DOSAGE DB L ACIDE PHOSPHORIQUE
Tous les phosphates peuvent être employés en agriculture pour apporter aux plantes Tacide phosphoriquey et tous sont susceptibles d'être assimilés, dans une certaine mesure, par Torganisme végétal. Mais leur faculté d'être utilisés par les plantes varie beaucoup, suivant la forme sous laquelle se présente Tacidephosphorique ; dés lors il était rationnel que des distinctions d'origine et des différences de valeur fussent introduites dans le commerce de matières aussi variées. Mais, pour régler équitablement les prix, il eût fallu posséder des notions vraies, acquises par la comparaison expérimentale des effets que produisent les divers phosphates dans les conditions diverses de la culture. En Fabsence de semblables notions, on a imaginé des conventions arbitraires ne reposant point sur Fexpérience, d'où sont résultées des différences considérables entre les prix de Tunité d'acide phosphorique dans les matières phosphatées, notamment entre les prix de cette unité dans les produits d'industrie : superphosphates, phosphates précipités, phosphates enrichis, et les prix de la même unité dans les engrais phosphatés n'ayant pas subi de traitement : phosphates naturels, os, poudrette, etc.
Il convient d'entrer sur ce point dans quelques développements, avant .de décrire les méthodes d'analyse applicables aux diverses matières phosphatées.
Lorsque Liebig conseilla, vers 1843, de solubiliser l'acide phosphorique des os au moyen d'un traitement par un acide, tous les physiologistes et agronomes étaient persuadés que la solubilité dans l'eau d'un aliment minéral des plantes est la condition première de son absorption. Des essais institués alors en Angleterre, pour comparer les effets des os broyés et du superphosphate d'os, donnèrent un avantage marqué à ce dernier, et déterminèrent la création d'une fabrication qui prit rapidement de grands développements, surtout quand elle admit comme matière première les phosphates minéraux.
Naturellement l'acide phosphorique acquit dans les superphosphates une valeur beaucoup plus grande que celle qu'il avait avant traitement dans le phosphate minéral ou phosphorite. La nouvelle industrie se propagea en France, en Allemagne. Mais une difficulté imprévue ne tarda pas à. se produire : la rétrogradation (Voy. page 743). L'acide phosphorique perdait graduellement sa solubilité première dans les superphosphates provenant de certaines phosphorites.
Quelle valeur fallait-il donner à cet acide rétrogradé que l'eau ne dissolvait plus et dont pourtant le mode de combinaison primitif avait été certainement détruit par l'acide sulfurique? En Angleterre, les agriculteurs, fidèles à leur opinion sur la solubilité nécessaire des aliments des plantes, ne voulurent payer que l'acide soluble à l'eau : c'est pourquoi les fabricants s'étudièrent à éviter la rétrogradation, soit en employant un excès d'acide sulfurique, soit en choisissant de préférence certaines phosphorites. Les usages anglais passèrent en Allemagne. 11 en fut autrement en France. Les chimistes avaient introduit dans l'analyse des phosphates un réactif précieux, le citrate d'ammoniaque, ayant la propriété de dissoudre l'oxyde de fer, l'alumine, les phosphates de ces deux oxydes, quand ces matières n'offrent qu'une très faible cohésion : il peut même laisser précipiter à l'état de phosphate ammoniacomagnésien la totalité de l'acide phosphorique, tout en gardant intégralement les ox3'des; il réalise ainsi, d'une manière simple, une séparation autrefois très laborieuse. A cette propriété précieuse, on crut en France pouvoir en
ajouter une autre qui serait plus sérieuse encore si elle pouvait être admise comme réelle : on fit du citrate le moyen de mesurer Tefficacité comme engrais, et, par suite, la valeur vénale de Facide phosphorique contenu dans les diverses matières phosphatées.
Pour en venir là, on supposait que la faculté d*étre assimilés est, chez les phosphates, non plus en relation directe avec la solubilité dans Teau, comme on Tadmet en Angleterre, mais bien en relation inverse avec la cohésion : le phosphate de moindre cohésion devenant le plus assimilable. La solubilité dans le citrate était assurément le signe d^une très faible cohésion : ce réactif partagea tous les phosphates en deux catégories : les phosphates solubles au citrate, les insolubles.
Puis Tusage fut introduit d*appeler du nom d'assimilables les phosphates solo blés dans ce réactif; Tacide des superphosphates, des phosphates précipités, des phosphates enrichis, c'est-à-dire Facide des produits livrés par l'industrie chimique, se trouva soluble dans le citrate et réputé dés lors assimilable. Implicitement, le public devait croire et crut en effet que lacide des phosphates insolubles au citrate était non assimilable, ou tout au moins peu assimilable, et il accorda à Tacide soluble au citrate une valeur double et parfois triple de la valeur de Facide des phosphates insolubles.
De tels errements ne sont plus permis aujourd'hui; il est certain que Fassimilabilité d'un phosphate ne dépend pas de sa solubilité dans le citrate : qu'une racine rencontre, vers son extrémité, un fragment d'os, de nodule des Ardennes, de phosphorite du Lot (?) elle dissoudra et absorbera du phosphate en vertu de ses sucs propres, et malgré la cohésion qui rend ce fragment insoluble dans le citrate. Gela ne veut pas dire que la cohésion ne joue aucun rôle : un fragment d'apatite ou de quelque autre combinaison douée d'une grande dureté se laisse probablement moins attaquer qu'un autre fragment de phosphate plus tendre ; il n'en demeure pas moins acquis que le plus grand nombre desphosphorites peut servir d'aliment direct pour les plantes, sans passer par la désagrégation sulfurique ; il est tout aussi certain que les phosphates d'os, les phosphates du fumier, des poudrettes, des guanos, insolubles dans le citrate, sont néanmoins parfaitement assimilables et assimilés par la végétation. Des expériences de comparaison instituées dans ces dernières années en France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, ont montré que Facide phosphorique soluble à Feau, l'acide des superphosphates rétrogrades, Facide des phosphates précipités produisent des effets de même ordre, et que Facide des phosphorites produit, dans beaucoup de cas, des récoltes sensiblement égales à celles que donnent les phosphates ayant subi un traitement chimique (f?). Même, dans les terrains chargés de matière organique et pauvres en chaux, l'avantage demeure aux phosphates d'os, au noir, aux phosphorites.
C'est qu'en effet, il parait très probable aujourd'hui que la diffusion de l'engrais au sein du sol joue le rôle essentiel dans son utilisation : cette diffusion est produite, dans les superphosphates, parla solubilité de Facide libre ou combiné, qui se diffuse autour de chaque parcelle d'engrais, dans un certain rayon, liraiLé par Finsolubilisation de l'acide phosphorique au contact de Foxyde de fer, de l'alumine, du calcaire du sol; dans les phosphates minéraux, elle est déterminée surtout par l'extrême pulvérisation, l'épandage soigné et les labours; mais que la diffusion soit chimique, comme dans le