à l'analyse physique la composition d'une excellente terre franche, pourra cependant n'avoir qu'une médiocre fertilité, si à quelques décimètres on rencontre un sous-sol dur, compact, non ameubli ; la nature de ce sous-sol indique en outre souvent quelles sont les cultures à établir; nous devons donc indiquer d'abord les avantages que présente un sous-sol ameubli, et voir ensuite comment les propriétés physiques des sols sont modifiées par la nature des sous-sols qu'ils recouvrent.
Chimie agricole. 24
§ m. — Utilité de l'ameubussement du sous-sol.
La nature du sous-sol, son degré d'ameublissement méritent, disons-nous, un exantien attentif; en effet, le sous-sol renferme souvent de précieuses réserves d'humidité, et c'est là une des raisons qui ont conduit les cultivateurs à employer les charrues fouilleuses, qui sans retourner le sous-sol et sans le mêler aux couches superficielles, enrichies par les engrais, permettent aux eaux surabondantes d'y pénétrer, de s'y emmagasiner pour remonter à la surface pendant les sécheresses.
M. Pagnoul a donné il y a quelques années (1) un excellent exemple de l'action qu'exerce le sous-sol comme régulateur d'humidité. Pendant quatre périodes qui s'étendent de la fin d*avril à la fin d'octobre, l'auteur a déterminé à l'aide d'un pluviomètre les quantités d'eau tombées, et les a calculées pour la surface d'un are ; il a calculé en outre l'évaporation du sol d'après les chiffres trouvés par un évaporomètre Fiche, en admettant que l'évaporation de la terre fût la même que celle de l'eau libre ; enfin il a pris un grand nombre d'échantillons de terre dans la première couche de 5 centimètres, puis dans une autre à 30 centimètres, d'où il a pu conclure la quantité d'eau que la terre renfermait, aux diverses époques d'observation.
Influence da sous-sol sur l'hnmidité du sol.
l'* période. 2* période. 3* période. 4* période.
30 ayril-30 mai. 30 mai-9 juillet. 9 jmUet-? sept. 7 sept.-27 oct.
Pluie tombée. . 470 litres. 11520 litres. 8820 litres. 14340 litres.
Évaporation. . . 8770 » 7520 » 14490 » 4650 >»
Perte ou gain •
du sol —2535 » +3555 » —615 » +1343 »
Fourni ou gagné par le
sous-sol —5765 » +445 j» -5055 » +8145 >'
Pendant la première période la pluie est rare, l'évaporation active et les déterminations exécutées du 30 avril au 30 mai montrent que pendant cette période les 30 centimètres de la couche superficielle de Tare considérée ont perdu infiniment plus d'eau qu'ils n'en ont reçu ; si on suppose que la terre a laissé évaporer autant d'eau que Tévaporomètre, ce qui n'est sans doute pas tout
(1) Annales agronom.^ t. Vll, p. 21.