AVANTAGES DES ARROSAGES
Les facilités de la culture, et la nécessité d'immobiliser le moins de terrain possible, conduisent à admettre des carrés de grandes dimensions. D'un autre côté, les grands carrés nécessitent, surtout lorsque la pente du sol est sensible, de fortes digues qu'il faut exécuter en maçonnerie, ce qui en élève le prix. D'ailleurs, dans ces g-rands bassins, la moindre rupture de digue entraîne toujours de grands inconvénients.
Aussi, dans la pratique, on ne descend pas au-dessous de 2 ares pour la superficie des carrés, et cette superficie ne dépasse jamais 45 hectares.
L'orientation des carrés est déterminée par la double condition de gêner la culture le moins possible, et d'éviter l'effet du batillage sur les bourrelets. Les bourrelets doivent donc, autant que faire se peut, être parallèles aux rangées de souches, et avoir une direction inclinée sur celle des vents dominants.
Chaque carré de submersion est muni d'un ou de plusieurs déversoirs en maçonnerie dont la crête est dérasée à 0°',30 au moins en contre-bas de celle des digues. Ces déversoirs sont destinés . à assurer l'écoulement du trop-plein des eaux et à empêcher que les bourrelets ne soient surmontés. Des poutrelles permettent de régler à volonté le niveau de la crête déversante.
L'alimentation des carrés se fait en amenant les eaux dans la partie la plus élevée du terrain, soit au moyen d'une prise directe dans le canal de submersion, ou dans une des rigoles qui en sont dérivées, soit au moyen des eaux en excès, provenant des carrés de la propriété voisine.
On commence par ouvrir les prises à plein débit de manière à remplir les carrés, puis quand le remplissage est effectué, on règle le débit des prises de manière à ne laisser passer que la quantité d'eau nécessaire pour maintenir les eaux au niveau voulu.
§ 171. — Plus-values réalisées par l'emploi des arrosages.
On peut admettre d'une façon générale que l'irrigation procurera en moyenne un accroissement de revenu net d'au moins 200 francs par hectare, déduction faite de toutes les charges résultant de l'arrosage.
La plus-value foncière qu'acquiert une terre soumise à l'irrigation peut en conséquence être évaluée à environ 4,000 francs par bec-
tare. Elle peut même atteindre un chiffre plus élevé pour les terres de mauvaise qualité.
Le colmatage pratiqué avec les eaux troubles des crues peut, après Tachèvement de l'opération, procurer une plus-value de 2,000 francs au moins par hectare. Cette plus-value est même de beaucoup supérieure à cette somme, lorsque après le colmatage od peut arroser régulièrement la terre.
Dans la région du Midi, les vignes de plaine qui peuvent par la submersion être protégées contre les attaques du phylloxéra, produisent en moyenne 60 hectolitres de vin ordinaire à Thectare, représentant un revenu brut de 900 francs au moins et un revenu net d'environ 600 francs.
Lorsque, faute de canaux pour la submersion, la vigne est détruite, la terre ne donne plus que de faibles produits. La préservation des vignes par le procédé de la submersion correspond donc à un accroissement de revenu d'au moins 500 francs par hectare. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que chaque hectolitre de vin mis dans la circulation procure à l'État par les impôts divers qu'il perçoit, un revenu net d'environ 5 francs. En tenant compte de la consommation locale non soumise aux impôts, chaque hectare de vigne rapporte donc à l'État un revenu net annuel d'environ 250 francs. La submersion lui assure la perception de ce revenu.
Dans l'Aude et l'Hérault, la superficie des vignobles sauvés par la submersion ne s'élève pas à moins de 6,000 hectares. L'emploi des procédés de submersion, dans ces deux départements, a donc censervé à la production territoriale un revenu net annuel de plus de 3 millions de francs, et à l'État, une recette annuelle de plus de 1,500,000 francs.
On peut dire d'ailleurs que ce résultat a été acquis sans grever le Trésor, car bien que les canaux de l'Aude et de l'Bérault aient été exécutés par l'État, les arrosants paient à l'administration des contributions indirectes une redevance de 35 francs par litre d'eau employé, qui représente 4.90 p. 100 des dépenses faites.
Dans le déparlement de Yaucluse et dans celui des Bouches-du- Rhône, les terres irriguées sont consacrées à la prairie, à la luzerne, à la culture maraîchère, enfin on emploie ainsi qu'il a été dit de grandes quantités d'eau à la submersion des vignes.
On n'obtient de grands rendements qu'à la condition de joindre à