‹ Traité de chimie agricoleChapitre 231 sur 399 · SUBMERSION DES VIGNES · texte numérisé non relu

SUBMERSION DES VIGNES

notable pour les employer aux irrigations : il est absolument fâcheux de sacrifier la production agricole à un transit difficile par eau et qui est largement assuré par les deux lignes de chemin de fer qui suivent les deux rives du fleuve.

On y a pensé dès longtemps, et les canaux du Rhône ont été étudiés déjà à diverses reprises : rien n'a été fait cependant (1).

L'Algérie n*est pas si bien partagée que la Provence ou le Languedoc ; les montagnes y sont moins élevées, elles sont en outre placées tout près du littoral et une partie des eaux qui en descendent se perd dans la mer sans profit ; aussi les arrosages ne fournissent-ils que des quantités variant entre 4,000 et 8,000 mètres cubes à Théotare ; Teau est trop rare pour qu'on puisse en employer de plus grandes quantités.

Eau employée à la submersion des vignes. — Depuis la mémorable découverte de M. Faucon, qui a montré qu'il est possible de lutter victorieusement contre le phylloxéra en maintenant la vigne submergée pendant cinquante ou soixante jours, la méthode de la submersion des vignes s'est répandue et détermine une consommation d'eau considérable. On évalue d'une manière générale, la quantité d'eau nécessaire à la submersion, à un débit continu de 4 litres par seconde et par hectare pendant soixante jours, soit au total à 15,560 mètres cubes ; la plus grande partie de cette eau est employée au commencement de l'opération; quand la submersion est obtenue, la dépense d'eau correspond seulement à la consommation que déterminent les infiltrations et l'évaporation. La submersion se faisant au premier printemps, avant le commencement des arrosages réguliers, n'entre pas en concurrence avec ceux-ci pour leur disputer l'eau qui leur est nécessaire.

§ 168. — Captation des eaux d'irrigation.

Les eaux d'irrigation proviennent :

1"* Des cours d'eau et elles peuvent être amenées aux terres à irriguer ;

a. Par des canaux.

b. Par des machines, quand le cours d'eau est voisin du champ à irriguer, ou encore quand on s'alimente à des nappes souterraines.

(1) M. Chambreland, membre de l'iDstitut, inspecteur général des ponts et chaussées, a tracé l'histoire des débats auxquels ont donné lieu ces projets, dans sa brochure : les Canaux du Rhône.

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2*" Des barrages, c'est-à-dire des retenues d'eau artificielles, qui se distinguent encore : en légers barrages des terres accidentées destinées à des arrosages restreints ; en grands barrages retenant des masses d'eau importantes et dans ce cas se présente le difficile problème des dévasements; nous passerons successivement en revue ces différents modes d'emploi des eaux.

Irrigations par canaux. — On conçoit aisément que dans une contrée voisine des montagnes d'où descendent des eaux abondantes, ce qui est le cas pour la Provence et pour une partie de la région Pyrénéenne, on puisse en dérivant les eaux d'une rivière dans la partie supérieure de son cours, les conduire dans les parties basses du pays à un niveau tel qu^il suffise de pratiquer quelques dérivations au canal pour faire arriver les eaux dans toutes les terres à irriguer.

Ce procédé est celui qui est suivi depuis des siècles, il entraine des travaux d'art importants, notamment la construction des aqueducs quand le canal doit franchir des vallées ; les Romains n'hésitaient pas à se livrer à ces grands travaux, soit pour assurer l'alimentation des villes, soit pour favoriser les cultures, et leurs aqueducs solidement construits ont souvent bravé l'effort des années; en France, le pont du Gard, en Espagne dans nombre de points notamment aux environs de Merida, en Afrique aux portes de Tunis, les vestiges de grands aqueducs subsistent encore ; leurs longues lignes d'arcades se continuent aussi dans la campagne de Rome jusqu'aux collines qui enserrent la ville éternelle, ces puissants travaux évoquent les souvenirs de la grandeur passée et la profonde impression de tristesse que cause l'aspect des ruines s'accroît encore du morne silence qui règne sur cette immense plaine déserte.

Au moyen âge, pendant les guerres incessantes, les constructions destinées à la conduite des eaux furent presque partout abandonnées, et c'est seulement au seizième siècle, que l'illustre et infortuné Graponne; a conçu le grand canal qui dessert encore une partie de la Provence.

Depuis cette époque de nombreux canaux ont été construits tant en France qu'en Italie et en Espagne. Malheureusement quand ces opérations ont été conduites par des compagnies, elles n'ont abouti souvent qu'à des désastres financiers.

« Deux causes d'ordre général peuvent expliquer ces échecs : l'absence de

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crédit agricole ; et surtout une fausse appréciation des bénéfices que Ton peut retirer de Tirrigation.

c< Le crédit agricole n'existe pas en France. Les entreprises d'irrigation qui ont besoin de contracter des emprunts se voient dans Talternative ou de ne rien faire ou de recourir à des expédients ruineux.

« 11 faut remarquer, d'un autre côté, que l'irrigation ne peut être une source de richesses que si.l'emploi de l'eau mise à la disposition des agriculteurs ne nécessite pas pour eux une dépense exagérée. Le prix de vente de l'eau ne peut donc dépasser une certaine limite et cependant il doit être rémunérateur pour la Compagnie qui n'a pas d'autres ressources pour faire face d ses dépenses de premier établissement et d'entretien et assurer le paiement de ses intérêts.

