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CULTURE DU BL£ DE* BORDEAUX

Rendements moyens en quintaux métriques des récoltes de grains obtenues sous rinllnenee des résidus laissés par diverses fumures.

FUMURES DISTRIBUÉES

LES ANNÉES PRÉCÉDBNTES.

Sans engrais depuis 1875.

Fumier enterré

— en couverlure.. . .

Azotate de soude

Sulfate d'ammoniaque . . .

Engrais SoufTrice (viande)

— Coigniet (cuir). ..

Moyenne générale

Dû Sd

A Grignon, Tazotate de soude réussit mieux que le sulfate d'ammoniaque et cette différence persiste dans les arrière-fumures; les récoltes obtenues sous TinQuence des engrais salins sont cependant bien inférieures à celles que donne le fumier enterré qui conserve le premier rang pendant les quatre années qu'a duré l'expérience. L'engrais de viande provenant des usines Souffrice qui n'avait pas produit grand effet sur les pommes de terre qui l'avaient reçu en 1879 a exercé, au contraire, une influence marquée en 1880; cette année-là, il est très supérieur à l'engrais de cuir préparé par les usines Goignet, mais il n'en a plus été de même en 1881, où l'engrais Coignet, lent à décomposer, a donné 23"**', 2 contre 21*'*%6 donné par l'engrais Souffrice.

On trouve une nouvelle preuve de la persistance dans le sol des engrais organiques, dans la culture du sainfoin établie en 1879 sur des parcelles qui avaient porté les années précédentes des betteraves (1875-76 et 77) et du maïs fourrage (1878), elles ont fourni les récoltes suivantes :

(1) Afin, agron., t. X, p. ICI.

Sainfoin alimenté par les résidas laissés par les famores antérlenret.

Sans Fomier Fumier Axotate Sulfate

engrais. enterré, en conrertare. deioude. d'ammonia4|«e. kilos. kilos. kilos. kilos. kilos.

Moyenne.... 5863 8360 5879 6194 5540

L'influence des arrière-fumures de fumier est donc encore là extrêmement sensible, le fumier enterré les années précédentes a laissé le sol dans un état très favorable, les récoltes venues sur une arrière-fumure de nitrate de soude sont à peine supérieures & celles de la parcelle sans engrais, et celles qui se sont développées sur une arrière-fumure de sulfate d'ammoniaque leur sont inférieures.

Ce qu'il y a de fort curieux, c'est que cette influence de la fumure au fumier persiste encore après plusieurs années ; les parcelles cultivées en sainfoin ont été transformées en prairies permanentes de graminées en 4884 et la somme de récolles de foin obtenues pour les cinq années a été la suivante :

Foin récolté sur diverses parcelles cultivées sans engrais

de 1884 & 1888.

Natare des arrière-famures. Pour les cinq ans. Pour ane année (moyenne).

Fumier 25 . 820 5. 145

Sans engrais 21.550 4.310

Nitrate de soude 22.430 4.486

Suirate d'ammoniaque 21 .030 4.206

Superphosphate 21 .280 4.256

Ainsi, si les fumures des engrais salins n'ont plus eu d'influence sensible, celle du fumier enterré est encore marquée; en 4888, les parcelles au fumier surpassaient encore de 1,000 kilos de foin les parcelles sans engrais bien que la distribution du fumier eut cessé dès 1879.

§ 143. — Résumé. — Influence des propriétés absorbantes

SUR LA COMPOSITION DE l'eNGRAIS EN TERRE.

Les notions acquises dans ce chapitre nous montrent que Tacide phosphorique, la potasse et la matière organique sont bien retenus par la terre arable, mais qu'il n'en est plus ainsi des engrais azotés

(1) On a distribué à cette parcelle du sulfate de potasse en 1880 et en 1881.

solubles : Tammoniaque étant très rapidement nitrifiée dans un très grand nombre de sols disparait presque aussi vite que les nitrates.

