THÉORIE MINÉRALE DE LIEBIG
2* A ce qu'elle est l'origine do Tammoniaque et surtout des nitrates qui sont Taliment azoté le plus efficace d'un très grand nombre de plantes de grande culture (voyez page 103).
La plus grande partie de cette matière organique ne se trouve pas dans le sol à un état favorable à l'assimilation ; c'est là ce qui a été établi à la suite d'une longue discussion justement célèbre, et
sur laquelle il convient de revenir, car elle a conduit à des nolions du plus haut intérêt.
§ 121. — Abondance de la matière organique azotée insoluble
DE la terre arable.
Nous avons vu que les terres arables, en bon état, renferment de 1 à 2 grammes d'azote combiné par kilogramme ; on a une idée plus précise de cette abondance de la matière organique dans les sols cultivés, en rapportant les nombres précédents à la surface d'un hectare.
On calcule le poids de la terre d'un hectare, en multipliant par iO,000, nombre de mètres carrés que présente cette surface, la hauteur de la terre considérée : 35 centimètres, par exemple, ce qui donnera pour le cube de terre d'un hectare 3,500 mètres cubes; le poids sera obtenu, enfin, en multipliant ce nombre par le poids d'un mètre cube qui varie autour de 1200 kilos; en effectuant ce calcul on trouve 4,200 tonnes; et généralement on admet pour le poids de la terre d'un hectare 4,000 tonnes. Quand un sol renferme
1 gramme d'azote combiné par kilo, ou un millième, il contient 4,000 kilos d'azote combiné, et 8,000 kilos, si l'analyse a décelé
2 grammes par kilo.
Le même raisonnement s'appliquerait naturellement au carbone ; si la terre en contient un centième ou 10 grammes par kilo^ un hectare en renfermera 40,000 kilos; s*il en renferme deux cen* tièmes il en contiendra 80,000 kilos. Si des terres arables nous passons aux prairies nous arrivons à des chiffres infiniment plus élevés. Nous pouvons même déduire approximativement du dosage de carbone la quantité d'humus que ces terres renferment ; ea effet, l'humus contient environ 0,45 de carbone, mais on aura une approximation de son poids en se bornant à doubler la quantité de carbone dosé dans le sol. La terre d'Argentan, étudiée par Boussingault, renferme par kilo : 40 grammes de carbone, ou 80 grammes d'humus ou 80 kilos par tonne et, pour un hectare de 4,000 tonnes, 320 tonnes.
Théorie minérale de Liebig. — Réfutation. — Liebig, le premier, dévoila dans les terres arables les quantités énormes d'azote combiné qu'elles renferment ; son observation remonte précisément à répoque où Boussingault venait d'attribuer aux engrais une valeur d'autant plus grande que leur richesse en azote était plus considérable ; quand on compare cependant les faibles exigences des ré* coites, et les minimes proportions d'azote introduites par les fumures, aux énormes quantités d'azote combiné que le sol renferme, on conçoit très bien que Liebig ait repoussé les idées de l'illustre agronome français : une très bonne récolte de blé de 30 quintaux de grain et de 60 quintaux de paille renferme 60 kilos d'azote dans le grain, et 30 dans la paille, par conséquent au plus 100 kilos, en y ajoutant l'azote des racines.
Une forte fumure de 50,000 kilos de fumier n'apporte au sol, à S kilos par tonne, que 250 kilos d'azote; ainsi une bonne récolte exige 100 kilos d'azote, une forte fumure en apporte 250 kilos, nombres qui semblent disparaître devant les 5000 ou 6000 kilos que renferment les sols fertiles.
S'il rejetait l'idée que les engrais valent en raison de l'azote qu'ils contiennent, Liebig ne pouvait nier leur efficacité, il admit qu'elle était due seulement à leur matière minérale, et arriva ainsi à formuler sa fameuse théorie minérale n'attribuant le rôle d'engrais qu'aux phosphates ou aux sels de potasse qu'il supposait faire défaut dans le sol.
Nous savons aujourd'hui que ces éléments ne sont pas, en général, moins abondants dans le sol que l'azote lui-même ; les terres qui renferment de 1 à 2 grammes d'acide phosphorique par kilogramme sont nombreuses, et la potasse est encore plus répandue. Si on conclut de l'abondance de l'azote à l'inutilité des engrais azotés, on sera conduit de même à conclure que la richesse des terres en acide phosphorique et en potasse rend inutile l'emploi des engrais phosphatés et potassiques, d'où enfin cotte conclusion contraire à tout ce qu'enseigne la pratique agricole : les engrais sont inutiles. Il suffit d'énoncer cette proposition pour reconnaître qu'elle est absolument fausse; au reste la réfutation de l'opinion de Liebig ne se fit pas attendre : MM. Lawes et Gilbert commencèrent dès 1844, à Rothamsted, la longue série d*expériences qui a donné à ce domaine une réputation universelle, ils montrèrent sans peine que les récoltes amendées avec des engrais minéraux et des sels ammoniacaux sont bien plus abondantes que