EAUX VANNES
M. Gargan a fait construire, il y a une trentaine d années, des wagons-citernes à Taide desquels il transportait les engrais liquides à différentes gares du chemin de fer de TËst, le seul qui eut accordé des diminutions de tarif suffisantes pour ne pas porter le prix de Tengrais à un taux hors de toute proportion avec sa valeur. Les cultivateurs champenois paraissent avoir employé cette matière avec grand profit; malheureusement l'élévation du transport sur le chemin de ceinture et l'insuffisance des quantités livrées apportèrent des obstacles à Tentreprise, qui n'eut pas de suite.
Le transport des eaux vannes du dépotoir de Paris, à Taide de grands bateaux-citernes naviguant sur les cours d'eau, s'est effectué également, mais cette utile tentative n'a pas reçu tous les développements qu'elle comporte; la valeur du mètre cube d'eaux vannes est à peu près de 12 francs. Les cultivateurs éloignés de Paris consentent à le payer à ce prix, et nous savons qu'il en a été conduit par canaux jusque dans le département des Ârdennes. Dans les localités plus voisines de Paris, le prix est beaucoup moindre; il est vendu 5 à 6 francs le mètre, et dans ces conditions c'est un engrais très avantageux, quand on dispose d'une quantité d'eau suffisante pour le diluer.
Emploi des eaux vannes à la fabrication du sulfate d'ammoniaque. — Le véritable emploi des liquides des dépotoirs est la fabrication du sulfate d'ammoniaque.
Les eaux vannes renferment la plus grande partie de leur azote à l'état de carbonate ou de sulfhydrate d'ammoniaque qui sont volatils, et qui se séparent de l'eau dès qu'elle est portée aune température voisine de l'ébullition ; il est facile de montrer dans un cours cette grande volatilité, en distillant une dissolution de carbonate d ammoniaque contenue dans un ballon adapté au serpentin renversé de M. Schlœsing, ou même à un simple tube recourbé à angle très obtu ; aussitôt que la température de l'eau commence à monter on voit un anneau de carbonate d'ammoniaque venir se condenser sur la paroi du tube et précéder constamment la vapeur.
Celte expérience permet de concevoir que si on emploie un appareil à colonne analogue à celui qu'on utilise dans les distilleries, on chassera l'ammoniaque de plateaux en plateaux jusque dans de Tacide sulfurique où l'ammoniaque sera condensée; si les appareils sont fermés et qu'on conduise les gaz dans un foyer ou dans de Tacide sulfurique nitreux avant de les envoyer à la cheminée, on
pourra conduire cette fabrication sans qu'elle répande au dehors d'odeurs infectes.
La fabrication de la poudrette, la distillation des eaux vannes sont destinées à disparaître en même temps que les fosses fixes et Ton conçoit que s'il existait un système de canalisation qui mit directement les maisons en communication avec les usines, on puisse traiter directement les matières excrémentitielles fraîches par de l'acide sulfurique et les dessécher au feu; c'est ce qu'on a pratiqué dans différentes villes d'Allemagne; enfin on a proposé de traiter directement les matières fraîches par la chaux agissant à Tébullition; on sépare de l'ammoniaque qui est recueillie dans l'acide sulfurique, le résidu est formé d'un liquide clair qu'on décante el qu'on envoie sans inconvénients aux égouts, car les matières organiques ont été profondément modifiées par leur ébullition au contact de la chaux, et tous les germes morbides que les eaux pouvaient contenir ont été tués. La matière solide restant dans les appareils est pressée dans des filtres-presses analogues à ceux des sucreries.
Il est. à remarquer que tous ces procédés sont d'autant moins avantageux à employer que les matières sont plus diluées, or cet état de dilution varie beaucoup d'un quartier à l'autre ainsi que le montre nettement le tableau suivant :
Azote par kilogr.
Matières de vidanges solides et liquides (sans addition). . . 9.37
Urines pures 8 . 96
Vidanges recueillies rue Mouffetard 6.00
— rue Saint-Denis 5.30
— rue Chaussée-d'Antin 1 .00
— au Grand-Hôtel 0.27
— boulevard Poissonnière (cabinets avec
eau) 4 . 73
— rue Mon torgueil (cabinets sans eau). . 4.12
Il est visible que si les vidanges provenant de maisons dans lesquelles la distribution d'eau est parcimonieuse présentent une teneur en azote élevée, il n'en est plus de même pour les vidanges des maisons bien tenues où les cabinets sont lavés à grande eau.
Or tous les efforts des villes tendent à augmenter sans cesse la quantité d'eau disponible dans chaque habitation, et dans un temps plus ou moins rapproché les dissolutions évacuées seront si étendues qu'il sera impossible de les traiter avantageusement et qu'on sera fatalement conduit, ou bien à les faire couler dans les rivières, ou bien à les épurer en les employant aux irrigations.