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POLLUTION DES RIVIÈRES PAR LES EAUX VANNES. C

§ 199. — Inconvénients d'écouler les eaux d'égout aux rivières.

Ouvrir les tuyaux de chute des vidanges dans les égouts, dont les eaux s'écoulent dans les rivières, expose à la fois à de nombreux inconvénients et en cas d'épidémie à de terribles dangers.

La ville de Londres en a fait il y a déjà quelques années la triste expérience. En 1858, le fleuve, infecté dans l'intérieur même de Londres par les égouts qui s'y déchargeaient directement, dégagea des odeurs si intolérables que bon nombre d'habitants émigrërenl et que le Parlement, dont le palais borde la Tamise, suspendit ses séances. Quelques-uns des quartiers de Londres s'alimentaient avec les eaux de la Tamise prises assez bas dans son cours pour être contaminées par les égouts; aussi en 1866 la mortalité parle choléra y fut-elle terrible, tandis que le fléau n'exerçait que de faibles ravages dans l'ouest de la ville desservi par des eaux de source ou par les eaux de la Tamise prises en amont. L'opinion publique s'émut vivement des dangers que faisait courir à la population le déversement des égouts dans le fleuve et l'on construisit sur les deux rives deux égouts collecteurs destinés à recueillir toutes les eaux chargées des matières des vidanges pour les conduire à la mer.

Les eaux d'égout de Paris ne reçoivent pas, comme celles de Londres, la totalité des matières des vidanges, le système des fosses flxes existant encore dans nombre de maisons anciennes; mais les eaux ménagères, les eaux d'arrosage de la voie publique, les eaux d'usine, les urines émises dans les rues, enfin les vidanges d*un nombre de maisons qui va sans cesse en croissant sont réunies dans les deux collecteurs qui vont déboucher dans la Seine à Clichy.

Qu'il soit impossible de continuer à jeter dans le fleuve le flot noir du collecteur, tout le monde en convient. La rive droite de la Seine est constamment soumise aux émanations de ces masses d'eau impure qui dégagent des gaz infects renfermant une forte proportion de gaz des marais dont les grosses bulles viennent crever à la surface, le fleuve est infecté sur une longueur assez grande, car ce n'est qu'entre Bonnières et Yernon, à 123 kilomètres du collecteur de Clichy, que la Seine retrouve sa proportion normale d'oxygène dissous tandis qu'au pont d'Asnières elle en contient 5 à 6 centimètres cubes par litre, au pont de la Briche elle n'en contient plus

qu'un, par conséquent presque la totalité de Toxygène dissous est employé à brûler la matière organique que charrie le fleuve.

L'eau de la Seine déjà très impure en amont de Paris, ne peut plus être utilisée comme boisson après avoir reçu le collecteur sans faire courir aux consommateurs les plus graves dangers, car rien ne démontre que quand elle a repris son taux normal d'oxygène, elle soit redevenue salubre ; des maladies graves telles que le choléra et la fièvre typhoïde se propagent par les eaux contaminées par les déjections des malades et on conçoit combien il est imprudent, dangereux, barbare, de les jeter dans un fleuve qui baigne avant d'arriver à la mer des villes et des villages très peuplés.

L'eau d'égout ne doit donc pas être mêlée aux eaux des fleuves, et trois solutions se présentent à Tesprit : construire un canal qui conduise l'eau jusqu'à la mer, épurer l'eau par des procédés chimiques ou encore employer l'eau aux irrigations.

Les villes voisines de la mer, comme Londres, ont simplement continué leurs collecteurs jusqu'aux points où ils débouchent dans de Teau trop saumâtre pour pouvoir jamais servir de boisson ; la question de salubrité estainsi résolue, mais on a laissé de côté Tutilisalion du seioaçe; on a essayé à diverses reprises de fonder des sociétés pour conduire les eaux d'égout jusqu'aux sables des côtes de la mer du Nord qu'ils auraient pu fertiliser, mais on a toujours échoué.

En France on a étudié l'épuration des eaux par des procédés chimiques; le nombre des procédés proposés est très considérable, aucun n'a conduit à une solution acceptable; s'il est facile de montrer dans un cours qu'en coulant dans l'eau d'égout une dissolution de sulfate d'alumine, on l'éclaircit assez rapidement, si on reconnaît que bientôt les eaux deviennent limpides, la purification n'est que très incomplète ; rien ne démontre notamment que les eaux aient perdu les germes jnorbides qu'elles renferment souvent; ce procédé de traitement a été au reste abandonné et on emploie aujourd'hui dans la presqu'île de Gennevilliers,puis plus loin jusque dans la forêt de Saint-Germain une partie des eaux du collecteur aux irrigations.

Cet emploi est installé également dans nombre de localités d'Angleterre et il est intéressant de voir à quels résultats il a conduit.

§ 200. — Emploi des eaux d'égout aux irrigations en Angleterre.

