‹ Traité de chimie agricoleChapitre 70 sur 399 · ÉOIIVALËNGE ENTRE LES BASES · texte numérisé non relu

ÉOIIVALËNGE ENTRE LES BASES

Nous discuterons au reste cette question en détail, au chapitre consacré aux amendements calcaires.

Magnésie. — D'après M. G. \illc, la magnésie ne pourrait faire défaut dans le sol sans compromettre le développement du blé, et celui du sarrazin.

EqnlYalence entre les bases. — Les nombreuses analyses dues à X. Peligot ont montré que la plupart des végétaux de grande culture ne renfermaient pas de soude, et les expériences synthétiques dont nous avons donné les résultats dans les pages précédentes ont également montré que la soude ne se rencontre pas dans les plantes quand elles sont cultivées dans des conditions normales, même lorsque les sels de soude leur sont offerts à profusion. 11 est donc manifeste que la soude ne peut habituellement remplacer la potasse. Il est à remarquer cependant que les betteraves assimilent la soude comme la potasse ; en outre, nous avons vu, au moment où nous avons donné la composition des cendres que la plupart des plantes renferment de la chaux et de la magnésie et on est en droit de se demander si ces bases peuvent, dans une certaine mesure, se substituer les unes aux autres.

Cette question a été étudiée par M. Pellet (i). Il donne comme exemple de ces substitutions les analyses suivantes :

Tabac da Brésil. da Loi.

Chaux 15.0 20.8 28.1

Potasse 47.1 38. « 19.5

Magnésie 8.4 7.95 8.1

Acide sulfurique calculé pour la

saturation des bases 92.25 90.95 90.0

Les bases sont donc dans 100 de cendres dans des proportions à peu près équivalentes, la magnésie n'ayant pas subi de grandes variations, la substitution aurait eu lieu entre la potasse et la chaux. L'auteur donne un grand nombre d'exemples analogues, s'appuyant malheareusement sur des analyses fautives dans lesquelles la soude apparaît dans les cendres de plantes où elle n'existe jamais, ce qui infirme les conclusions formulées ; la question est toutefois intéressante et mérite d'être reprise avec de nouveaux documents.

Chlorures. — Quelques faits de grande culture appuyant les

;1] ÉlucUi sur la composition générale des végétaux {Ann, de chim. et de pfiys.f 5' s., t XVn, p. 145, 1819.

iTO NUTRITION MINÉRALE DES PLANTES.

observations de MM. Nobbe, Erdmann et Schrœder résumées plus haut, sont de nature à montrer que les chlorures ont une influence heureuse sur la migration des principes immédiats. M. de Gasparin a observé que, sur une terre légèrement salée des environs d'Orange, les récoltes de grains étaient en général excellentes, si les pluies avaient été assez abondantes , au moment des semailles, pour que les jeunes plantes n'eussent pas à souffrir de la concentration de la dissolution saline qui abreuve leurs racines ; il a remarqué que toutes les fois que la levée a été bonne, les plantes accomplissent très régulièrement toutes les phases de leur évolution et notamment mûrissent bien leurs graines.

Dans une série d'expériences exécutées en 1866 et 1867, sur l'emploi agricole des sels de potasse, j'ai reconnu que si le sulfate de potasse épuré ne produisait pas d'effet avantageux sur la culture du blé, la matière vendue par les usines allemandes sous le nom d'engrais de potasse^ très chargée en chlorures, a déterminé au contraire un surcroît de récolte considérable; dans une des séries d'expériences, la parcelle sans engrais ayant fourni 16 hectolitres de grains, on en obtint 30, par l'addition de l'engrais de potasse.

Les effets du chlorure de potassium sont cependant irréguliers; pendant plusieurs années, je l'ai essayé sans succès sur la culture de l'avoine; mais, en 1884, le mélange d'azotate de soude et de chlorure de potassium m'a fourni à l'hectare sur une parcelle : 32 quintaux métriques de grain et sur une autre 34. Comme le prix du sel marin ou même celui du chlorure de potassium sont peu élevés, que les quantités à employer sont faibles, les praticiens devront essayer l'action de ces chlorures qui, ainsi qu'il vient d'être dit, est parfois très avantageux. Leur rôle est-il seulement de favoriser la migration des principes immédiats d'un point de la plante à l'autre, ou bien au contraire exercent-ils sur le sol lui-même une transformation favorable? nous l'ignorons. Aujourd'hui que le rôle des organismes inférieurs, qui existent dans le sol, sur les métamorphoses qui s'y produisent, commence seulement à être entrevu, les interprétations du rôle des agents employés deviennent singulièrement délicates et il est sage d'enregistrer les faits, san^ essayer d'en donner une explication sans doute inRniment plus complexe qu'on ne le croyait naguère.

