‹ Traité de chimie agricoleChapitre 251 sur 399 · GUANOS. — DÉBRIS ANIMAUX · texte numérisé non relu

GUANOS. — DÉBRIS ANIMAUX

L'étude des engrais d'origine animale comprendra trois chapitres dans lesquels nous traiterons successivement : Des guanos et débris animaux ; Des matières excrémenlitielles et des eaux d'égout ; Des engrais salins : nitrate de soude et sulfate d*ammoniaque.

On désigne sous le nom de guano, un engrais extrêmement actif provenant des déjections des oiseaux. Il y a une quarantaine d'années, quand l'emploi des engrais salins était encore peu répandu, on faisait usage de grandes quantités de guano pour activer la végétation des betteraves et du colza ; on importait à cette époque en Europe un guano de très bonne qualité, présentant une grande richesse en azote ; aujourd'hui ces sortes ont à peu près disparu, et le guano est un peu délaissé pour les engrais salins ; il est cependant encore trop employé pour ne pas mériter une étude attentive, et nous aurons à distinguer le guano du Pérou et des autres localités de TAmérique méridionale, riche en azote, des autres variétés qui doivent surtout leur valeur aux phosphates qu'ils renferment. La plus grande partie du guano a été déposée en plein air par des oiseaux de mer, mais on trouve des dépôts analogues produits par des chauves-souris, dans les grottes; l'étude de cette variété de guano nous conduira naturellement à celle de la colombine ; enfin du guano provenant des déjections des oiseaux consommateurs de poisson, nous pourrons passer à Tétude des engrais fournis par les pêcheries et nous arriverons enfin à l'exposé de la composition des divers débris animaux : sang, chair musculaire, peaux, cornes, cuirs, laines, qui terminera ce chapitre.

§ 184. — Origine du guano.

Humboldt, le premier, a observé que la côte américaine baignée par l'Océan Pacifique est parcourue par un courant d'eau relative-

ment froide qui remonte du cap Horn en se dirigeant d'abord du sud au nord, puis, à partir de la baie d'Arica, du sud-sud-est au nord-nord-ouest. Ce courant est extrêmement peuplé, et les poissons qu'il renferme ont attiré depuis un temps inamémorial les oiseaux dont les déjections ont formé le guano.

« Nulle part au inonde, dit Boussingault (I), auquel nous empruntons la plus grande partie des détails qui suivent, le poisson n'est plus abondant que sur la côte péruvienne. Il arrive quelquefois pendant la nuit, comme j'en ai été témoin, qu*il vient échouer sur la plage comme s'il voulait échapper à la poursuite d'un ennemi (les requins sont en effet très communs dans ces eaux).

« Un des navigateurs espagnols qui accompagnèrent, au xviii<' siècle, les académiciens français à Téquateur, Antonio de UUoa, rapporte que les anchois sont en si grande abondance sur cette côte qu'il n'y a pas d*expression qui puisse en représenter la quantité. Il suffit de dire qu'ils servent de nourriture à une inilnité d'oiseaux qui leur font la guerre. Ces oiseaux sont communément appelés guanaes, parmi lesquels il y a beaucoup d'alcatras, espèce de cormoran. Quelquefois en s'élevant des îles, ils forment comme un nuage qui obscurcit le soleil. Ils mettent une heure et demie à deux heures pour aller d'un endroit à un autre sans qu'on voie diminuer leur multitude. Ils s'étendent au-dessus de la mer et occupent un grand espace ; après quoi ils commencent leur pèche d'un manière fort divertissante; car se soutenant dans l'air en tournoyant, à une hauteur assez grande mais proportionnée à leur vue, aussitôt qu'ils aperçoivent un poisson, ils fondent dessus la tète en bas, serrant les ailes au corps et frappant avec tant de force qu'on aperçoit le bouillonnement de l'eau d'assez loin. Ils reprennent ensuite leur vol en avalant le poisson. Quelquefois ils demeurent longtemps sous l'eau et en sortent loin de l'endroit où ils s'y sont précipités; sans doute parce que le poisson fait effort pour échapper et qu'ils le poursuivent disputant avec lui de légèreté à nager... On a observé au Gallao que les oiseaux qui se gitent entre les lies et les Ilots situés au nord du port vont dès le matin faire leur pêche du côté du sud et reviennent le soir dans les lieux d'où ils sont partis. Quand ils recommencent à traverser le port, on n'en voit ni le commencement ni la fin.

