POIDS MOYEN
DC ORAIX.
milligr.
« Au commencement de Texpérience, l'état des jeunes plantes ne laisse rien à désirer, elles sont absolument semblables pendant la première semaine dans tous les vases.
« Le 4 mai, on remarque que les plantules des vases sans azote sont en relard sur les autres; la différence devient de plus en plus visible. Ce moment correspond évidemment à l'épuisement des matières contenues dans la graine ; les plantes présentent dès ce moment les symptômes de l'inanition.
« Toutes les autres plantes restent encore semblables entre elles pendant plusieurs jours. Ce n*est que le 9 mai que la plante, à 28 milligrammes d'azote, reste en retard, et peu de jours après celle à
{\]Ann, agron., t. XV, p. 5.
55 milligrammes se distingue à son tour par Tarrèt du développement. Des la quatrième semaine de mai, Tétat de toute la série est tel qu'on reconnaît de loin les différences correspondant aux diverses doses de nitrate de chaux qu'on avait données au sol. Cette différence porte non seulement sur la vigueur et la hauteur des plantes, mais encore sur le tallage.
La plante qui a reçu 336 milligrammes d'azote a produit 5 pousses latérales dont 2 ont épié.
« Celle à 224 milligrammes d'azote a produit 4 pousses latérales dont i a épié.
« L'orge qui a reçu 168 milligrammes d'azote a produit de 3 à 4 pousses latérales dont 1 a épié (1).
« Les plantes à 112 milligrammes ont produit de 2 à 3 pousses latérales qui ont toutes été vidées au profit de la pousse principale avant d'avoir formé un épi.
« Les pots qui ont reçu 56 milligrammes ont produit 2 pousses latérales qui toutes ont été vidées au profit de la pousse principale avant d'avoir formé un épi.
« La plante à 28 milligrammes a produit une pousse latérale qui a été vidée au profit de la pousse principale avant d'avoir formé un épi.
(( Quant aux plantes sans azote, aucune n'a essayé de développer la moindre pousse latérale.
« Cet état d'inanition ou, dans le cas présent, « la faim d'azote » se manifeste par un ensemble caractéristique de symptômes. Lorsque les matériaux de la graine sont épuisés, c'est-à-dire habituellement pendant la formation de la troisième feuille, la plante continue à végéter à peu près aussi longtemps que les plantes normalement nourries, elle développe tous ces organes jusqu'aux fruits, mais sous une forme naine, en réalité elle ne produit pas de matière nouvelle, puisque chaque nouvel organe s'accroît aux dépens de la feuille la plus âgée qui se vide et se dessèche.
((Lorsque la quantité de l'azote du sol est insuffisante, cet épuisement, ce dessèchement des feuilles les plus âgées n'apparaît que plus tard; il ne se manifeste qu'au moment de la formation des fruits, quand la dose d'azote est tout juste suffisante; enfin les plantes qui ont à leur disposition un excès d'aliment azoté ne présentent jamais ce symptôme, elles développent encore des
(1) Nous résumons ici Texpéneoce, plusieurs des doses ont été données en double ou triple, le nombre des pots était de 14.
pousses latérales alors que les épis les plus âgés commencent déjà à jaunir, les différentes parties de la plante ne mûrissent pas en même temps et parfois la maturité se fait même attendre indéfiniment. »
A ces expériences portant sur des helianthus (Boussingault) et de Forge chevalier (Hellriegel et Wilfarth), nous pouvons ajouter celles qui ont été exécutées au Muséum, il y a déjà plusieurs années (1), sur des betteraves; on a obtenu pour Tensemble de trois betteraves végétant à côté les unes des autres dans de grands tonneaux renfermant un sol artificiel formé de sable siliceux, de calcaire terreux et d'argile :
Sans aucun engrais 411 grammes.
ÀTec phosphate de chaux et chlorure de potassium 225 —
Avec phosphate de chaux, chlorure de potassium et nitrate de soude 1777 —
Ces expériences sont donc absolument démonstratives, elles établissent avec la plus complète évidence que les nitrates servent (1 aliments aux plantes.
