‹ Traité de chimie agricoleChapitre 159 sur 399 · XVI. p · texte numérisé non relu

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des quantités bien moindres que les précédentes; on a déduit des quantités dosées et de la surface de ces pots ce qu'auraient perdu en une année les terres non couvertes de végétaux, on a obtenu les quantités suivantes :

Aaote nitrique contena dans l'ean de drainage d'an hectare de terres

naes (de juin 89 à juin 90).

Kilogr.

Terres en prairie depuis 1879 104.9

— régulièrement fumées 137.5

— sans engrais depuis 1875 92. 7

Moyenne 111.7

Les quantités de nitrates formées sont donc considérables, même dans un sol resté sans engrais depuis longtemps ; il est bien à remarquer au reste que les chiffres précédents ne représentent pas la totalité des nitrates formés, le lavage par Teau de la pluie n épuisant pas le sol d'une façon complète. Quoique les nombres précé* dents soient encore élevés, ils sont bien loin de ceux que nous avons constatés au laboratoire, quand nos terres ont été régulièrement arrosées, d'où la preuve que Thumidité du sol a une influence décisive sur l'activité de la nitrification.

Présence d'une matière azotée nitrifiable. — De toutes les matières azotées nitri fiables, l'ammoniaque est celle qui, lorsque les autres conditions sont réalisées, fournit en un temps donné la plus grande quantité d'azote nitrique ; M. Schlœsing a constaté qu'en une quinzaine de jours tout l'azote de l'ammoniaque introduite dans une terre humide avait été transformé; j'ai constaté qu'une terre de jardin humide qui avait reçu 0^%020 d'azote ammoniacal avait produit en trente-quatre jours 0*%0I94 d'azote nitrique ; si Thumidité diminue, la nitrification de l'ammoniaque devient moins active, elle se transforme même moins facilement que la matière organique de la terre arable.

Nous avons vu plus haut que dans toutes les terres l'azote et le carbone sont bien loin d'être dans le même rapport, il est donc vraisemblable que toutes les terres ne renferment pas de matières organiques identiques, d'où l'on comprend que ces matières ne seront pas attaquées avec la même énergie par les microorganismes du sol, et que par suite les quantités de nitrates formés varieront beaucoup d'une terre à l'autre ; les nombres suivants, qui se rapportent aux eaux de drainage recueillies du 1"' mars au 7 novembre 1890, calculés à l'hectare, en donnent un exemple frappant.

Azote nitrique en kilog^. à Thectare.

Terre de Grignon, parcelle épuisée 34.3

— — fumée 51.2

Wardrecques (Pas-de-Calais) 107.9

Blaringhem (Pas-de-Calais) 128. 1

Marmilhat (Limagne d'Auvergne) 62.6

Palbost (Limagne d'Auvergne) 4o.2

MM. Lawes, Gilbert et Warington estiment la formation delazote nitrique à Rothamsted à 50 kilogrammes par hectare et par an.

M. Muntz a donné de nombreux exemples de terres dans lesquelles la nitrification est très peu active, non seulement parmi des terres très fortes, qui sont peu perméables à Tair, mais aussi dans les terres très riches en matières organiques, dites terres acides qui existent dans les landes de Bretagne ; le ferment nitrique, en effet, ne fonctionne que dans un milieu présentant une très légère réaction alcaline.

Les sols forestiers ne renferment pas de nitrates, le fait observé autrefois par Boussingault a été confirmé de nouveau par M. Bréal à l'aide d'un procédé très ingénieux et très délicat (1).

« Nous utilisons », dit-il, « la propriété des nitrates dissous dans Teau de s'accumuler dans les espaces capillaires aux points où Tévaporation est plus active. Une bande de papier à filtre blanc est introduite dans le vase qai renferme la terre ou l'eau, dans lesquelles on recherche les nitrates, une des extrémités de cette bande de papier Hotte librement dans l'air; le nitrate monte peu à peu par capillarité dans le papier et vient s'accumuler à l'extrémité de la partie flottante. Si le milieu étudié recèle les moindres traces d'acide nitrique, nous les aurons accumulées, après douze ou quinze heures, sur une longueur de 1 à 2 millimètres, à l'extrémité de la bandelette. Nous la coupons avec des ciseaux et nous la plaçons sur une assiette ou sur une lame de verre pour la faire sécher. Après dessiccation, nous faisons tomber sur le fragment de papier une goutte de suifo-phénol, réactif des nitrates, connu depuis longtemps. La goutte prend, après quelques minutes, une teinte rouge-sang vineux tout à fait caractéristique, quand même le papier n'aurait absorbé que de très minimes quantités d'acide nitrique. Si nous faisons ensuite tomber une ou deux gouttes d'ammoniaque sur le sulfo-phénol teint en rouge, une coloration bleue ou verte très intense apparaît aussitôt.

