‹ Traité de chimie agricoleChapitre 38 sur 399 · ABSORPTION DE L'ACIDE CARBONIQUE · texte numérisé non relu

ABSORPTION DE L'ACIDE CARBONIQUE

deviennent rares aussitôt que les nuages obscurcissent la lumière.

La quantité d'oxygène dégagée dans celte expérience peut servir de mesure grossière à l'assimilation. Quelques observateurs ont proposé de mesurer, non plus le nombre de centimètres cubes dégagés dans un temps donné, mais de se borner à compter le nombre de petites bulles de gaz qui s'échappent par la section d un rameau immergé ; le procédé parait peu rigoureux, M. Reinke qui la soumis à une nouvelle étude Ta cependant trouvé plus exact qu'on ne supposait qu'il le fiit (4).

Les expériences précédentes démontrent que les feuilles insolées décomposent l'acide carbonique et en dégagent de l'oxygène ; ce premier point établi, il nous faut pénétrer dans le détail du phénomène et chercher d'abord comment l'acide carbonique pénètre dans les feuilles.

§ 19. — Absorption de l'aqde carbonique par les feuilles.

Quand on réfléchit à la parcimonie avec laquelle l'acide carbonique est répandu dans l'air, puisqu'il n'en forme que les 3 dixmillièmes, on est étonné qu'il puisse être l'origine de la masse de carbone fixé dans les végétaux, et l'on est conduit à penser que sa rareté doit être compensée par une extrême facilité d'absorption par les feuilles.

C'est en effet ce qu'il est aisé de montrer par l'expérience.

On dispose dans un endroit bien éclairé : deux longs tubes de verre parallèles, l'un est pavé de feuilles longues et étroites comme celles des graminées, de façon que toute la partie inférieure du tube soit recouverte, l'autre tube reste vide ; les deux tubes sont liés à des flacons renfermant de l'eau de baryte dans laquelle barbotera l'air qui aura traversé les tubes, quand il y sera attiré par des aspirateurs de marche bien égales.

Quand cet appareil fonctionne, on voit rapidement se troubler 1 eau de baryte traversée par l'air quia parcouru le tube vide, tandis <pie celle qui est agitée par l'air du tube à feuilles reste limpide, tout l'acide carbonique contenu dans l'air a donc été saisi au passage, et il faut beaucoup accélérer le mouvement de l'air pour voir 'eau de baryte se troubler par l'acide carbonique qui a échappé à l'action absorbante des feuilles.

(Jj Ann, agron,, t. X, p. 38.

Cette expérience n'est que qualitative, nous avons en outre, M. Maquenne et moi (1), construit un appareil qui nous a permis de mesurer cette absorption, et de déterminer pour diverses feuilles et diverses températures le coefficient d'absorption de Tacide carbonique.

Cet appareil est disposé de telle sorte que les feuilles vidées de gaz par l'action de la pompe à mercure peuvent être mises subitement en contact avec Tacide carbonique; celui-ci est enfermé dans un voluménomëtrc à mercure, et l'ascension du liquide sert à mesurer l'absorption.

Elle est instantanée. Le mercure s'élève à un certain niveau, y reste stationnaire, puis après quelque temps éprouve un léger mouvement de descente dû au dégagement d'acide carbonique par la respiration intra-moléculaire (voyez plus loin le chsqiitre : Respiration).

On reconnaît à l'aide de cet appareil que le coefficient d'absorption varie d'une feuille à l'autre et pour la même feuille avec la température ; qu'il est étroitement lié à la quantité d'eau contenue dans les feuilles. En comparant les nombres observés pour l'absorption de l'acide carbonique à ceux qu'on calcule d'après le coefficient de solubilité de l'acide carbonique et la quantité d'eau des feuilles, on trouve des chiffres très voisins ; l'absorption parles feuilles est cependant un peu supérieure à celle de l'eau , comme si cette absorption était due non seulement à une dissolution do l'acide carbonique dans l'eau des tissus, mais en outre à une combinaison, à la formation d'acide carbonique hydraté.

Ces expériences démontrent donc que grâce à sa solubilité dans l'eau qui gorge les feuilles, l'acide carbonique aérien est saisi par ces organes, il y pénètre et si l'éclairement est suffisant, il s'y décompose et on conçoit en même temps combien la structure des végétaux est bien adaptée à leurs fonctions.

La feuille est plate, elle offre une large surface absorbante; dans un arbre, elle est portée à l'extrémité des branches ramifiées à l'infini, qui s'étendent dans l'atmosphère pour y puiser l'aliment qui leur est nécessaire comme les racines s'enfoncent et se divisent dans le sol, pour y chercher l'eau également nécessaire à la vie végétale.

La flexibilité du bois est favorable à l'action absorbante des

(1) Ann, agron-t t. XII, p. 526.

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