MATIÈRES NUISIBLES
Bouches-du-Rhône (1), estimait ces limons à 6 millions de mètres cubes ou 9 millions de tonnes.
Ces limons ne paraissent pas avoir toujours la même valeur. M. P. de Gasparîn qui habite Orange et connaît dans tous ses détails les pratiques agricoles de la Provence dit : «... un cultivateur intelligent qui pratique le colmatage choisit dans les crues de la rivière ; il exclut en général les teintes brunes ou rouges; il n*admet que les eaux jaunâtres. Cependant tous les dépôts ont un caractère commun, Texcessive rareté do l'acide phosphorique et de la matière organique. » Les eaux de la Durance sont utilisées au colmatage pendant l'hiver sur des sols légers ; on établit des retenues à l'aide de bourrelets, et on forme ainsi facilement des bassins qui se colmatent naturellement ; ces bourrelets étant ensuite supprimés, les espaces qu'ils limitaient sont fortement améliorés par l'augmentation de l'épaisseur de la couche végétale et par l'accroissement de la consistance.
L'emploi des limons pour transformer des terres caillouteuses et stériles en terres arables, n'est pas encore très répandu, cependant MM. Thomas ont fourni, au Pontet près d'Avignon, un très bel exemple de colmatage ; ils estiment qu'en employant les eaux troubles de la Durance qu'on maintient dans une série de bassins communiquant les uns avec les autres, il faut cinq ans pour apporter au sol une couche de limon de 25 à 30 centimètres d'épaisseur, fournissant sans fumure 20 hectolitres de blé à l'hectare, tandis que les terres primitives n'en rapportaient que 12 (2).
Quand aucun de ces procédés ne peut être mis en pratique et qu'on se trouve devant une mince couche de terre reposant sur un sous-sol sec, il est souvent bien plus avantageux de ne pas entreprendre la culture, et de procéder résolument au boisement; on évite ainsi de lourdes dépenses, qui généralement restent inutiles; il est très dangereux d'entrer en lutte avec une mauvaise terre, elle ne rembourse pas les avances qu'elle a reçues.
§ 145. — Terres stériusées pa.r la présence de matières
nuisibles aux végétaux.
Ces matières nuisibles sont ou le sulfate de fer, ou le sel marin;
(1) Imprimerie nationale, 1876.
(2) Irrigations dans le départ, de Vaucluse, Impr. nat., 1878, p. 408.
on rencontre parfois des terres très riches en salpêtre qui ne peuvent être cultivées, mais elles sont très rares.
Sulfate de fer. — On trouve assez fréquemment dans divers terrains du sulfure de for ; il se présente sous forme de cristaux durs, brillants, inaltérables à Tair, qui sont aujourd'hui employés à la fabrication de Tacide sulfurique, ils sont grillés dans des fours spéciaux et donnent de Tacide sulfureux, transformé ensuite en acide sulfurique par Faction de Tacide azotique. Ces cristaux désignés sous le nom de pyrite jaune ne présentent aucun danger pour la culture, il n'en est plus ainsi d'une autre variété connue sous le nom de pyrite blanche; on la trouve en masses arrondies montrant après cassure une structure rayonnée; à Tair humide la pyrite blanche se couvre de cristaux de sulfate de fer par oxydation directe, or ce sulfate exerçant une action funeste sur la végétation aussitôt qu'il arrive au contact des racines, en dissolution un peu concentrée, on conçoit qu'un champ renfermant de la pyrite blanche soit stérile.
A. yoelcker(i}, qui a étudié ces questions avec soin, en cite plusieurs exemples : une pièce dont la terre accusait à l'analyse ii^%39 p. 100 de sulfate de fer et 0'%78 de pyrites était tout à fait stérile ; il en était de même d'une terre du Bedfordshire dans laquelle l'analyse signalait 1^',05 de sulfate de fer et 0^',56 de sulfure; ce sol était si absolument stérile, qu'il ne portait pas le moindre brin d'herbe. Sa couleur était d'un gris noirâtre, et il semblait riche en matières organiques, mais en réalité cette teinte était due à du sulfure de fer très divisé et capable d'émettre sous l'inQuence de l'acide carbonique de l'air et de l'humidité de l'hydrogène sulfuré.
Un autre champ, situé en HoUaude et provenant du dessôcliement du lac de Harlem, renfermait pour 100 parties : 08^,74 de sulfate de fer et 0sr,71 de pyrites; une circonstance assez curieuse s'était produite dans son exploitation. Il avait été pendant quelques années très légèrement labouré à la surface avant les semailles, et il donnait des récoltes passables; après quelques années, le domaine fut vendu, le nouveau propriétaire, mécontent des rendements, laboura le sol énergiquement : l'effet de ce travail fut déplorable, la récolte manqua absolument. Une bonne fumure de fumier de ferme ne changea rien à la stérilité, aucune plante ne put se développer. Un échantillon de celle terre ingrate fut alors adressé à Voelcker, qui reconnut dans le sol la présence du sulfate de fer. Celui-ci avait été entraîné dans le sous-sol par l'eau de la pluie, et tant qu'on se borna à ameublir la surface comme Tavait
{\) On some Causes of improductiveness ofsoils. Juumalde laSœ* R. d'agr, d'AnglelerrCy 2« série, t. I, 18G5.