‹ Traité de chimie agricoleChapitre 69 sur 399 · I. II. 1. II · texte numérisé non relu

I. II. 1. II

Paille et racines. 78',80 68%37 Paille et racines. i68%i4 158%25 Grains 0 ,45 0 ,20 Grains 4 ,90 4 ,55

Le rôle que remplit la potasse dans l'organisation végétale a été étudié en outre par MM. Nobbe, Erdmann et Schœder (1). Ces habiles physiologistes ont cultivé du sarrazin dans des dissolutions nutritives dont ils ont fait varier la composition, de façon à éclairer par Texpérience les trois questions suivantes :

i*" Gomment se comporte la plante dans une solution d'ailleurs complète, mais privée de potasse, et quelles sont les causes des phénomènes particuliers qui apparaissent dans cette culture ?

2° Comment se comporte la plante dans des solutions où la potasse est engagée dans des combinaisons différentes, et quelles sont les causes d'une action plus ou moins favorable à Tun ou Tautre de ces sels ?

3° La soude et la lithine peuvent-elles remplacer physiologiquement la potasse ?

L'examen microscopique, la pesée des plantes, leur analyse, conduisirent à des conclusions dignes d'intérêt.

Lorsque la potasse manque, l'accroissement de la plante est arrêté : ni la soude, ni la lithine ne peuvent remplacer la potasse dans ses fonctions physiologiques ; la lithine exerce même une action délétère. L'arrêt de développement est dû à l'incapacité de la chlorophylle de produire de l'amidon; la jeune plante végète d'abord aux dépens de l'amidon de réserve contenu dans la graine ; mais celui-ci consommé, elle persiste dans un état d'inanition parfait

(1 )Ann, agron,, t. I, p. 172, 1875.

POTASSE, 167

qui rend même inuliles les autres aliments minéraux. Quand on ajoute ensuite de la potasse à la solution nutritive, la plante commence immédiatement à se ranimer; il se forme de l'amidon dans les cellules à chlorophylle; et les auteurs répondent à la première question posée, en disant que : les grains de chlorophylle n^engencirent d'amidon autochtone que sous Tinfluence de la potasse, quelle que soit d^ailleurs la forme sous laquelle celte base se présente (1).

Il ne suffit pas pour que la végétation suive son cours régulier que les cellules à chlorophylle élaborent de Tamidon, il faut encore que cet amidon se dissolve, chemine à travers les tissus, et après avoir subi la série de métamorphoses qui Tarnène à Tétat de cellulose, serve à former des organes nouveaux; or la nature de la combinaison sous laquelle la potasse est présentée à la plante exerce, d'après les auteurs, une influence décisive sur cette migration de l'amidon ; Texpérience a montré que le chlorure est la combinaison dupotassiumla plus favorable à la végétation du sarrazin. Les sujets enracinés dans une dissolution nutritive renfermant du chlorure de potassium ont non seulement formé de Tamidon dans les cellules à chlorophylle, mais en outre ont utilisé cet amidon à la formation d'organes nouveaux. L'azotate de potasse un peu moins favorable que le chlorure s'en rapproche le plus : le sulfate et le phosphate de potasse causent tôt ou tard, au contraire, une maladie particulière qui consiste dans Taccumulation passive de Tamidon dans les feuilles.

Il faut bien reconnaître, au reste, que cette dernière conclusion n'est pas absolument solide; en effet, les dissolutions salines employées étant fort complexes, il s'y est fait certainement des échanges de bases et d'acides, dç telle sorte que la dissolution ne présente pas la composition que les auteurs leur assignent d'après les sels qu'ils ont mélangés, et il est probable, ainsi que Ta fait observer M. J. Yesque, dans la traduction qu'il a donnée aux Annales agro^

,1} Cette conclusion a été combattue récemment par M. Lupke (1): en cultivant des haricots dans des dissolutions privées de potasse, il les a vus former de Tamidon dans leurs feuiUes, il a vu eu outre cet amidon émigrer pour former d'autres organes.

Peut-être ce désaccord Ucnt-il à la quantité notable de potasse contenue dans la graine mise en expérience ; il est évident qu*un haricot renferme un poids de potasse bien supérieur à celui qu'on trouve dans un grain de sarrazin. Si M. Lupke avait employé dans ses expériences des haricots de deuxième génération provenant d'une première culture faite sans potasse, il aurait peut-être retrouvé les faits signalés par MM. Nobbe, Erdmann et SchrcBder. 11 est manifeste cependant que de nouvelles recherches sont nécessaires pour élucider le point contesté.

[I) Aiui. agron.^ t. XVI, p. 95

nomtqueSy que la maladie observée, quand les plantes ont été enracinées dans des dissolutions renfermant du phosphate ou du sulfate de potasse, tient moins à la forme de la combinaison qu'à la quantité considérable d'acide phosphorique ou d'acide sulfurique introduits. Quoi qu'il en soit, on peut déduire des faits précédents, que la potasse est un élément nécessaire à la vie végétale et qu'elle ne peut être remplacée ni par la soude ni par la lithine; c'est au reste ce que l'absence habituelle de soude dans les cendres permettait de prévoir. — 11 est entendu qu'onne doit pas tirer de cette notion physiologique cette conclusion qu'il faut s'empresser d'acquérir des engrais potassiques. Les terres arables sont habituellement riches en potasse, et il est rare que les engrais de potasse exercent une influence marquée ; ces questions seront au reste discutées avec tout le développement qu'elles comportent dans les chapitres : constitution chimique des terres arables et engrais de potasse.

Chaux. — Nous avons vu plus haut, § 7, que la présence de la chaux est éminemment favorable à la plupart des jeunes plantes au moment où elles commencent leur évolution ; nous avons reconnu avec M. J. Boehm, puis M. von Liebenberg, qu'un grand nombre de graines vident mieux leurs cotylédons au profit des jeunes radicelles et des tigelles, dans une eau renfermant des sels calcaires que dans l'eau distillée, mais que cependant révolution est encore possible dans l'eau distillée à condition que la température soit élevée; d'oii cette conclusion : la chaux est favorable mais non nécessaire à la germination.

M. G. Ville a pu supprimer la chaux dans un engrais complexe destiné à un sol stérile portant une culture de blé sans voir diminuer la récolte; mais au contraire cette suppression a été fâcheuse quand le sol renfermait de l'humus.

M. Raumer dans un travail où il cherche à fixer le rôle de la chaux et celui de la magnésie, conclut que la chaux est particulièrement utile à la formation des parois des cellules.

En voyant les légumineuses apparaître sur les sols qui n'en portaient pas, aussitôt que ces sols reçoivent des amendements calcaires, on peut être certain que si la chaux n'est pas nécessaire à leur croissance, ce que nous ignorons, faute d'expériences régulièrement disposées pour élucider ce sujet, elle exerce au moins sur le développement de cette famille une action tellement favorable qu'elle lui permet de lutter victorieusement contre les autres espèces qui jusqu'alors occupaient le sol.

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