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ACIDE PHOSPHORIQUE TOTAL ET ASSIMILABLE

II est remarquable que dans toutes ces terres une fraction importante de Tacide phosphorique est soluble dans Tacide acétique et dans le citrate d'ammoniaque, dans toutes il y a donc de Tacide phosphorique assimilable; en général la proportion dissoute par lacide acétique est plus forte que celle qui est solubilisée par le citrate d'ammoniaque; on voit en outre que les cultivateurs sont encore mal fixés sur les cas où il convient, ou non, d'employer les superphosphates ; la terre de la Somme adressée par M. Navarre provient de Santerre, elle était accompagnée de cette note : « la terre ne reçoit que du fumier de ferme à la dose de 65 à 70.000 kilos pour betteraves, au commencement de Tassolement ; les phosphates ne produisent aucune augmentation de récoltes; » et on con'çoit qu'il en soit ainsi, le fumier renfermant 3 kilos d'acide phosphorique assimilable par tonne apporte environ 200 k. d'acide phosphorique suffisant pour soutenir plusieurs récoltes.

La terre de Seine-et-Oise envoyée par M. Petit est beaucoup plus riche que la précédente, on donne aux betteraves du fumier, puis au blé qui suit : du nitrate de soude et du superphosphate à la dose de 150 kilos, mais on ne dit pas si on a remarqué que sa suppression amenât une diminution sensible des récoltes.

Le dosage exécuté sur le limOii du Nil, dont la fertilité est proverbiale, est particulièrement intéressant; on le cultive sans aucune addition, et s'il n'avait pas donné de phosphate soluble dans l'acide acétique, il est manifeste qu'on aurait pu en conclure que ce mode d investigation ne donne aucun renseignement utile sur l'état d'assimilabilité de l'acide phosphorique ; on a trouvé, au contraire, une quantité notable d'acide phosphorique attaquable par l'acide acétique, l'épreuve a donc été favorable à cette méthode. Il en a été de même dans les cultures expérimentales établies dans les domaines de la sucrerie de Bourdon, situées dans la Limagne d'Auvergne ; on a trouvé que parfois la moitié, souvent le tiers de l'acide phosphorique total se trouve à l'état soluble dans l'acide acétique : les superphosphates n'y exercent aucune action sensible.

Ces dopages conduisent à un premier rapprochement intéressant ; ils démontrent que les superphosphates ne produisent pas d'effet sur un sol qui renferme une partie notable de son acide phosphorique à un état tel, qu'il est partiellement soluble dans l'acide acétique.

Les essais précédents montrent donc que les phosphates solublcs dans l'acide acétique sont en effet assimilables; on peut fortifier cette conclusion, en cherchant si une terre qui ne renferme pas

d'acide phosphorique soluble dans l'acide acétique béoéficie de l'emploi des superphosphates, c'est-à-dire est trop pauvre en

■ il

phosphates assimilables pour soutenir les récoltes saDs un secours extérieur.

Or, c'est précisément ce que j'ai pu observer à Grignon, pendant l'été de 1890; une parcelle restée sans engrais depuis 187o a reçu

âGDE PHOSPHORIQUE total et assimilable. 421

en 1889 du superphosphate, une autre également sans engrais depuis 1875 reçut à la même époque, comme la précédente, la valeur de 200 kilos de superphosphates à Fhectare et de 200 kilos de chlorure de potassium; sans addition ce sol donna la valeur de 8"** de grains à Fhectare, avec superphosphates 24'^'", avec superphosphate et potasse 26''". L'action exercée par les superphosphates a été si marquée que nous avons pris une photographie de cette parcelle; elle est reproduite dans la figure ci-contre. Or, et nous ne saurions trop insister sur ce point, à l'analyse cette terre renfermait environ 1 gramme d'acide phosphorique total au kilo, mais des quantités indosables d'acide phosphorique soluhle d&Ds l'acide acétique.

En résumé, on voit que l'acide phosphorique contenu dans le sol s'y trouve à deux états différents; une fraction n*est soluhle que dans les acides minéraux, l'autre au contraire est soluhle à la fois dans les acides minéraux et dans l'acide acétique, et cette fraction parait assimilable.

§ 130. — Changements d'état de l'acide phosphorique du sol.

Les matières qui constituent la terre arable réagissent constamment les unes sur les autres, et les changements d'état y sont fréquents; ils sont particulièrement sensibles dans les substances introduites conmie engrais.