Il arrive cependant que lorsque ces engrais azotés salins ont été efficaces, lorsqu'ils ont provoqué une récolte abondante, le sol se trouve enrichi d'une faible fraction de l'azote introduit; c'est qu'en effet, dans ce cas les résidus organiques, feuilles, chaumes, racines, ont donné à cette fraction de l'azote des engrais solubles, une forme sous laquelle il échappe à la déperdition; d'où il faut conclure que les récoltes les plus abondantes obtenues sous finfluence des engrais salins sont celles qui exercent sur le sol l'action la moins épuisante en azote; si en effet la récolte est faible, l'engrais Don directement utilisé est entièrement perdu dans les eaux de drainage (voyez page 467). En revanche ces récoltes prélèveront sur le sol d'autant plus d'acide phosphorique et de potasse que leur poids sera plus élevé.

Les résidus azotés organiques laissés par les engrais salins ne sont cependant que minimes, ce sont les résidus provenant de l'emploi des engrais organiques qui ont seuls une influence marquée sur les récoltes postérieures; c'est ce qu'ont très bien observé les cultivateurs qui maintiennent dans la composition de leurs fumures le premier rang au fumier de ferme et aux tourteaux, n'employant les engrais salins qu'en proportion restreinte pour élever le rendement de la récolte qui les reçoit.

Dans l'établissement des indemnités au fumier sortant, s'il faut tenir compte des fumures organiques, de l'apport des phosphates et des sels de potasse, on ne saurait guère accorder aux faibles résidus organiques développés par l'emploi des sels ammoniacaux ou des nitrates une valeur sensible.

Nous avons énuméré dans les chapitres précédents les causes qui déterminent la fertilité des terres, nous avons insisté sur l'influence qu'exercent la bonne circulation de l'air et de l'eau, l'abondance des aliments et nous ne voulons pas y revenir ici, mais étudier au contraire les causes qui amènent la stérilité. Elles peuvent être rapportées soit à une mauvaise constitution physique

et notamment au manque d'épaisseur de la couche active, soit à la présence de matières nuisibles, soit à l'épuisement des principes utiles aux végétaux par suite d'un mauvais système de culture.

§ 144. — Stérilité par mauvaise constitution physique du sol.

Nous avons vu dans le chapitre II de cette seconde partie que la fertilité n'est assurée que par une juste proportion des divers éléments constituant le sol; aussitôt qu'un des principes prédomine la fertilité diminue et si l'un deux constitue seul la couche superficielle, la culture devient impossible, la stérilité est complète; nous avons discuté les différents cas qui peuvent se présenter dans le chapitre II et nous y renvoyons le lecteur, mais il n'en est plus de même pour le manque d'épaisseur du sol et il importe d'indiquer comment dans certains cas on peut y remédier.

Stérilité par manque d'épaisseur de la couche arable. — Quand on parcourt une contrée où les routes sont de temps à autre tracées à un niveau plus bas que les sols cultivés, on voit nettement sur les talus l'épaisseur de la couche arable, elle est en relation étroite avec l'aspect des récoltes, même quand la roche sous-jacente est meuble, à fortiori quand elle est dure et compacte, les causses de la Lozère presque désertés ne montrent dans les talus du chemin de fer que quelques centimètres de terre rougeâtre au-dessus des roches cristallisées du sous-sol,. La mauvaise partie de la Champagne est stérile par suite de la faible épaisseur de la couche arable qui laisse par places apparaître la craie sous-jacente.

Une terre qui manque d'épaisseur est absolument soumise aux influences atmosphériques, elle est notamment incapable de résister à la sécheresse. A Grignon, la terre de la défonce n'a guère que 20 centimètres au-dessus de la craie, elle ne donne de récoltes passables que dans les années humides. Il en est tout autrement d'une terre profonde; elle conserve dans ses couches inférieures de précieuses réserves d'humidité et de matières alimentaires.

En juillet 1870, après une sécheresse prolongée, MM. Lawes et Gilbert ont prélevé des échantillons de terre à des profondeurs croissantes dans le sol d'une prairie de Rolhamsted (1). La déter-

(I) Les nombres que nous citons sont empruntés au mémoire : Influence de la sécheresse de 1870 sur les récoltes ('), et relatifs à la parcelle restée sans engrais; les racines des plantes médiocrement vigoureuses que portait cette parcelle n'ont pu

(*) Ann. agron., t. I, p. 251 et 551.

MAUVAISE COxNSTITUTION PHYSIQUE. 475

mination d'humidité y donne un trës bel exemple des réserves que conservent les sols profonds.

