TANGUE
entre dans les lombes est comprise entre 4/4 et i/2 du volume total.
Enfin, la tangue s'emploie quelquefois aussi directement, sans mélange préalable, soit sur des prairies naturelles ou artificielles, après la récolte du fourrage, soit sur les chaumes de froment ou de sarrasin. Lorsque la tangue est ainsi employée seule, on n'en répand ordinairement que la moitié de la quantité que l'on fait entrer dans les composts.
Les terres qui reçoivent depuis longtemps, avec régularité, de fortes proportions de tangues finissent par offrir l'aspect des tanguières : ceci n'arien d'étonnant, si Ton réfléchit qu'après une longue suite d'années, le terrain primitif n'entre plus que pour une minime proportion dans le sol ainsi modifié par des additions successives : la dose habituelle de tangue, en effet, est comprise entre 6 et 16 mètres cubes par hectare pour les meilleures qualités, entre 10 et 20 pour les qualités moyennes ; dans les environs de Cherbourg, on en emploie de 25 à 100 mètres cubes par hectare. L'expérience démontre que les terres les plus souvent et les plus anciennement tanguées éprouvent, aussi bien que les autres, les bons effets d'une nouvelle couche de cet amendement. Les principes les plus efficaces de la tangue disparaissent donc assez rapidement. — Quand on demandait naguères aux cultivateurs à quoi ils attribuent les bons effets de la tangue, ils répondaient que c'est « au sel qu'elle contient. » Cette opinion n'est certainement pas fondée, car les tangues les plus estimées ne fourniraient guère qu'une dose de sel de 7 kilogrammes par hectare et le mettraient ainsi à 200 francs les 100 kilogrammes. Du reste, les tangues les plus riches en sel sont précisément les moins estimées; enfin, les opérations que Ton fait subir au sablon, égouttage prolongé, exposition à l'air et aux pluies, etc., ont pour résultat d'éliminer la plus grande partie du sel qu'il pouvait contenir.
Quant à l'effet des matières azotées et des phosphates, sans en nier l'importance, il faut se garder de l'exagérer : trente tonnes de la meilleure tangue, à ce point de vue, ne vaudraient pas une tonne de fumier de ferme, et certaines tangues très estimées ne pourraient fournir aux récoltes la moitié de l'acide phosphorique qu'elles renferment. Il est au contraire un fait dominant, c'est que les tangues qui passent pour les meilleures sont aussi les plus riches en calcaire : c'est là, sinon le seul élément, du moins le plus important à considérer. D'ailleurs les terres sur lesquelles on obtient les
Chimie agricole. 34
effets les plus marqués sont aussi celles sur lesquelles le chaulage réussit le mieux. La tangue est donc un véritable amendement, tout ù fait comparable aux faluns. Toutefois on doit lui reconnaître une action fertilisante spéciale en raison des matières organiques et des sels favorables à la végétation qu'elle renferme.
On ne sera donc pas étonné qu'en mettant en comparaison de la chaux et de la tangue, cette dernière présente un avantage marqué, c'est ce qui résulte de cultures exécutées par M. Philippar sur des panais ronds : latanguea donnéàThectare, un excédent de 4,570 kilos, de 3,200 kilos, pour les pommes de terre, de 870 kilos pour le grain de seigle et de 2,950 kilos pour la paille.
Si on remarque en outre que le prix de la chaux dans la tangue est d'environ quatre fois inférieur à celui de la chaux vive, on conçoit combien les cultivateurs bretons mettent d'empressement à récolter les sables calcaires.
M. Philippar constate que la culture du trètle incarnat et surtout celle du trèfle rouge ne sont possibles sur les terres granitiques de Bretagne qu'à la condition d'importer l'élément calcaire qui y fait complètement défaut ; les sables coquillers augmentent le rendement des légumineuses, des rutabagas, des pommes de terre ; sur les prairies naturelles, le sable produit d'excellents effets : destruction des mousses et des plantes acides, développement des légumineuses, etc. ; enfin le sable calcaire donne des céréales à rendements plus élevés, à grains mieux nourris, à farine plus appréciée.
Influence de la chaux sur la modification de la flore. — Le cultivateur qui défriche une terre abandonnée à la végétation spontanée entre en lutte contre les plantes adventives qui disputent aux espèces semées, l'espace, l'eau et les aliments, et il a souvent grand intérêt à modifier violemment la flore locale par l'addition des amendements calcaires.
La flore des pays dépourvus de chaux diffère de celle qui couvre les pays où elle abonde (1); or, un chaulage énergique crée à la flore locale des conditions fâcheuses, si, ainsi qu'il arrive souvent, elle est surtout composée de plantes calcifuges; ce chaulage ou ce marnage donne en revanche aux plantes nouvellement introduites des avantages qui leur permettent de sortir victorieuses du combat pour la vie dans lequel elles s'engagent contre les espèces indigènes.
(1) Vovez Coatejeau, Ann. des s:, nat. bot , 5<» série, t. XX, p. 226; 6« série, 1. 11, p. 222.