Présence des nitrates dans les plantes. — Il arrive même que certaines plantes se chargent de quantités considérables de nitrates. La calcination des vinasses de betteraves donne parfois des explosions dues à la réaction violente des nitrates sur la matière organique.
Barrai a appelé Fattention sur les quantités considérables de nitrates qui se rencontrent dans les betteraves et quelques autres racines (2). M. Ladureau a également dosé ces nitrates (3} dans les betteraves ; récemment, j'ai appuyé sur les inconvénients que présentent ces nitrates dans les betteraves fourragères, où on les reoconlre parfois en quantités assez notables pour que les animaux qui les consomment en soient incommodés (4) et même périssent. M. F. Meunier (5) a montré, en outre, que les graminées et particulièrement le sorgho se chargent de quantités notables de nitrates dont Tinfluence fâcheuse s'est également fait sentir sur les animaux nourris de foin de prairies trop abondamment fumées avec Tazotate de soude.
'}) Krémy et Dehérain, Ann. agron., t. I, p. ICO. (î) C(mptes rendus, t. CXXXXVH, p. 1084. (î) Ann. agran., t. IV, p. 558.
(*] Ann. agron,, t. XVI, p. 544.
ii) Ann. agron.j t. VII, p. 73.
Il est probable que c'est à la présence de ces nitrates dans le sorgho qu'il faut rapporter les accidents qui sont survenus après la consommation de cette plante et ont fait supposer à tort qu elle était vénéneuse.
M. Arnaud a trouvé dans un alcaloïde nouveau, qu4l a découvert dans les écorces de certains quinquinas, la cinchonaminey un réactif précieux pour déceler dans les plantes la présence des nitrates; en effet le nitrate de cincbonamine est insoluble dans l'eau, surtout en présence des acides; il cristallise aisément; si on plonge dans une dissolution de sulfate de cincbonamine au 1/250 des tiges d'ortie ou de pariétaire, on les voit bientôt se couvrir de cristaux qui les hérissent de pointes brillantes pouvant atteindre plusieurs millimètres d'épaisseur (1).
On avait donc constaté la présence des nitrates dans divers végétaux quand MM. Berthelot et André ont entrepris leur grand travail qui a établi la présence universelle des azotates dans le règne végétal (2). Le mémoire dans lequel ce dernier fait est établi se termine par le passage suivant :
« Presque tous les végétaux contiennent des azotates au moins pendant une certaine période de leur végétation : aussi bien les Dicotylédones que les Monocotylédones et les plantes des autres classes (Mousses, Fougères, Equisétacées, etc.), aussi bien les plantes terrestres que les plantes aquatiques ; aussi bien les plantes annuelles que les plantes vivaces et les arbres mêmes (Pin, Prunier, Poirier). La proportion des azotates, mesurée par un procédé d'analyse rigoureux, varie d'ailleurs, depuis des quantités presque nulles jusqu'à 15 millièmes dans la Pomme de terre, 20 millièmes dans le Blé, et même 150 millièmes dans certains Amarantus à des périodes convenables de la végétation. »
Ces nitrates accumulés dans les tissus paraissent être des réserves destinées à être utilisées au moment de l'élaboration des matières organiques azotées, ils disparaissent partiellement ou complètement à certaines périodes, pour reparaître à d'autres, au moins dans les plantes vivaces.
§ 30. — ASSLMILATION DE l'aZOTE A l'ÉTAT AMMONIACAL.
Tandis que tous les agronomes sont d'accord sur l'efficacité des
(1) Comptes rendus, t. XCVIII, p. 1488.
(2) Ann, de chim. et de p/iys., 6« série, t. VIIIi p. 5-128| 1886.
ASSIMILATION DE L'AMMONIAQUE. i09
nilrales, ils ont au contraire des opinions assez divergentes sur rassimilabilité des sels ammoniacaux.