Eau daDt 100 parties de terre.

Première couche de 22<'%5 10.83

Deuxième couche 13.24

Troisième couche 19.23

Quatrième couche 22.71

Cinquième couche 24.28

Sixième couche 25.07

On doit encore à. ces éminents agronomes une autre détermination également intéressante : « La sécheresse et la chaleur qui régnèrent pendant les mois de juin et de juillet 1868 furent telles qu'il est impossible d'imaginer des conditions plus favorables, pourétudier Tinfluence de Tabsence de pluie sur le sol, que celles qui se rencontrèrent pendant )*été de cette année. A la fin de juillet on préleva les échantillons sur diverses parcelles... » Nous donnons ceux qui sont relatifs à la parcelle restée sans engrais qui fournit cette annéelà i^^^\i de grain à l'hectare.

Eau pour 100 parties.

Première couche -de 7*'",.'i 4.05

Deuxième — 7.20

Troisième — 8.91

Quatrième — 10.65

Cinquième — 4 1 .25

Sixième — 13.20

Septième — 1 4. 03

Huitième — 15.09

Neuvième — 16.84

Dixième — 18.03

Onzième — 14.64

Douzième — 15.44

Toutes ces ressources manquent à un sol qui n'offre aux racines qu'un couche meuble de faible épaisseur; aussi très souvent ces terres sont-elles incapables de porter des cultures herbacées dont les racines ne sont pas assez puissantes pour s'enfoncer dans les crevasses du sous-sol et y puiser Teau qui s y est infiltrée ; il n'en est plus ainsi des arbres et de la vigne. Avant l'invasion du phylloxéra, on voyait dans notre région méridionale des coteaux pierreux, arides, qui auraient été incapables de nourrir uue culture annuelle, couverte de vignes verdoyantes.

Les terres profondes renferment en outre une quantité de matières alimentaires considérables qui manquent aux sols à faible épaisseur ; quand on procède, en effet, à Tanalyse de diverses couches d'une bonne terre, on y trouve des proportions notables

atteindre les couches profondes qui ont gardé leurs réserves d'humidité ; il n'en a plus été de même des plantes qui ont reçu du nitrate de soude, les racines ont atteint les profondeurs et la récolte a été excellente (Voyez 3« partie, Emploi du nitrate de soude).

d'azote combiné : Isidore Pierre a trouvé par kilogramme dans une terre de la plaine de Gaen :

Azote combiné par kilogr.

Première couche de la surface à 25 cent. i»'',732

Deuxième — îJO — 1 ,008

Troisième — 75—0 ,765

Quatrième — i met. 0 ,837

A Grignon sur la pièce des 26 arpents, qui occupe le fond de la vallée, où depuis des siècles se sont accumulées les terres meubles entraînées par les eaux aux deux versants des plateaux et qui s'étend du chemin de Chantepie à Tétang, j'ai trouvé en 1867 :

Asote combiné par kilogr.

A la surface 2»',040-2»',020

AC-jSO 1 ,600

Ai mètre 1 ,060

Ai"»,60 1 ,090

Si on se rappelle que sur cette masse d'azote combiné une faible fraction est assimilable, on conçoit combien les plantes seront placées dans une condition avantageuse si leurs racines s'étendant dans un parallélipipëde de terre d'une grande hauteur vont y glaner les faibles proportions de principes assimilables qu'il renferme. On estime qu'un pied de différentes espèces occupe dans des cultures normales les poids de terre suivants :

Espèces. Poids de la terre.

Haricot nain 29 kilogr.

Pomme de terre 86 —

Tabac 215 —

Houblon 4334 —

Si la terre est peu épaisse, les plantes devront être très éloignées les unes des autres pour que leurs racines trouvent à s'étaler dans les poids précédents; si la couche est profonde, ces poids seront obtenus non plus par les dimensions des surfaces, mais par celles de la hauteur du prisme dévolu à chacune d'elles, elles seront plus rapprochées et la récolte plus abondante. Une différence quelque peu sensible sur l'épaisseur de la couche arable se fait déjà sentir dans les rendements; la terre du champ d'expériences à Grignon repose sur la craie, dont la surface n'est pas absolument plane ; on trouve cette craie sous quelques-unes des parcelles plus vite que

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