J'ai déjà indiqué plus haut (page 150) la curieuse expérience dans laquelle j'ai constaté la mort, par pléthore de chlorure de potassium^ de haricots arrosés avec des dissolutions de sel marin, ce qai implique que le chlorure de sodium ajouté avait réagi sur le carbonate de potasse du sol et s'était transformé en chlorure de sodium.

Les betteraves, les maïs, les sorghos, fumés au nitrate de soude renferment du nitrate de potasse; les eaux de drainage des terres qui ont reçu du nitrate de soude renferment surtout du nitrate de chaux,... les phosphates n'échappent pas à ces modifications.

Elles ont été signalées, il y a déjà longtemps, par le baron P. Thenard : ayant examiné une terre qui avait reçu l'année précédente une fumure de noir animal, il fut très frappé de n'y plus retrouver le phosphate de chaux que le noir y avait introduit, mais bien des phosphates de fer et d'alumine.

J'ai eu moi-même occasion d'observer le même fait pour une

terre de Sologne, qui avait reçu du noir animal, les acides minéraux permettaient bien d'en extraire de l'acide phosphorique ; mais Tacide acétique qui dissout les phosphates de chaux ou de magnésie, sans attaquer les phosphates de sesquioxyde, était sans action; le phosphate de chaux du noir employé avait donc été métamorphosé en phosphate de fer ou d'alumine.

Cette transformation est facile à réaliser dans le laboratoire; qu'à l'imitation du baron P. Thenard, on place dans un appareil à eau de Seltz une petite quantité de phosphate de chaux, et une cinquantaine de grammes de terre, puis, qu'après quelques jours on recueille le liquide, on n'y trouvera plus d'acide phosphorique dissous. Le phosphate de chaux est cependant soluble dans l'eau chargée d'acide carbonique, maisc^te dissolution réagit sur les sesquioxydes gélatineux du sol qui lui arrachent son acide phosphorique.

L'expérience réussit également en remplaçant la terre par de l'alumine ou de l'oxyde de fer. Il est vraisemblable qu'une action de cet ordre s'est produite au champ d'expériences de Grignon, dans les parcelles cultivées sans engrais depuis 1875. — En 1879, on trouvait encore par kilog. 0^%300 environ d'acide phosphorique soluble dans l'acide acétique; en 1889, on ne trouve plus que des traces de cet acide. Or, les récoltes assez médiocres obtenues pendant ces dix années n'ont pas pris plus de 400 kilos d'acide phosphorique et la diminution est de 0''",3 X 4 000 ou 1 200 kilos, qui ont dû passer de l'état assimilable à un état où ils n'étaient plus attaquables par les racines.

Quand l'acide phosphorique engagé en combinaison avec les sesquioxydes est devenu insoluble dans l'acide acétique, il n'est pas cependant toujours perdu pour la végétation, car ces phosphates de sesquioxyde cèdent facilement leur acide phosphorique aux carbonates du sol.

Deux grammes de phosphate de sesquioxyde de feront été placés dans l'eau avec 4 grammes de carbonate de potasse pur ; on agita à différentes reprises pendant quarante heures, en filtrant j'ai trouvé 08',158 d'acide phosphorique en dissolution dans l'eau. Si l'on emploie la même quantité de phosphate de fer et qu'on y ajoute 4 grammes de carbonate de chaux pur précipité, puis qu'on immerge le tout dans l'eau de Seltz, on obtient 0'% 109 d'acide phosphorique en dissolution (1).

(1) Dehéraiii) Recherches sur l'emploi agricole des phosphates^ 1860.

L'état de l'acide phosphorique contenu dans le sol est donc essentiellement variable, et bien qu'il faille compléter les indications que fournit l'étude du sol au laboratoire, par des expériences de cultures soutenues ou non par des superphosphates, pour airiver à savoir s'il renferme une quantité d'acide phosphorique assimilable suffisante pour fournir à l'alimentation des récoltes, les dosages d'acide phosphorique total et soluble dans l'acide acétique ou dans le citrate d'ammoniaque ammoniacal donnent déjà des indications précieuses.

iNous aurons au reste occasion, dans le chapitre où nous traiterons des engrais phosphatés, de préciser les conditions dans lesquelles ils ont chance de réussir.

§ 131. — Quantités de potasse contenues dans les terres arables.