L'emploi 1res avantageux, dans nombre de cultures, du sulfate (1 ammoniaque, n'est pas une objection contre ceux qui prétendent qae les plantes ne s'emparent pas directement des sels ammoniacaux, car on sait que dans un très grand nombre de sols, convenablement humides, l'ammoniaque est très rapidement nitrifiée, de telle sorte qu'après quelques jours elle n'existe plus, mais s'est transformée en nitrate dont l'utilité a été reconnue.
Pour établir que les sels ammoniacaux sont directement utilisés, il fallait donc disposer les expériences en se mettant à l'abri du ferment nitrique, qui, en transformant l'ammoniaque introduite pour servir d'engrais, aurait enlevé toute valeur aux résultats constatés.
Ces essais ont été exécutés par M. Muutz, qui, après avoir privé par des lavages prolongés la terre des nitrates qu'elle renfermait, la additionnée de phosphates, sels alcalins et sulfate d'ammoniaque, puis l'a portée à 100** pour la stériliser.
On y a semé des graines stérilisées elles-mêmes par immersion dans l'eau bouillante, pendant quelques instants ; enfin on a placé les pots ainsi préparés dans une cage vitrée sur trois côtés, munie d'une toile à maille serrée sur la dernière face, pour que l'air pût se renouveler ; les parois de la cage étaient au reste enduites de glycérine pour fixer les germes que l'air pouvait contenir.
Des pots semblables aux précédents renfermant les mêmes graines ont été placés dans une cage semblable, mais systématiquement ensemencés d'une terre nitrifiante pour que le sulfate d'ammoniaque s*y transformât en nitrates.
On s'est assuré au reste que dans les pots non ensemencés de ferment nitrique, l'ammoniaque avait persisté sous sa forme première; et cependant la végétation a été aussi active dans un cas que dans l'autre; voici les chiffres donnés par M. Muntz :
Azote
dans diiiis emprunté
la graine. la récolte. & raminoniaque.
Maïs 3 milligr. 211 milli^'r. 208 milligr.
Fève 37 — 9o0 — 919 —
Orge 0.7— 50 — 49.3 —
Féverole 16 — 103 — 89 -—
Chanvre O.o — 115 — 114.5 —
Celte expérience prouve de la façon la plus nette que Tammo-
ilO ASSIMILATION DE L'AZOTE.
niaque a dû ëlre utilisée comme telle ; mais il reste à concilier ces résultats avec ceux qui ont été observés par divers expérimentateurs.
En 1843, Bouchardat ayant élevé dans Teau des menthes aquatiques leur donna comme engrais de faibles quantités de sels ammoniacaux, elles périrent.
Il concluait :
1"^ Les dissolutions des sels ammoniacaux communément employés ne fournissent pas aux végétaux Tazote qu'ils assimilent.
2"* Lorsque ces dissolutions à 1 millième sont absorbées par les racines des plantes, elles agissent toutes comme des poisons énergiques.
S. Cloëz répète ces expériences avec succès, il observe que les sels ammoniacaux en dissolution dans Feau à la dose de 0,0001 sont nuisibles à la végétation des plantes aquatiques.
J'ai moi-même observé souvent à Grignon que les sels ammoniacaux agissaient sur la végétation d'une façon défavorable et qu'une terre qui en avait reçu une quantité un peu forte restait stérile pendant plusieurs années.
Il reste donc, ainsi qu'il a été dit, à concilier ces opinions opposées, ce qui exige des expériences nouvelles; il est probable que les sels ammoniacaux favorables à certaines espèces sont décidément nuisibles à certaines autres; cette discussion n'est pas au reste purement théorique, en effet, si le ferment nitrique est universellement répandu, si dans les sols humides l'ammoniaque se transforme en nitrates très rapidement, si, dans ce cas, l'addition des sels ammoniacaux équivaut souvent à celle des nitrates ; il est d'autres sols dans lesquels cette transformation est beaucoup plus lente; j'ai ajouté au mois de novembre 1889, à 30 kilos de terre exposée à l'air, 12 grammes de sulfate d'ammoniaque, j'ai recueilli des eaux de drainage, dont la composition a été comparée à celle des eaux qui s'écoulaient d'une terre semblable à la précédente, mais maintenue sans addition; après une année, la différence de l'acide nitrique recueilli ne correspondait pas à l'azote contenu dans le sulfate d'ammoniaque, la nitrification n'était pas achevée.