On conçoit que cette multitude d'oiseaux venant toutes les nuits se reposer sur les ilesChinchas depuis les époques les plus reculées aient pu par leurs déjections et leurs cadavres former Vimmense dépôt qui a été exploité avec avantage pendant une cinquantaine d'années.

§ 185. — Composition du guano.

Le guano des îles Chincba était d'une grande richesse, car le gisement est situé à une hauteur suCGsante pour n'être jamais mouillé d'eau de mer, et la pluie étant pour ainsi dire inconnue

(1; Agronomie, t. lll.

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#iO ENGRAIS D'ORIGINE ANIMALE.

sur cette côte, tous les principes solubles ont persisté ; il n'eu est plus de même pour d'autres sortes qui ne renferment guère que des matières terreuses, les sels ammoniacaux ayant été entraînés par les eaux.

Le guano des lies Chincha présentait à l'analyse élémentaire les nombres suivants :

Azote total 14.29

Phosphate soluble 6.76

— insoluble 19.52

A l'analyse immédiate, on trouve de l'urate d'ammoniaque et de chaux, de l'oxalate d'ammoniaque, du phosphate d'ammoniaque et de chaux.

Il n'y a guère que le guano du Pérou qui présente une richesse en azote oscillant autour de 14 à 15 centièmes ; le guano du Chili n'en contient plus guère que de 5 à 7 ; enfin les guanos des localités où la pluie est fréquente n'en contiennent plus que quelques millièmes, tels sont les guanos des lies du Pacifique, connus sou« le nom de guano de Baker ou de Jèrvis.

Il y a une quinzaine d'années, on recevait en France des quantités notables de guano de Macabi et de Guanape. Ils présentaient, d'après Barrai et Bobierre, la composition suivante établie sur la moyenne de 200 chargements :

^ MU- (Azote 11.72

Guano Macabi \ . j^ u«« u^ • Ma tee%

{ Acide phosphonque 12.52

P j Azote 10.88

- uuanape . . . j ^^^^^ phosphonque 1 3 . 86

Ces produits sont maintenant à peu près épuisés, on exploite actuellement des localités plus méridionales situées entre 20'' et 22' de latitude sud.

MM. Muntz et Girard leur assignent la composition suivante (i) :

Pour 100. Lobos

Pabellon. Unanillos. PanU d« Lobos. de Afuenu

Eau 8.63 à 14.28 13.69 à 16.35 8.09 à 8.71 »

Azote 8.22à 9.81 7.51a 8.05 5.09à 6.79 3.5à 4.5

A. phosphonque.. 12.68àl4.76 14.30àl5.00 15.50à20.20 20.0à25.0

La plus grande partie de l'azote est à l'état ammoniacal; quand, en effet, on pénètre dans un magasin où séjournent des guanos,

(1) Les engrais^ t. H, p. 248. '

Todeur est insupportable. Cet engrais est souvent chargé en vrac dans les bâtiments : les honunes qui procèdent au déchargement sont obligés très fréquemment de remonter sur le pont pour respirer un air moins nauséabond que celui des cales.

Perte d'ammoniaque par exposition à Fair. — L'odeur très forte qu'exhale le guano indique que par son exposition à l'air il perd une quantité notable d'ammoniaque. Bobierre a trouvé qu'un guano renfermant 10,55 d'azote total dont 4,18 d'azote ammoniacal, exposé à l'air pendant un mois, avait perdu 4 centièmes de l'azote qu'il renfermait; cette perte peut être évitée en mélangeant le guano avec du noir animal en poudre iine.