« Les dépenses de premier établissement et d'entretien dépendent des conditions dans lesquelles a été construit le cana]. En dehors des canaux de distribution proprement dits, il existe, dans presque tous les canaux d'irrigation ou de submersion, une branche mère ou canal principal qui relie la prise d'eau au réseau de distribution. Dans certains canaux, cette branche mère a atteint une longueur considérable et sa construction, par suite de la configuration du sol a nécessité de nombreux ouvrages d'art. Or la partie haute de cette branche, dite tête morte, ne dessert aucune des parcelles à irriguer. Le capital employé à son exécution, qui est souvent fort important, reste donc improductif. D'un autre côté, l'entretien annuel du canal principal accroît considérablement les charges du concessionnaire. On conçoit donc que la nécessité de donner & la branche mère une grande longueur, nécessité qui est imposée par la situation topographique de la région à desservir, puisse être une cause de ruine pour l'entreprise. »

Il importe par conséquent dans l'étude des canaux d'irrigation, d'apporter la plus grande attention aux conditions d'établissement de ces canaux, au point de vue économique. On ne s'est pas toujours rendu compte de cette nécessité et c'est ce qui explique les échecs que Ton a eu à subir et dont nous avons parlé plus haut (4 ).

Les travaux d'irrigation ne sont donc pas toujours, tant s'en faut, rémunérateurs pour les compagnies qui les entreprennent, comme d'autre part, ils sont indispensables & la prospérité agricole, où se trouve serré entre deux conditions contradictoires, dont on ne peut sortir sans l'intervention de l'État. Nous revenons plus loin sur ce sujet.

Prises d'eau dans les rivières voisines des terrains à irriguer. — Ces prises d'eau sont souvent très faciles, si la terre est en contrebas de la rivière, une simple vanne permet l'écoulement de l'eau, mais il n'en est généralement pas ainsi, et il faut habituellement élever les eaux à quelque hauteur au-dessus de leur niveau habituel, on y réussit à Taide de diverses machines. En Asie, et en Afrique depuis un temps immémorial, on fait usage d'instru-

(1) Irrigations dans les Bouches-du-Rhône en 1875, Barrai, rapporteur, Ifflp. nat., p. 502.

ments grossiers, qui plus tard ont fait place aux norias, encore usitées, surtout quand il s'agit d'élever les eaux puisées dans une nappe souterraine. Aujourd'hui les machines à vapeur sont souvent utilisées, on les emploie en Camargue, pour puiser dans le Rhône Teau nécessaire à la submersion des vignes, ou à l'irrigation d'autres cultures (1).

On met souvent aussi à profit la force du vent, en se servant de moulins qui animent des pompes.

Irrigations à Taide de barrages. — Lorsqu'un pays est dénudé, que les pluies y sont intermittentes, que les rivières longtemps à sec ont des crues violentes, les canaux d'arrosage ne peuvent être alimentés qu'à l'aide de barrages, qui ferment des bassins propres à retenir les eaux, à empêcher leur écoulement rapide sans profit pour l'agriculture.

Ces barrages sont tantôt établis dans les parties hautes du pays, et peuvent être alors nombreux et de médiocre importance; cette méthode a été employée autrefois, avec grand profit, en Tunisie, où les vestiges de ces travaux sont restés très visibles; ces barrages très simples exécutés soit en maçonnerie, soit même en clayonnage et en terre, ne retiennent que de faibles quantités d'eau, mais comme on peut les multiplier, ils finissent par rendre des services d'autant plus importants, qu'ils n'exigent que de très faibles dépenses et peuvent être entrepris par les cultivateurs mêmes qui veulent utiliser les eaux. J'ai eu occasion de voir en 1881, à quelque distance d'Oran dans le domaine des Andalouses un ravin à peine large d'une centaine de mètres transformé en une série de terrasses bien arrosées, où des Espagnols avaient établi une luxuriante culture maraîchère ; au moment de mon passage le sol était couvert de tomates et de piments, qui devaient être plus tard remplacés par d'autres cultures assez rémunératrices pour faire vivre trois familles nombreuses (2).

(1) Ann, agr., t. XVII, p. 242.

(2) Le mode d'exploitation est curieux.: on a loué aux trois familles espagnoles la jouissance du ravin et de l'eau qui y coule, moyennant 500 fr. ; bien que les Espagnols puissent prendre tout ce qu'ils veulent de terre, il ne m'a pas paru qu'il y eût un hectare de terre employé; ils augmentent au reste tous les ans l'étendue de leur culture et leur procédé de défrichement est intéressant. Ils afferment pour une année à des Marocains les terres que ceux-ci peuvent défricher, aussitôt que les broussailles, les palmiers nains ont disparu, les Marocains sèment des melons, des pastèques, c'est le produit de cette culture qui réussit toujours quand l'eau est abondante, qui constitue leur rémuDération; l'année suivante, le fermier espagnol reprend la jouissance du sol défriché et indique à son collaborateur africain une autre surface que celui-ci défriche encore pour y faire sa culture annuelle.

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