CHAPITRE V
§ 136. — Démonstratio?! expérimentale.
Toutes les personnes qui ont suivi les cours de chimie générale savent que certains corps poreux ont la propriété de retenir les principes avec lesquels on les met en contact : le noir animal, par exemple, obtenu par la calcination des os, se charge avec la plus grande facilité des matières colorantes, et c'est une expérience vulgaire que d'agiter du vin rouge avec ce charbon pulvérisé, de jeter le tout sur un filtre, pour voir couler au-dessous de l'entonnoir une liqueur absolument incolore : toute la matière colorante a été retenue par le charbon; on sait encore que les sucreries employaient naguère des quantités considérables de noir d'os pour décolorer les sirops de sucre. Or, il existe dans la terre arable une propriété absorbante analogue à celle que possède le noir animal, et il esl facile de répéter dans un cours l'expérience fondamentale due à M. Huxtable. Dès 1848, cet agronome filtra du purin sur de la terre arable placée dans un entonnoir, et reconnut qu'après cette filtration, le liquide passait presque incolore et dépouillé de toute odeur; on en pouvait conclure que non seulement la terre enlevait au purin sa matière colorante, mais aussi qu'elle se chargeait des composés ammoniacaux auxquels le purin doit son odeur, comme le charbon de bois se charge des gaz à odeur fétide que renferment les eaux croupies.
L'absorption des sels ammoniacaux par la terre arable est encore facile à démontrer dans un cours ; il suffit, pour la rendre manifeste, d'agiter pendant quelque temps de la terre avec une dissolution étendue de carbonate d'ammoniaque, qui a été préalablement titrée ; après filtration, on reconnaît que le titre a été singulièrement abaissé, c'est-à-dire que la quantité d'alcali contenue dans chaque centimètre cube a beaucoup diminué.
Aux travaux de M. Huxtable sur les propriétés absorbantes de la terre arable pour les principes solubles du purin, se joignirent bientôt ceux de M. Thompson, puis successivement ceux de M. ^Vay et de M. Brustlein, dont nous devons maintenant nous occuper.
Quantités d'ammoniaque absorbées par la terre arable. —M. Way a constaté dans le travail important qu'il a consacré à l'étude de