Nous avons consacré dans la première partie de cet ouvrage plusieurs paragraphes à l'étude de la potasse ; nous savons : 1*" qu'elle existe dans les cendres de tous les végétaux ; 2^ qu'elle y remplit une fonction importante, car les végétaux n'atteignent leur développement complet qu'autant que leurs racines en trouvent à leur portée une quantité suffisante.

La recherche de la potasse dans le sol, la détermination de l'état dans lequel elle s'y rencontre, présentent d'autant plus d'intérêt, que la plus grande partie de la potasse employée dans les arts, provenant des cendres des végétaux, par suite, du sol forestier ou ménoie des terres arables, il est à craindre que ces sols ne se trouvent très appauvris d'un élément qu'on enlève sans cesse, sans se préoccuper habituellement de sa restitution.

Nous avons indiqué dans le chapitre précédent la méthode employée par MM. Berthelot et André pour déterminer la quantité de potasse totale contenue dans la terre arable, et qui consiste dans une attaque par le fluorhydrate d'ammoniaque complétée par l'action des acides sulfurique et chlorhydrique.

En appliquant ce procédé MM. Berthelot et André ont trouvé pour la terre qu'ils ont analysée : 8'',92 par kilo, ou pour la surface duQ hectare de 4000 tonnes 35680 kilos. Une terre du champ d'expériences de Grignon (parcelle 33) a donné au kilogramme : 8>M de potasse (KO), c'est donc 32.400 kilos à l'hectare.

Ce sont là des quantités énormes et on peut en déduire que les

42fr CONSTITUTION CHIMIQUE DES TERRES ARABLES.

terrés arables renferment habituellement des réserves de potasse de longtemps inépuisables. C'est au reste à cette même conclusion qu'étaient arrivés les agronomes allemands en attaquant la terre par Tacide fiiuorhydrique, ils avaient trouvé pour un hectare :

Quantité de potasse totale contenue dans un hectare de différentes

terres.

Kilog. de potasse i l'hectare.

Terre de Dalheim 76.760

— de Burgewegeleben 51.480

— de Wollup 63.000

— de Bargbornheim 45.800

— de Beesdau 68.080

— de Cartlow 40.760

Quelle est la fraction de ce puissant stock de potasse qui est disponible pour la végétation? Telle est la notion qu'il faudrait acquérir pour nous décider à répandre des engrais de potasse ou au contraire à nous abstenir; car, ainsi que nous l'avons dit déjà, pour Tazote et Tacide phosphorique, l'existence dans le sol d'un stock considérable de matières organiques azotées ou de phosphates est bien loin de rendre inutile l'emploi des engrais azotés ou des superphospha tes .

Nous avons vu dans le chapitre précédent que beaucoup d'agronomes à la suite de M. Paul de Gasparin considèrent comme prochainement utilisable la potasse dite attaquable^ c'est-à-dire susceptible de se dissoudre dans l'eau régale agissant à l'ébullition.

La potasse ainsi dosée provient sans doute de plusieurs sources différentes : !• elle peut être engagée en combinaison avec des acides formant des sels mal retenus par les propriétés absorbantes de la terre, tels seraient le sulfate et le chlorure de potassium.

2^ Elle peut être unie à l'acide carbonique formant encore un sel soluble, très bien retenu par la terre, mais très attaquable par l'eau régale.

3*^ Elle peut, enfin, faire partie de silicates déjà altérés, ayant perdu la plus grande partie de leur silice, et qui sont contenus dans les argiles ; il est vraisemblable que ces silicates ont quelque analogie avec ceux qui constituent ces verres, fabriqués avec excès d^alcali à basse température, qui se dévitrifient aisément sous l'influence des agents atmosphériques.

La potasse appartenant à ces diverses combinaisons a été dosée par M. de Gasparin dans quarante sols différents ; dans huit d'entre

eux, la potasse trouvée est inférieure à 1 millième, elle représenterait donc moins de 4000 kilos à l'hectare ; dans dix, elle oscille entre 1 et 2 millièmes, sa proportion est donc comprise entre 4000 et 8000 kilos à Thectare ; c'est dans cette catégorie que se trouveraient les terres du champ d'expériences de Grignon donnant pour les terres en bon état de fumure : 1»',17 par kilo.

