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CULTURES DÉROBÉES POUR ENGRAIS

enfouies n'est pas très rapide, quinze jours ou trois semaines aprës Tenfouissage, les feuilles et les tiges sont encore vertes, mais déjà molles et flétries, bientôt cependant elles noircissent, et dans une terre médiocrement humide commencent à exhaler de l'ammoniaque, après deux à trois mois on a peine à reconnaître les débris.

Il y aurait grand intérêt à connaître les conditions les plus favorables à la décomposition complète des matières organiques végétales dans le sol, de façon à savoir comment il faut employer les engrais verts : on conçoit, par exemple, qu'on puisse tout simplement les écraser par un rouleau, puis les enterrer par la charrue au moment des grands labours, ou bien qu'au contraire on les fauche, on les abandonne en tas à l'air humide, puis qu'ensuite, quand la fermentation y aura commencé, on les étende à la surface du sol comme on le ferait pour du fumier et qu'on ne les enfouisse qu'après le commencement de la fermentation.

11 est visible que cette seconde méthode occasionne une dépense de main-d'œuvre considérable et qu'elle ne pourra être acceptée qu'autant qu'il serait démontré que les engrais verts, enfouis seulement après un commencement de fermentation, sont beaucoup plus efficaces que lorsqu'ils sont enterrés encore intacts.

Nous n'avons pas encore de renseignements assez nombreux sur ce sujet pour pouvoir décider la question, il est bon de savoir cependant que la fermentation sera d'autant plus complète et plus rapide qu'elle aura lieu au contact de l'air : les ferments aérobies seuls sont assez énergiques pour déterminer l'oxydation des matières végétales, seuls ils déterminent une altération complète qui les transforme en produits noirâtres voisins de l'humus. Si on se décide à laisser les plantes coupées exposées à l'air, il sera bon de ne pas prolonger outre mesure la décomposition, car la combustion est assez active pour réduire beaucoup la masse à enfouir. En deux mois des feuilles de betteraves laissées à l'air ont perdu 80 p. 100 de leur matière sèche. Quand on enfouit des engrais verts (feuilles et tiges de luzerne, feuilles de betteraves) dans une terre très humide, elles s'y conservent au contraire assez ongtemps, car elles sont privées du contact de l'air ; dans ces conditions on retombe sur les phénomènes de l'ensilage, qui ne réussit bien que lorsque les masses végétales sont assez tassées pour que l'air n'y pénètre plus.

Dans une terre bien garnie de ferments les choses peuvent se passer autrement et une partie de l'azote contenu dans les ma-

lières en décomposilion peut se dégager, soit à Tétat libre, soit à celui de protoxyde, surtout quand les matières enfouies renferment des nitrates comme c'est le cas pour les feuilles de betteraves; on retrouverait là ce que nous avons observé, M. Maquenne et moi, dans nos recherches sur la réduction des nitrates. U. Tacke (1) croit même que celte réduction avec dégagement d'azote libre a lieu en présence d'une petite quantité d'oxygène.

M. Wolny s'est occupé il y a quelques années de ce sujet (2) et il a reconnu, ainsi qu'il vient d'être dit, que la décomposition des matières végétales est d'autant plus active qu'elles sont exposées plus complètement à l'action de l'air humide et que la température est plus élevée. L'altération est due presque exclusivement à l'action des microorganismes, quand la masse est stérilisée, elle n'émet plus que des quantités insignifiantes d'acide carbonique.

Souvent, la décomposition est nettement ammoniacale, mais l'ammoniaque formée ne persiste pas longtemps dans le sol, elle ne tarde pas à s'y nitrifier, ainsi que le moatre l'observation suivante due à M. Muntz.

L'auteur (3) a mis en comparaison dans divers sols : des engrais verts, du sang desséché et du sulfate d'ammoniaque à raison de 1 gramme d'azote pour chaque engrais, puis a déterminé la quantité d'azote nitrifié, après trois mois ; il a obtenu les résultats suivants :

Azote nitrique formé par kilogr.

de terre.

Terre légère. Terre forte.

Avec engrais vert (lupin) 183 milligr. 88 milligr.

Sang desséché 161 — 3'»"«8%6

Sulfate d'ammoniaque 268 — 5 ,1

On voit que les engrais verts en rendant la terre plus poreuse, plus perméable à l'air, exercent sur la nitrification des terres fortes une action particulièrement avantageuse.

H. Muntz a poursuivi ces études à la ferme de Yincennes en terre légère ; on a employé divers engrais azotés en quantités telles qu'il y eut pour chaque lot : 100 kilogrammes d'azote par hectare, les autres matières fertilisantes existant d'ailleurs en abondance. On a semé une plante très épuisante, le maïs géant employé conune fourrage.

(I) Ann, agron.f t. XV, p. 185.

(^) Ann, agron.^ t. XllI, p. 285.

[^) Comptes rendus^ t. CX, p. 972.

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