CHAPITRE II
Le sulfate de chaux se rencontre à deux états différents : cristallisé, blanc> ne renfermant pas d'eau de combinaison, il porte le nom à' anhydrile ; encore cristallisé, mais présentant parfois un curieux exemple d'hémitropie, et combiné avec 2 parties d'eau, le sulfate de chaux, dont la composition est représentée par la formule CaSO*, 2H^0, prend le nom de gypse ou pierre à plâtre; sous cette forme, il est particulièrement abondant dans ^le bassin parisien; les carrières de plâtre se rencontrent à Montmartre, à Ârgenteuil, à Triel, à Mantes, etc. Le sulfate de chaux hydraté perd facilement ses 2 équivalents d'eau de cristallisation sous l'influence d'une douce chaleur; mélangé à Peau, il est alors éminemment plastique : il est employé au moulage, au revêtement des murs en moellons. Mais cet état fluide n'est que passager, le plâtre cristallise, ses cristaux se feutrent, durcissent : on dit qu'il fait prise avec l'eau. Son emploi dans les constructions, dont nous n'avons pas à nous occuper, est déjà ancien; l'agriculture, au contraire, ne l'utilise guère que depuis^un siècle.
§ 462. — Historique de l'emploi du plâtre en agriculture.
On attribue généralement au pasteur Mayer, ministre protestant dans la principauté de Hohenlohe, les premières observations suivies sur les effets du plâtre en agriculture. Ses écrits popularisèrent son emploi vers le milieu du dix-huitième siècle. Des essais nombreux furent repétés : Tshiffeli en Suisse, et Schubart en Allemagne, multiplièrent les expériences, et l'emploi du plâtre se généralisera rapidement.
L'expérience que fit Franklin en Amérique, aux environs de Washington, est célèbre. Il possédait auprès d'une route très fréquentée un champ situé en contre-bas de la chaussée ; quand il porta de la luzerne, il y répandit du plâtre de façon à former les mots : « Ceci a été plâtré, » Bientôt les pieds ainsi amendés, plus vigoureux, élevèrent leurs feuilles au-dessus des plantes voisines, et
le relief formé par la luzerne elle-même forma les mots : « Ceci a été plâtré. » Ainsi qu'on Ta souvent observé dans Thistoire des engrais, on passa d'un extrême à Tautre, et, après s'être longtemps refusés à employer le plâtre, les cultivateurs s'engouèrent de cette matière ; on s'imagina que le plâtre était un engrais universel et qu'il allait remplacer tous les autres. Il n'en était rien cependant ; les mécomptes arrivèrent, et l'on reconnut bientôt qu'il n'agissait qu'avec l'aide d'engrais organiques, et que, s'il était très-efficace sur certaines plantes^ il n'exerçait au contraire aucune action favorable sur beaucoup d'autres.
Enquête de Bosc. — Comme ces résultats contradictoires avaient jeté quelque trouble dans les esprits, et qu'après avoir exagéré les effets utiles du plâtre, il était à craindre qu'on ne le négligeât outre mesure, la Société d'agriculture de France jugea utile d'ouvrir une enquête, et de s'adresser aux agriculteurs eux-mêmes de façon à connaître leur opinion sur les conditions dans lesquelles le plâtre devait être employé. Le résultat de cette enquête fut présenté à la Société par Bosc, un de ses membres, dans la séance du 20 avril 1822. Boussingault a résumé, àson tour, le rapport assez confus de Bosc, et nous lui empruntons la page dans laquelle il en rend compte.
« Pour simplifier le questionnaire adressé aux cultivateurs, on peut supposer qu'il ne comporte que les quatre demandes suivantes auxquelles sont jointes les réponses obtenues :
1^ Le plâtre agit-il favorablement sur les prairies artificielles?
Sur quarante-trois opinions émises, il y en a quarante affirma* tives, trois négatives ;
2'' Le plâtre agit-il favorablement sur les prairies artificielles dont le sol est extrêmement humide?
Non, à l'unanimité. Il y a eu six opinions émises.
3"^ Le plâtre peut-il suppléer à l'engrais organique, à l'humus du sol? En d'autres termes, un sol stérile peut-il porter une prairie artificielle par le seul fait du plâtrage ?
Non, à l'unanimité. Il y a eu sept opinions émises.
k"" Le plâtre augmente-t-il d'une manière perceptible la récolte des céréales?
Sur trente-deux opinions émises, il y en a eu trente négatives et deux affirmatives. »
Expériences de M. Smith, de M. de Villèle, de l'Ecole de Grignon. — Ces résultats sont importants, et les nombreuses observations qui ont été faites depuis cette époque sont venues confirmer
complètement les réponses des correspondants de la Société d'agriculture. Nous avons au reste, sur l'emploi du plâtre, des documents déjà anciens, mais plus précis que ceux qui sont insérés dans le rapport de Bosc. Il existe, en effet» quelques expériences chiffrées exécutées en Angleterre et en France; elles sont tellement frappantes, que nous croyons devoir les reproduire.
Guitares comparées du sainfoin sur an sol plâtré et non plâtré, faites
en 1792, 1793 et 1794, par M. Smith.
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