APPARITION DE LA CHLOROPHYLLE
priéié sont désignés sous le nom de plantes à chlorophylle, par opposition à celles qui restent blanches à la lumière ; les premières seules sont capables d'utiliser à la formation de la matière végétale Tacide carbonique aérien ; les secondes ne vivent que sur la matière organique déjà formée.
Les plantes ne verdissent qu'autant qu'elles sont soumises à FaciioQ de la lumière; pour démontrer son action, on dispose sou* vent dans les cours de physiologie végétale l'expérience suivante : on remplit d'eau deux vases poreux, semblables à ceux qui servent dans la pile de Bunsen, et à la faveur de l'humidité qui suinte sur les parois, on y fixe des graines de cresson alénois ; elles forment dans l'eau un miucilage assez épais pour rester adhérent à la paroi UQ peu rugueuse du vase ; les graines, maintenues humides par Teau qui traverse lentement la porcelaine, ne tardent pas à germer : si l'un des vases est exposé à la lumière, tandis que le second est enfermé dans une armoire obscure, le premier se couvre bientôt de petites plantes vertes, tandis que les jeunes tiges du second, privées de lumière, restent jaunes.
Une lumière peu énergique est suffisante pour déterminer l'apparition de la chlorophylle, les plantes verdissent même sous l'influence de la lumière du gaz, très aisément sous celle de la lumière électrique.
Toutes les radiations émanées d'une source lumineuse ne sont pas cependant également efficaces pour déterminer le verdissement des plantes ; c'est dans la partie du spectre où se trouve le maximamd'éclai rement que la chlorophylle apparaît le plus rapidement, elle se produit plus lentement dans les rayons ultra-rouges et dans la région ultra-violette; toutes les espèces ne se conduisent pas au reste de la même façon : les rayons ultra-rouges, incapables de verdir les pousses étiolées de la plupart des plantes, agissent cependant sur les conifères, les fougères ouïe gui. Après avoir traversé une dissolution de bichromate de potasse, un faisceau de lumière blanche n'est plus formé que des rayons rouges, orangés, jaunes et d'une partie des rayons verts : la dissolution qui laisse passer la partie gauche du spectre retient les rayons les plus réfrangibles ; or, tandis que ces radiations jaunes rouges verdissent énergiquement les plantes étiolées, celles qui émergent d'une dissolution de sulfate de cuivre dans l'ammoniaque, formées des rayons réfrangibles, mais privées des radiations rouges et jaunes, sont beaucoup moins efficaces.
§ 14. — Composition de la chlorophylle.
La coloration verle que prennent les plantes éclairées est due à la matière désigpnée sous le nom de chlorophylle (1).
On l'obtient aisément en dissolution, en traitant par l'alcool des feuilles hachées et bien exprimées pour enlever la plus grande partie de l'eau qu'elles renferment. On prépare une dissolution plus concentrée, en disposant les feuilles sous une grande cloche au-dessus d'un cristallisoir garni d'acide sulfurique concentré ; en vingt-quatre heures, les feuilles sont sèches et cassantes, réduites en poudre dans un moulin, puis épuisées par l'alcool bouillant, elles lui cèdent leur matière colorante. Cette dissolution est dichroïque, verte à la lumière transmise, elle est rouge par réflexion.
Un grand nombre de travaux ont été exécutés sur la chlorophylle : il est facile do montrer que ce n'est pas une matière pure, mais bien un mélange de diverses substances; en agitant par exemple de la chlorophylle en dissolution dans l'alcool avec de la benzine, on laisse dans l'alcool aiTaibli une matière colorante jaune, tandis que la benzine monte à la partie supérieure, entraînant une matière bleuâtre; la première a été désignée sous le nom de phylloxanihine, la seconde sous le nom de phyllocyanine (Fremy). Les réactifs énergiques tels que l'acide chlorhydrique additionné d'éther décomposent également la chlorophylle, l'acide reste à la partie inférieure coloré en bleu, tandis que l'éther qui surnage se colore en jaime.
On extrait aisément de la chlorophylle une substance cristallisée, elle a reçu le nom de chlorophyllane.
M. Gautier la prépare en épuisant de la pulpe d'épinards exactement neutralisée, par de l'alcool faible qui enlève quelques impuretés, puis par l'alcool fort qui dissout la chlorophylle; on la fixe par filtration sur du noir animal; à l'aide d'alcool étendu, on sépare une matiè.re jaune rougeàtre désignée sous le nom d'érythrophylle; en reprenant enfin le noir animal par de l'éther on dissout la chlorophyllane qui cristallise par évaporation.
C'est à elle que se rapportent les analyses exécutées par divers auteurs.
(I) M. L. Maqnenue a donné un résumé très complet des travaux exécutés sur la chiorophyllc dans le Dictionnaire d'Agriculture^ 1. 11, p. 263.