CULTURES DÉROBÉES POUR ENGRAIS
eaux, les drains cessent de couler; c'est ce qui est arrivé en 1891 à Grignon, où les cultures dérobées de vesce ont très bien réussi; quand ]es eaux sont trop abondantes pour être évaporées par les jeunes plantes, celles-ci s'emparent presque complètement des nitrates ainsi qu'il a été dit déjà.
J'ajouterai aux renseignements inscrits page 502, et qui sont relatifs aux résultats constatés en 1890, ceux que j'ai obtenus en 1891.
Ainsi qu'on vient de le dire, en moyenne les terres nues ont perdu en 1891 de septembre à novembre 42*^^5 d'azote nitrique. Or, cette année :
Aiote nitriqae perdu & rhectare.
Après chanvre, culture dérobée de vesce... 0. (Les drains n*ont
pas coulé).
Après avoine, culture dérobée : moutarde et
trèQe (1) 0»,808
Les pertes ont donc été complètement évitées.
Les cultures dérobées de moutarde ont réussi sur un grand nombre de parcelles non drainées, au moment de l'enfouissage, les plantes vertes pesaient en moyenne 4770 kilos à Tbectare. On a dosé dans cette moutarde :
Matière sèche 26.64 p. 100'
Azote 6.60 p. 100 de mat. sèche.
Ou Azote 1 .75 p. 100 de mat. normale .
D'où 83^,47 d'azote introduits dans le sol d'un hectare, par Tenfouissage de la culture dérobée.
Ainsi, non seulement la moutarde a empêché la perte des 42^,5 d'azote qu'ont entraînée les eaux du drainage des terres nues, mais en outre ses racines ont saisi plus de 40 kilos d'azote, qui existant probablement à l'état de nitrates auraient été entraînés parles pluies d'hiver. Les 83^,47 d'azote de la récolte enfouie représentent la quantité existant dans — - — = = 16,694 kilos de
fumier, c'est une demi-fumure.
La vesce n'a pas été également bien réussie partout, sa récolte a varié au moment de l'enfouissage de 8833 kilos à l'hectare à
(1) La moutarde 8*est médiocrement déyeloppée, elle a été remplacée spontanément par du trèfle.
Chimie agricole. 38
42,780 kilos, en moyenne, elle est donc de 10,806 kilos, on y a dosé :
Matière sèche 20.75 p. 100
Azote 6.33 p. 100 de mat. sèche.
Oa azote 1 .31 p. 100 de mat. normale.
L'azote contenu dans la récolte d'un hectare est donc égal à IGT^'yi!, ce qui correspond pour une fumure de fumier à 5 kilos par tonne, à 33,480 kilos de fumier, c'est une fumure moyenne.
Il est visible que non seulement cette culture en évaporant Teau qui sans elle aurait traversé le sol a empêché la déperdition des nitrates qui s'y trouvaient, mais qu'en outre elle a fixé dans ses tissus une quantité notable d'azote atmosphérique. La vesce cette année a été très supérieure à la moutarde.
La dépense qu'occasionne la semaille n'est pas très considérable. A Grignon, nous semons de 45 à 18 kilogrammes de moutarde à l'hectare, il importe de couvrir le sol très vite; jusqu'à présent nous avons toujours semé la moutarde après un labour de déchaumage dans les premiers jours d'août et il. me paraît difficile pour cette plante d'opérer autrement.
Quand on emploie comme fourrage vert la vesce, on en sème deux hectolitres à l'hectare, elle a été cette année semée en août après la moisson ; peut-être cette semence serait-elle avantageusement distribuée dans le blé au moment des pluies de mai ou juin quand on peut encore pénétrer dans les cultures sans les endommager, on aurait ainsi la terre bien garnie au moment de la moisson, et la vesce aurait pris avant son enfouissage un bon développement.
Quand la vesce est employée avant les betteraves qui ne se sèment qu'en avril, on pourra, dans les terres qui ne sont pas trop difficiles, la laisser passer l'hiver et ne l'enfouir qu'au printemps, si l'hiver est doux elle peut encore prospérer.
Los cultures vertes comme engrais méritent donc une sérieuse attention. C'est seulement en 1890, après mes études sur les eaux de drainage, que j'ai conseillé de les employer, mais cette pratique est fort ancienne dans certaines contrées, notamment dans la Limagne d'Auvergne ; la richesse de son sol n'est entretenue que par l'enfouissement des récoltes vertes et par de maigres fumures de fumier de ferme généralement très mal préparé.
Décomposition dans le sol. — La décomposition, des plantes