‹ Traité de chimie agricoleChapitre 148 sur 399 · TERRES LÉGÈRES ET SOUS-SOLS IMPERMÉABLES · texte numérisé non relu

TERRES LÉGÈRES ET SOUS-SOLS IMPERMÉABLES

oait sur le sol et les habitants avaient pris Thabitude de se jucher sur des échasses pour éviter d'être constamment dans Teau ; pendant Tété cette eau s'évaporait lentement et alors le sable desséché devenait brûlant, le pays était malsain et presque désert. M. Chambrelent a réussi à Tassainir en y creusant une série de fossés d'écoulement qui ont dirigé les eaux, soit vers le bassin d'Arcachon, soit vers la Gironde, il a semé, dans le sol ainsi modifié, des pins maritimes dont lesracines viennent buter contre la couche imperméable, l'alios, formé d'un sable agglutiné par une matière organique, qui s imbibe d'eau pendant l'hiver et en garde une provision suffisante pour fournir aux besoins restreints de ces arbres dont l'évaporalion est faible. Ces pins sont gemmés, ils fournissent de la résine otsont en outre exploités comme bois d'œuvre; on les recherche pour le boisement des mines et l'établissement des lignes télégraphiques.

Ces exemples suffisent à montrer que les terres légères qui reposent sur un sous-sol imperméable deviennent fertiles toutes les fois que ce sous-sol est assez incliné pour favoriser le mouvement des eaux qui coulent à sa surface, ou même quand on réussit par des tranchées et des fossés à évacuer ces eaux surabondantes.

Terres fortes et terrains perméables. — En général ces terres sont d'excellentes qualités par elles-mêmes, elles retiennent bien Teau et laissent cependant écouler l'excès dans le sous-sol sur lequel elles reposent. Les plateaux drainés par la craie blanche de la Picardie qui comprennent 2,858 kilomètres carrés, ceux du Yexin Normand 1,196 kilomètres carrés, ceux de la Beauce entre Chartres et Rouen 7,710 kilomètres carrés, le pays de Caux enfin 2,020, comptent parmi les contrées les plus fertiles de la France.

D'une façon générale, on peut dire que toutes les terres fortes qui donnent de très bonnes récoltes sans être drainées appartiennent à cette catégorie (1).

Ces terres doivent être travaillées avec soin, et en temps utile ; quand elles sont humides, elles se lissent par le travail de la charrue et forment de grosses masses difficiles ensuite à briser par la herse. Il est bon de les ameublir jusqu'au sous-sol pour que 1 égouttage en soit facile.

Terres fortes et sous-sols imperméables. — Ces terres exigent impérieusement Tassainissement par le drainage, il est néces-

(1) Voyez pour toutes ces questions : Risler, Géologie agricole.

saire ; quand il a été pratiqué ces terres se transforment comme par enchantement et donnent des récoltes de blé considérables.

Quelques-unes des terres de feu M. Porion, situées à Blaringhem, à la limite du département du Nord, au voisinage immédiat du Pas-de-Calais, étaient affermées; après quelques années le fermier se déclare incapable de tirer parti de ces sols argileux, compacts, reposant sur un sous-sol imperméable et résilie son bail ; M. Porion reprend sa terre, la draine avec beaucoup de soin, y introduit des escarbilles et des cendres d'usine, puis du fumier, et j*y ai vu, en 1885, des récoltes de blé atteignant 43 quintaux de grain à Thectare, et 45,36 en 1886; en 1888 et en 1889 les rendements ont été plus faibles, ils sont restés compris entre 30 et 40 quintaux métriques.

Il est à remarquer que des terres de cette nature n'acquièrent toute leur valeur qu'après un travail de plusieurs années; un cultivateur anglais, M. Prout, qui a publié, il y a quelques années, un ouvrage intéressant sur la culture des terres fortes (1), insiste à juste raison sur Timpoilance de ces travaux d'ameublissement. Ayant acquis un domaine peu distant de Londres que ses prédécesseurs n'avaient pu réussir à mettre en culture régulière, il a commencé son exploitation non seulement par un drainage très soigné, par la régularisation des fossés d'écoulement, mais en outre par remploi de la charrue à vapeur pour remuer et ameublir le sol; presque toutes les pièces ont été labourées deux fois avant tout ensemencement.

M. Prout, qui ne cultive guère que des céréales, n'emploie que des engrais commerciaux. Leur action sur les sols varie beaucoup d'une contrée à une autre, tandis que M. Prout les utilise sans inconvénient, que MM. Lawes et Gilbert ont maintenu la culture continue du blé à Rothamsted depuis quarante ans, en la soutenant exclusivement avec des produits chimiques et n'ont pas vu leur sol acquérir des propriétés fâcheuses, M. Michel Perret dans l'Isère (2) a dû renoncer à ce mode de culture sans fumier, ses récoltes étant tombées à -8 hectolitres de blé au lieu de se maintenir au delà de 30 qu'il obtient lorsqu'il emploie le fumier ; la fertilité n'a pu être rétablie sur ces sols qu'à la condition d'y introduire de Thumus provenant des prairies tourbeuses.

(0 Ann, agron., t. XIII, p. 80. M. La verrière, bibliothécaire de la Société DatiooaJe d'agriculture, a donné une traduction de ce mémoire. (2) Ann, agron,, t. XVI, p. 249.

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