EXCES SUR
kilos.
Les auteurs ont répété en 1881 les dosages d^azote exécutés en 1865, sur les diverses parcelles du champ de blé et ont trouvé des chiffres analogues aux précédents ; ils insistent avec force sur le point suivant : toujours Texcës d'azote constaté est en raison directe de la richesse des récoltes, de leur abondance, et inverse de la perle calculée par la composition des eaux de drainage ; l'excès est dû principalement aux débris laissés dans le sol par la culture sous forme de racines, de chaumes et peut-être aussi de graines tombées au moment de la maturation. C'est ce qui apparaît clairement quand on compare les nombres de 1881 à ceux de 1865 : pour les parcelles à l'ammoniaque, ils sont presque identiques, un peu plus forts en 1881 sur les planches où la culture est la plus avantageuse, un peu plus faibles sur celles où le rendement est moindre (1).
Il y a là une notion nouvelle d'un haut intérêt, ce ne sont pas les propriétés absorbantes du sol qui entrent en jeu pour retenir une partie de l'azote de l'engrais ; ce qui persiste dans le sol, ce n'est pas de l'ammoniaque, c'est de la matière organique d'autant plus abondante que la récolte aura été plus forte ; on voit, en effet, que la matière organique plus difficile à nitrifier que les sels ammoniacaux persiste dans le sol et la parcelle qui reçoit chaque année
(i; Ann. agron,, t. VIII, p. 409.
du fumier de ferme est la seule qui présente une richesse notable.
Influences qu'exercent sur les récoltes les fumures antérieures d'engrais azotés solubles. — MM. Lawes et Gilbert ne se sont pas bornés aux études précédentes; ils ont voulu les fortifier par des essais directs sur le sol, entrepris de façon à voir si les résidus laissés par les cultures antérieures sont en relation étroite avec la nature des engrais distribués et la propriété que possède le sol de les retenir ou simplement, comme il vient d'être dit, avec l'abondance des récoltes que ces engrais ont fournies.
Si ce sont les propriétés absorbantes qui maintiennent dans le sol, les sels ammoniacaux, par exemple, la fertilité des parcelles qui les ont reçussera d'autant plus grande que la quantité distribuée aura été plus forte, elle sera, en outre, bien plus assurée que si les engrais employés ont été des nitrates qui se laissent très bien entraîner par les eaux de drainage. Si ce sont au contraire les résidus organiques qui persistent, on ne trouvera guère de difTérence entre les parcelles qui auront reçu les nitrates et celles qui auront été fumées aux sels ammoniacaux.
Pour décider entre ces deux hypothèses, MM. Lawes et Gilbert comparent d'abord les rendements de diverses parcelles cultivées les unes en orge, les autres en blé et amendées avec des poids différents de sels ammoniacaux (1).
Deux parcelles voisines reçoivent la même dose d'engrais minéraux pendant six ans, Tune, 4AA, reçoit en outre 448 kilos de sels ammoniacaux chaque année, tandis que sa voisine 4A n'en a que la moitié, 224 kilos ; en 1858, après six ans de ce traitement inégal, les deux parcelles sont ramenées à la même fumure ; comment le grand excès de sel ammoniacal donné sur 4AA l'a-t-il enrichie? C'est ce que va nous apprendre la différence de rendement de ces deux parcelles quand elles reçoivent chaque année la même dose de sel ammoniacal ; le supplément de récolte est en moyenne, pour la parcelle 4AA, de l*^*,4i de grain et de 252 kilos de paille ; la différence est donc sensible, mais elle n'est pas plus forte pendant les premières années qu'àla fin des observations; en effet, en 1858, nous trouvons que 4AA donne 4***^*, 5 de grain de plus que 4 A et on pourrait peut-être l'attribuer à un résidu ammoniacal; mais en 1866 on retrouve cet excès de 4**"*, 6; c'est donc un enrichissement qui est durable. Or, quand on se rappelle avec quelle rapidité les sels
(1) The Journal ofihe R, agr. Soc, ofEngL^ 2« sér., t. IX, 1873. — Ànn. agron.^ 1. 1, p. 16.
ammoniacaux se nitrifient, on ne peut supposer qu'un excès de sel ammoniacal se fasse sentir huit ans après son épandage, Fexcès de récolte doit donc être attribué, non pas à Faction fertilisante d'un sel soluble, mais bien à une matière qui persiste dans le sol, à une matière organique.
On a une nouvelle preuve de cette manière de voir dans une autre série d'expériences exécutées sur deux parcelles qui ont encore porté de Torge, mais ont reçu de Tazotate de soude pendant cinq ans, de 1853 à 1837 : Tune, IN, à la dose de 300 kilos, Fautre, 2N, à celle de 600 kilos; cette dernière a été réduite ensuite à la dose de 300 kilos comme iN; la comparaison qui sert à montrer l'influence des résidus laissés par la forte fumure de 2N dure jusqu'en 1871, c'est-à-dire que, de 1837 à 1871, les deux parcelles reçoivent la même dose d'engrais azoté ; or en moyenne 2N bien que recevant, nous le répétons, la même fumure que sa voisine, la surpasse de 2^*''\7 de grains et de 230 kilos de paille, ce n'est certainement* pas un résidu de nitrate de soude qui détermine cette plusvalue, car le nitrate de soude est facilement entraîné dans les eaux de drainage et on trouve les plus forts excédants : 7'**'*,2 à la septième récolte et un autre encore très fort, 3*'"*,4, en 1870.
Ainsi, contrairement à Topinion généralement répandue, les bonnes récoltes obtenues à l'aide d'engrais salin, laissant dans le sol des résidus abondants, épuisent moins le sol que les récoltes médiocres; les résidus persistent* pendant plusieurs années et maintiennent une fertilité d'autant plus grande qu'ils sont plus abondants.
Résidus laissés par les cultures de fumier de ferme. — Travaux exécutés au champ d'expériences de Grignon. — Puisque ce sont les résidus organiques, les débris des récolles plus abondants sur les terres qui ont porté de bonnes récoltes, dans les cas où l'on a employé des engrais salins, qui constituent Vengrais en terre^ ou conçoit que les fumures de fumier de ferme puissent être plus durables que les fumures aux engrais chimiques, particulièrement sur les sols où le fumier exerce une action très favorable, c'est ce que nous avons observé à bien des reprises différentes au champ d'expériences de Grignon.
De 1873 à 1879, pendant cinq ans, un certain nombre de parcelles fut employé à la culture continue des pommes de terre ; les engrais distribués n'exercèrent qu'une action médiocre, et on résolut de chercher les résidus qu'ils avaient laissés, en maintenant
pendant plusieurs années sur ces parcelles une culture de blé de Bordeaux sans lui fournir d'engrais, de façon que les récoltes ne fussent soutenues que par les résidus de fumures antérieures. On obtint les nombres inscrits au tableau suivant (1).