Nous verrons en effet, quand nous discuterons l'emploi des engrais (4® partie), que si l'épandage des sels ammoniacaux ne présente aucun inconvénient sur les terres fortes, il n'en est plus de même sur les terres légères qui se dessèchent aisément.
Les anciens agronomes. Th. de Saussure notamment, n'hésitaient pas à admettre l'assimilation des matières ulmiques; on désigne sous ce nom un peu vague les substances organiques de la terre arable, dans lesquelles on trouve toujours de Tazote.
Les Recherches chimiques sur la végétation ne renferment pas cependant d'expériences décisives sur ce sujet; mais Finfluence du terreau sur le développement des plantes était tellement établie par les observations séculaires des cultivateurs et des jardiniers, qu*on avait naturellement admis que les matières organiques du sol sont utiles à la végétation par leur assimilabilité directe, quand Liebig publia son cours de Chimie appliquée à l'agriculture^ dans lequel il soutint une opinion toute contraire :
« L'humus nourrit les plantes, non pas parce que comme tel il est absorbé et assimilé, mais parce qu'il présente aux racines une source d'acide carbonique qui approvisionne la plante de la nourriture essentielle, tant que les conditions nécessaires à la pourriture : l'humidité et l'accès de l'air, se trouvent réunies. »
Malgré quelques expériences contraires à cette manière de voir, de Th. de Saussure, de Malaguti, de Soubcyran, Topinion de Liebig soutenue par Boussingault prévalut, Téminent agronome écrivit en effet : c< J'admets que la totalité du carbone assimilé par les plantes a le gaz acide carbonique pour origine, parce que je ne connais pas une observation assez nette et assez complète pour établir que les matières organiques carbonées renfermées dans le sol, les acides bruns, par exemple, leur fournissent directement du carbone. Je crois que le carbone de ces matières doit d'abord être brûlé, constituer du gaz acide carbonique avant d'entrer dans l'organisme végétal. La quantité considérable de gaz acide carbonique que décomposent chaque jour les plantes cultivées est !^aus doute fournie par les engrais. » Boussingault rappelle ensuite qu'une terre fumée renferme une quantité considérable d'acide carbonique provenant de la combustion lente de la matière organique et « c'est là évidemment l'utilité incontestable du terreau et du fumier (i). »
Boussingault soutient donc l'opinion que la matière organique du sol est une simple source d'acide carbonique, et bien qu'il ne
(1) Chimie agricole , t. IV.
donne aucun détail sur ce point, il semble que son opinion soit que Tacide carbonique du sol est charrié des racines aux cellules à chlorophylle où il serait décomposé comme Tacide carbonique qui a directement pénétré dans les feuilles.
Cette manière de voir, très plausible, n'est pas soutenue par Texpérionce; Corenwinder (4) introduit dans une cloche à douille une racine de Cuphea ayant beaucoup de chevelu. Les extrémités de cette racine plongeaient dans de l'eau distillée. La tige traversait la douille et les feuilles flottaient dans Tair. On introduisit sous la cloche un volume d'acide carbonique exactement mesuré, on exposa au soleil pendant quatre heures, puis on fit passer le gaz de la cloche dans Teau de baryte, on en trouva 17*'*,5 de plus qu'on n'en avait introduit.