Une commission établie en Angleterre il y a vingt-cinq ans environ sous Je nom « hiver' s poU ut ion », s'est livrée à une étude très consciencieuse de cette

IRRIGATIONS EM ANGLKTKRRE. 639

question; MM. Frankland et John Ghalmers Morton qui dirigeaient les travaux ont publié leurs recherches, dans une série de brochures du plus haut intérêt; nous résumerons d'abord les travaux relatifs aux irrigations employant les eaux d'égout de deux villes dMnégale importance : Norwood et Croydon.

IrrigationB à Norwood. — A Norwood, un champ de 12 hectares à sou s- sol ar^nleux a été disposé pour recevoir les eaux d^égout d'une population de 4000 personnes environ. Le terrain de la ferme à sewage est sur un sous-sol argileux légèrement en pente, de façon que le drainage a été facile à établir. On a disposé un bassin en haut du champ, et les eaux en partent dans des rigoles disposées dans le sens de la pente ; elles sont arrêtées de place en place à Taide de barrages de terre, de façon qu*elles puissent déborder et recouvrir la terre voisine en suivant la pente jusqu'aux rigoles inférieures. Les parcelles sont arrosées autant que l'arrivée de Teau le permet; en été, elle est juste suffisante. Néanmoins on obtient cinq ou six fois par an de bonnes récoltes de foin; la recette a élé de 1375 francs pendant neuf mois de 1868, et de près de 4000 francs en 1869 : d'où Ton peut conclure que chaque personne de la ville a contribué à ce produit pour 1 franc par an environ.

Voici les comptes de la ferme pour 1869 :

Les recettes totales se sont montées à 18.522 fr.

Les dépenses h 14.800

Le bénéfice a donc été de 3.722 fr.

Ces résultats sont particulièrement dignes d'attention, parce qu'ils s'appliquent à de petites localités, et que par suite ils montrent que les travaux à exécuter ne dépassent pas habituellement les ressources dont disposent les communes de médiocre importance. Il est certain que dans les parties montagneuses du midi de la France, où les irrigations sont pratiquées avec grand profit, il y aurait un avantage considérable à diriger sur les prairies les eaux chargées des immondices des habitants, au lieu d'envoyer ces liquides fécondants se perdre dans les rivières, au grand détriment de la santé des populations placées en aval. ^

Nous sommes persuadé que dans les parties élevées du pays qui est adossé aux Pyrénées, oii la culture est déjà remarquablement avancée, qui dispose d'une masse considérable d'eau provenant des montagnes, les travaux nécessaires pour envoyer les immondices tiansleseauxd'irrigation seraient bien vite remboursés par l'excès de produit obtenu ; on obtiendrait ainsi, sans aucune difficulté, des rendements analogues à ceux qui ont donné une si haute réputation aux marcites de Milan.

Les eaux d'égout de Norwood ont été soumises à une série d'analyses régulières : depuis septembre 1868 jusqu'à septembre 1869, on a recueilli deux échantillons par mois à leur sortie des champs irrigués. Les résultats obtenus ainsi pendant toute l'année ont montré qu'à bien peu d'exceptions près, les eaux sont assez bien purifiées pour être jetées sans inconvénient dans les cours d'eau ; cependant on a trouvé au mois de janvier, après une gelée de sept jours, que la quantité d'azote combiné qui, à l'analyse précédente, était de 0,098 pour 100000 parties d'eau, était montée à 3,419 : la décomposition des matières organiques azotées avait été arrêtée tandis qu'habituellement, au contraire, la

EMPLOI AGRICOLE DBS MATIÈRES EXCRÉMENTITIELLES.

plus grande partie de Tazote contenu dans les eaux s'y trouve à Tétat d*ainmoniaque ou de nitrates, qui ne peuvent avoir sur la santé publique les effets pernicieux que présentent sans doute les matières organiques azotées.

Irrigations à Croydon. — Les eaux de Groydon reçoivent les vidanges de 30000 à 40000 personnes; elles arrivent dans des prairies de 100 hectares environ, reposant sur un sous-sol de gravier; la quantité fournie varie de 135 mètres cubes, par hectare et par jour, à 200 mètres cubes. Ce dernier nombre est sensiblement plus élevé que celui qu'on a reconnu utile d'employer à Gennevilliers, qui atteint i50 mètres cubes par hectare et par jour, et qui se trouve par conséquent un peu plus fort que la quantité minima employée à Croydon.

On a obtenu de très bonnes récoltes d'herbe atteignant au mois de mai 35 000 kilogrammes à Thectare; les quatre ou cinq autres coupes, faites dans le courant de Tannée, ont donné chacune de 20000 à 25 000 kilogrammes.

On a soumis aux analyses les eaux de Croydon comme celles de Norwood, pendant toute une année, et Ton a pu ainsi arriver à comparer les résultats obtenus aux différentes saisons; on les trouvera réunis dans le tableau suivant.

Nous avons donné d'abord la composition moyenne des eaux d'égout de Norwood et de Croydon au moment où elles arrivent sur les prairies, puis la composition moyenne des eaux recueillies après les irrigations au printemps, en été, en automne et en hiver, et enfin après sept jours de gelée consécutive.

Influence des saisons sur la purification des eaux d'ègout par les irrigations. Résultats des analyses pour 100,000 parties.

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