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I. — Considérations générales

En décrivant les méthodes analytiques qui, dans Tétat actuel de nos connaissances, nous paraissent les plus propres à conduire à des résultats exacts, nous avons cru devoir tenir compte des conditions dans lesquelles se trouvent placés les laboratoires d'analyse qui ont à efTectuer, dans un temps déterminé, un certain nombre d^opérations.

II ne s'agissait donc pas uniquement de la précision des procédés, mais encore de la facilité et de la rapidité de leur application. C'est à ce double point de vue que la Commission chargée spécialement de cette étude s>st placée et, dans le choix qu'elle a fait parmi les méthodes analytiques, elle a tenu grand compte des nécessités de la pratique du laboratoire ; mais elle a toujours subordonné toutes les autres considérations à celle de l'exactitude à obtenir dans le dosage.

Les méthodes qui n'ont pas été jugées suffisamment précises ont été écartées. Mais la Commission n'a pas la prétention d'avoir fait une œuvre déûnitive; elle croit devoir laisser ouverte l'inscription de procédés nouveaux ou perfectionnés, lorsque ceux-ci auront fait leurs preuves.

Il existe quelquefois pour la détermination d'une même substance des moyens différents qui conduisent au résultat exact. Chaque fois que ce cas s'est présenté, la Commission a adopté ces diverses méthodes, laissant à l'opérateur le choix de celle que lui indiqueront ses habitudes, ses ressources, ses préférences personnelles. Mais il ne faut pas oublier que la précision absolue est impossible à atteindre.

L'exactitude des opérations ne dépend pas seulement des méthodes : ellt; dépend aussi des opérateurs; il y a donc deux causes d'erreur qui tendent â

(1) Ce comité est composé de :

MM. Tisserand, conseiller d'État, directeur de TAgriculturc, président.

ScHLOBsiNG, membre de l'iostitut, professeur de chimie agricole à l'Institut agronomique.

Prillibux, inspecteur général de rEnseignement agricole.

liiSLKR, directeur de l'Institut agronomique.

Aimé Girard, professeur de techuologie à l'Institut agronomique.

Cornu, professeur administrateur au Muséum d'histoire naturelle.

Grandbau, directeur à la station agronomique de l'Est.

LiéBAULT, ingénieur constructeur à Paris.

JouLiB, président de la Chambre syndicale des produits chimiques.

Mamellb, chef du bureau de l'enseignement Hgricole.

MOktz, professeur chef des travaux chimiques à l'Institut agronomique, secrétaire.

Marsais, sous-chef du bureau de l'enseignement agricole, secrétaire-adjoint.

TOiÉRANGES DANS LES ANALYSES. SS9

éloigner les chiffres obtenus dans Tanalyse du chiffre vrai : Teireur inhérente au procédé, Terrenr personnelle à Fanalyste. Les chiffres que donne le dosage ne sont donc pas mathématiquement égaux au chiffre exprimant la quantité réelle de la substance envisagée, et les écarts pourront être d'autant plus grands que la méthode est susceptible de moins de précision et l'opérateur moins habile.

De là résulteront des divergences entre les résultats obtenus par divers chimistes, divergences qui, dans Tesprit de personnes non initiées, pourront ébranler la confiance dans Futilité et la valeur de Tépreuve analytique et embarrasser les tribunaux chargés de réprimer les fraudes. Les inconvénients de ces divergences sont apparents plutôt que réels, et il convient de les discuter.

Dans les transactions commerciales, il sufût d'avoir des chiffres se rapprochant assez de la vérité absolue pour que l'écart soit sans préjudice appréciable pour lacheteur ou pour le vendeur, et il y aune certaine latitude dans laquelle peuvent se mouvoir les résultats que Ton peut appeler pratiquement exacts. Il faut donc admettre un écart permis, une tolérance, entre le titre indiqué et celui que donne l'analyse.

De là la nécessité de se rendre compte du degré de certitude qu'offre l'analyse chimique des matières fertilisantes.

C'est une tendance des personnes qui ne sont pas initiées aux sciences expérimentales d'attribuer à celles-ci plus de puissance qu'elles n'en ont en réalité. Il est du devoir de ceux qui sont chargés de préciser les conditions de l'intervention de la science dans les applications industrielles et commerciales de prémunir contre une confiance trop absolue dans les résultats du laboratoire.