Une racine de chou plongeant dans une dissolution légère d'acide carbonique, tandis que les feuilles étaient dans Tair, ajouta à cette eau une nouvelle proportion d'acide carbonique au lieu de lui en emprunter; on obtint encore les mêmes résultats avec une Eupatoire. Après avoir rapporté les expériences que nous résumons ici, Corenwinder ajoute : « Les recherches précédentes ne sont pas favorables à la théorie qui tend à affirmer, que les racines des plantes font dans le sol des inspirations abondantes d'acide carbonique. Si l'on ne veut pas en conclure que cette théorie est fausse, il faut admettre au moins qu'elle est mise en question aujourd'hui et qu'elle n'a désormais aucun caractère expérimental. »
Nous avons, M. Vesque et moi, confirmé les résultats précédents quelques années plus tard.
Diverses plantes furent enracinées dans de la pierre ponce contenue dans un flacon dont on pouvait à volonté composer l'atmosphère; il était facile à l'aide d'un thermomètre et d'un manomètre de suivre les variations de pression que présentait cette atmosphère, et enfin d'extraire les gaz qui la composaient pour les soumettre à l'analyse. On reconnut que les racines absorbaient de l'oxygène et émettaient de l'acide carbonique; et qu'en enrichissant l'atmosphère des racines d'acide carbonique il était impossible de reconnaître dans l'atmosphère des feuilles un dégagement d'oxygène qu'on fût en droit d'attribuer à la décomposition de l'acide carbonique du sol, saisi par les racines et transporté jusque dans les cellules à chlorophylle (2).
fl Ann. des scien. natur. bot., 4o série, t. IX, p. 63, 1868. (2) Ann. agron., t. II, p. 513; C. /?., t. LXXXIV, p. 959.
M. Grandeau, iuspccteur général des stations agronomiques, attribae à la matière organique du soi un rôle qu'il importe de discuter (4). Il extrait cette matière en traitant successivement la terre par des acides puis par des bases ou du carbonate d'ammoniaque ; le liquide brun qu'il obtient est très chargé de matières minérales; on y trouve de Tacide phosphorique, du sesquioxyde de fer, de la chaux, de la magnésie et de la silice, c'est-à-dire un ensemble de substances dont toutes, sauf Tacide phosphorique, sont insolubles dans l'eau chargée de carbonate d'ammoniaque. Il est vraisemblable que les acides de la matière noire s'opposent à la précipitation comme Je font les acides tartrique ou citrique.
M. Grandeau place ensuite la matière noire, chargée des substances minérales indiquées plus haut, dans un dialyseur, et reconnaît que les matières minérales se diffusent dans l'eau extérieure, mais que la matière organique reste au contraire sur le papier parchemin sans pouvoir le traverser. « Il me parait résulter de là, dit-il : l"que les éléments minéraux en question (P0\ Fe*0% CaO, MgO, etc.) sont à un état directement assimilable pour les végétaux, ou tout au moins qu'ils peuvent être absorbés par leurs racines; 2'' que la matière organique de l'humus n'est point absorbée et reste dans le sol. »
Cette dernière conclusion repose sur l'observation que la matière ulmique n*a pas traversé le dialyseur ; il semble qu'elle ait pris par Vaction successive des acides et des bases une forme colloïdale peu farorable à la diffusion; il est bien à remarquer cependant que sous le nom de matière ulmique on désigne un mélange très complexe, qui est bien loin de toujours présenter la même composition. Si l'expérience de M. Grandeau réussit souvent, on obtient aussi très fréquemment, notamment dans les matières noires du fumier, des matières organiques qui se diffusent aisément, et donnent à Teau du dialyseur une couleur ambrée très prononcée. Quand, au reste, au lieu d'agir sur les produits extraits de la terre arable par laclion des réactifs, on opère sur la terre elle-même, elle cède à leau une matière organique qui teinte en jaune brunâtre les eaux de drainage et qui est susceptible de se diffuser au travers du papier parchemin.
C'est ce qu'a montré M. Petermann, directeur de la station agronomique de Gembloux ; en appliquant sur des terres de diverses
(1) C. fi., t. LXXIV, p. 988.
