DE L'ACIDE PHOSPHORIQUE DES TERRES ARABLES
§ 128. — Quantités d'acide phosphorique contenu dans différens sols.
■ Nous avons indiqué dans le chapitre précédent les méthodes à
employer pour doser l'acide phosphorique total du sol, et en outre
lacide phosphorique appartenant aux phosphates solubles dans
l'acide acétique.
En appliquant ces procédés, on trouve dans les différents sols des quantités très variables d'acide phosphorique total.
Dans les bonnes terres arables, on dose de i à 2 grammes d'acide phosphorique par kilogramme. Les terres d'origine granitique, schisteuse, sont souvent beaucoup plus pauvres que les précédentes, les terres volcaniques sont au contraire beaucoup plus riches, ainsi que le montre le tableau ci-joint.
Ces chiffres ne donnent pas une idée nette de la quantité contenue à l'hectare; si on se rappelle qu'on peut admettre pour le poids du sol actif 4,000 tonnes, on voit qu'une terre renfermant 1 gramme d*acide par kilo en contiendrait 4,000 kilos à l'hectare,
.1; Ann. agron,, t. XVI, p. 481.
et 8,000 kilos quand l'analyse indique 2 millièmes; la terre n indiquant que 0^',2 au kilo contiendrait donc seulement 800 kilos. Ces faibles quantités sont exceptionnelles, et il résulte des nombreux dosages effectués par M. Schlœsing, par M. de Gasparin et de ceux que j'ai faits moi-même, que les terres renferment souvent de 3 à 6,000 kilos d'acide phosphorique à Thectare. Nous réunissons dans le tableau suivant un certain nombre de déterminations.
Acide phosphorique
Désignatioo des terres. ^ — m ^ ^pi Analystes.
par kilo, par hectare (1) .
gr. kilos.
Terre de M. BoUand (Moselle) 4.5 6.000 Schlœsing.
— prise à Vauj ours 1.9 7.600 Id.
— de Boulogne (Seine) 2.4 9.600 Id.
Polder du Dain 4.6 6.400 Id.
Terre de bruyère 1.5 6.000 Id.
— à betteraves 2.3 9.200 Id.
— d'un étang 1.0 4.000 Id.
Sables granitiques (Ardèche) 6.2 24.800 De Gasparin.
AUuvions de la Durance 4.2 16.800 Id.
Diluvium de la Méditerranée 4.9 19.600 Id.
Argiles marneuses de FAin 1.2 6.800 Id.
— de Wardrecques (Pas-de-Calais). 1.35 5.040 Dehérain.
— de Blaringhem (Nord) 0 . 748 2 . 992 Id.
TîTT^s provenant de la désagrégation du granité {Auvergne) (2).
Terre du Bourgnon (canton de St-Dié). 0.86 3.440 Truchol.
— — 0.54 2 460 Id. Terre du Cherq (canton de Sauxil-
langes) 0.24 960 Id.
Terre de St-Maud (canton d'Issoire). 0.56 2.240 Id.
Terres provenant de la désagrégation des rockers volcaniques {Limagned'Auurgnc .
Terre de Saint-Bonnat, près Ghauriot. 2.74 40.960 Id.
-- — 3.09 42.360 Id.
Terre de Mont-Desir près Glermont. . 2.96 H .840 Id.
— deSarlieue 2.54 10.160 Id.
— — 3.29 13.160 Id.
— de Marmilhat (Limagne) 1.45 1 1 . 600 Hébert.
— de Palbost 2.36 18.880 Id.
On voit que si en général les terres granitiques sont pauvres en acide phosphorique , les terres volcaniques riches, il y a cepen-
(1) Ann. agron., t. J, p. 535.
(2) Ces terres présentent une telle épaisseur que, pour avoir la teneur & rhectân\ il convient de multiplier les nombres trouvés au kilo, non par 4000 comme on le fait pour une terre de moyenne épaisseur, mais bien par 8000 et on est encore certainement au-dessous de la vérité.
ACIDE PHOSPHORIQUE TOTAL. 41o
dajit des exceptions ; c'est ainsi que M. de Gasparin a trouvé dans des sables granitiques de rArdèche la proportion énorme de 6 millièmes d'acide phosphorique ; M. Le Chartier 1,20 d'acide phospfaorique par kilogr. dans des granités de Bretagne, 2,07 dans des schistes gris et 1 ,08 dans des schistes rouges.
Quoiqu'il en soit» toutes les terres examinées ci-dessus renferment à l'hectare une quantité d'acide phosphorique notable et il est clair que si la totalité de cet acide était engagée dans des combinaisons telles que les plantes pussent s'en saisir, elles y trouveraient une réserve suffisante pour assurer les récoltes pendant bien des années, car contrairement à ce que nous verrons pour les nitrates, les eaux qui traversent le sol n'entraînent au dehors que des quantités insignifiantes de phosphates. Toutefois, il n'est pas certain, a priori, que l'acide phosphorique soit dans le sol à l'état assimilable, et de même que nous n'avons pas conclu, de l'abondance des matières azotées de la terre arable, à l'inutilité des engrais azotés, oous ne pouvons pas conclure de l'abondance des phosphates dans la terre arable, à l'inutilité de l'apport des engrais phosphatés.