« Dans les très intéressantes recherches qu'il a exécutées sur la nitrification, M. Warington a reconnu qu'elle était peu active, dans des milieux très chargés de matière organique et peut-être l'impossibilité où l'on se trouve de constater la présence des nitrates dans les sols forestiers, dans les terres de

(1) Ann, agr., t. XIII, p. 323.

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prairie, tient-elle non seulement à la réaction acide de ces terres, mais en outre à l'abondance de Thumus qu'on y trouve. »

Présence d'une base salifiable. — La nitrification ne se produit pas dans un milieu acide. On conçoit dès lors que, s'il n'existe pas dans les mélanges mis à nitrifier un alcali susceptible de saturer lacide nitrique à mesure qu'il se produit, la formation ultérieure des nitrates soit complètement entravée; c'est ce qu'a nettement observé M. Warington (1). Il a reconnu en outre, aprës MM. Schlœsing et Muntz, que si une légère réaction alcaline était nécessaire, un excès de base soluble était nuisible. L'influence fâcheuse de la chaux caustique sur la nitrification a été signalée depuis longtemps par Boussingault. L'alcalinité de Teau de chaux serait, d'après M. Warington, deux fois supérieure à celle qui empêche l'acide nitrique de se produire.

Un chaulage énergique appliqué à une terre peut donc suspendre la nitrification pendant un certain temps, jusqu'à ce que la chaux ait été carbonatée ; mais le résultat final sera favorable si la terre à Torigine manquait de chaux.

C'est ce qu'ont montré MM. Muntz et A. Ch. Girard, sur une terre acide de Bretagne qui, incapable de nitrifier l'azote du sang, de la corne torréfiée ou du guano tant qu'elle restait à l'état normal, a formé au contraire une quantité notable d'acide nitrique, aussitôt qu'elle a été marnée (2).

La condition favorable est donc un faible degré d'alcalinité, si celle-ci s'exagère : la nitrification cesse de se produire, l'urine notamment ne sera transformée que si elle est étendue d'eau. Bien que les propriétés absorbantes de la terre s'exercent aisément sur le carbonate d*ammoniaque, et que par suite l'alcalinité de Turinc répandue sur le sol soit diminuée grâce à ces propriétés absorbantes, les cultivateurs devront se souvenir que les engrais alcalins tels que le purin agiront d'autant mieux qu'ils seront plus dilués. Quand des bétes à cornes ou des moutons séjournent sur des champs par des temps secs, l'urine qu'ils émettent fournit rapidement, par transformation, de Tammoniaque, qui a de grandes chances d'être perdue, au moins partiellement ; sa dissolution est trop concentrée pour être nitrifiée.

CirconBtances diverses qui favorisent la nitrification. Tem-

;1) Ann, agr. , t. XI, p. 49.

'X) Id., t. XVlf, p. 297.

pérature. — MM. Schlœsing et Muntz ont étudié l'influence de la température sur ractivité de la nitrification ; ils ont reconnu que la formation de Tacide azotique, à peu près nulle au-dessous de 5 degrés, devient très appréciable à 42 degrés, et croît jusqu'à 37 degrés, température correspondant au maximum d'activité; au delà, elle diminue rapidement et devient nulle à 55 degrés. Toutes choses égales d'ailleurs, la production des nitrates à 37 degrés est dix fois plus considérable qu'à 14 degrés. Pour les terres pauvres en matières azotées, on ne voit plus que l'influence de la température soit aussi sensible.

Trituration du sol. — On a remarqué depuis longtemps qu'une terre remuée fournit plus d'acide carbonique qu'une autre dans laquelle l'air pénètre plus difficilement et ce n'est pas seulement à la circulation plus rapide de l'oxygène atmosphérique qu'il faut rapporter les oxydations. M. Schlœsîng attribue l'influence qu'exerce l'ameublissement du sol sur la nitrification à une nouvelle répartition des organismes qui favorisent la combustion. « Dans les milieux liquides, les êtres microscopiques se déplacent aisément et portent leur action sur tous les points ; il n'en est pas de même dans la terre, ils n'y jouissent pas de cette facilité de transport. Ils ne trouvent, sur la surface des éléments d'une terre moyennenaenl humide, que des couches d'eau infiniment minces, peu propices à leur déplacement ; ils agissent donc sur place, et, quand ils ont consommé la plus grande partie des éléments à leur portée, leur travail doit se ralentir. Si l'on émiette la terre, on les répand en des endroits où ils trouvent de nouvelles ressources, où ils se développent et travaillent avec activité, de là le redoublement de la combustion. »

J'ai essayé de répéter l'expérience de M. Schlœsing : en trentedeux jours 100 grammes de terre triturée ont fourni 23 milligrammes d'acide azotique, tandis qu'un lot tout pareil, mais non remué, n'en a fourni que 19. En répétant une seconde fois la trituration, l'efi'et produit n'a plus été sensible; pendant une seconde période de vingt-neuf jours, la terre remuée a donné 16 milligrammes d'acide azotique et celle qui est restée en repos 17; le? deux quantités ont donc été sensiblement égales.

