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TRAVAUX DE CULTURE

§ H3. — Travaux exécutés par le cultivateur pour ameublir le sol.

L*étude que nous venons de faire des propriétés physiques des terres va nous permettre de bien comprendre comment doivent être conduits les divers travaux de culture.

En général, immédiatement après une culture de céréales on donne un léger labour de déchaumage, on ouvre déjà le sol, de façon à lui permettre de s*imbiber des eaux qu*amènc Tautomne, sur un chaume durci par la sécheresse, Teau coulerait sans pénétrer, et la terre serait trop dure pour qu'un labour profond ne fût pas très coûteux.

On procède ensuite au grand labour ; il a essentiellement pour but (le diviser la terre et de la retourner pour l'exposer à Taction de Tair et pour faciliter la pénétration de Teau de pluie, c'est pendant cette première partie de l'automne que le sol doit faire sa provision d'eau qui s'infiltrera dans la masse d'autant plus aisément qu'elle sera plus divisée et plus ameublie.

On démontre aisément l'importance de celte division des particules du sol, pour favoriser les mouvements de l'eau, en préparant, au moyen de deux tamis à mailles de finesse variable, trois lots de sable, puis en les disposant dans des tubes de verre fermés par une toile bien ficelée sur les rebords; si on dispose ces tubes dans Teau, de façon qu'ils y plongent de 1 ou 2 centimètres, on voit Teau monter rapidement dans le tube à grains fins, s'élever moins vite dans le sable à grains déjà plus grossiers et rester fort en relard dans celui qui renferme de petits cailloux.

La hauteur de l'eau suspendue dans ces tubes mesure en quelque sorte la force capillaire qui l'élève et la relient et fait comprendre qu'un sol ameubli se chargera d'une quantité d'humidité plus forte qu'une terre restée en grosses mottes.

Il faut donc que le sol soit en quelque sorte pulvérisé, aussi au labour fait-on succéder le hersage qui a pour but de briser les mottes qu'a fait le versoir de la charrue.

Quand le blé suit les betteraves, ces travaux sont souvent difficiles à exécuter dans les terres fortes où tous les jours ne sont pas convenables pour les labours ; le grand avantage que présentent les terres drainées est d'être bien plus abordables que celles qui ne sont pas égoutlées et de pouvoir être travaillées quand les autres ne seraient pas remuées sans de grands préjudices.

Avec la charrue et la herse on réussit donc à pulvériser la terre, quand ce travail est bien exécuté, que la terre est ameublie, les cultivateurs disent que cette terre bien préparée est fine comme de la cendre.

Pendant l'hiver les terres doivent s'imbiber d'eau, il est bon qu'elles soient poreuses, mais au printemps les sécheresses commencent à être à craindre, il faut faire remonter l'eau à la portée des racines, il faut en outre que celles-ci trouvent un sol bien tassé; si la terre est creuse^ comme disent les cultivateurs, les racines ne sont plus au contact immédiat du sol non seulement elles ont chance de se dessécher, mais en outre, les phénomènes capillaires qui déterminent le passage de l'eau du sol à la racine cessent de se produire; pour éviter ces inconvénients, pour favoriser la montée de l'eau, pour que la racine se moule dans le sol en s'y frayant un passage, on procède au roulage qui lasse le sol, et le rend continu. En effet, pour que la diffusion de l'eau et des matières dissoutes se produise, il faut absolument que la terre ne soit pas fendillée, quand des vides se produisent le passage de Teau est absolument arrêté ; c'est ce qu'on observe très souvent dans les laboratoires de chimie agricole; si on place de la terre dans un tube, ainsi que nous l'avons indiqué à diverses reprises dans ce chapitre, pour suivre l'ascension de l'eau dans la masse, il arrive que la colonne de terre se divise et on voit que toute la partie située au-dessus de la coupure reste sèche, tandis que celle qui est au-dessous est humide.

La capillarité ne s'exerce donc que dans une masse continue, et s'il importe que cette continuité existe au printemps au moment des semailles; en revanche, en été le dessèchement des couches superficielles est à craindre; si la terre est bien tassée, l'eau remontera par capillarité jusqu'à la surface et la terre se desséchera, pour éviter celte dessiccation on détruit la continuité par les binages. Pour montrer que les liquides cheminent plus difflcilement dans la terre ameublie obtenue par le binage que dans un sol compacte, on dispose, dans les cours de chimie agricole, ringénieuse expérience suivante due à M. Schlœsing. On dresse un gros morceau de sucre raffiné, dans une soucoupe, on le couvre d'une couche de sucre en poudre fine, puis on verse dans la soucoupe un liquide coloré, on voit le liquide s'élever rapidement dans le pain de sucre qui se teinte uniformément, tandis que la poudre reste blanche pendant assez longtemps, le liquide ne pouvant pas s'élever dans

la masse discontinue qu'elle présente; la capillarité a été détruite et le bloc humide est protégé par une couche sèche; on conçoit donc qu'une terre compacte tassée par les pluies de printemps se dessèche, la capillarité faisant remonter à la surface Teau qui sy évapore rapidement, mais que cette dessiccation soit plus lente quand la surface étant ameublie, les eaux souterraines cessent de s'élever à la surface et de s'y évaporer; de là, l'utilité des binages d'été.

Tous ces travaux ne sont efficaces que lorsqu'ils sont exécutés en temps utile; chaque cultivateur apprend, par une expérience qui ne s'acquiert que lentement, comment son sol doit être traité, et en voyant la réussite de certains praticiens, les échecs des autres dus à de bonnes ou de mauvaises préparations du sol, on reconnaît la justesse de l'éloge que font d'un cultivateur habile ses confrères, en disant : <( C'est un homme qui connaît bien sa terre. »

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