Chimie agricole. 8
il4 ASSIMILATION DE L'AZOTE.
origines un dialyseur renfermant de Teau distillée, il a reconnu que cette eau s'était chargée de matière organique.
Il a obtenu les résultats suivants pour 100 grammes de terre fioe soumis à la dialyse pendant cent jours :
Poids total Matière organique
Nature des terres. de la matière dialysée. dialysée.
Sablonneuse 08^,076 0«%038
Sablo-schisteuse 0 ,041 0 ,012
Galcaro-schisteuse 0 ,165 0 ,065
Sablo-argileuse 0 ,263 0 ,181
Ârgilo-sablonneuse 0 ,051 0 ,025
Ces résultats sont de nature à ébranler l'opinion que la matière organique du sol ne peut servir d'aliment & la plante.
Au reste, depuis Tépoque où furent publiées les expériences de M. Petermann, plusieurs faits nouveaux sont venus appuyer celte idée d'une assimilation directe de la matière organique du sol.
Nous insisterons, dans la seconde partie de ce volume où nous nous occuperons de la terre arable, sur les observations recueillies à Grignon sur les terres cultivées sans engrais pendant une longue suite d'années, nous devons cependant indiquer ici à quelles conclusions ont conduit les expériences exécutées.
Ces terres ne portaient plus, après douze ans de culture sans engrais, que des récoltes misérables de trèfle ou de betteraves; l'analyse a montré que l'élément qui y faisait particulièrement défaut était la matière organique; 1 kilogramme de ces terres, au lieu de renfermer 16 grammes de carbone, des matières organiques comme les sols régulièrement fumés, n'en contenait plus que 7 grammes.
Pour savoir si l'absence de cette matière organique était bien la cause de la stérilité relative de ces terres, on a disposé pendant l'été de 1890 une série d'expériences, dans lesquelles on a mis en comparaison les récoltes obtenues :
i^ D'une terre bien fumée les années précédentes, sans engrais en 1890;
2"" Une terre épuisée, sans engrais en 1890;
3** Une terre épuisée, additionnée d'engrais chimiques ;
4* Une terre épuisée, additionnée de matière noire du fumier;
5° Une terre épuisée, additionnée à la fois de matière noire du fumier et d'engrais chimiques.
On a semé dans ces différents sols contenus dans de grands pots, pouvant contenir 50 kilos de terre, diverses plantes; l'effet de la
matière noire da fumier peu sensible sur Tavoine a été au contraire très marqué sur le chanvre ; on a en effet obtenu les poids de récoltes suivants :
Avoina. ChanTre.
Bonne terre » 3o»',8
Terre épuisée sans addition lO*',? 1 5 ,5
— (engrais chimiques) 28 ,8 22 ,8
— (matière noire du fumier)... 23 ,5 25 J
— (matière noire du fumier, en-
grais chimiques) 30 ,7 38 ,4
Les différences constatées sont considérables : tandis que la terre épuisée a recouvré sa fertilité pour Tavoine quand elle a reçu des engrais chimiques; cette addition n*a présenté pour le chanvre qa'ooe faible utilité, mais il en a été tout autrement quand à ces engrais salins sont venues s'ajouter les matières noires du fumier.
Il convient en outre de rappeler une expérience analogue de Corenwinder (1), dans laquelle il a mis en comparaison deux betteraves, Tune cultivée dans du sable, mais arrosée avec une dissolution de sels purs tels que nitrate de potasse, sulfate ammoniacomagnésien, phosphate d*ammon^aque, phosphate acide de chaux, silicate alcalin, en un mot, outre l'azote sous la forme de nitrates et de sel ammoniacal, toutes les matières minérales dont l'analyse signale l'existence dans la betterave ; l'autre betterave fut ensemencée dans du terreau qui n'était pour ainsi dire que du fumier de cheval décomposé.
Les pesées et les analyses ont donné les résultats suivants :
Sol formé de
Sabla additionne de produits cbimiqaas. Terreau.