On s'imagine souvent que le nombre de décimales est l'indice d'une plus grande exactitude ; rien n'est moins vrai, et le chimiste qui se rend compte de la valeur des chiffres ne s'attachera jamais à porter ce nombre au delà de ce qui rentre dans les limites des quantités dont il peut répondre. En général, quand les résultats sont rapportés à 100 de matière analysée, le maximum de précision qu'on puisse espérer ne dépasse pas une unité de la première décimale ; il n'y a donc à tenir aucun compte d'une seconde et surtout d'une troisième décimale, et, par suite, il est superflu de les employer en exprimant le résultat d'une analyse.

Encore, dans la plupart des cas, n'est-ce pas d'une unité de la première décimale, mais de plusieurs^ que les chimistes peuvent s'écarter pour un même produit. On doit donc regarder comme pratiquement concordants lès résultats qui ne diffèrent entre eux que d'un petit nombre d'unités de la première décimale, et ce nombre d'unités pourra être d'autant plus grand que la quantité du corps à doser est elle-même plus grande par rapport à la matière analysée.

Pour fixer les idées, nous citons quelques résultats :

Analysa d'un phosphate naturel :

Acido phosphoriqao pour 100.

Quantité réeUe 17.3

!•' résultat 17.4

Autre résultat 17.0

Chimie agricole. 53

. Un marchand qui aura vendu avec garantie de 17,5 pour 100 d'acide phospbonque, alors que l'analyse n'aura trouvé que 17,0 n'est donc pas convaincu 4e fraude, puisque Técart entre les deux chiffres peut provenir du fait de Tanalyse aussi bien que d'un manquant réel. Il n'en serait pas de même si Fécart était plus grand.

Analyse d'na phosphate précipité :

Acide phoBphoriiiiM pour 100.

Quantité réelle 37.0

1" résultat 36.5

Autre résultat 37.5

Là encore nous devons admettre que ces divers chiffres sont suffisamment eeacordants pour les besoins du commerce et que le vendeur, qui aurait gsranti 37,0, alors que l'analyse n'a trouvé que 36,5, n'est pas convaincu de irande.

Analyse d'an nitrate de sonde : .

Nitrate pm poor lOO.

Quantité réelle 92.3

1" résultat 91 .8

Autre résultat 92.8

Mêmes observations que pour les cas précédents.

Dosage d^asote dans nn engrais organique :

Aiote

pour 100.

Quantité réelle 3.3

1" résultat 3.4

Autre résultat 3.2

Ici les quantités étant plus faibles, on ne peut tolérer que de plus faibles écarts.

Ces exemples ne fixent pas les limites; ils ne sont destinés qu'A montrer que les analystes peuvent s'écarter, en plus ou en moins, de la vérité absolue.

Sans multiplier ces exemples, on peut dire que chaque fois que les écarts ne dépassent pas I p. 100 de la substance dosée ou deux unités delà première décimale, les résultats doivent être regardés comme concordants.

Dans certains cas les écarts peuvent être plus grands.

C'est au chimiste à déterminer, dans chaque cas particulier où il a à se prononcer sur la fraude dans le commerce des engrais, si l'écart entre le chiffre annoncé et le chiffre trouvé est assez faible pour être imputable aux imperfections de l'analyse, ou s'il est de nature & incriminer l'engrais analysé.

Le chimiste doit donc apporter de la prudence et du tact dans l'interprétation de ses résultats. Aussi est-il à désirer que les personnes chargées de ■se prononcer sur ces questions aient non seulement la pratique des opérations, mais encore les connaissances scientifiques nécessaires pour attribuer à chaque donnée analytique sa véritable valeur. Le choix de l'expert n'est •donc pas indifférent.

.EXAMEN PRtLIMmAlRE DES ENGRAIS. S39

pàhs le cas de contestations, une plas grdude attention s'impose à ûet dernier ; aussi ne doit-il pas se borner à un seul essai, afin de se mettre k Yahri des causes d'erreurs accidentelles. i

' La Commission ne s'est occupée dans ce premier travail que des substancaa Certilisantes d'après lesquelles on calcule ordinairement la valeur des engraS^;. Mais il est d'autres substances qui ne sont pas généralement vendues sur titre, mais dont le r61e est important dans l'amélioration ou l'entretien de la fertilité des terres. Les méthodes analytiques à appliquer à ces substances, feront l'objet d'un travail ultérieur. La Commission complétera son œuvre par la description des divers procédés à employer pour l'analyse des subt

stances agricoles en général: amendements, terres, produits de récoltes, etc*

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