Les pertes d'ammoniaque sont d'autant plus abondantes que le guano est plus exposé à l'humidité. Quand, notamment, le guano a été mouillé pendant la traversée, il perd une partie de son azote ammoniacal. Nesbit avait trouvé dans un même chargement les nombres suivants pour 100 parties de guano :

Non altéré. Altéré. Très altéré. Mouillé.

Azote 14.3 11.3 9.9 8.4

Réactions diverses qui rendent soluble le phosphate de chaux du guano. — Si le guano renferme des sels ammoniacaux solubles dans l'eau, il contient aussi une proportion notable de phosphate de chaux insoluble et l'on pourrait être étonné de son efiicacité, puisqu'un seul des deux principes actifs des engrais s'y rencontre à l'état assimilable, si l'on n'avait étudié les réactions qui se produisent entre les différents éléments qu'il présente. Cette réaction s'établit entre le phosphate de chaux, et les deux sels ammoniacaux carbonate et oxalate ; il se produit entre ces .sels ammoniacaux et le phosphate de chaux un double échange qui amène l'acide phosphorique à l'état de phosphate d'ammoniaque soluble. C'est ce qu'il est facile de montrer dans un cours; en faisant une infusion de guano à l'ébullition et filtrant, on trouve en dissolution une quantité notable d'acide phosphorique dissous ; par refroidissement, le liquide laisse cristalliser de l'oxalate d'ammoniaque.

Si on épuise le guano à froid, puis qu'on fasse ensuite bouillir le résidu, on ne trouve plus dans le liquide filtré d'acide phosphorique en dissolution ; l'oxalate d'ammoniaque ayant été enlevé, la réaction qui amenait l'acide phosphorique à l'état de phosphate d'ammoniaque ne peut plus se produire.

Traitement par Tacide suUurique. Guano dissous. — La corn-

position du guano est irrégulière^ les manipulations en sont difficiles, on ne peut pas faire passer aisément le guano dans des appareils pulvérisateurs, car il forme des pâtes qui adhèrent aux broyeurs^ une partie de l'ammoniaque se dégage à Tair, enfin une partie du phosphate de chaux qu'il renferme est insoluble. C^est pour éviter tous ces inconvénients que, depuis longtemps, on a mêlé l'acide sulfurique au guano, on obtient ainsi une poudre à faible odeur, renfermant du sulfate de chaux qui donne à la masse assez de cohésion pour être broyée et, par suite, présenter une composition homogène qui permet les ventes à titre garanti. Les guanos ainsi traités renferment du sulfate d'ammoniaque et du superphosphate de chaux et se confondent comme efficacité avec les engrais salins. Les guanos dissous contiennent de 5 à 9 centièmes d'azote et de 9 à iO d'acide phosphorique soluble.

Falsifications du guano. — Le guano ne doit jamais être acheté qu'à l'analyse, car, comme toutes les matières en poudre, il est Tobjet de nombreuses falsifications ; les plus fréquentes sont dues à du sable, de l'eau, ou encore quand le guano est vendu à haut prix, à l'addilion de sulfate d'ammoniaque et de phosphate de chaux minéral, qui permet au marchand de vendre l'azote du sulfate d'ammoniaque, l'acide phosphorique du phosphate, à un prix plus élevé que celui qu'ils obtiendraient sous leur forme habituelle. Quand le guano est naturel, la fraude est assez facile à déceler, par le dosage de l'acide sulfurique, rare dans le guano normal : la présence d'une grande quantité de chlore conduirait également h soupçonner que le guano a été additionné de chlorhydrate d'ammoniaque.

Quand le guano est vendu comme guano dissous il n'est plus possible de découvrir la fraude consistant dans l'addition de sulfate d'ammoniaque, mais dans ce cas la matière n'a plus de propriétés différentes de celles d'un mélange de sulfate d'ammoniaque et de superphosphate et ne doit pas être payée à un prix plus élevé que ne le comporte sa teneur en azote et en acide phosphorique, de façon que les falsifications cessent puisqu'elles deviennent sans objet.

§ 186. — Guano de chauves-souris.

Les chauves-souris de grande taille qui habitent les régions tropicales se réfugient pendant le jour dans des grottes où s'accumulent d'importants gisements de guano.

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