MATIÈRES NUISIBLES
fait le premier propriétaire, la culture fut possible, mais quand on ramena à Tair par des labours profonds les couches du sous-sol, on fît surgir aussi le sulfate de fer, dont les propriétés vénéneuses avaient détruit toute végétation.
Rien n'est plus facile que de reconnaître dans un sol la présence du sulfate de fer, une dizaine de grammes de terre sont lessivés, on filtre, dans une portion d'eau de lavage on ajoute de Tammoniaque, on voit apparaître un précipité verdâtre qui rougit au contact de l'air; dans une autre portion de liquide, ou verse du ferrocyanure de potassium, il donne un précipité bleu qui passe rapidement à la couleur intense du bleu de Prusse.
Si une terre présente ces caractères, il n'y a pas à hésiter à la chauler ; la chaux décompose le sulfate de fer, donne du plâtre inoifensif et de Toxyde de fer insoluble et par suite inactif.
Sel marin. — La présence du sel dans une terre est signalée par la nature des plantes spontanées qu'on y rencontre, telles que les salsolas, les saiicotneSy les staticées; il est aisé en outre de s'assurer de la présence du sel marin, en prena^nt un échantillon de terre, le lavant avec de l'eau, filtrant, additionnant de quelques gouttes d acide azotique pur^ et enfin de^ nitrate d'argent, on obtient un précipité blaac, noircissant à la lumière et soluble dans l'c^mmoniaque.
Une terre habituellement humide peut contenir 2 p. 100 de sel sans cesser d'être propre à la végétation; dans une terre qui se dessèche facilement i p. 100 de sel suffit pour amener le stérilité.
M. de Gasparin cite une terre du delta du Rhône renfermant 2,293 p. 100 de sel marin, qu'on réussit à cultiver en recouvrant le sol après les semailles de roseaux tirés des fossés ou des étangs voisins, ils empêchent la dessiccation, la concentration du sel, et grâce à cette pratique les terres rapportent douze à treize fois la semence là où sans abri, elles ne produisaient rien.
Quand, en efiet, le sol se recouvre d'une croûte saline, il devient impropre à la végétation. C'est ce qu'on observe dans les départements riverains de la Méditerranée, où l'on désigne sous le nom de salant une légère croûte saline qui se présente sur des terres improductives.
Le salant est surtout formé de sel marin (1), il apparaît pendant les années de longue sécheresse sur des sols où Ton n'en soupçon-
(1) E. Bérard, Comptes rendus, 1871, t. LXXIII, p. 1155.
Chimie agricole. 31
nait pas Texislence et qui jusqu'au moment où ils sont envahis étaient considérés comme fertiles. Le salant apparaît par places ; M. Bérard a trouvé dans le sol d'une de ces plaques salées qui se manifestent au milieu d'un champ fertile, et qui, presque dépourvues de végétation, tranchent brusquement au milieu d'une belle culture, pour 500 grammes de terre : 0^%845 de sel marin et 0*%300 de sulfate de magnésie. Le terrain immédiatement adjacent ne contenait que 2 dix-millièmes de sel.
Il est vraisemblable que le sel remonte des couches qui sont imprégnées d'eau de mer, jusqu'à la surface, là où le sol est particulièrement tassé et où par suite les efiets de la capillarité sont plus puissants.
La culture des terrains salés peut être entreprise toutes les fois que les eaux douces sont abondantes, M. Gaston Gautier en a donné un très bel exemple au domaine du Frand-Craboules, situé près de la mer, aux environs de Narbonne (1).
« La partie vraiment cultivable du domaine, celle qui émergeait une grande partie de Tannée au-dessus des eaux, fut protégée contre les coups de mer et les inondations périodiques de TÂude par une vaste ceinture de chaussées.
« Soixante hectares de terres médiocres ont été choisis dans cette enclave et drainés avec le plus grand soin avec des tuyaux de poteries placés de 10 mètres en 10 mètres et à 1 mètre de profondeur au-dessous du sol; les eaux sont recueillies dans une fosse collective et élevées à l'aide d'une machine pour être rejetées par-dessus la chaussée dans la mer.
« Pour pratiquer le dessalement, le sol ayant été drainé comme il vient d'être dit, a été défoncé à 45 centimètres et immédiatement recouvert d'une couche d'eau douce de 5 à 10 centimètres d'épaisseur, qui, sans cesse renou- I velée, s'infiltrait dans les terres et entraînait les chlorures.
Après six mois, la proportion de sels contenue dans les eaux de lavage du I sol avait diminué de moitié, et les drains empêchant les eaux salées du sous-
I sol de remonter dans la couche superficielle, la fertilité bientôt acquise s'est
! maintenue.
La quantité d'eau dont on dispose a permis de mettre la vigne à l'abri du I phylloxéra, aussi le domaine est-il devenu un vignoble qui rapporte souvent
i 200 hectolitres de vin à l'hectare. On compte que la rente annuelle dont
l'hectare est grevé pour l'ensemble des travaux est 183 fr. 50 par hectare; avec une production de 200 hectolitres, valant 18 francs, on obtient 3,600 francs, c'est-à-dire que l'opération a été extrêmement fructueuse.
Dans le Nord et dans TOuest les pluies sont suffisantes pour assurer le dessalement des terres imprégnées de sel marin. Dans la baie de Bourgneuf (Vendée), il existe des polders ou lais de mer
(I) Revue scientifique^ 2» sér., t. X, p. 229, 1875.
qui ne sont séparés de FOcéan que par des digues de 4 à 5 mètres de hauteur. Avant leur endiguement, ils étaient couverts d'eau de mer à chaque marée haute ; une fois endigués, ils sont desséchés et dessalés par un réseau de fossés à ciel ouvert aménagés à des pentes convenables pour se débarrasser des eaux. En 1863, on a trouvé pour le sol des polders 1,76 de sel marin pour 100 de terre, en 1871, 0,008. Des terres endiguées en 1867 ne renfermaient plus, en 1871, que 0»',0d6 de sel.
Les moëres des environs de Dunkerque ont été inondées par les eaux salées, à quatre reprises différentes dans Tespace de deux siècles. On n*a pu les remettre en culture qu'après Tépuisement des eaux salées à l'aide de pompes mises en mouvement par des moulins à vent.