SÉCHERESSE
Le premier besoin de la plante est rbumidité; quand un pays d'abord régulièrement arrosé par la pluie se dessèche, il devient stérile, la population l'abandonne; Thistoire nous enseigne que des contrées autrefois florissantes, désertes aujourd'hui, étaient bien plus humides qu'elles ne le sont maintenant. En Asie, la Palestine était autrefois très peuplée; il en est de même de la Mésopotamie : ces contrées sont maintenant à peine habitées, et Ton ne saurait juger de la fertilité de la terre de Chanaan en parcourant les pachaliks d'Acre et de Damas.
Or, ces contrées étaient autrefois infiniment plus humides qu'elles ne le sont aujourd'hui. On en trouve une preuve très claire dans Tétude des eaux de la mer Morte : leur densité est considérable, elle varie de i,'240, nombre donné par Lavoisier, à i,194, chiffre trouvé plus récemment par Boussingault. Aucun animal ne peut vivre dans ces eaux extrêmement chargées de chlorures et dans lesquelles les bromures sont déjà très abondants. Le sel cristallise en différents points et forme des masses assez hautes et rappelant le bloc que mentionne Thistorien Josèphe comme étant, suivant la tradition, la statue de la fille de Loth.
Ces eaux proviennent cependant de la Méditerranée, dont elles ont été séparées à une époque plus ou moins reculée ; pour qu'elles aient acquis le degré de salure qu'elles affectent aujourd'hui, pour que le sel cristallise sur leurs bords, il faut fatalement que l'évaporation soit infiniment plus active que l'arrivée de l'eau.
Aujourd'hui cependant les pluies ne manquent pas absolument en Judée, mais l'eau s'écoule rapidement sur le pays dénudé; le Jourdain se gonfle, l'eau de la mer Morte s'élève parfois de 2 mètres, puis descend rapidement ensuite, sous l'influence d'une évaporation excessive. A l'époque où les Hébreux pénétraient dans le pays, où, pour s'y maintenir, ils eurent à combattre constamment contre les populations industrieuses qui envoyaient leurs vaisseaux dans la Méditerranée jusqu'à Carthage et à Marseille, le sol était loin de présenter une stérilité aussi complète que celle qui le désole aujourd'hui.
Au moment où Ninive et Babylone poussaient leurs guerriers à travers l'Asie jusqu'en Grèce et en Egypte, la population était dense et serrée, elle trouvait donc une terre fertile pour la nourrir. A quelle cause attribuer l'abandon de ces contrées, si ce n'est à ce que les conditions climatériques ont changé et ont rendu la culture impossible?
Nous ne pouvons pas attribuer la dépopulation actuelle de ces pays à un épuisement du sol, semblable à celui qui s'est produit en Algérie, car l'histoire ne rapporte pas que ces contrées aient jamais exporté des quantités considérables de céréales; aussi n'est-ce pas à l'épuisement que nous attribuons la stérilité actuelle de ces contrées, mais bien à la sécheresse qui y règne aujourd'hui.
J'ai eu moi-même sous les yeux en Algérie des exemples de l'influence déplorable qu'elle exerce. A la limite du Tell et des Hauts-Plateaux, dans le
bassin supérieur du GheliiT, j'ai parcouru aux environs de Boghari un pays absolument dénudé, d'une stérilité complète. La route serpente au milieu d'une plaine poudreuse qui semble labourée de la veille. Les tribus qui habitent d'ordinaire ce pays désolé se sont dispersées et cependant l'administrateur de Boghari me disait qu'aux environs, on trouvait les ruines de trois villes romaines importantes ; il est visible qu'elles ne s'étaient pas fondées dans un pays absolument dénué de ressources, comme l'est actuellement le haut bassin du ChelifT. Le pays était autrefois plus fertile qu'il ne Test aujourd'hui; et il est à remarquer, au reste, qu'un seul élément de la production végétale fait défaut; quand les pluies sont abondantes, ainsi que cela arrive en moyenne tous les cinq ou six ans, ce sol desséché, sur lequel nous avons pu voir le mirage, se couvre d'abondantes moissons; au?si les Arabes enseraencent-ils tous les ans, espérant toujours que la pluie viendra donner la vie aux grains qu'ils confient à la terre.
L'eau a une telle importance en Algérie que la densité de la population suit presque exactement la répartition de la pluie : la Kabylie, où il tombe 1,100 millimètres d'eau, est au moins aussi peuplée que la France, tandis que les arrondissements de Mostaganem et de Mascara, où la pluie est rare, ne renferment qu'un petit nombre d'habitants.
Dès le début de l'occupation, malgré les balles des Arabes, malgré les fièvres, dues aux exhalaisons des marais, on s'est établi à BoufTarick, à Bouffarick le tombeau des colonsy parce que situé dans la cuvette de la Mitidja, les eaux y sont abondantes; aujourd'hui la ville est prospère, les magnifiques plantations de platanes qui ornent ses places et ses avenues, ses vignes luxuriantes, ses jardins où prospèrent les orangers témoignent que le sol est humide.
Aussitôt qu'avec la sonde, on fait jaillir à la surface du Sahara les eaux souterraines de l'Oued Rir, les oasis se créent, en plein désert, au sud de Biskra comme par enchantement. L'eau abondante est donc la condition même de la f prospérité de l'agriculture méridionale.
Influence réfrigérante des végétaux. — Quand un sol est couvert de végé- » taux, il n'est pas désolé par la sécheresse : en efTet, les rosées y sont abondan-
I tes, les pluies moins rares que sur un sol dénudé, enQn l'eau de la pluie ne
* s'écoule pas brusquement, elle est retenue et utilisée.
I II est d'observation courante qu'après une nuit sereine, les prairies se
couvrent d'une abondante rosée, tandis que les terres labourées sont sèches. ^ Boussingault rapporte l'observation suivante : « Je n'ai jamais eu l'oc-
casion de voir une rosée aussi abondante que celle qui se produit quelquefois I dans les steppes de San Martin, à l'est de la Cordillère orientale des Andes, à
! une grande distance de la mer. Durant les nuits pures et calmes, le gazon de
I ces plaines immenses reçoit sous forme de rosée une quantité considérable
[ d'humidité qui tempère, par son évaporation, l'excessive chaleur du jour.
j Dans les climats tropicaux, les forêts contribuent à abaisser la température, à
I la naissance et à l'entretien des sources en faisant passer la vapeur aqueuse
de l'air à l'état de rosée. Dans les régions très chaudes, il est rare de bivouaquer dans une clairière lorsque la nuit est favorable à la radiation, sans entendre l'eau dégoutter continuellement des arbres environnants. Je puis citer entre bon nombre d'observations de ce genre celle que je fis dans une forêt du Caucase. Au contadiro de las coles, où je bivouaquai, la nuit était magnifique,