‹ Traité de chimie agricoleChapitre 186 sur 399 · CO U · texte numérisé non relu

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L'étude des eaux de drainage nous conduit donc à ce résultat fort important : Tacide phosphorique et la potasse ne disparaissent du sol que par Taction des récoltes, et on peut calculer la teneur du sol en ne tenant compte que des apports par les engrais et des prélèvements par les récoltes. Il en est tout autrement pour les engrais azotés ; ceux-ci se partagent en trois fractions inégales, Tune est assimilée par les récoltes, Tautre est retenue dans le sol, la troisième et non la moins importante est enlevée par les eaux de drainage ; or comme Tazote est l'élément le plus cher et le plus précieux, il est très important de connaître la fraction qui reste dans le sol, où avec Tacide phosphorique et la potasse elle constitue ce qu'on désigne sous le nom à!engrais en terre,

§ 142. — Sur l'engrais en terre. — Résidds laissés par les

FUMURES antérieures.

Dans un grand nombre de cas le cultivateur a intérêt à savoir quelle est la fraction de Tengrais distribué qui persiste dans le sol après une ou plusieurs récoltes.

Cette connaissance lui est nécessaire non seulement pour régler les fumures à distribuer de nouveau, mais aussi pour servir de bases aux accords qui surviennent à la fin de bail entre fermier et propriétaire, quand il s'agit d'établir l'indemnité auquel a droit ce cultivateur pour l'engrais qu'il laisse dans le sol.

On sait que le principe de cette indemnité a été l'objet de longues discussions et qu'il importe que la question soit complètement élucidée, afin de mettre un terme aux pratiques actuelles qui sont extrêmement fâcheuses.

Quand un fermier voit arriver la fin d'un bail qu'il sait ne devoir pas être renouvelé, il a le désir légitime de récupérer les avances d^engrais qu'il a faites au sol en cultivant des plantes épuisantes : betteraves et céréales, sans les soutenir par aucun apport d'engrais nouveau ; il abandonne ainsi un sol fatigué sur lequel le fermier entrant devra faire de lourdes dépenses d'engrais, avant de le ramener à l'état où il se trouvait quand le fermier précédent a commencé à l'épuiser.

Pour un petit bail de neuf ans, il se trouve ainsi que pendant les trois premières années les rendements sont médiocres parce que la terre a été appauvrie, ils sont bons pendant les trois années suivantes, puis arrive la période d'épuisement pendant laquelle

les récoltes baissent de nouveau, puisqu'elles sont obtenues sans apport d^engrais.

11 est manifeste que si le principe de Tindemnité au fermier sortant était établi, les rendements resteraient élevés pendant toute la durée du bail, puisque le fermier n'aurait plus d'intérêt à épuiser le sol sachant qu'il lui sera tenu compte des engrais qu'il laisse derrière lui (1).

Toutefois pour que cette indemnité puisse être calculée, il faut posséder des connaissances qui en général nous font défaut. Nos prédécesseurs croyaient que l'engrais en terre est représenté par la différence entre l'engrais distribué et celui qui a été prélevé par les récoltes ; nous savons aujourd'hui que si on peut jusqu'à un certain point calculer les quantités d'acide phosphorique et de potasse qu'un sol renferme en ne tenant compte que de son état primitif, des engrais et des récoltes, car ces éléments ne sont pas entraînés dans les eaux de drainage, pour l'azote cette opinion est absolument inexacte, une fraction importante de la fumure azotée ayant disparu dans les eaux de drainage, tandis que d'autre part l'azote atmosphérique se fixe dans le sol en proportion variable avec la nature des plantes cultivées et les façons qu'elles exigent.

Il est clair que le calcul d^s différences entre les matières introduites et celles qui ont disparu est absolument impossible et que pour nous faire un opinion sur l'état dans lequel se trouve un sol après un certain nombre de récoltes, nous ne pouvons avoir recours qu'à l'observation directe ; cela est d'autant plus nécessaire que si les procédés de dosage des éléments bruts contenus dans le sol sont exacts et faciles à mettre en pratique, nous n*avons plus que des connaissances très incomplètes sur l'état assimilable ou non de ces éléments, qu'enfin la plupart des auteurs n'ont tenu nul compte de l'humus qui, d'après ce que nous avons vu plus haut, est l'élément qui disparait le plus vile dans la culture sans engrais et celui cependant qui ne peut faire défaut sans que les rendements de certaines espèces décroissent rapidement. Il importe donc de réunir et de discuter tous les renseignements que nous possédons aujourd'hui sur cette importante question.

Sur les résidus laissés par les fumures d'engrais azoté. — MM. Lawes et Gilbert ont cherché à établir d'abord qu'elle était la fraction de l'azote contenue dans l'engrais distribué qui était uti-

(1) Voyez le Congrès inlemaiional d'agincuUure de 1889, p. 234-306 et passim.

lisée par la récolte. La méthode employée pour obtenir ce premier chiffre est la suivante : on compare le poids des récoltes qui ont crû sur des parcelles qui ont reçu seulement des engrais minéraux à celui des récoltes recueillies sur des parcelles qui, outre ces engrais minéraux, recevaient un engrais azoté ; les récoltes que fournissent ces dernières sont plus fortes, on soustrait du poids de la réccflte obtenue sur la parcelle qui a reçu Tengrais azoté, le poids de la récolte fournie par la parcelle qui a reçu seulement les engrais minéraux, on a ainsi le poids de la fraction de la récolte qu'on peut attribuer à Tengrais azoté employé. Si on détermine la teneur en azote de cette récolte, on calcule aisément la quantité d'azote contenue dans Texcédent de récolte, et si enfin on compare cet excédent à la teneur en azote de Tengrais, on sait quelle est la fraction de celui-ci qui est retrouvée dans Texcédent de récolte.

MM. Lawes et Gilbert ont donné sur ce point des renseignements du plus haut intérêt résumés dans le tableau D.

Ce tableau est fort instructif, on voit d'abord qu'un tiers environ de l'azote distribué sous forme de sel ammoniacal sert directement à l'accroissement de la récolte quand la dose employée reste minime, et nous avons reconnu (note page 460), en effet, que jusqu'à une certaine limite, la récolte croît avec la quantité d'engrais distribué, mais déjà quand la dose atteint 676 kilos de sel ammoniacal, une fraction un peu moindre est utilisée et quand elle s'élève à 896 kilos , la fraction de l'azote qui se retrouve dans le supplément de récolte n'est plus guère que du quart de la quantité distribuée ; il est bien à remarquer que Tazote nitrique a été utilisé beaucoup plus complètement, près de la moitié se retrouve dans le supplément de récolle .

Quand, au lieu d'employer des sels ammoniacaux ou du nitrate de soude, on a fait usage de fumier de ferme, la fraction utilisée est considérablement réduite.

Pour l'orge et pour l'avoine la fraction utilisée est d'environ la moitié de l'engrais distribué sous forme de sel ammoniacal ou de nitrate, mais seulement le quart quand l'azote a été distribué sous forme de tourteaux.

Peut-on supposer que la fraction de l'azote non retrouvé dans le supplément de récolte a servi à enrichir le sol, et un fermier qui a fait usage d'engrais solubles sera-t-il en droit de réclamer la valeur des deux tiers ou de la moitié des sels ammoniacaux ou de nitrate de soude distribués quand il cessera de cultiver la terre qui les a reçus?

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