ÉCUMES DE DÉFÉCATION
Il est certains végétaux de grande culture, les légumineuses notamment, qui bénéficient à un si haut degré de la présence du calcaire qu'il suffit de chauler des prairies où la chaux faisait défaut pour que le trèfle y apparaisse spontanément, les graines apportées par le vent y prospèrent aussitôt que le terrain leur est devenu favorable.
Le Limousin est resté un pays misérable pondant des siècles; il ne s'est transformé et n'est arrivé à l'état relativement prospère où nous le voyons aujourd'hui, qu'au moment où la construction des chemins de fer a permis d'y introduire à bas prix la chaux du département du Cher; la culture du trèfle inconnue jusque-là dans ce pays granitique est devenue possible, les animaux plus nombreux, mieux nourris, ont donné assez de fumier pour qu'on put transformer les pacages en prairies fauchables ; Talimentation de Texcellente race des bœufs limousins étant assurée, son élevage a fait rapidement des progrès sensibles et la vente des jeunes animaux est devenue pour les propriétaires et les métayers une source de larges bénéfices.
Dans les prairies humides, l'emploi des amendements calcaires exerce une influence remarquable, j'ai plus que doublé le rendement des prairies de l'Avre appartenant à la Ville de Paris en les amendant avec de la chaux ou du plâtre additionné d'une faible dose de nitrate de soude.
§ 158. — Résidus calcaires des diverses industries.
Écumes de défécation. — Les sucreries emploient pour la défécation des jus de betteraves des quantités notables de chaux; introduite à l'état de lait de chaux, elle est carbonatée dans les cuves même où a lieu la défécation ; le carbonate de chaux qui se précipite, entraîne des quantités notables de matières organiques dont quelques-unes sont azotées, et bien qu'elles soient partiellement décomposées pendant TébuUition maintenue pendant la carbonatation, les écumes renferment de 4 à 5 millièmes d'azote de 1,50 à 3,0 de phosphate de chaux; la proportion du carbonate de chaux est voisine de 40 centièmes. On conçoit donc que les cultivateurs des terres fortes voisines des sucreries emploient avec grand avantage les écumes de défécation; sur les domaines de Bourdon, dans la Limagne d'Auvergne, les quantités employées sont considérables, nous avons dit déjà qu'elles atteignent souvent
50,000 kilogrammes à Thectare, et Teffet sur ces terres fortes est très avantageux.
Chaux d'épuration du gaz. — Les chaux d'épuration du gaz sont parfois dangereuses à cause du sulfocyanure de potassium qu'elles renferment; on ne peut les utiliser qu'après une exposition à Tairj^assez prolongée pour que les cyanures aient disparu soit en se dissolvant, soit en se décomposant, qu'après également que les sulfites et les hyposulfites qu'elles renferment lorsqu'elles sortent des cylindres d'épuration, aient pu se métamorphoser en sulfates.
Si ces chaux présentent encore une forte odeur de goudron, il sera bon avant de les employer d'en dissoudre quelques grammes dans de l'acide chlorhydrique étendu, si les gaz dégagés présentent l'odeur de l'acide sulfureux ou de l'hydrogène sulfuré, il faudra laisser ces chaux exposées à l'air pendant quelques temps avant d'en faire usage.
Résidus de papeterie, etc. — Les papeteries emploient la chaux à la fabrication du papier de paille, les résidus très humides ne renferment guère que de 30 à 40 centièmes de carbonate de chaux.
§ 159. — Quantités de chaux et de marne a employer.
Chaux. — Ces quantités varient dans d'énormes proportions avec la nature des terres sur lesquelles la chaux doit être placée.
Sur les terres légères, granités, grès, etc., les quantités peuvent être réduites à 30 hectolitres de 135 kilogrammes tous les trois ans ; si cependant on répand cette chaux sur des terres très chargées de matière organique, on peut doubler la dose ; on est averti, au reste, que les quantités sont suffisantes par les changements que subit la flore ; si on voit apparaître le petit trèfle blanc des prairies, c'est que la dose est convenable, si au contraire, la Oore primitive persiste, c'est que la quantité de chaux est insuffisante.
Pour les terres argilo-siliceuses, on peut aller plus loin, donner tous les quatre ou cinq ans une cinquantaine d'hectolitres de chaux; dans ces terres trop fortes, les amendements calcaires sont toujours avantageux, on n'est limité que par des raisons économiques.
C'est ainsi qu'en Angleterre les proportions employées ont été souvent infiniment supérieures à celles que nous venons d'indiquer, puisqu'elles oscillent autour de 150 hectolitres pour les terres légères et s'élèvent jusqu'à 400 hectolitres pour les terres tourbeuses.
Je ne serais pas étonné que ces doses indiquées par divers au-