IRRIGATIONS EN ANGLETERRE
On remarquera, à la lecture du tableau précédent, que la somme des matières restées en solution est remarquablement uniforme pendant toutes les saisons : mais en comparant le degré de purification obtenu dans les deux fermes, il convient de se rappeler que le degré de pureté de Teau, après Tirrigation, dépend surtout de son état de concentration au moment de Tarrivée. On peut juger de la richesse des eaux par la quantité de chlore qui y est contenue : en reconnaît ainsi que pendant Tété les eaux de Norwood étaient très chargées, aussi les éléments organiques se trouvaient-ils dans Feau qui avait servi à Tirrigation en proportions notables ; en hiver, quand les eaux étaient moins riches à l'arrivée, elles étaient presque pures à la sortie. A la ferme de Groydon, l'eau était plus concentrée en hiver et en automne, par suite moins pure à la sortie ; en été, quand Teau, à l'arrivée, était moins chargée, elle atteignait au moment de rejoindre la rivière, une grande pureté. En résumé, on voit que la composition des eaux rejetées aux rivières après les irrigations dépend plus de leur degré de concentration à leur arrivée aux prairies que de la saison même.
Résumé des opérations exécutées en Angleterre par the Board of health. — Les ingénieurs placés sous la direction de MM. Frankland et Chalmers Morton déclarent, en terminant leurs longs travaux, qu'après avoir essayé un grand nombre de procédés proposés pour la purification des eaux d'égout des villes, ils sont arrivés à se convaincre que l'irrigation était le moyen le plus simple, le plus commode. Je plus avantageux, de se débarrasser des causesd*insalubrité qu'elles engendrent. L'irrigation a surtout porté sur les prairies, et elle a eu lieu en toute saison et toujours en couvrant complètement les prairies avec les eaux; le foin obtenu en quantité énorme, est généralement un peu grossier, mais il convient cependant à la nourriture des vaches, ainsi que le démontrent les essais suivants dus à M. Lawes.
Expériences de M. Lawes sur la valeur du foin récolté sur les prairies irriguées avec les eaux d'égout. — Nous trouvons en effet, dans l'importante collection de mémoires des laborieux agronomes de Rothamsted, un intéressant travail sur l'emploi des eaux d'égout, et nous en donnons ici les conclusions.
L'épandage de grandes quantités d'eau d'égout des villes sur une prairie permanente pendant les mois du printemps et de l'été, à la dose de 25000 tonnes par hectare et par an, a fourni pour 1 000 tonnes d'eaux vannes employées, un accroissement moyen de 4000.kilogrammes de fourrage vert (qui, eu égard à la petite quantité de substance sèche contenue dans l'herbe de la prairie arrosée, représente seulement environ 750 kilogrammes de foin sec). Le produit maximum obtenu fut d'environ 80 000 kilogrammes d'herhe fraîche par hectare (1).
M. Lawes ne s'est pas borné à déterminer la quantité de foin obtenue sur la prairie arrosée et sur celle qui ne l'était pas, il a employé le foin récolté dans ces deux conditions difTérentes à la nourriture des bœufs et des vaches, afin de reconnaître s'ils exerçaient sur l'engraissement ou sur la production du lait une influence particulière; il a résumé ses conclusions comme suit:
!*> Les bœufs tenus en stabulation et nourris exclusivement aiec du foin,
(1) Ces nombres s'accordent avec ceux qu'on a obtenus à Geonevilliers. Chimie agricole. 41
qu'il provint de la prairie arrosée ou de celle qui ne Tétait pas, restèrent dans les conditions d accroissement ordinaires aux animaux qui reçoivent une bonne nourriture d'engraissement; mais quand, pendant quelques semaines, on ajouta à Therbe, des tourteaux, Taccroissement devint satisfaisant.
2® Des vaches maintenues àTétable et mises au régime deTherbe, après aToir reçu des tourteaux, donnèrent beaucoup moins de lait, mais en quantités à peu près égales, que le foin provint de la prairie arrosée ou de celle qui ne l'était pas. Les vaches qui reçurent le foin de la prairie non arrosée consommèrent plus de nourriture et donnèrent plus de lait par rapport à leur poids, que celle de la prairie arrosée ; mais la quantité de lait fournie pour une quantité donnée de nourriture fraîche fut exactement la même dans les denx cas, et, comme la matière sèche contenue dans Therbe de la prairie arrosée était en moindre quantité, il en résulte qu'elle a poussé à la production du lait beaucoup plus que Vautre. Quand on donna le maximum d'arrosement, on obtint environ 2000 francs de lait par hectare. La valeur du lait obtenue par l'augmentation de produit due à 1000 tonnes d'eaux vannes fut d'environ 125 francs.
3^ La composition des eaux de vidange de Rugby (endroit où l'on opérait) varie beaucoup suivant les saisons. Les eaux étaient singuUërement plus chargées pendant les temps secs. En moyenne, pendant sept mois, les eaux renfermaient à peu près 7— de matière solide ; elles renfermaient environ 7777; d'ammoniaque. 1 000 tonnes représentaient les excréments fournis pendant une année par 21 et 22 personnes de tout âge et des deux sexes. La composition moyenne de ces eaux est à peu près semblable à celle des eaux d'égout de Londres (i).
4® L'herbe fournie par la prairie arrosée contient beaucoup plus d>aa que celle qui a été récoltée sur la prairie non arrosée ; mais la matière sèche de la prairie arrosée est généralement beaucoup plus riche en matière azotée. Le lait des vaches alimentées avec le foin arrosé présente à peu près la même composition que celui des vaches qui ont reçu le foin de la prairie sèche (2}.
§ 204 . — Emploi des eaux d'égodt dans la plaine de Gennevilusrs.
Il y a maintenant plus de vingt ans que les ingénieurs de la Ville de Paris, MM. Mille et Durand-Claye, ont construit les premières pompes puisant dans Tégout collecteur d'Asnières une partie du flot noir qu'il déverse dans la Seine, ont fait franchir le fleuve aux eaux d'égout et les ont conduites sur les terres sablonneuses de la près-
(1) Nous avoua vu plus haut qu'en général les eaux d'irrigation ne renferment que 7 A 8 d'azote total pour 100,000 parties ; c'est un peu moins que ne l'indique ici H. Lawes, qui a fait ses expériences à un moment où peut-être les eaux d'égout de Londres étaient moins diluées qu'elles ne le sont aujourd'hui.
(2) Le lecteur désireux d'approfondir ce sujet et de savoir où en était la quesUon en Angleterre, il y a quelques années, consultera avec fruit Touvrage de M. Ronna : Ègouts et irrigations, dans lequel il a réuni un très grand nombre de documents relatifs à l'emploi des eaux d'égout aux irrigations, en Angleterre {Mémoires de la Société dts ingénieurs civiis, I8Î3).