Feuilles 2708%00 2*^,560
• Racine 490»',00 4'',i4o
Sucre dans 100 de jus i28',26 10p%60
Sucre dans la racine 60»»,07 121«',37
L'influence de la matière organique est donc ici très sensible.
Elle ne l'est pas moins pour la culture du trèfle; à Grignon, les parcelles restées sans engrais depuis longtemps ne portent plus que des récoltes très faibles, malgré l'addition d'engrais minéraux et bien qu'on trouve des nodosités à bactéries sur leurs racines.
Ces expériences ne sont pas les seules qu'on puisse invoquer en
•1) Ann. agron., t. IX, p. 97.
faveur de ropinioû que les matières organiques azotées sont assimilées.
M. Boesler (1) élève des maïs dans des dissolutions salines privées d'azote, mais tous les jours plonge quelques-uns d'entre eux dans une dissolution pure d'asparagine qu'on renouvelle aussitôt qu'il y apparaît de l'ammoniaque, des plantes semblables sont immergées pendant le même temps dans une dissolution de salpêtre; les quantités de matière azotée produite en soixante-trois jours sont pour 100 de matière sèche :
PUotes Plantes
dans Tasparagine. dans le salpêtre.
Azote total i .37 1 .61
Azote des albuminoîdes 1 .23 i . 27
On peut s'assurer que les matières organiques sont utilisées par une autre méthode : en cherchant si les principes immédiats qui dérivent de l'activité chlorophyllienne, l'amidon par exemple, apparaissent dans une plante placée dans une atmosphère privée d'acide carbonique, mais alimentée par les racines de matières organiques; en opérant ainsi M. Acton (2) a montré que divers végétaux, maintenus sous une cloche où la présence de la potasse empêchait l'acide carbonique de rester libre dans l'atmosphère, se chargaient d'amidon quand le sol artificiel où s'étalaient les racines était additionné d'humus.
M. Acton ne signale pas dans ses expériences la mort des plantes privées d'acide carbonique aérien, or il semble que l'inaction complète soit mortelle à la cellule à chlorophylle; il faudrait donc conclure de la réussite des expériences du savant anglais, que rhumus assimilé et charrié au travers des tissus est mis en œuvre dans les cellules à chlorophylle et amené à l'état d*amidon. A ces expériences directes, portant sur les plantes à chlorophylle, il convient d'ajouter celles qui ont été exécutées sur les végétaux sans chlorophylle, qui tous vivent de matières organiques.
Les expériences exécutées par M. B.eiulm {3) sur VAspergillusniger ont montré, en outre, combien est complexe l'alimentation de cette espèce : on n'obtient le développement maximum de cette moisissure qu'à la condition de lui donner une alimentation renfer-
(1) Ann. afpron,^ t. XIII, p. 238.
(2) Ann, agron.^ t. XVIl, p. 41.
(3) Ce mémoire remarquable est inséré dans le tome XI de la 5« série des Ann, des sciences natur,, botanique.
mant, outre le sucre, le tartrate d'ammoniaque, etc., des traces de sels de zinc et de fer.
On conçoit, par analogie, que s'il existe des plantes qui se développent normalement avec une alimentation purement minérale, formée de nitrates, de phosphates, de sels de potasse, plantes, par conséquent, qui puisent exclusivement leur carbone dans Tacide carbonique aérien, on puisse en rencontrer d'autres pour lesquelles cette alimentation purement minérale serait insuffisante et qui auraient besoin, pour atteindre leur développement normal, de trouver dans le sol des matières organiques assimilables.
C'est au reste ce que professe depuis longtemps M. Sachs et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le passage remarquable qu'il a consacré à ce sujet.
