ACTIONS DIVERSES DE LA CHAUX
hors de toute proportion avec celle que le sol reçoit dans un chaulage moyen : une récolte ordinaire de pommes de terre, développée sur un hectare, absorbe en effet environ 9 kilogrammes de chaux; une récolte de froment, 26 kilogrammes; une de betteraves, 24 kilogrammes; une de topinambours, 14 kilogrammes, et une de trèfle, 100 kilogrammes. Les plantes cultivées ne prélèvent donc sur le sol que de très faibles quantités d'eau, Ton ne comprendrait pas la nécessité d'enfouir dans le sol 13 000 à 54000 kilogrammes de chaux à rhectare, quantités qui correspondent de 100 à 400 hectolitres, si cette terre alcaline n'avait d'autre utilité que de remplacer celle qui est prélevée par les récoltes.
Dans quelques cas Futilité de la chaux n'est pas douteuse, quand, par exemple, le sol renferme des veines pyriteuses qui, en s'altérant à l'air, donnent du sulfate de fer, ainsi qu'on l'a observé déjà dans un certain nombre de terrains, et notamment dans un domaine situé sur les sols provenant du dessèchement du lac de Harlem (voyez § 146), l'intervention de la chaux, qui décompose ce sulfate pour le remplacer par du pl&tre complètement inoffensif, est nettement indiquée. Mais dans la plupart des cas, la chaux porte son action sur les matières enfouies dans la terre arable, et y provoque des métamorphoses que nous allons essayer de faire connaître.
Action delà chaux sur les propriétés physiques des terres arables. — Nous avons insisté déjà dans la seconde partie, page 363, sur l'action qu'exercent les sels de chaux sur les propriétés de l'argile; nous avons rappelé l'expérience de M. Schlœsing, dans laquelle on voit une argile en suspension dans l'eau distillée se coaguler aussitôt qu'elle est mise en présence d'un sel de chaux et se précipiter au fond des vases.
11 ne parait pas douteux, bien que des expériences précises manquent encore sur ce sujet, que des terres fortes formant facilement avec l'eau des masses plastiques, imperméables, emprisonnant les liquides ne soient profondément modifiées par l'action de la chaux.
Sur les terres fortes, l'emploi de la chaux ou de la marne est très avantageux; les terres fortes de Blaringhem appartenant à mon collaborateur et ami feu M. Porion n'ont pu donner des récoltes avantageuses qu'après avoir été fortement marnées ; le marnage combiné au drainage a permis de les travailler convenablement.
Les domaines appartenant à la sucrerie de Bourdon, situés dans la Limagne d'Auvergne, sont formés d'une terre très argileuse :
depuis dix ans, on y incorpore de grandes quantités d'écumes de défécation et quand les labours sont contrariés par les pluies d'automne, les terres, ainsi amendées avec les écumes, sont abordables deux ou trois jours plus tôt que les terres voisines, qui ne reçoivent pas d'amendements calcaires.
On conçoit réciproquement que si l'emploi des amendements calcaires est très avantageux dans les terres fortes en les rendant plus filtrantes, moins humides, ces amendements exercent une influence fâcheuse sur les terres légères; c'est précisément ce qu'on observe sur le sol de Grignon; la terre y souffre bien plus de la sécheresse que de Thumidilé, les années humides sont bien plus favorables que les années sèches, aussi l'action de la chaux est^elle funeste, quelques essais nous ont -montré qu'il fallait absolument la proscrire.
Action de la chaux sur les matières azotées du sol. — Cette action a été étudiée par Boussingault (1). Il a reconnu que l'addition de la chaux, provoque la formation de l'ammoniaque aux dépens des matières azotées du sol; il est facile de le démontrer; on mélange de la terre qui n'est que médiocrement humide à de la chaux vive, on introduit le mélange dans un petit ballon, fermé par un bouchon muni d'un petit tube droit assez large, pour qu'on puisse y introduire en le pliant un papier de tournesol humide ; après quelques instants, il est nettement bleui; Boussingault a reconnu au reste que les quantités d'ammoniaque formées sont trop faibles pour qu'on puisse supposer que le chaulage ait pour principale utilité, l'attaque des matières azotées du sol. Si un chaulage équivavalait à l'emploi des sels ammoniacaux, l'acquisition de ceux-ci serait évidemment plus avantageuse.
Boussingault avait trouvé, dans les recherches que nous résumons en ce moment, que la chaux n'exerce aucune action favorable sur la nitrification ; il est facile d'en saisir la raison; il avait additionné la terre d'une dose de chaux énorme, incompatible avec le fonctionnement du ferment nitrique ; M. Warington a montré depuis, en effet, que Talcalinité de l'eau de chaux est trois fois supérieure à celle qui convient à la nitrification.
Tous les auteurs qui récemment se sont occupés de la nitrification ont reconnu qu'elle n'avait lieu que dans un milieu très légèrement alcalin; l'introduction de la chaux dans une terre où l'abondance des matières organiques détermine plutôt une réaction acide
(I) Chim. agr., t. HI, p. 149.