Dans les analyses de H. de Gaspariu, 44 sols renferment entre 2 et 3 millièmes de potasse attaquable, c'est-à-dire de 8000 à 12000 kilos à l'hectare, enfin les 8 derniers contiennent 3, 4, 5, 6, 9 millièmes et le plus riche 34 millièmes de potasse.

M. de Gasparin tire, des analyses précédentes, les conclusions suivantes: «... On tend a développer l'emploi des engrais minéraux. Or il est indispensable pour le cultivateur de savoir s'il a besoin de ce qu'on lui propose. La consonmiation de potasse par Tenlèvement des récoltes, dans un terrain soumis à une culture riche, est en moyenne de 50 kilos annuellement. Or, un sol qui donnerait à l'analyse en potasse attaquable, dans l'épaisseur de la sole cultivée, cent fois cette quantité, c'est-à-dire la consommation de cent ans, sans tenir compte des restitutions par les engrais, serait évidemment au-dessus du besoin, et le propriétaire qui dans de pareilles conditions ferait une dépense de quelque importance pour enrichir ses engrais de sels de potasse, le ferait en pure perte. Or, il suffit du dosage de 0^,125 sur 100 grammes pour satisfaire à cette condition. »

Il est manifeste que M. de Gasparin estimant qu'une terre doit renfermer cent fois la quantité de potasse qu'il suppose être nécessaire chaque année aux récoltes ne considère pas comme assimilable toute la potasse dissoute par l'eau régale, et en effet, bien que les sucs acides des racines soient suffisants pour corroder le marbre on ne peut pas leur attribuer une action dissolvante analogue à celle qu'exerce l'eau régale àl'ébullition, et pour apprécier l'état dans lequel se trouve la potasse dans le sol, nous devons avoir recours à des réactifs moins énergiques.

Un grand nombre de combinaisons potassiques étant essentiellement solubles, il est naturel d'étudier d'abord l'action de l'eau.

§ 132. — État de la potasse dans la terre arable.

Action de l'eau. — Nous avons dit que la potasse dite attaquable existait probablement dans le sol à divers états, et qu'une

fraction importante était retenue par les propriétés absorbantes du sol (voyez le chapitre suivant), et on conçoit qu'il s'établisse entre ces propriétés absorbantes et Faction dissolvante de Teau un équilibre, variable avec les poids des deux substances réagissantes. Cherchons donc les quantités de potasse enlevées au sol par Teau agissant en proportions croissantes.

Potasse dans les eaux de drainage. — Les terres du champ d'expériences de Grignon renferment, avons-nous dit, l'%17 de potasse attaquable ; pendant l'année juin 1889 à juin 1890, ces terres ont laissé couler à l'hectare 1890 mètres cubes d'eau de drainage, 1 mètre cube de ces eaux a donné 4^%96 de potasse ; l'eau de drainage aurait donc contenu pendant l'année : 9 kilos 374 de potasse, la terre d'un hectare étant évaluée à 4000 tonnes renfermerait 4000 X 1,17 = 4680 kilos de potasse attaquable dont l'eau de drainage n'aurait enlevé que 2 millièmes.

Bien que l'eau de drainage n'enlève qu'une minime fraction de la potasse attaquable, cette fraction varie cependant avec le degré de fertilité du sol; ainsi, on a dosé dans les parcelles épuisées par la culture sans engrais 0'%99 et 0^',91 de potasse attaquable au kilo de terre, c'est-à-dire près d'un millième, la proportion n'est donc pas très différente de celle qu'on a constatée dans la bonne terre et cependant l'eau de drainage qui s'écoule de ces terres épuisées est beaucoup plus pauvre en potasse que celle qui provient des terres en bon état de fumure ; elle renferme seulement 2^% 41 au même cube, c'est-à-dire qu'elle représente seulement 5/10000 de la potasse attaquable. La fraction dissoute est plus faible que pour la terre en bon état de fumure, et comme les dosages ont montré que ces terres épuisées renferment beaucoup moins d'humus que les terres fumées, il en faut conclure que ce n'est pas seulement l'humus qui retient la potasse, mais aussi les colloïdes argileux.

Action de Teau employée en excès. — Quand la terre, au lieu d'être en contact avec une faible quantité d'eau, comme dans les conditions naturelles examinées plus haut, se trouve en présence d'un très grand excès de liquide, que par exemple 200 grammes de terre sont épuisés par un litre, dont l'action se prolonge pendant vingt-quatre heures, Faction dissolvante de l'eau est bien plus énergique, on trouve en effet :

Potasse enley^e au sol par l'eaa employée dans la proportion de 5 à 1

par kilogr. à l'hectare.