« Il existe dans le règne végétal deux extrêmes par rapport à la faculté de créer de la matière combustible ; elle peut être produite aux dépens de Tacide carbonique ou provenir de l'absorption des Tuatièces déjà organisées, qui seraient transformées et utilisées par la croissance ; entre ces points, il y a probablement des intermédiaires. L'un dos extrêmes est représenté par les plantes qui sont en état de tirer tout leur carbone de l'acide carbonique même pendant les périodes de végétation les plus actives; Tautre par les plantes sans chlorophylle qui ne décomposent jamais d'acide carbonique et qui par conséquent tirent tout leur carbone de combinaisons organiques. Mais il n'est pas contraire à la théorie de supposer que les plantes à chlorophylle qui décomposent Tacide carbonique absorbent en même temps des substances organisées et utilisent pour la formation de leurs organes le carbone provenant de ces deux sources (1). C'est ce que font dans un certain sens tous les gemies qui se nourrissent aux dépens d'un endosperme; ils tirent d'abord des principes élaborés de ce tissu qui est très distinct du leur, et peuvent ainsi développer leurs organes ; mais dès que leurs feuilles se sont épanouies à la lumière, elles commencent à décomposer l'acide carbonique et les plantes s'accroissent par cette voie. Un parasite vit sur la plante qui le porte, comme le germe sur son
(i) Le fait que rhuiniis ne cède que très peu de substance organique à l'eau froide ne prouve pas que les plantes ne puissent pas en absorber, pas plus qu'il ne faut conclure de ce fait, que l'extrait aqueux du sol ne contient que très peu d'acide phosphorique et de potasse, que ces substances ne sont pas absorbées. Nous ne savons pas si ce sont les sels de l'acide ulmique qui sont importants pour les plantes, un organisme qui se décompose donne bien d'autres produits; nous ne savons pas quelle est U forme de ceux que la plante absorbe. (Note de M. Sacbs.)
endosperme; s*il n'e pas de cellules vertes c'est de son support qu'il tire tous les composés carbonés dont il a besoin; mais s'il possède des feuilles vertes, pourquoi ne pas supposer qu'il en utilise les propriétés en même temps que par ses suçoirs il tire des principes élaborés de la plante qui le porte... On peut bien penser que les plantes non parasites à feuilles vertes, qui vivent dans un sol très riche, forment leur substance combustible, en partie en absorbant des matières organiques, en partie en décomposant l'acide carbonique. »
On voit que les physiologistes allemands sont restés fidèles à l'ancienne opinion de Th. de Saussure, et on ne conçoit pas pourquoi en France on a accepté si complètement les vues de Liebig. En réalité les plantes absorbent toutes les matières dialysables, qu'elles leur soient avantageuses ou nuisibles, et puisque d'une part nous voyons que les matières organiques du sol sont dialysables, que d'autre part certains végétaux bénéficient de leur présence, pâtissent quand elles font défaut, il n'y a aucune raison sérieuse pour leur refuser la qualité d'aliments.
§ 32. — Intervention de l'azote atmosphérique dans la
végétation.
Certaines plantes atteignent leur développement normal dans un sol ne renfermant que des nitrates, des phosphates de chaux et de magnésie et du chlorure de potassium.
On en conclut que les petites quantités d'acide carbonique contenues dans l'air suffisent à fournir à ces végétaux le carbone nécessaire à la formation de leurs tissus.
Si on sème des graines dans du sable stérilisé par le feu, auquel on n'ajoute que des matières minérales, sans engrais azoté, après quelques semaines de végétation d'autant plus languissante que la graine était plus petite : la plante périt; d'où cette nouvelle conclusion que, malgré son abondance dans notre atmosphère, l'azote n'est pas directement utilisé.
Ne l'est-il en aucune façon? N'intcrvient-il jamais dans les phénomènes de la végétation? C'est ce que nous voulons examiner dans ce paragraphe, dans lequel seront discutées les questions suivantes :
1. Observations qui démontrent l'intervention de l'azote atmosphérique dans la végétation.
2. Expériences de M. Boussingault, de MM. Lawes, Gilbert et Pugh, démontrant que l'azote atmosphérique n'est pas assimilé par les feuilles des végétaux.