EMPLOI DES EAUX D'ÉGOUT A GENNEVILLIERS
qu'île de Gennevilliers; les essais eurent d'abord lieu sur un simple potager, puis plus tard les maraîchers voisins reconnaissant les avantages de l'emploi des eaux d'égout en firent usage, successivement les conduites se multiplièrent, s'étendirent et l'installation de pompes plus puissantes devint nécessaire ; l'eau, accordée gratuitement, fut répandue en très grande quantité, et comme on ne s'était pas préoccupé de drainer le sol, il arriva que l'épuration se fit mal et que la nappe souterraine s'élevant peu à peu fut en grande partie composée d'eau d'égout. Cet état fâcheux suscita des plaintes répétées, et pour y remédier, on réunit en 1876, une commission dont faisait partie M. Schlœsing (1). Ce chimiste éminent reprit les travaux de M. Frankland relatifs à l'épuration des eaux d'égout par leur passage au travers du sol, il reconnut l'exactitude des faits annoncés par les agronomes anglais, à savoir que le sol exerçait une action oxydante énergique sur les matières organiques, et ces études furent couronnées par la grande découverte du ferment nitrique, due aux efforts communs de MM. Schlœsing et Muntz {Voyez page 403).
M. Schlœsing cherche à se figurer nettement ce qu'il advient des eaux contaminées employées aux irrigations : l'eau d'égout qui pénètre dans le sol s'y débarrasse d'abord des matières solides qu*elle tenait en suspension; quand elle s'est ainsi filtrée, qu'elle est mécaniquement purifiée, elle subit une purification chimique d'une toute autre importance : l'eau reste suspendue dans la terre, adhérente à ses molécules, entourée d'une couche d'air dont l'oxyg-ëne, saisi par les organismes du sol, brûle les matières organiques, transforme leur carbone en acide carbonique, leur hydrogène en eau, leur azote d'abord en acide azoteux, puis en acide azotique.
Cette combustion exigeant l'intervention de microorganismes différents n'est pas instantanée, elle exige un temps variable avec la température, mais surtout une pénétration de l'air facile, elle n'a lieu que dans un sol aéré; si donc, le déversement de l'eau est trop rapide, l'épuration due à la combustion ne se produit pas; d'où, l'obligation de ne déverser les eaux que sur des sols ameublis par des labours et très bien drainés, pour que l'écoulement de l'eau purifiée étant assurée, de nouvelles couches d'eau d'égout remplacent régulièrement celles qui sont évacuées.
M. Schlœsing a reconnu que l'eau qui arrive à la surface d'un sol
(1) Les travaux de cette commission ont été publiés sous le titre : Assainissement de la Seine, Gauthier-Yillars, 1876.
déjà saturé, ne se mélange pas avec le liquide qui l'occupe déjà, mais le déplace; la comparaison suivante rend cette idée très claire: considérons un cylindre rempli de disques qui ne s'y déplacent qu'à frottement doux, tellement que tous y restent suspendus en équilibre; si on ajoute un nouveau disque à la partie supérieure il ne peut se loger dans le cylindre qu'à la condition que son poids provoquera la sortie du disque inférieur ; et l'arrivée de chaque disque a la partie supérieure du cylindre déterminera la chute d'un disque à la partie inférieure.
Cette image rend très bien compte de ce qui se passe dans un sol saturé, l'eau reste suspendue dans la terre comme les disques dans le cylindre : quand une nouvelle couche est répandue à la surface, elle pénètre d'un bloc dans la masse poussant au-dessous d'elle la couche qui occupait la surface et celle-ci exerce une pression qui se transmet de couche en couche jusqu'à celle qui est voisine des drains ou de la couche imperméable sur laquelle elle doit s'écouler. Chaque afflux d'eau détermine donc le départ d'une quantité d'eau égale à celle qui est déversée, et cette condition règle l'abondance des distributions. L'eau suspendue dans la terre doit, en effet y séjourner un temps suffisant pour que sa purification soit assurée; dans un sol caillouteux et perméable comme celui de Gennevilliers, chaque mètre cube de terre peut retenir 150 litres de liquide, et le temps nécessaire à l'épuration est de vingt jours. U sol ayant une épaisseur de 2 mètres, l'eau est évacuée après avoir traversé cette couche; on a constaté qu'un mètre cube de terre épure en moyenne de 25 à 30 litres d'eau d'égout par jour; en admettant que le sol ait une profondeur de 2 mètres, chaque hectare pourrait donc recevoir 500 mètres cubes d'eau par jour ou 182,000 mètres cubes en un an. C'est là un chiffre théorique, en le réduisant à 50,000 mètres cubes par an, on est certain d'obtenir, dans un sol bien préparé, une épuration complète.
La Ville de Paris a évacué en 1887, 125 millions de mètres cubes d'eau d'égout; on voit que si elle avait à sa disposition une surface de 2,500 hectares, elle pourrait épurer toutes ses eaux ; mais ici se présente une difficulté.
Si on veut non seulement épurer les eaux, mais encore les utiliser, les surfaces doivent être beaucoup plus étendues; en effet, si le> irrigations sont extrêmement avantageuses quand elles sont faites en temps utile, elles deviennent nuisibles à d'autres époques; or le collecteur déverse constamment ses eaux, et si la coulée en rivière