Terre en bon état de fumure 0^,019 76 kilos.

— épuisée 0 ,009 36 —

Ainsi un grand excès d'eau enlèverait au sol des quantités de potasse notables, supérieures pour la terre fertile à celles que M. de Gasparin reconnaissait suffisantes pour rendre inutile l'emploi des engrais de potasse.

Si on exagère encore la proportion d'eau^ l'effet devient naturellement plus sensible. Les deux terres précédentes ont reçu à deux reprises différentes 10 litres d'eau par kilogramme ou 20 litres en tout, on a trouvé :

Potasse enlerée an sol

par l'ean employée

dans la proportion de 20 à 1

par kilogr. i Thectare.

Terre en bon état de fertilité Os',400 400 kilos.

— épuisée 0 ,053 212 —

Ces expériences sont tout à fait analogues à celles qu'ont exécutées, il y a déjà quelques années, MM. Berthelot et André, en épuisant une terre par l'action successive d'un litre d'eau pour 100 grammes agissant à trois reprises différentes, ils ont trouvé :

Potasse enlevée à la terre par kilogr. par hectare.

4" lavage. 10 d'eau pour i de terre. . 0»'',067 2« — 10 — 1 — .. 0 ,049

En tout, 30 — 1 — . . 0«'-,i43 572 kilos.

ou plus de 10 fois ce que M. de Gasparin juge nécessaire à une bonne récolte.

Un premier point est donc acquis par ces expériences; la terre renferme une grande quantité de potasse soluble^ mais retenue avec une énergie telle, qu'il faut des quantités d'eau énormes pour la dissoudre.

Le fait établi par ces essais est-il particulier aux terres étudiées ou bien présente-t-il un caractère générai ?

Pour le savoir nous avons étendu les essais à des terres très différentes des précédentes.

Dans les expériences suivantes nous avons employé l'eau dans la

proportion non plus de 30 à 1, comme dans l'essai de MM. Berthelotet André, mais simplement de 5 à 1 et nous avons dosé :

Potasse enlerée au sol par kilogr. par hectare.

Terre de Wardrecques (Pas-de-Calais). . . 0K^027 88 kilos. — de Palbost(Liraagne, Puy-de-Dôme). 0 ,068 272 —

Le fait parait donc général : quand la terre est pendant quelques heures en contact avec une grande masse d'eau, elle lui cède une quantité de potasse considérable, il est bien à remarquer cependant que l'eau n*enlève jamais toute la potasse soluble que le sol renferme.

Un kilogramme de terre épuisée est mis en digestion dans 5 litres d'eau, d'autre part un autre kilogramme de la même terre additionné de 0^%050 de chlorure de potassium correspondant à à 0^,031 de potasse est mis également en digestion avec 5 litres d'eau ; si la potasse du chlorure de potassium ajouté se dissout intégralement dans l'eau, nous trouverons dans l'eau du second lot 0*%031 de plus que dans le premier; or l'eau a entraîné 0'%0075 de potasse dans la terre normale et 0^',0096 dans la terre additionnée, par conséquent, elle n'a pris que 0'',002 sur les 0p",031 qui ont été introduits.

Ainsi les propriétés absorbantes du sol sont suffisantes pour retenir une très forte fraction de la potasse introduite; on en peut conclure que la quantité de potasse soluble dans l'eau que la terre renferme est énorme, et que même quand elle agit en grande quantité l'eau est un médiocre dissolvant. Pour s'assurer que la potasse est bien en effet soluble, mais qu'elle est simplement retenue par les propriétés absorbantes, il convient de modifier le dissolvant. Or j'ai reconnu depuis bien des années (1863) que les sulfates sont moins bien retenus que les carbonates, d'où il résulte que si au lieu d^attaquer par l'eau la terre normale, on la met en contact avec une dissolution d'un sulfate, cette dissolution devra extraire de la terre une plus grande quantité de potasse que l'eau pure ; c'est bien ce qui a lieu en effet, ainsi que le montrent les essais suivants :

Potasse enlevée h 1 kilogr. de terre par 5 litres d*eaa pure ou

addldonnée.

Terre 33. Terre 37.