Silice. — Nous verrons plus loin que les analyses d'Isidore Pierre établissent que la silice n'a pas, sur le développement des céréales, l'intérêt qu'on lui avait accordé à prioin, et que notam-

SILICE. m

ment son abondance ou sa rareté dans le sol n'exercent aucune influence sur la résistance que présentent les pailles à la verse ; mais cette substance se rencontre cependant en telle quantité dans les cendres de certaines espèces, qu*il était utile de chercher si elle favorise leur développement.

M. von Hohnel a exécuté sur Tassimilation de la silice des expériences intéressantes (1) : on rencontre chez quelques espèces de Itthospermum, des fruits recouverts d'un épiderme complètement silicifié, et pour savoir si, Taccumulation de la silice dans celte enveloppe, est nécessaire au développement de la plante et si elle est incapable de mûrir ses fruits dans un milieu exempt de cet acide, Tauteur a élevé une de ces plantes dans une dissolution nutritive privée de silice. Après une végétation de deux mois, ce sujet fructifia et donna en tout neuf péricarpes mûrs ; il ne différait pas seDsiblemeni d'une plante normale, cependant les poils qui recouvraient la tige de la plante sans silice étaient moins durs que ceux des individus qui avaient végété dans une dissolution pourvue de cet acide.

Les petits fruits mûrs avaient une couleur d*un blanc grisâtre ; ils avaient la dureté du spath calcaire, et leur surface était rugueuse, comme légèrement tuberculeuse. Traités par l'acide chlorhydrique, ils produisirent une vive effervescence. L'analyse ne dévoila aucune trace de silice; ainsi, bien qu'elle soit habituellement très abondante dans le lithospermum arvense, elle peut y faire défaut, sans que son absence empêche cette plante d'arriver à maturité.

M. F. Wolf (2) réussit à élever de Tavoine dans une dissolution nutritive exempte de silice ; mais les plantes ne furent jamais aussi vigoureuses que celles qui étaient enracinées dans des dissolutions renfermant de la silice.

Ainsi, dans le cas le plus favorable, quand les dissolutions nutritives formées de nitrates, phosphates etc., présentaient une concentration de 0*'',51 par litre, on obtint 4*', 162 de grains avec une dissolution privée de silice; o^^iOS quand cette matière entra pour 27 p. 100 dans les substances dissoutes et 7*%693 quand elle fut dans la proportion de 42 p. iOO de la matière dissoute. Dans ces mêmes dissolutions les poids de paille furent respectivement 21^480, 23*^,908 et 27'^',891. Si la silice nest pas nécessaire à Tavoine elle lui est donc avantageuse.

,'r. Ann, affron.y t. lU, p. 633.

.2) Arm, ogron.^ t. VIÏ, p. 467.

M. Victor Jodin(l) a encore exécuté sur ce sujet une série d'expériences du plus grand intérêt. Il a élevé dans une dissolution exempte de silice : un pied de maïs dont il a obtenu 9 graines fertiles; tandis qu'une plante normale renfermait pour 100 de matière sèche : 3*%27 de silice, celle qui avait été cultivée dans Teau n'en contenait que 0*',4; les graines provenant de cette première génération furent élevées dans une dissolution nutritive encore exempte de silice ; la plante sèche pesait 8*',996 et renfermait 12 grains fertiles, pour 100 de matière sèche elle contenait 0^',2 de silice ; les graines semées donnèrent une troisième génération et de celle-ci on obtint des graines, qui furent élevées encore dans une dissolution exempte de silice. Les graines provenant de la troisième génération furent élevées les unes, dans la terre et les autres dans une dissolution sans silice; les cendres de ces deux plantes furent analysées ; la plante enracinée dans la terre reprit une proportion de silice considérable, mais une quantité de potasse très inférieure à celle que contenait la plante élevée dans Teau, bien qu'on eût employé la même dissolution nutritive pour l'arrosage de la plante en terre et pour l'alimentation de la plante dans l'eau.

De ces expériences, l'auteur conclut que non seulement une graine de maïs cultivée dans une dissolution minérale convenable, peut végéter et former une plante normale sans fixer dans ses tissus une proportion notable de silice, mais encore que celte privation de silice, si contraire aux habitudes spécifiques de la plante, peut être prolongée pendant plusieurs générations successives sans que cette descendance anormale détermine une dégénérescence physiologique attribuable à la continuité de cette privation.

Toutes ces expériences justifient complètement les considérations présentées au début de ce chapitre, et on reconnaît que contrairement à ce qu'on aurait pu penser à priori, il est impossible de déduire de la composition des cendres d'une plante, la nature des engrais minéraux qu'il convient de lui fournir; non seulement, parce que ces engrais peuvent contenir des principes que le sol renferme déjà en quantités suffisantes, pour rendre inutiles un nouvel apport, mais encore parce qu'il ne suffît pas qu^une matière existe dans les cendres d'une plante, pour qu'on puisse conclure de sa présence à son utilité.

(2^ Ann, agron,, t. LV, p. 380.

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