Conditions qui retardent ou arrêtent la nitrification. — Présence des nitrates. — On a observé souvent qu'un ferment crée autour de lui un milieu défavorable à son activité. Il était donc intéressant de savoir si l'on provoquerait dans une terre une nilrifi-

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cation plus abondante, en enlevant les nitrates à mesure de leur formation, qu'en les laissant s'accumuler; Texpérience n'a pas montré qu'il en fût ainsi ; la quantité de nitrates formés dans une terre soumise à quatre épuisements, de mois en mois, a été sensiblement la même que celle qui s'est produite dans un sol où, au contraire, les nitrates n'ont été extraits qu'après quatre mois.

Si, au lieu de laisser dans le sol en expérience les nitrates produits par la lente transformation de la matière azotée du sol, on suit la nitrification dans une terre préalablement additionnée de quantités variables de nitrate de soude, on trouve que tout d'abord cette addition est défavorable. Ainsi iOO grammes de terre additionnés de 6 centigrammes de nitrate de soude n'ont pas formé de nitrates en trente et un jours. Mais, peu à peu, le ferment nitrique s'adapte aux circonstances nouvelles dans lesquelles il est placé, et fournit des quantités croissantes d'acide azotique ; après cent cinq jours, on a trouvé que 9 milligrammes d'azote s'étaient nitrifiés dans 100 grammes de terre.

Une dose beaucoup plus forte de nitrate de soude, s'élevant à 6 décigrammes pour 100 grammes, a d'abord arrêté la nitrification; puis celle-ci s'est établie, mais plus faiblement que dans l'expéricnee précédente.

Sel marin. — Une dose moyenne de sel marin n'a pas entravé la nitrification. Une terre humide renfermant un millième de sel marin a formé, en trente-quatre jours, 24 milligrammes d'acide azotique; mais en quatre-vingt-deux jours il ne s'en est formé que 32, comme si l'activité du ferment nitrique s'était peu à peu ralentie.

En introduisant dans iOO grammes de terre 25 centigrammes de sel marin, on a encore observé une nitrification assez abondante après quarante-trois jours; mais, après quatre-vingt-deux jours, la quantité formée s'est trouvée beaucoup plus faible ; au lieu de s'habituer à ces conditions nouvelles, le ferment a dépéri.

Des doses de sel marin, s'élevant à 40 centigrammes ou 1 gramme pour 100, ont complètement arrêté la nitrification.

Résumé des conditions de la nitrification. — En résumé, sur les conditions nécessaires à la nitrification, il en est trois que les cultivateurs peuvent obtenir. Par le drainage et un excellent travail du sol, ils assurent la pénétration de l'air ; par le chaulage ou le marnage des terres privées de calcaire, ils apportent la base saliiiable; parles fumures, ils fournissent la matière azotée nitrifiable ;

quant à rhumidité et à la température, elles ne dépendent pas d'eux, et tant que les terres ne sont pas régulièrement arrosées, l'activité de la nitrification, qui, pour plusieurs plantes cultivées, engendre la fertilité, sera soumise à TinQuence des saisons.

Or, Texpérience enseigne qu'habituellement les terres ne produisent pas toujours des nitrates aux moments les plus favorables. Le climat des environs de Paris est au printemps assez humide pour que la nitrification puisse s'établir, mais la température est peu élevée, de telle sorte que très souvent les nitrates ne se forment pas en quantité suffisante pour assurer Talimentation de vég^étaux en pleine période d'accroissement, aussi l'emploi du nitrate de soude appliqué au printemps est-il généralement avantageux.

En revanche il arrive souvent que la nitrification est très active à l'automne, et, quand la terre est découverte, les nitrates formés sont perdus, nous verrons un peu plus loin comment on peut éviter des pertes qui dans les automnes humides sont considérables (Voyez chapitre V de cette seconde partie, et le chapitre : Engrais verts.

§ 127. — Matières que doit présenter la terre arable pour assurer

l'alimentation azotée des végétaux.

Nous venons d'insister longuement sur les conditions de formation des nitrates dans la terre arable ; quand ces conditions sont remplies, l'alimentation azotée de la plante est-elle assurée; en d'autres termes, une terre qui outre les matières minérales ne fournirait aux végétaux qu'elle porte que des nitrates, se couvriraitelle d'une récolte rémunératrice?

Si on a semé du blé ou de l'avoine, on peut croire que la recolle sera bonne si toutes les conditions d'humidité, de température, d'alimentation minérale sont réalisées, quand bien même la terre ne fournirait guère que des nitrates; c'est ce qui découle de Tadmirable expérience de MM. Laweset Gilbert, maintenant la culture du blé pendant quarante-six ans sur le même sol, en lui fournissant uniquement des engrais minéraux et des nitrates ou des sels ammoniacaux qui rapidement se métamorphosent en nitrates. C'est ce qu'ont démontré encore les expériences de MM. G. Ville et celles de M. Pagnoul ; ce dernier a pu réaliser dans du sable additionné de matières minérales et de nitrates des récoltes de blé correspon-

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