Régulièrement Épuisée par U culture

fumée sans engrais

par kilogr. par hectare, par kilogr. par hectare.

Eau distillée 0»%019 76 kil. Ok',009 36 kil.

£aa+6'%5 de sulfate de

chaux 0 ,07i 284 — 0 ,051 204 —

Eau + 25 gr. de sulfate de

Nous pouvons conclure avec certitude de ces essais qu'une fraction importante de la potasse contenue dans la terre arable s'y trouve à l'état soluble dans l'eau, mais que cette potasse soluble retenue par les propriétés absorbantes n'est habituellement dissoute qu'en très minime proportion. Dans quelle mesure la puissance dissolvante des racines peut-elle vaincre les propriétés absorbantes du sol, c'est malheureusement ce qu'il nous est impossible de décider actuellement, nous ne pouvons par suite résoudre la question qui intéresse la pratique agricole, à savoir : convient-il ou non d'acquérir des engrais de potasse? Les essais de laboratoire ne suffisant pas à nous éclairer, il convient de les compléter par les résultats que fournissent les cultures expérimentales, nous en donnerons des exemples au chapitre : Engrais de potasse,

§ 133. — Présence du chlore.

Nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage que le chlorure de potassium exerce sur la migration des principes immédiats une influence marquée et habituellement, quand on trouve quelque efficacité aux sels de potasse, cette efficacité est plus marquée pour le chlorure que pour le sulfate ; dans quelques exploitations on a jugé utile d'employer comme engrais le sel marin, qui, nous l'avons vu, se métamorphose aisément dans le sol en chlorure de potassium ; il est donc vraisemblable que la présence du chlore dans le sol est nécessaire. Il est rare qu'il fasse défaut, les eaux de pluie surtout dans le voisinage de la mer en apportent des quantités notables, MM. Lawes, Gilbert et Warington constatent dans l'eau de pluie de Rothamsled 3^',i par mètre cube ; déversés sur la surface d'un hectare, les 7000 mètres cubes d'eau contiendraient donc environ 28 kilogrammes de chlore, ce qui représente plus que ne consomme une récolte moyenne.

Dans beaucoup d'exploitations, au reste, on donne au bétail du

sel à discrétion, de telle sorte que le fumier renferme des quantités notables de chlorure de sodium ; comme ce sel se transforme aisément, par double échange avec le carbonate de potasse, en chlorure de potassium assimilable, les sols qui reçoivent le fumier provenant d'animaux qui ont du sel dans leur ration manquent rarement de chlore ; il est à remarquer cependant que le chlorure do sodium se trouve dans les eaux de drainage et que, par conséquent, sa déperdition est considérable, aussi les cultivateurs qui n'emploient que peu de fumier, qui fument leurs terres avec des tourteaux ou des engrais chimiques, trouvent-ils souvent des avantages marqués à employer comme engrais le chlorure de potassium.

§ 134. — Présence dans le sol de la chaux, de la siuce, de l'oxtde

DE fer.

Nous aurons occasion dans la troisième partie de cet ouvrage de traiter d'une façon complète de l'addition aux terres arables des amendements calcaires, nous n'avons donc pas à nous en occuper ici.

Le sable existe dans tous les sols, et bien que ce ne soit pas sous cette forme, mais sous celle de silice gélatineuse, soluble dans l'eau aiguisée d'acide carbonique, que cette matière soit assimilée, elle ne parait jamais manquer dans le sol ; on a cru à une certaine époque que l'addition des silicates aisément attaquables pourrait avoir une influence heureuse sur la rigidité de la paille des céréales et sa résistance à la verse : en y regardant de plus près, on a reconnu que la silice se fixait davantage sur les feuilles que sur les tiges, et n'exerçait par conséquent aucune influence sur la rigidité des pailles, et qu'en outre la verse était due à des causes absolument différentes de l'abondance de la silice.

Enfin si des traces d'oxyde de fer paraissent nécessaires à la constitution de la matière verte des plantes, il est rare que le sol en soit privé, et que l'emploi des sels de fer soit nécessaire pour fournir aux végétaux cette substance, très abondante dans les terres qui présentent une coloration rouge ou brune.

§ 135. — Compositions physiques et chimiques d'un certain nombre

de sols.

Nous avons déjà donné plus haut la teneur en azote et en acide phosphorique de certains sols, nous ajouterons ici la composition physique et chimique de quelques sols cultivés.

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