L'expérience enseigne que sur certains sols ces engrais sont très efficaces, qu'ils le sont beaucoup moins dans d'autres, sans que le dosage de l'acide phosphorique total permette de prévoir absolument si les engrais phosphatés seront utiles ou sans action.
Pendant plusieurs années, on a cultivé au champ d'expériences de Grignon comparativement du maïs fourrage et des pommes de terre sur des parcelles, où l'on a répandu de l'azotate de soude ou du sulfate d'ammoniaque, additionnés ou non de superphosphates; on a en outre comparé les récoltes obtenues sans engrais ou sous l'influence des superphosphates employés seuls.
Pour les quatre années 1875, 1876, 1877 et 1878, on a obtenu les résultats suivants, fondus en une seule moyenne pour éliminer rinfiuence des saisons.
Récoltes à Thectare.
Engrais employés. Maïs fourrage Pommes
pesé vert. de terre.
Kilos. Hcctol.
Azotate de soude seul 65 . 356 276 . 0
— de soude et superphosphate. . 65.816 311 .0 Sulfate d'ammoniaque seul 60.035 290.5
— d'ammoniaque et superphos-
phate 60.216 278.0
Sans engrais 58.300 278.0
Engrais phosphatés seuls 58.100 276.0
Sur les betteraves en 1879, les résultats ont été analogues :
Récoltes à l'hectare.
Betteraves Betterares
Vilmorin. à collet rose.
Azotate de soude seul 37.500 57.500
— de soude et superphosphate. 37.500 55.100 Sulfate d'ammoniaque seul 28.000 52.000
— d'ammoniaque et superphos-
phate 30.000 46.000
Sans engrais 30. 500 46.000
Superphosphate 28.000 39.000
Il est manifeste que les superphosphates n'exercent sur notre sol de Grignon aucun effet utile; d'où il faut conclure que notre terre est suffisamment riche en acide phosphorique pour qu'une nouvelle addition de cette matière soit inutile.
Or, en procédant au dosage de Tacide phosphorique dans diverses parcelles on a trouvé pour moyenne de 24 dosages effectués sur les parcelles cultivées en maïs et en pommes de terre 1",27 d'acide phosphorique par kilogframme. Il eût été cependant bien imprudent de conclure de ces dosages et du peu d'effet des phosphates sur le sol du champ d'expériences, que 1*',2 d'acide phosphorique par kilogramme sont suffisants pour subvenir aux récoltes et qu'il est inutile d'employer les superphosphates sur un sol qui présente cette teneur. En effet, MM. Corenwinder et Contamine ont trouvé qu'une terre de Houdain, sur laquelle les superphosphates augmentaient la récolte, renfermaient précisément i'',2 d acide phosphorique par kilogramme. Il est donc manifeste que Yiiat de l'acide phosphorique n'est pas le même dans tous les sols; qu il peut y être plus ou moins assimilable et il importe de chercher à définir cet état d'assimilabilité, puisque nous en déduirons la codduite à tenir dans l'acquisition des engrais phosphatés.
§ 129. — Sur l'état de l'acide phosphorique dans la terre arable.
L'acide phosphorique contenu dans la terre arable y est engagé dans des combinaisons insolubles, les eaux de drainage n'en renferment que des traces. Il ne pourra donc être assimilé qu'après.avoir été amené à l'état soluble, soit par les réactions qui se produiront dans le sol, soit par l'action même des racines dont nous avons indiqué déjà l'action dissolvante (§ 81), et pourprévoir le degré d'assimilabilité qu'il est susceptible de présenter, il convient de chercher à quelles bases l'acide estuni, sous quelles formesil existe dans le sol.
ACIDE PHOSPflORIQUE TOTAL ET ASSIMILABLE.
Formes sous lesquelles l'acide phosphorique existe dans le sol. — L'acide phosphorique est très habituellement combiné à la chaux; les apatites, les phosphorites, les os, le noir animal renferment du phosphate de chaux ; dans les nodules Tacide phosphorique est uni à la fois à de la chaux et à de Toxyde de fer. Quand on répand sur le sol des superphosphates qui renferment deTacide phosphorique soluble, celui-ci ne persiste pas longtemps sous cette forme, il est saturé par le calcaire du sol et passe encore à l'état de phosphate de chaux.
Toutes ces combinaisons d'acide phosphorique et de chaux sont bien loin d'être identiques ; si toutes sont solubles dans les acides minéraux agissant à Tébullition, elles se dissolvent très inégalement dans les acides faibles, comme les acides acétique ou carbonique qu'on peut supposer prendre naissance dans le sol ou être sécrétés par les racines, et on conçoit que pour arriver à classer les phosphates d'après leur assimilabilité, on ait pensé à employer ces acides affaiblis qui donnent, peut-être, une indication sur la façon dont les phosphates seront attaqués dans le sol, ou dissous par les sucs des racines.
En employant cette méthode de recherche j'ai trouvé que les terres du champ d'expériences de Grignon, qui ne bénéficient pas de l'emploi des superphosphates, abandonnent à l'acide acétique agissant à l'ébullition une quantité notable d'acide phosphorique. On en jugera par le tableau suivant :
Acide phosphorique contenu dans nn kilogr. des sols des diverses
parcelles da champ d^xpériences (1879) (1).
FUMURES DISTRIBUEES.